Le témoignage d’un policier et le grenouillage autour

Depuis quelque temps, il m’arrive de tomber sur des publications intéressantes sur Facebook en lien avec la crise étudiante. Et j’en ai publié quelques-unes. Chaque fois, je m’organise pour demander la permission de la reproduire à la personne qui l’a publié originalement. Ça va de soi, il me semble. C’est la moindre des choses.

Mercredi après-midi, un de mes abonnés Twitter me pointe une histoire concernant le témoignage d’un policier, mais le lien Facebook qu’il me fournit ne fonctionne pas. Pas très longtemps après, je tombe sur ledit témoignage publié sur le Huffington Post Québec. Je remarque qu’il n’y a aucun lien vers la source dans l’article. Pas fort. Vraiment pas fort.

Quoi qu’il en soit, je continue mes recherches, je discute avec des gens sur Facebook et j’envoie une demande d’amitié à la personne en question pour lui demander la permission de le reproduire, même si le HuffPostQc l’a déjà fait. Je me doutais de quelque chose et je voulais avoir la réponse.

Finalement, la personne a accepté mon « amitié » et je lui ai fait la demande, ainsi que rajouté la question qui me brûlait les doigts : « est-ce que le Huffington Post Québec vous a demandé la permission pour le publier? » Elle m’a répondu que non. Elle a ajouté qu’elle me permettait de le reproduire à la condition de ne pas divulguer son nom, seulement son surnom, Kimmy. Parce qu’il faut spécifier ici que le « journaliste » du média d’AOL s’est permis de la nommer, ce qu’elle conteste : elle leur a envoyé une lettre leur demandant d’enlever son nom. Je viens de vérifier, cela a été modifié un peu avant minuit.

Tout est bien qui finit bien, mais tout cela ne serait pas arrivé si le journaliste fantôme avait fait les choses dans l’ordre. C’est bien beau la primeur pour la primeur, mais il y a des limites à ne pas franchir. Et j’interpelle ici mes amis journalistes. Déjà, et je le sais, publier un texte trouvé sur Facebook c’est limite au niveau journalistique, un minimum de contact avec la personne pour savoir ce qu’elle pense de voir sa publication publiée dans un média, ça ne fait pas de tort. Je les soupçonne de s’être seulement dit : ça « buzz » pas mal sur Facebook, il faut en profiter au plus vite, au diable la source!

Voilà, c’est dit! Pour ma part, depuis le début, je ne suis vraiment pas sympathique à ce site parce qu’il a un modèle d’affaires s’appuyant sur le bénévolat des blogueurs, alors c’est bien certain que cette pratique décrite plus haut ajoute à mon dégoût. J’aimerais tous vous convaincre de les boycotter, mais je sais que la tâche sera ardue. D’ailleurs, je me console en me disant que j’ai convaincu le caricaturiste Yvon Roy de ne pas y participer. Il s’est tourné vers nous et le Voir, au lieu. Le Voir ne me remerciera jamais, je le sais, mais j’ai déjà fait un « chin chin » avec ma douce pour fêter ça…

Pour ce qui est du témoignage en question, je le partage donc en toute conscience qu’il provient de deux sources anonymes. Nous avons donc le choix de le croire ou non, pour ma part je veux y croire, parce que même si c’était de la fiction, le message est fort. Les policiers, comme le reste de la population, ne sont pas foncièrement mauvais :

Voici le témoignage qu’un ami policier m’a envoyé pour diffusion:
«Cela fait maintenant quelques semaines que je suis un policier à part entière. Après des semaines d’attentes, j’ai finalement été engagé dans un service de police, le SPVM de son nom. Moi qui m’attendais à simplement patrouiller et à répondre à des appels d’urgences, j’ai eu ma dose de manifestations étudiantes. Dans ce débat, je n’ai jamais pris position fermement bien que tous mes amis soient en faveur de cette hausse. Je peux comprendre que cela représente une masse financière énorme et que si jamais je décidais d’aller à l’université, je n’aurais pas les moyens financiers. Bref, je respecte énormément toutes les personnes prenant part à ces manifs-là. 
Quelques semaines après avoir été engagé, je me suis retrouvé au cœur d’une manifestation étudiante un peu comme celles qui se tiennent maintenant à tous les soirs. Étant dans une auto patrouille, je ne réalisais pas l’ampleur de ce rassemblement. Quelques pétards étaient lancés, mais pas de casse ni d’actes violents. Quelques minutes plus tard, on m’annonce qu’on s’apprête à déclarer la manifestation illégale parce que les esprits semblent s’échauffer. L’anti-émeute qui est présente comme à chaque soir se prépare au pire. On me dit même de demeurer dans l’auto puisque je n’ai pas assez d’expérience pour ce type d’interventions. 
Les policiers lancent donc un avis d’éviction que les manifestants semblent se crisser en grande majorité. Des autobus de la STM étaient prêts à recevoir plusieurs militants suite à leurs arrestations. D’un seul coup, l’anti-émeute s’est mise en branle sous mes yeux et ont foncé dans le tas en sacrant littéralement des volées à des gens quittant la manif qui vire un peu trop violente. Puis, je vis carrément un carnage. Comment mes collègues pouvaient-ils rentrer dans le tas de cette façon? Comment pouvaient-ils blesser des jeunes innocents alors qu’ils savaient pertinemment que ce n’étaient pas ceux-ci qui foutent la marde lors des manifestations? Ce que j’ai vu m’a franchement dégoûté. Je n’ai pas été à l’école pour ça, j’y ai été pour défendre et protéger les droits des citoyens de ma province. 
Par la suite, arrestations de masse, encore du gaz et des cris perçants provenant de manifestants blessés à qui je ne peux même pas porter assistance parce que c’est l’ordre que j’ai reçu. Puis, la manif se termine et en quittant je constate qu’on laisse derrière nous un véritable champ de bataille. Ce soir-là, je n’ai pas fermé l’œil. Ça m’a fait réfléchir, ça m’a fait vomir. Quelques jours plus tard, on m’a renvoyé sur une de ces manifs. C’était simplement la reprise de ce qui s’était passé quelques jours auparavant. Comme si ça avait été dans un film… 
Pour avoir discuté avec des policiers et certains faisant partie de l’anti-émeute, une grande partie sont derrières les étudiants. Ça leur fend le cœur de devoir agir comme des sauvages avec ces derniers, ils exécutent les ordres. Bien sûr, d’autres s’en donnent à cœur joie dans ça. C’est probablement ce qui me dégoûte le plus dans mon métier, certains y passent leurs frustrations personnelles avant d’agir pour leur communauté. »

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4 réponses à Le témoignage d’un policier et le grenouillage autour

  1. Quand est-ce que les fascistes pro-hausse vont condamner cette violence policière?

  2. John Dallas dit :

    Comme tout témoignage, il faudrait qu’il y ait un véritable témoin. Sans ce, ceci pourrait bien être un oeuvre de fiction. Par exemple, mon ami m’a dit qu’un étudiant portant un carré rouge lui a cassé un bras en disant qu’il n’aimait pas son carré vert. Sans savoir c’est qui l’ami ou preuve à l’appui, nous ne pouvons pas confirmer ou nier la vérité. Innocent jusqu’à preuve du contraire???

  3. germain dit :

    « pour ma part je veux y croire » voila ce qui résume bien ce que je pense, et cela s ‘applique aussi à ma conviction religieuse

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