Quenelle, ananas et autres dieudonniaiseries

Dieudonné

Photo : Réseau Voltaire

Dieudonné. Je le regarde peut-être d’un peu trop loin pour certains, mais je ne crois pas avoir besoin d’un doctorat en dieudonniaiseries pour réussir à tracer un chemin d’analyse crédible.

Ma thèse tient sur pas grand-chose, je l’avoue d’emblée : si Dieudonné est un extrémiste, comme beaucoup l’accusent, il est seulement un extrémiste de la provocation et il joue le jeu jusqu’au bout. Donc, Dieudonné est un jusqu’au-boutiste et si ça se trouve, le pire que l’humanité a pu enfanter.

Alors, sa quenelle (voir l’extrait du Petit Journal à ce sujet), qui ne semble plus lui appartenir depuis un bon bout de temps, est un pied de nez simplement enculatoire qui est devenu, par la force des choses, un « salut nazi inversé ». Qu’il soit lui-même partie prenante de la transformation ou non est assez secondaire. Pour quelqu’un aimant jouer sur l’ambigüité, soit c’était une aubaine, soit c’était un plan machiavélique pour pousser le bouchon de la provocation un peu plus loin.

Pour ce qui est du scandale Shoananas, il pousse lui-même sciemment la dieudonniaiserie jusqu’à se défendre en prétendant que ce n’est pas Shoananas, mais bien « chaud ananas »… On a le droit de trouver ça drôle ou non, mais il faut admettre que le procédé tient du génie pour un humoriste constamment aux prises avec la justice.

Encore plus, pour ce qui est de ses relations avec l’« extrême droite », comme le négationniste Robert Faurisson et le Front national (il a choisi Jean-Marie Le Pen comme parrain pour sa fille), nous avons encore très clairement ce désir de provoquer, mais qui se défend très bien avec l’argument qu’il faut départager les personnes de leurs idées. Il joue avec la notion du glissement facile entre l’antisionisme et l’antisémitisme, et encore plus, avec la définition du racisme, puisqu’il est loin d’être lui-même un arien…

Mais, selon ma lecture, ce n’est pas seulement de la provocation pour de la provocation. Toute la démarche de Dieudonné se compare aux caricaturistes qui ont dessiné Mahomet malgré l’interdit religieux et qui se sont vus menacés de mort. Braver l’interdit et le tabou est un moteur pour sa démarche qui jongle avec ce qu’implique la liberté d’expression. Alors, ce que démontrent les multiples scandales qu’il suscite, c’est qu’on ne peut pas rire de tout et surtout, avoir un regard critique sur tout.

Est-ce que c’est une bonne nouvelle? Rien n’est moins certain.

 

(Crédit photo : Réseau Voltaire)

Ce contenu a été publié dans A la Une, divers, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.