Un passeport virtuel, toujours d’actualité?

Pour plusieurs raisons, je pense depuis longtemps qu’il faudrait un passeport pour utiliser le web. Enfin, plutôt, je penche de ce côté comme je l’expliquais au début de cette année, en réponse à la question « Et vous, êtes-vous en faveur d’un passeport virtuel pour vous connecter à Internet? » :

J’aurais tendance à répondre oui, dans l’optique où cela ferait tomber à néant le phénomène des trolls, ces anonymes qui se plaisent à foutre la merde sur les blogues et ailleurs parce qu’ils se pensent intouchables. Et tout ce qui vient avec le fait de pouvoir pervertir son identité web, au besoin. Par contre, cela ouvrirait une brèche peut-être trop large au niveau du contrôle des faits et gestes des internautes. Et une imagination même pas très fertile nous permet facilement de voir où cela pourrait nous mener…

Et je suis tombé tantôt sur un billet chez BRANCHEZ-VOUS! où j’ai appris qu’Eugène Kaspersky, « directeur général de l’entreprise russe du même nom », tente de remettre de l’avant cette idée avec ces quelques arguments :

il paraît «invraisemblable» que les gouvernements n’encadrent pas mieux le cyberespace, qu’il qualifie de «domaine le plus stratégique des sociétés modernes». L’exigence d’un passeport permettrait de retracer l’identité des internautes lorsqu’ils consultent ou mettent du contenu en ligne. […] il avait déjà affirmé que tous les internautes ne pouvaient pas demeurer anonymes en ligne, en rappelant qu’Internet était «d’abord conçu pour les militaires et les scientifiques et non pour un usage public». […] «J’aimerais refaçonner l’Internet en y introduisant de la régulation: passeport Internet, police du web et accord international sur les standards à suivre. Et si certains pays s’y opposent ou n’y prêtent pas attention, il suffit de les débrancher»

En lisant cela, je me rends compte que mon opinion à cette question ne rejoint pas du tout celle de cet homme qui veut visiblement seulement du contrôle, du contrôle et encore du contrôle. On croirait entendre le gouvernement chinois…

Pour ma part, dans le fond, l’idée d’un passeport ne m’enchante que lorsqu’il est question des médias sociaux, incluant bien sûr la blogosphère, c’est-à-dire quand des gens interagissent. Il me semble important de jouer le plus franc-jeu possible lorsque nous conversons sur le web, mais qu’est-ce que ça donnerait d’épier tout le monde tout le temps quand il ne s’agit que de consultation d’information?

Certains pourraient arguer qu’il y a du contenu prohibé comme de la pornographie infantile, mais il y a justement déjà des policiers qui se penchent là-dessus.

Les internautes ne sont pas coupables a priori.

(Photo : sshb)

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13 réponses à Un passeport virtuel, toujours d’actualité?

  1. Gradlon dit :

    Mon seul bon comportement ne me donne pas l’impression d’être en sécurité contre les attaques personnelles et la calomnie. C’est pourquoi j’utilise un pseudonyme. En théorie, une mesure telle que le passeport virtuel pourrait me rassurer, mais il n’en est rien. Même s’il serait plus facile pour un citoyen lambda de se rendre devant un juge, notamment parce qu’il serait plus facile de présenter une preuve (les paroles s’envolent, les écrits, particulièrement virtuels, restent) reliant A à B, le mal serait déjà fait et le dédommagement, probablement plus à la mesure des moyens du fautif qu’au préjudice subit par la victime.

    D’ailleurs, le préjudice serait sans doute encore plus grand, car le fautif, lui aussi, aurait accès à l’identité réelle de sa victime!

  2. Plutôt que de débattre sur comment doit-on limiter la liberté d’expression sur Internet, on devrait plutôt se demander comment ne pas la détruire!

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2010/10/12/manifestation-dappui-a-remy-couture-le-13-octobre/

  3. Un tel passeport serait beaucoup trop restrictif et liberticide. Je ne serais pas prêt à mettre mes libertés entre les mains de gens qui veulent épurer le Net de ses aspérités. Surtout si c’est au nom de la sécurité.

    Et je suis déjà contre le passeport IRL, développé à l’origine pour contrôler les allées et venues des criminels.

  4. Je serais entièrement pour à une condition: que l’on puisse garder une certaine forme de discrétion.

    Je ne suis pas très chaud à l’idée de voir mon nom sur certains sites de discussions où parfois les esprits s’échauffent et ce dans tous les sens du terme. Comme il est facile ensuite de retracer une adresse ou un numéro de téléphone, alors je crois qu’il y a atteinte à la vie privée.

    Par contre si le passeport permet l’utilisation de pseudonymes, MAIS qu’ultimement les auteurs sont retraçables en cas de plainte (par un tiers, une autorité indépendante) alors là, je n’ai rien contre.

  5. reblochon dit :

    JF L’Internaute, tu es retraçable en cas de plainte. C’est déjà le cas. Après tu as des moyens pour te cacher, les mêmes que tu auras en prenant une fausse identité … la seule chose que cela amènera réellement, c’est de pouvoir fliquer le citoyen lambda et contrôler la liberté d’expression.

    Imaginez un dissident iranien vivant ici et voulant dénoncer son pays d’origine, tout en ne pouvant se cacher derrière un pseudo. Ayoye.

    Idée moisie dès le début, on ne peut pas contrôler des millions de personnes sur Internet sans se retrouver sous un régime totalitaire et pour connaitre un forum qui a demandé les pièces d’identité pour l’inscription, ça n’arrête pas non plus les trolls et les malfaisants. Ça les limite juste un peu plus.

    Un peu plus de liberté, un peu moins de sécurité. Cette phrase de bourgeault s’adapte parfaitement à Internet.

    Et pour répondre à l’ingénu russe, si on ne devait plus utiliser tout ce qui a été inventé pour un autre emploi, on ne ferait pas grand chose dans la vie !

  6. Gradlon et JF L’Internaute,

    je pense qu’il faudrait, pour un passeport virtuel servant seulement aux médias sociaux, qu’on puisse décider ou non d’utiliser un pseudonyme.

    ***

    Mon appui à cette idée s’appuie seulement sur un désir de ramener fortement l’idée du civisme sur le web, puisqu’il y en a certains qui ne le comprennent pas…

  7. Une législation aussi lourde (dans les deux sens: lourde de gestion, et lourde de conséquences) juste pour une question de civisme? Non, c’est un motif très nettement insuffisant. Je m’y oppose au même titre que je m’opposerais à une législation qui prétendrait obliger les gens à être polis dans la rue.

  8. « Mon appui à cette idée s’appuie seulement sur un désir de ramener fortement l’idée du civisme sur le web, puisqu’il y en a certains qui ne le comprennent pas… »

    100% en accord. Le courage est grand quand on est caché derrière un écran et qu’aucune représailles ne guettent quand on insulte les autres.

  9. Déréglé temporel,

    les gens qui auraient tendance à ne pas être polis dans la rue le sont parce qu’il y a un risque d’au minimum se faire mettre une claque…

  10. Mouais, mais en ne répondant qu’à l’analogie, tu passes à côté de l’essentiel de l’argument. T’es vraiment prêt à payer un prix aussi démesuré pour pareille bagatelle?

  11. Déréglé temporel,

    c’est correct, t’as le droit de penser que les rapports humains sur le web ne sont que de la bagatelle…

  12. the Ubbergeek dit :

    Renart, vous ne réaliser par l’importance d’un espace libre… Moi qui navigue quotidiennement et intensivement dans le web anglo, où le troll est MILLE FOIS pire qu’en français – le troll francophone est une moumoune… – je suis contre une telle mesure…

    Le web doit rester neutre et libre. Il est utile en cas de censure et oppression étatique, religieuse, du marché, militaire, etc…

    Vive les Partis Pirates du Monde!

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