Rien de gagné pour la langue française au Québec…

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Photo : MPD01605

Il n’y a vraiment rien de gagné pour la langue française au Québec.

Bien sûr, la majorité francophone ne va pas cesser de parler français du jour au lendemain, mais le syndrome du citoyen (anglo-saxon) du monde gagne toujours du terrain.

Un guichet unilingue français

Une citoyenne, Anne-Marie Legault, parfaitement bilingue, a fait une scène, relayée par CBC News, parce que dans un magasin Target un guichet de service informatisé ne lui offrait pas l’opportunité de faire sa transaction en anglais, sa langue préférée pour ce faire :

I went to pay for some items with the self-service kiosk and I went to find the English button — even though I’m perfectly bilingual, it’s just the language I prefer to do business in — and there was none

Elle a décidé de boycotter le magasin et d’aller acheter ailleurs. Mais elle a quand même envoyé deux courriels à Target pour se plaindre. Elle y affirme que le Canada est un pays bilingue et que Montréal n’est pas un environnement strictement unilingue français :

Canada is a bilingual country so I thought, if they really knew their target demographic, then they should have realized that Montreal is not just a unilingual French environment

On lui a répondu que ce n’était pas une question de politique linguistique, mais une problématique technique.

Donc, dès le printemps prochain, elle pourra faire des affaires chez Target dans la langue de son choix…

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Il y a aussi beaucoup de pression du côté de nos concitoyens purement anglophones. Pour eux, la loi 101 ne ressemble pas assez à un morceau de gruyère…

Des plus grosses lettres pour l’anglais

Malgré le fait que la majorité des magasins du centre commercial Fairview contreviennent à la Charte de la langue française avec leurs noms anglophones, Murray Levine appelle au boycottage parce que ces magasins affichent leurs soldes et autres communications en français seulement :

«Il faut respecter la majorité des clients et la majorité des clients, dans l’ouest de l’île, parle anglais», dit-il en entrevue.

«Je suis vieux maintenant et je porte des lunettes, alors ça me conviendrait très bien que les lettres soient deux fois plus petites, mais par courtoisie pour la clientèle anglophone, oui, je veux des versions anglaises», réclame M. Levine.

Selon l’article de La Presse, le mouvement commence à prendre de l’ampleur.

Une des réactions (celle que je trouve la plus sensée) :

C’est ridicule de faire du chichi là-dessus, lance Jasmine McDougall, une jeune femme parfaitement bilingue de père anglophone et de mère francophone. Le service à la clientèle doit être courtois et respectueux, les vendeurs doivent être capables de s’exprimer dans les deux langues, mais pour le reste, il faut quand même reconnaître que le Québec, c’est français.»

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Donc, on a une citoyenne bilingue qu’il ne serait pas exagéré de considérer comme une colonisée, un citoyen anglophone fier de son unilinguisme et une autre citoyenne bilingue capable de faire la part des choses. C’est bien beau la liberté de choix, mais ces deux histoires ne démontrent que de l’individualisme crasse. Je suis bien d’accord que ce guichet aurait dû offrir aussi l’anglais, mais c’est la réaction qui est exagérée. Ce n’est pas comme si cette femme ne pouvait pas comprendre le français. Et le problème avec l’autre individu et sa croisade, c’est justement son incapacité à comprendre le français – des annonces de soldes, ce n’est pas un niveau de français très difficile à acquérir, on s’entend – dans un contexte où, collectivement, et depuis longtemps, le Québec s’est doté de lois pour protéger le français et espérer en faire la langue commune.

Mais les histoires que je pointe ici démontrent que ce n’est pas ça qui se passe. L’anglais, déjà langue de communication internationale et langue majoritaire au Canada, est en voie de devenir (à mon sens, c’est déjà le cas) la langue commune dans l’espace québécois, parce que cet espace ne peut se valoir comme tel, francophone, culturellement distinct, non : c’est une insulte à la vertu multiculturaliste qui cultive sa propre version de la tolérance et de l’ouverture d’esprit. Alors, soyons tellement accueillants du monde (anglo-saxon) qu’il n’aura même pas besoin de savoir que nous existons dans une autre langue. Peut-être un peu, mais seulement au niveau folklorique avec une loi 101 juste assez forte pour contenter les francophones mous.

Et au-delà des lois, il y a les gens. Les gens qui dénient le droit du Québec à l’autodétermination. Les gens qui voient seulement le fait français et la culture québécoise comme un empêcheur d’excellence. Les gens qui ne voient pas de problème à entretenir l’unilinguisme anglophone et l’anglais comme langue seconde pour les immigrants parce qu’entre autres, ils pratiquent leur anglais. Les gens qui se moquent de ceux qui tentent de relever le niveau du français écrit et parlé, assailli par des mots anglais et des anglicismes. Les gens qui se trouvent bien à la mode d’écrire en franglais. Les gens qui ridiculisent les unilingues francophones. Les gens qui pensent que c’est une obligation d’apprendre l’anglais. Les gens qui ont une peur bleue que leurs enfants ne soient pas parfaitement bilingues à la sortie de la maternelle.

On aura beau avoir des lois, mais le PLQ continuera toujours, par la bande, de mettre des bâtons dans les roues du fait français, et le PQ continuera malheureusement de ne pas faire la souveraineté, ce qui pourrait faire taire, une fois pour toutes, l’argument : « le Canada est bilingue ».

(Crédit photo : MPD01605)

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