Magnotta, Guy Turcotte et la non-responsabilité

Dessin : Mike Mclaughlin / Presse Canadienne

Dessin : Mike Mclaughlin / Presse Canadienne

Les Canadiens scandalisés par les verdicts de non-responsabilité criminelle ne comprennent pas que certains tueurs ne peuvent tout simplement pas distinguer le bien du mal, ont affirmé […] des experts judiciaires.

Devant des cas comme Magnotta ou Guy Turcotte, pour la plupart, en effet, l’incompréhension est totale. Mais je crois que cette incompréhension ne saurait se limiter à la mécanique judiciaire. Il y a dans le verdict de non-responsabilité de Guy Turcotte et dans le désir de Magnotta de se voir non criminellement responsable quelque chose qui va à l’encontre du sentiment même de justice.

La folie criminelle

Tout d’abord, il y a dans tout crime une difficulté de « distinguer le bien du mal », enfin, en regard de nos règles sociales. S’il s’agit de voler une pomme, cette difficulté est plutôt floue et peut très bien être justifiée par la faim, par exemple. Pour ce qui est du meurtre, ça ne peut pas être plus clair. Le meurtrier ne distingue plus grand-chose.

Et si la difficulté de « distinguer le bien du mal » est quelque part synonyme de folie, ce pour quoi on réussit à donner un verdict de non-responsabilité à quelqu’un comme Guy Turcotte, on pourrait ultimement déclarer tous les meurtriers non criminellement responsables. Il faut être cinglé, pis pas à peu près, pour enlever la vie à quelqu’un, non?

Mais je sais bien que ce n’est pas la morale ni l’éthique qui priment dans des cas comme ceux-là, mais bien l’avis des spécialistes de la santé mentale, sur lesquels reposent les décisions judiciaires. Devant un meurtre, il va plus de soi qu’un cardiologue émérite ait eu un accès de folie qu’un membre d’un club de motards criminels, surtout si en plus ce meurtre est une commande. Mais la capacité de « distinguer le bien du mal » est mise à mal tout de même dans les deux cas…

Cette responsabilité qui précède la non-responsabilité

Cependant, le point qui m’importe le plus ici est l’idée de non-responsabilité. Quand je regarde Magnotta se défendre avec sa maladie mentale diagnostiquée avant le meurtre, je me dis qu’il avait au moins eu l’opportunité de faire preuve de responsabilité en prenant en main sa maladie avec de l’aide au lieu de suivre son délire meurtrier. Quand je regarde ce qui semble avoir mené Guy Turcotte à commettre l’irréparable (« ses avocats avaient plaidé que ses actes étaient le fruit d’un trouble d’adaptation jumelé à de l’anxiété et à une humeur dépressive »), j’ai seulement en tête son irresponsabilité à laisser la situation prendre le dessus sur lui au lieu de se placer en situation de recevoir toute l’aide dont il avait besoin.

On peut objectivement penser qu’ils ont eu tous les deux des moments de lucidité, enfin, assez pour pouvoir attraper la balle au vol. Et on ne parle pas ici de deux itinérants sans ressources qui sont à la rue à cause de la désinstitutionnalisation, mais de deux hommes capables de se responsabiliser face à leurs santés mentales. Ce point devrait jouer lors d’un jugement. Cette idée devrait se refléter dans le droit criminel.

Peines bonbons

Donc, pour moi, la non-responsabilité, qui vient avec des peines bonbons, ne tient pas toujours la route au niveau éthique. On ne sait pas ce qu’il adviendra de Magnotta, mais pour ce qui est de Guy Turcotte, son verdict de non-responsabilité n’aurait jamais dû permettre une libération en deçà d’une condamnation pour meurtre au deuxième degré, ce qui n’est pas, à ce que sache, la permission de sortir sans accompagnement jusqu’à huit heures par jour après 3 mois et de purger cette peine de semi-liberté pendant moins de 2 ans.

Ces cas remettent profondément en question le bien-fondé de la Justice et il faudrait bien qu’elle s’adapte pour réparer la confiance brisée du public. Si la Justice ne peut pas répondre à cette question, il n’y aura que le cynisme pour être nourri. Et ça, ça n’augure rien de bon pour l’avenir…

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Êtes-vous d’avis que le verdict de non-responsabilité criminelle devrait être encore plus difficile à obtenir?

 

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15 réponses à Magnotta, Guy Turcotte et la non-responsabilité

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