L’enjeu de la culture

 

Quand Nathalie Elgrably-Levy, ainsi que les autres droitistes de sa trempe, dit non au mécénat public, elle a tout à fait le droit. Je ne lui enlèverai pas, même si son droit de l’exprimer est magnifié par sa place de chroniqueuse dans un média tentaculaire et surtout, omniprésent. Média qui, on le sait, ne joue plus tellement dans le territoire de l’objectivité lorsqu’il est question d’opinions. Bon, de toute façon, objectivité et opinions ne font pas bon ménage, alors je parlerai plutôt d’un manque de diversité.

Selon moi, Simon Jodoin, du Voir, a très bien démonté l’argumentaire de sa chronique torchée à la va-vite. Un blogueur, Civil Rony, a très bien défendu le mécénat public dans une lettre adressée à la chroniqueuse. Mais ça ne reste que mon avis, celui que je forge selon mes valeurs. Hautement épicés oui par mon parcours artistique. Mais quand Nathalie Elgrably-Levy demande « L’État doit-il jouer le rôle de mécène ? », sa propre réponse se cogne surtout à celle de la collectivité. Et elle espère bien que son regard simpliste pourra émouvoir ceux à qui ce qualificatif sied le mieux…

Par contre, je n’ai pas trop de difficulté à croire que le Québec penche du côté du mécénat public. Si les Québécois n’ont pas eu de difficulté à voter en masse pour le NPD, clairement à gauche, ils doivent bien aussi donner leur aval à une participation étatique à la culture. Par contre, si Stephen Harper décide de couper là où ça fera le plus mal aux artistes, il ne nous restera qu’encore plus de dépit de n’avoir rien pu faire pour empêcher un gouvernement majoritaire conservateur.

Et là, on voit bien le topo qui s’en vient. Politiquement, Harper va couper tandis que le NPD va crier dans le vide. Le Québec va se joindre à ce cri alors que le ROC va ajouter à sa liste une autre raison de dénigrer les Québécois. Rendu-là, si le Québécois moyen ne comprend pas qu’il est très mal servi par le système fédéral de ce trop grand pays, il ne lui restera qu’à gueuler dans le vide, assis sur son balcon, ce qu’il semble seulement capable de faire… (Et hop! une autre raison de plus de désirer la souveraineté!)

Mais, pour rester dans la politique, je crois qu’il faut voir une double utilité à de possibles coupes dans la culture pour le gouvernement Harper. À court terme, c’est bien sûr de faire plaisir aux électeurs de la droite dite économique. Cependant, à long terme, de mettre des bâtons dans les roues de la culture québécoise pourrait d’autant miner, et la spécificité des Québécois, et leur désir de jalousement la préserver. Si l’État est un levier important pour le succès de certains artistes et la découverte d’autres, entre autres, il faut craindre un certain marasme qui se fera sentir collectivement. Et à un point de non-retour, le mouvement souverainiste sera relayé au folklore, la langue française pas trop loin derrière. Tout ça, bien sûr, avec toute l’exagération dont je suis capable, en occultant aussi le fait que le gouvernement provincial a aussi son mot à dire à ce sujet. Mais je crois que vous comprenez l’idée. Et puis, quand même, à ce que je sache, les Québécois payent encore des impôts au fédéral.

On me répondra que si la culture québécoise a besoin de l’État pour fleurir, elle ne doit donc pas valoir grand-chose, qu’on la laisse donc mourir de sa belle mort. Mais je reviendrai à ce que j’écrivais au début de ce texte, soit que c’est un choix collectif. Si les Québécois veulent collectivement aider la culture en passant par l’État, c’est tout à fait légitime. Et jusqu’à ce qu’un mouvement de société assez fort pour renverser cela se pointe et réussisse à les faire changer d’avis, ce que Nathalie Elgrably-Levy et consorts tentent de faire, c’est de cette manière que ça se passe, et avec quand même beaucoup de bonheur. Quoi qu’ils en disent, même la raison la plus pure ne pourrait arriver à démontrer que l’investissement en culture ne donne absolument rien. Comme je ne dis pas d’ailleurs que la culture disparaîtrait obligatoirement avec la disparition des subventions étatiques.

Comme n’importe quel choix, il y a des pour et des contre. Malheureusement, la chroniqueuse tente clairement d’occulter les bons côtés du mécénat public et les mauvais côtés d’un désengagement de l’État dans la culture. Est-ce que ça surprend quelqu’un?

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18 réponses à L’enjeu de la culture

  1. L’État doit-il servir de mécène pour les militaro-terroristes?

  2. gillac dit :

    Dans l’histoire du monde, à toutes les périodes, le mécénat de l’état a existé. Les plus grands chefs d’oeuvre de l’humanité que les plus riches tentent d’accaparer viennent de là. Peut-être que madame Elgraby trouve qu’il y en a suffisamment pour ses amis…Ce sont pourtant eux que l’on voit lors des grandes manifestations artistiques aux premières places.

  3. L’État doit-il servir de mécène pour la répression policière des non-crimes?

  4. Comment se fait-il que ceux qui sont contre le mécénat public des artistes sont justement ceux qui sont le plus en faveur du financement public du nouveau Colisée?

    Au moins, Art-Peur aura été cohérent dans le dossier du Colisée, contrairement à son caucus de poteaux et d’incompétents CONservateurs de la région de Culbec City…

  5. the Ubbergeek dit :

    @David

    La réponse est simple.

    Pour la droite, toute culture est égale par example. Ou plutôt, le public est le citère le plus important.

    Une pièce de Sophocle où 200 personnes viennent? C’est de la marde! Mais Céline Dion, et des milliers de spectateurs? C’est bon!

    Les critiques, c’est de la marde! La culture de divertissement, pas des trucs chiants d’artisses ou d’intelectuleux!

    Et notablement, pour eux, le sport est de la culture!

    À voir le papier plus ancien de Renart sur les Artistes et la Gauche.

  6. Terez L. dit :

    J’ai lu cet après-midi la réponse (ci-dessous) à Mme Elgrabry que j’ai trouvé savoureuse. L’auteur y parle d’un livre que Mme Elgrabry a écrit en 2006 et de la subvention qu’a reçu la maison d’édition qui l’a publié parce que les livres que cette maison édite ne se vendent pas tous à des millions d’exemplaires. Le livre de Mme Elgrabry ne serait pas un best-seller et sans subvention, son livre n’aurait probablement jamais vu le jour. LOL Vlan dans les dents la madame!

    https://www.facebook.com/home.php?filter=app_2309869772#!/notes/jean-philippe-joubert/en-r%C3%A9ponse-%C3%A0-nathalie-elgrably-l%C3%A9vy-non-au-m%C3%A9c%C3%A9nat-le-journal-de-montr%C3%A9al/10150174370814795

  7. the Ubbergeek dit :

    Quelle hypocrisie…

  8. the Ubbergeek dit :

    http://blogues.cyberpresse.ca/arts-du-soleil/2011/05/04/les-artistes-vont-en-manger-toute-une/

    Billet intéressant; et les réactions en disent long…

    Les USA ne sont pas les seuls avec une tendance classic de populisme anti-intelectuels… Le Canada et Québec aussi.

    Regarder aussi les billets de Cyberpresse et l’Actualité sur la science et les partis en élection.

    Du pain et des jeux, des fois…

  9. Mais quand Nathalie Elgrably-Levy demande « L’État doit-il jouer le rôle de mécène ? », sa propre réponse se cogne surtout à celle de la collectivité

    Moi j’aime quand on lance la volonté de la collectivité à tous les vents. C’est qui la « collectivité »? Comment faites-vous pour savoir ce que la « collectivité » veut?

    Si la presque totalité des individus rejette l’œuvre d’un artiste, comment fait-on pour en arriver à la conclusion que la « collectivité » veut de cette œuvre? Comment le jugement de la « collectivité » peut-il aller contre le jugement de tous les individus qui la compose?

    Avant que vous ne m’accusiez se supporter je ne sais quelle autre subvention, sachez que je suis contre toute forme de subvention.

  10. the Ubbergeek dit :

    De un;

    comment savez-vous aussi ce que veut le Peuple? Qui a raison?

    Et peut-on juger de la qualité d’une oeuvre? Est-ce que les critiques ont raisons?
    Vous, mon ami, être en train de démontrer un point; la droite et cie associent popularité et qualité abusivement.

    Sans tomber dans un snobisme pédant, on peut juger et voir qu’il y a des trucs mauvais, et d’autres classiques, de qualité, solide, bon, ‘épique’, etc…

    Oui, un truc peut être populaire parce qu’il est bon. Ou aussi parce qu’il est bon.
    Mais m’excuse, il y a des trucs vapides, vides, minable,s etc très populaire. Genre toucher un dénominateur commun, donc bas.

    M’excuse, mais la pop sirupeuse genre Hannah Montanah, c’est pas le même qualibre que disont Brasens. La Cloche et l’Idiot, c’est pas Citizen Kane.

    Le corrolaire de cette erreur logique;
    -Si c’est pas populaire,c a vaut rien.
    Au contraire, il y a PLEIN de trucs qui étaient excellent, mais qui ont raté. Des artistes génials, mort dans la misère – encensés après leurs morts et redécouvertes. etc.

  11. Terez L.

    badang! (Bruit des dents qui tombent par terre.)

    Phillipe,

    en quel honneur tu me vouvoies?

    Sinon, il me semble bien avoir expliqué mon point dans mon billet. Je ne dis pas que la collectivité veut ou non des oeuvres, mais que la collectivité veut encore du mécénat public. C’est bien de ça dont il est question, même que ça me semble un peu absurde de considérer actuellement la question sous l’angle de l’appréciation artistique de chaque individu. Parce qu’en regardant ça de cette manière, les dés sont évidemment pipés.

    C’est bien certain que s’il faut justifier chaque oeuvre d’art subventionnée par une appréciation totale ou même seulement majoritaire de la collectivité, le mécénat public est carrément impossible. Et c’est bien là où se situe, et tu le sais bien sûr, la pensée des libertariens et autres minarchistes. Mais nous ne sommes pas dans une société libertarienne, alors c’est encore possible, et ça se défend très bien, même économiquement. Idéologiquement, c’est une autre histoire…

    Si je ne m’abuse, la collectivité désire encore que l’État canadien et québécois alloue une partie de ce qu’il paye en impôts à des ministères s’occupant des arts et de la culture. Jusqu’à ce que, possiblement, « vous » réussissiez à lui faire changer d’idée. Bonne chance! (Cela dit avec toute l’ironie dont je suis capable.)

  12. the Ubbergeek dit :

    Personellement, je suis plus insulté par le fait que pour ces gens là, toutes expressions culturelles se valent, seule la popularité serait un signe de qualité…

    Blade Runner, par rexample. Un classiques annés 80s, une oeuvre majeure de science-fiction qui a très bien vieillis et est complexe… Elle a floppé au box office. Mais elle a un statut culte maintenant.
    Ca voudrait dire que ce classique là, c’est de la m..?

  13. Decembre dit :

    S’usez j’ai pas d’accent sur le iphone!
    Je pense que « la majorite » ne veut jamais payer.
    Concerts, festivals, hopitaux, routes, parking mettez-en.
    Donc le public, passe un certain age, veut tout gratuit gardant le principal pour d’autres vices, manger par exemple et bravo si y en a plein pour presque rien$, Peu importe la qualite, c’est bon si c’est gratuit.
    Il faudrait diviser la societe en age pour parler de subventions car les jeunes, les salaries, les vieux, les femmes enfin, c’est sans parler des personnes morales qui elles en recoivent en masse des subventions, des bailouts etc….ils ne percoivent pas tous cela de la meme facon et pour cause.
    On devrait pour voir plus clair, diviser la societe en deux face aux demandes: les personnes humaines, celles qui pour vivre ont besoin d’air, d’eau, de nourriture, de vivre des emotions, de nourriture intellectuelle et les autres, les personnes morales, qui vivent dans le virtuel, un monde artificiel incapable de respecter ni de comprendre des besoins naturels dont elles sont depourvues.
    elles sont depourvues.

  14. Ha ha! C’est bon!

    Je conseille à tous d’aller voir ça, ainsi que les droitistes, enfin, ceux avec un sens de l’humour… 😉

  15. the Ubbergeek dit :

    Renart, ca a rien foutu.

    Comme cent milles ‘pwnages’ intelectuels de la part de progressistes ou simple gens logiques et ouvert d’esprit, les esprit bornés et fermés n’écoutent pas.

    Avec des gens comme elle, tu parle à un mur. Qui a une poitrine.

  16. Je souffrirais d’un trop plein d’optimisme si je croyais que cette femme avait une capacité d’écoute en dehors de son dogme…

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