Les moto-talitaires

Même dans les moments les plus difficiles, comme en cette journée de l’insuffisante fierté où j’ai été étourdi de fatigue, j’aime bien jongler avec deux balles idéologiques, soit celles de l’anarchisme et de l’autoritarisme. Mais pour bien jongler, il faut au moins trois balles, et la dernière je l’ai cueillie par l’ouïe et la colère : j’ai choisi la pétaradante balle des grosses motos cylindrées qui saturent l’air de leurs vibrations balourdes et claquantes. Désolé pour le trop-plein de qualificatifs, mais ce n’est que du calque : le trop-plein de liberté de ces motards vient empiéter sur mon désir de tranquillité et je voulais le partager de cette manière.

Voilà bien un exemple où un monde « sans foi ni loi, sans dieu ni maîtres » me semblerait assez difficile à vivre. Il y a des réglementations, des amendes pour les contrevenants, et pourtant il y a toujours moyen de se procurer les moyens de hyper péter à l’intention des citoyens qui en seront quittes pour hyper pester…

Dans un monde sans police, est-ce qu’il faudrait que mon petit moi-même parte à la chasse de chaque motard qui s’aventure tout près de chez moi pour lui expliquer le sens du civisme? Et surtout, avec l’anarchie, est-ce que par magie cette culture du bruit disparaîtrait?

J’ai un bon ami à moi qui a un de ces engins. J’ai bien essayé de lui faire un peu la morale, mais il s’en fout : la sensation de conduire son bolide, de collection, payé à prix fort, l’importance d’entendre le vrai son du moteur vient faire disparaître nos importances. Il prévoit même dans son budget un montant pour les tickets…

Dans ce cas, vivement l’acharnement légal sur les contrevenants, les 48 heures, les inspections, le retrait du permis de moto dans le cas de récidive, et surtout, l’interdiction de vente de ces sacrés faux-silencieux!

(Photo : TonyToxico13)

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Une réponse à Les moto-talitaires

  1. exivrogne dit :

    Cher Renart, comme je le dis souvent, 2 choses recentreront politiquement tous les hommes sans exceptions:

    1. La recherche du confort.
    2. L’exercice du pouvoir.

    Autrement, tous les autres berceaux viennent des moments de notre vie où nous nous trouvons confortés que dans l’un ou l’autre de ces deux, et alors, viennent les tristesses.

  2. Psst. Je le dirai tout bas. Quand je ride avec ma grosse grosse machine à 2 roues, je porte des boules quies. Au risque de me faire lyncher par les vrais de vrais qui s’abiment avec plaisir les oreilles – et profitent du son produit pour lancer des « make some noise » ; j’adore le bruit produit par mon engin, évidemment. Mais même en sortant du garage avec tous les trucs d’origine, je trouve encore le bruit trop assourdissant. Du coup, je pense aux autres qui doivent l’endurer et je tente certains compromis. Ne pas démarrer tout près des maisons ; faire rouler la moto jusqu’à la bordure de la route avant de la démarrer ; éviter le « choke » tôt le matin ; rouler à basse vitesse dans les quartiers résidentiels voire même éteindre le moteur juste avant d’arriver dans l’entrée pour ne pas achaler les voisins… Ma liberté est celle de pouvoir me faire pousser des ailes à partir de deux roues magnifiquement soutenues par un corps bleu azur au moteur vrombissant. Celle des autres est de me rappeler à l’ordre si je dérange. Trop.
    Je tente de préserver cette liberté en évitant l’ambition de modifier la machine au point où elle deviendrait à la limite de l’illégal. Je tente de préserver cette liberté en évitant de faire suer mes voisins, également. Jamais eu de ticket… et j’en veux pas non plus ! Mais la paix sociale est plus, pour moi, un leitmotiv que la crainte des représailles policières.
    Ma Harley fait moins de dommages sonores que mon ancienne moto, un gros racer Ninja qui lui, n’avait eu aucune modification ! Pourtant, je me faisais moins regarder de travers avec celle-là ! Les comportements des gens sont également associés à ces généralités que tous les proprios de Harley sont honnis ; à ce compte, tous les ceci sont des cela…
    T’as pas eu envie de prendre les gangs de rue qui saccagent une fête comme troisième balle ? 😉

  3. exivrogne,

    que de justesse!

    Pour ma part, je suis toujours prêt à sacrifier de mon confort et je veux croire que le pouvoir ne me corromprait pas…

    Intellex,

    le fait que je vise particulièrement les motos de type Harley, c’est que je sais que c’est très à la mode de les faire sonner le plus bruyamment possible. Quand je dors et que je me fais réveiller par un moteur, c’est plus la source du bruit qui me dérange que le contenant, bien sûr.

    Si tu fais tout pour respecter la quiétude des gens autour de toi, je n’ai rien à redire, c’est certain.

    « T’as pas eu envie de prendre les gangs de rue qui saccagent une fête comme troisième balle ? »

    Je n’ai pas entendu parler de ça… j’ai passé la journée à me reposer et à me faire déranger par les motos, et ça continue de plus belle pendant que j’écris!

  4. Le seul temps que mes deux roues font du bruit est si je fixe une carte à jouer dans les rayon avec une épingle à linge et j’ai depuis longtemps passé l’âge… (Ça rappelle des souvenirs, non?)

  5. Philippe,

    oh! que oui!

  6. MFL dit :

    Je crois que je serais prête à sacrifier mon confort s’il me permettait de vivre dans un monde plus libre. Par contre, l’éternel égoïsme des êtres humains fait que leurs propres libertés passent toujours avant celle des autre.

    L’équilibre est là!

    Mais il y a trop d’intolérance ici bas.

  7. exivrogne dit :

    @ Renart: Dans ma citation, ce que je tente plutôt de dire est que l’exercice du pouvoir recentre automatiquement dans une grande partie des cas où la gouvernance est libre, sans quoi autrement, on parle ou de déficit, ou de surplus exorbitants, mais j’arrête ici, je ne parle ni ne commente politique, tu m’as eu, et ne m’y reprendra plus j’espère 😉

    @ MFL: Oh que oui!

  8. Redge dit :

    Exivrogne, excuse-moi d’avance, car je ne veux pas du tout t’offenser. Tes propos sur l’homme et sa recherche du confort m’intéresse beaucoup, mais pour l’amour de Dieu, j’ai beau relire 2-3 fois, tout ce que je comprends, c’est que je ne fais pas partie de la même ligue intello que vous! Pourquoi parler simplement quand on peut le faire de façon compliquée, comme disait l’autre… 😉

    Pour ce qui est du sujet, j’ai l’impression que ceux qui ont des motos bruyantes ne l’ont pas seulement pour le plaisir d’entendre le rugissement du moteur, mais aussi pour savoir que le rugissement est entendue pas les autres! Ce n’est pas tout que la motos fasse du bruit, il faut que les autres l’entendent, sinon c’est pas pareil. Sentiment de puissance, j’imagine…

  9. sylvain dit :

    C’est plate, je voulais te faire des « rides » de bicycle, samedi!

  10. ExIvrogne dit :

    @ Redge: Je suis désolé, loin de moi l’envie de jouer l’intello. J’essaie parfois de faire précis et j’obtiens tout le contraire, rien à voir avec vous! Alors je tente autrement. Je crois que dans une recherche du confort: réer, retraîte, enfants scolarisés, enfants vêtus, enfants qui ont un lift, etc… On finit par quitter la gauche ou la droite pour doucement aller au centre.

    Exemple: Je veux faire du camping parce que j’en ai marre d’entretenir des hotels, etc… j’ai une tente, des sacs de couchage, des glacières, etc… Pour transporter le tout avec 2 enfants? Un HHR qui consomme… déjà mieux qu’un mini-van vous me direz! J’en conviens…

    Arrivé au pouvoir, je crois qu’il arrive le même phénomène, on casse des oeufs, nécessaires… ou par maladresse. Je ne crois pas qu’il est uniquement question de corruption du pouvoir.

    Vouela! Merci de demander ces précisions msieur! Désolé pour le manque de clarté.

  11. Redge dit :

    @Exivrogne, je comprend un peu mieux, merci! Après avoir du le petit documentaire The Story of Stuff, j’ai vraiment réalisé que la recherche constante du confort par le matériel avait un prix pas mal plus gros que je pensai. Je sais, c’est cliché dire ça, mais j’ai eu une claque en plein visage en regardant ce film là.

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