Lettre à Jean-Marc Léger

Crédit Photo : Éric Carrière

 

 

Cher monsieur Léger,

j’ai lu avec délice votre lettre adressée aux boomers jusqu’à ce qu’un passage me laisse perplexe :

Ils sont beaux à voir nos leaders étudiants qui s’expriment dans un français impeccable, qui conversent de façon intelligente et qui manifestent pacifiquement. C’est vrai qu’ils sont un peu trop à gauche, mais il faut que jeunesse se passe. Si tu n’es pas à gauche à 20 ans, c’est que tu n’as pas de cœur, mais si tu es encore à gauche à 40 ans, c’est que tu n’as pas de tête.

J’ai poursuivi ma lecture en me disant que c’était peut-être le début d’une volte-face, mais non, l’introduction du texte annonçait bien la conclusion.

En tout respect, je pense que ce passage contredit un peu tout le reste. Si ce texte était un pied, cela serait son épine, surtout cette phrase en fait :

Si tu n’es pas à gauche à 20 ans, c’est que tu n’as pas de cœur, mais si tu es encore à gauche à 40 ans, c’est que tu n’as pas de tête.

Je sais que cette dernière phrase s’inspire très fortement d’un aphorisme qui a été servi à plusieurs sauces et qui tend à généraliser l’idée que les jeunes sont à gauche alors que les vieux sont à droite. Même chose pour la question constitutionnelle : les jeunes sont souverainistes et les vieux, fédéralistes. Mais ce n’est pas la généralisation en lien avec l’âge qui me dérange le plus, c’est plutôt de lire que la gauche n’est pas une position rationnelle, seulement une position émotive. Surtout qu’en plus vous débutiez par admettre que les jeunes dirigeants étudiants « conversent de façon intelligente ».

Si je peux vous parler de moi, j’ai 41 ans et pourtant, je penche beaucoup vers la gauche, et je crois aussi que je suis capable d’intelligence dans mes positions. J’admire plein de gens de gauche de plus de quarante ans. Alors, je n’apprécie pas tellement de lire que nous n’avons « pas de tête ». Et même si je penchais plus à droite, j’ose espérer que j’aurais exactement le même avis à ce sujet. Parce que, qu’on soit de gauche ou de droite, on a tous le coeur et la tête à la bonne place. Mais bon, je généralise ici aussi, je l’admets.

Voilà, je suis peut-être le seul qui ai remarqué ça, mais je tenais à vous en parler. J’ai toujours trouvé cet aphorisme insultant, alors s’il pouvait disparaître de votre lettre, ça serait peut-être le début de son chemin vers l’oubli.

Mes salutations les plus distinguées,

Renart Léveillé

 

(Photo : Montréal Express)

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5 réponses à Lettre à Jean-Marc Léger

  1. André Paul dit :

    J’ai 67 ans et ai sans doute perdu la tête puisque je suis toujours à gauche et je compte bien mourir ainsi.

  2. Daniel Lalonde dit :

    Moi j’ai pris cet extrait qvec humour. Les gens sont souvent est plus idéalistes dans leur jeunesse que plus vieux. Mais je pense que c’était plus ironique qu’autre chose. 🙂

  3. X-Pat Viau dit :

    Tu as bien fait de faire la remarque, c’est exactement ce qui m’a fait tilter. J’appuyais comme toi le reste de son mot à 100%.

  4. Sébastien dit :

    À mon avis ce sont ceux qui sentent le besoin de projeter toute la complexité du spectre géo-socio-écono-politique sur un simple axe allant de gauche à droite qui n’ont pas de tête.

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