Une commission d’enquête pudique

 

Devant la pression énorme pour une commission d’enquête publique, le gouvernement Charest a pondu un hybride flou qu’il nomme comme tel pour abuser la population qu’il est encore capable d’abuser (et que j’espère d’un nombre très réduit). On pense à un exercice de procrastination, on pense à l’expression « pelleter en avant », on pense à une coquille vide (et question de continuer dans ce sens, Josée Legault en a trouvé de très bonnes). Parce que c’est seulement ça, même si la chance (que de bonnes âmes se livrent d’elles-mêmes) est possible, on joue ouvertement sur la bonne volonté. Et c’est seulement là-dessus que l’on peut compter pour avoir des résultats…

Le gros problème, comme je l’écrivais plus tôt, c’est qu’il n’y a pas de bandit pour se rendre de lui-même en prison. La commissaire attitrée France Charbonneau a beau avoir « une réputation de guerrière pugnace », c’est comme si Charest l’équipait seulement d’un fusil à eau. C’est bien normal dans le fond, lui-même se garde le tank, et ce tank a la forme d’une « commission », toujours entre guillemets dorénavant, comme le propose Patrick Lagacé. Et je me dois ici de citer une partie de la lettre à la commissaire Charbonneau qu’a publié Jean-François Lisée et qui illustre merveilleusement comment Charest et sa bande d’incapables sont capables du pire :

 

Vous avez vu comment le Premier ministre vous envoie au combat contre les plus grands bandits du Québec avec moins de pouvoirs que vous n’en aviez comme procureure ?

Vous avez vu comme il vous traite: comme un Duchesneau en robe de juge. Interrogez à huis-clos des témoins qui ne vous diront des choses intéressantes que s’ils peuvent se cacher derrière un écran opaque !

Vous avez même remarqué la petite entourloupe au sujet des audiences ? En privé, vous pouvez interroger sur tout, y compris sur “les liens possibles avec le financement des partis politiques”. Mais pour les audiences publiques, M. Charest a pris soin de vous dicter une liste limitative de sujets, où il a omis (!) d’inclure le financement des partis.

 

Que dire de plus? Tout ça est difficile à avaler. J’espère que le mouvement de grogne à l’endroit de notre gouvernement montera d’un cran alors que l’idée première derrière tout ça est de le calmer.

 

*******

 

Quelqu’un me posait une question sur Twitter. C’est pointu, mais il serait révélateur de savoir la réponse. Il se demande : si quelqu’un refuse d’aller témoigner à cette commission, ne serait-ce pas un indice pour la police que cette personne a des choses à cacher? J’ai répondu tout de go que je me demande si la « commission » pourrait fournir cette information aux policiers et si elle a une valeur au niveau de la Justice.

Donc, voilà, je crois que ce serait un bon filon pour un journaliste.

 

(Photo : jasoneppink)

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9 réponses à Une commission d’enquête pudique

  1. Gilles Guibord dit :

    La commission en quête de dents ou
    en quête de manger mou,
    en quête de fonctionnaires très courageux,
    en quête d’ingénieurs honnêtes,
    en quête de témoins innocents,
    en quête de collecteurs de fonds convertis,
    en quête de bandits repentants,
    en quête de prisonniers volontaires,
    en quête de temps à perdre ou
    en quête de temps à gagner pour le PLQ,
    en quête d’une « population crédule et naîve (Josée Legault),
    mais pas en quête d’absurde.
    Donc, la commission sans dents quête.
    La juge Charbonneau fera-t-elle comme le juge Bastarache?

  2. gillac dit :

    Regardons le problème par l’autre bout de la lorgnette. Un parti politique peut prendre le pouvoir par un programme et une équipe capable de mobiliser les citoyens. Mais s’il n’a ni l’un ni l’autre, il a besoin de beaucoup de $ et de bras pour se faire élire. Comme la majorité silencieuse dort au gaz, les groupes d’intérêt occupent de plus en plus d’espace et la corruption/collusion s’installe à demeure, ce qui ne cré d’ailleurs aucun problème de conscience chez une majorité de politiciens car ceux-ci sont convaincus que les autre partis constituent une solution bien pire. Pour un « bon libéral », le projet d’indépendance du PQ est bien pire pour le peuple que la corruption. Tout le monde ayant fait de la politique sur le terrain sait que pour obtenir du financement, il faut cogner à la porte de ceux qui font affaire avec le gouvernement, PAS CHEZ MONSIEUR ET MADAME TOUT-LE-MONDE AVEC SON 5$.

  3. Gilles Guibord dit :

    @gillac
    Vous apportez un éclairage très fort sur une situation bien réelle.
    ….Je commencerais par « la majorité silencieuse ». Je ne pense pas qu’il faut en premier compter sur cette majorité; mais sur la minorité agissante. À celles et ceux qui aiment suffisamment la politique pour en faire un loisir. C’est comme au hockey, beaucoup aiment ce sport; mais de là à se réunir une fois par semaine pour en jouer, il y a une grande marge.
    ….Comme vous, je comprends que sans les bras et l’argent qui viennent de la population, un parti, pour prendre le pouvoir, laisse aux « groupes d’intérêts » et à la « coruption/collusion » beaucoup d’espace pour oeuvrer librement.
    ….Au Québec, il y a 7 500 000 électeurs. Donc 1% d’entre eux, c’est 75 000 personnes. Ce sont d’abord à ces citoyens, qui n’ont plus d’intérêt à faire progresser les partis politiques en fonction du bien commun, à s’impliquer. La majorité des autres 99% se joignent aux mouvements avec le temps, les efforts et les preuves que les nouveaux leaders ne sont pas comme les anciens.
    ….Espérons que ce que nous voyons actuellement en corruption, nous écoeure assez collectivement pour susciter à nouveau le désir qui manque tant. À mon avis, ce n’est qu’à ces conditions que la majorité silencieuse trouvera des personnes à qui faire confiance.

  4. Une omission d’enquête ludique…

  5. gillac dit :

    @monsieur Guibord
    En 2008, il y avait environ 5.7 millions d’électeurs potentiels (et non 7.5) et seulement 3.3 millions se sont déplacés. Je vous suggère de vous présenter à une assemblée régulière de n’importe quel parti et vous verrez beaucoup de chaises vides sauf pour le congrès annuel. Non les citoyens du Québec ne s’impliquent pas en politique active. Dans mon comté, même avec un député en poste, il devient de plus en plus difficile de former un comité exécutif et souvent des postes sont laissés vacants. Si jamais le 99% existe, je ne l’ai jamais rencontré en 40 ans.

  6. Gilles Guibord dit :

    @gillac
    Vous avez raison; je me suis trompé de colonne. Selon le DGE fédéral, en 2011 il y avait au Québec 6 130 307 électeurs. Donc le 1% serait de 60 000.
    ….Vous décrivez la situation d’aujourd’hui. J’ai connu un temps où les assemblées politiques étaient pleines. C’était au début du PQ sous René Lévesque. Que s’est-il passé depuis? Peut-être que de plus en plus de politiciens et de militants reprennent le peuple pour une valise.
    ….Je pense aussi que c’est en grande partie parce que le PLQ est plus fédéralish que québécois et que le PQ est plus indépendantish que québécois. Le bien commun ne les intéresse plus beaucoup. Il y a aussi le fait que dû à la mondialisation, de plus en plus de décisions sont prises à l’extérieur du Québec. Il reste une autre réalité: l’État à une mission. Il a des services à rendre à la population et personnes d’autres que les Québécois vont s’en occuper. Je pense que cette seule raison suffit pour remettre l’épaule à la roue.
    ….Pour faire fonctionner un parti politique entre les élections, il faut un minimum de 1500 militants, soit 10 pour chacun des 125 exécutifs de comté et 250 répartis dans les instances régionales et nationales. Pour 4 partis majeurs, il faut donc 6000 militants à cette seule fonction que je qualifierais d’administrative. Il y a 200 ans, la démocratie consistait à exercer le droit de vote. Aujourd’hui il est nécessaire que le peuple contrôle tous ses partis politiques. Vous constatez vous-même que ça ne se fait pas. Et nous voyons ce que ça donne.
    ….Douter de l’existe du 99%, montre dans quel état de découragement nous en sommes. Il est temps d’espérer et de se relever.

  7. reblochon dit :

    Le problème c’est que le PQ n’est plus indépendantiste monsieur Guibord ! Il gouverne au sondage pour savoir ce que « veulent » les électeurs, plutôt que de leur proposer quelque une vision d’avenir qui leur donnerait envie de rejoindre le mouvement.

    Pour information, le peuple a une poignée dans le dos, et ce n’est pas qu’au Québec. La population est ignorante politiquement, n’a jamais lu un programme et vote majoritairement pour le chef du parti, voire le le parti, et très rarement pour le candidat.

    De plus ici, ce système parlementaire britannique est vicié et dépassé, seule une république dans un pays à nous pourrait ramener un semblant de démocratie !

    Pour ma part, en 25 ans de politique dans 3 pays, je n’ai jamais vu non plus le 99%.

    Au mieux on peut assister à une jacquerie comme les différentes opérations d’occupons quelque chose.

    Pour ce qui est de la commission, enfin la mascarade de commission, le barreau du Québec vient de mettre une baffe dans la gueule au frisé !

  8. Gilles Guibord dit :

    Nos points de vue sont très différents. Voici les miens:
    ….Si le PQ n’est plus indépendantiste, les indépendantistes ont un grave problème. Je pense plutôt que le PQ se dirige par sondage pour prendre le pouvoir, en pensant que ça va faire avancer sa cause.
    ….Penser que le peuple a une poignée dans le dos, c’est soit du mépris, soit une mauvaise évaluation. C’est vrai que presque personne n’a lu un programme politique avant de choisir son politicien; mais c’est la même chose pour choisir son médecin, son avocat ou son mécanicien.
    ….Vous pensez que le système républicain serait meilleur. Je ne suis pas du tout certain que le système républicain des USA soit meilleur que le nôtre. Lorsqu’il faut 800 millions pour élire son Président, peut-on penser qu’il sera le candidat du peuple. J’admets que notre système à besoin de restauration. Pour y arriver, il faudrait un certain consensus.
    ….Si vous n’avez jamais vu le 99%, vous n’avez jamais vu le peuple. Il a voté souvent à plus de 80% au Québec. Je ne vous comprends pas à ce sujet.
    ….Pour s’en sortir, le peuple doit s’impliquer dans ses partis politiques. La démocratie signifie le pouvoir du peuple. Il doit penser comme un boss, plus comme une victime.
    ….Au sujet de la nouvelle commission, nous avons la même opinion.

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