L'auguromanie expliquée aux enfants…

La civilisation a fait de nous des monstres, suceurs de plaisirs et d’habitudes contre nature. Et je suis bien sûr du nombre, même si mon auguromanie (addiction au bonheur — ah! le bonheur d’inventer des néologismes!) me semble très modéré en présence des us et coutumes de mes concitoyens que j’observe du bas-fond de mon laboratoire virtuel. En Afrique c’est le sida qui fait des ravages, ici c’est l’auguromanie qui nous fait tourner en rond en nous clouant seulement un pied!

J’accuse donc les meneurs d’avoir mené la barque à leur image, celle de la rapidité, de la facilité, enveloppés des habits clinquants en or transmués en cravates multicolores, enserrés dans un carcan qui vient le moins possible de chez Moores… Et le mimétisme propre au peuple, par définition consensuel au niveau domestique, a bien fait le reste du travail. Nous voilà heureux d’être malade!

Aussi, je les accuse surtout d’avoir sauté par-dessus toute considération de risque extérieur : le plomb, le bisphénol A, les colorants artificiels, etc., qui parcoure le sang des enfants est une abstraction tant et aussi longtemps qu’un graphique à la baisse ne vient pas les secouer; l’abstraction étant hautement attractive dans les sphères éconocentriques. Ce sont les contrecoups, les effets secondaires de notre accoutumance, comme des plaques d’eczéma, et il semble que nous sommes loin d’en prendre note : ça nous pique à peine…

Tiens, pendant que j’y pense, est-ce que la famine mondiale actuelle serait un assez gros coup de réalité pour réveiller les dormeurs toute catégorie, ou le coup est carrément calculé dans ses moindres détails?

Avouez que ça serait assez incroyable, d’une invraisemblance à m’octroyer le titre de grand gourou du conspirationnisme pour avoir pensé que sciemment des groupes ont provoqué ce qui pourra être considéré dans le futur comme étant un génocide sans commettant direct, un crime contre l’humanité corporatiste, un laisser-faire idéologique. Mais comment réagir à toute cette misère provoquée quand on est auguromane, atteint de la première maladie psychologique occidentale, qui commence déjà à faire des ravages du côté chinois et indien, donc pris dans le tourbillon du bonheur le plus facile à obtenir, celui qui s’achète avec des devises?

Pour moi, ce billet est un pas de plus vers la guérison et le premier signe de guérison est bien sûr de se savoir atteint.

Mais une dernière question : pensez-vous l’être et à quel degré?

(Photo : WayneMethod)

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10 réponses à L'auguromanie expliquée aux enfants…

  1. Reblochon dit :

    Ah non ! Pas quand on bouffe ! C’est degueulasse, enleve moi tout de suite cette photo. En plus ce soir c’est peut-etre le dernier match pour Boston, un peu de compassion bordel ! Y a des gens qui souffrent ici aussi.

  2. Safwan dit :

    Dépendance au bonheur causant l’aveuglement volontaire? Non, je ne souffre pas de cette maladie. Je souffre plutôt de lucidité légendaire.

  3. Safwan,

    « Je souffre plutôt de lucidité légendaire. »

    bonne chose!

  4. Alain B. dit :

    Auguromane? Je ne sais pas. Je crois que je suis trop dépressif pour ça (à moins que la dépression ne soit un effet secondaire de l’auguromanie occidentale, c’est possible).

    Mais je trouve que c’est trop facile d’accuser « les meneurs »… et un peu méprisant de parler du « mimétisme » du peuple. Je ne suis pas si certain que tout cela soit « contre-nature »… je crois plutôt que nous sommes aux prises justement avec notre « nature ».

    L’aveuglement quasi-volontaire découlant de nos aspirations et désirs collectifs est une tragédie… une tragédie qui se répète sous une forme ou une autre tout au long de notre histoire… et qui nécéssite une certaine évolution de la conscience collective… et d’accord, pointer du doigt les meneurs est peut-être un pas dans cette évolution, mais c’est nettement incomplet.

    Les meneurs existent en symbiose avec les menés. Ils ne mènent pas là où ils veulent mais là où ils peuvent… selon les critères de l’auguromanie des menés. Leur imputer la responsabilité d’en être conscient et de s’élever au dessus de l’auguromanoie collective… c’est un peu leur donner la qualité de sauveur… tout en admettant que le peuple est impuissant et pas responsable de son destin.

    Ce n’est pas une vision qui me plait.

  5. Alain,

    je suis content de te lire après tout ce temps, je reviendrai te répondre plus particulièrement lundi!

  6. S-A dit :

    Non, je ne crois pas que le coup soit calculé d’avance. C’est probablement plutôt le résultat justement de développements et de politiques insensées et à courtes vues.

    Tout absorbés que nous sommes par la soirée du hockey on ne prend pas assez la pleine mesure de ce qui est en train de se dérouler ailleurs… tout à côté. Ici nous avons encore le pain et les jeux. Repus, nous sommes le plus souvent heureux…

    De tout temps, l’augmentation du prix du pain et des denrées de base a eu des conséquences politiques et structurelles majeures. Comme la révolution française par exemple.

    anyway, la compagnie est bonne, c’est dimanche et il fait beau ; )
    vivement le déni

  7. Alain,

    « Mais je trouve que c’est trop facile d’accuser “les meneurs”… et un peu méprisant de parler du “mimétisme” du peuple. Je ne suis pas si certain que tout cela soit “contre-nature”… je crois plutôt que nous sommes aux prises justement avec notre “nature”. »

    Il est clair que le mode de vie de la classe riche fait rêver le peuple qui tend vers cela. Mais bien plus, c’est la dynamique de déresponsabilisation de tout ce qui est externe à la consommation que je dénonce ici. Les meneurs, armés de leurs psychologues, designers et spécialistes du marketing, sondent les faiblesses (la nature humaine, a contrario de la nature, l’écologie) du peuple pour constituer une culture encourageant leur vision du monde, axée sur la croissance, pour ne pas dire leur propre croissance.

    Dans le fond, ce que je reproche le plus à ces meneurs, les gens entreprenants, c’est de ne pas assez calculer les risques, en dehors de leurs propres profits. Par exemple, est-ce que c’est le peuple qui leur a demandé de polluer les cours d’eau? Non, assurément, le peuple s’est fait bourrer par le merveilleux de ce que leurs usines pouvaient leur donner comme emplois et comme produits.

    Mais ici, je comprends bien, c’est que tu n’aimes pas ma vision, car j’ai décidé de prendre parti dans cette question qui ressemble étrangement à celle de l’oeuf ou la poule… Si on fait le calcul à savoir où se trouve la majorité du pouvoir, il me semble qu’il se trouve du côté des meneurs. Mais peut-être que tu n’aimes pas ma vision surtout parce que j’ai diabolisé la totalité des meneurs, alors qu’il est clair que, comme partout, il y a aussi du bon? Désolé, j’ai écrit ce texte avec l’image de gens qui se frottent les mains de joie devant la montée des prix des céréales et du riz alors que des millions de personnes crèvent de faim pour cela. Je trouve conséquemment assez difficile de diluer mon propos, je préfère rentrer dans le tas!

    S-A,

    merci d’avoir répondu à ma question. Et c’est certain que je crois plus amplement à ta réponse qu’à celle d’un complot visant à faire disparaître une bonne partie de la population du tiers-monde…

    Mais malheureusement, le résultat sera le même.

  8. Alain B. dit :

    « j’ai écrit ce texte avec l’image de gens qui se frottent les mains de joie devant la montée des prix des céréales et du riz alors que des millions de personnes crèvent de faim pour cela. »

    En effet, tu comprends bien ce qui me dérange dans ton propos. Je dirais même que cette phrase résume parfaitement l’élément central qui me dérange dans tout le discours de gauche. Étant un « mené » qui a un temps frayé dans l’univers des « meneurs » corporatifs et politiques… je suis tout simplement incapable d’avaler cette image. À mon avis, (à quelques exceptions près) ces gens là n’existent tout simplement pas.

    Je comprends bien l’indignation, la rage que tu ressens face à la crise qui s’annonce, crois moi, je la partage. Et la question qui t’anime, je crois, est la même que moi: Comment diable a-t-on pu se rendre là?

    Mais en jetant le blâme sur une poignée de gens hypothétiques qui se frotteraient joyeusement les mains à profiter de la misère des autres, ne créons nous pas plutôt un « homme de paille »?… Un réceptacle nous permettant d’exorciser notre propre culpabilité sans l’examiner?

    Une fois que j’établit que la responsabilité appartient aux meneurs, je n’ai plus besoin d’examiner le rôle que je joue cette tragédie. Et en leur prêtant des motivations malsaines et méprisables, je me donne le rôle du « bon ». C’est réconfortant. Mais est-ce que ça ouvre la porte au dialogue et à l’amélioration de la situation?

    De dire que la cause cause du problême réside en grande partie dans la protection d’intérêts acquis par un groupe au détriment d’un autre est une chose. C’est une réalité qu’il est essentiel d’établir si nous voulons nous en sortir. Et c’est en effet ceux qui profitent qui doivent le réaliser (les exclus en sont douloureusement conscients) Mais de faire sentir à ceux qui profitent qu’ils ressentent un plaisir malin à voir leur sort s’améliorer aux prix de la misère des autres alors qu’ils sont de bonne volonté peut-il mener à les faire réaliser que leur vision du monde pose problème?

    J’ai tendance à croire que non. Mais je ne sais pas. Peut-être que la provocation et le conflit sont les seules façon de provoquer la réflexion et le changement. l’Histoire en est plein d’exemples… mais toujours au prix de beaucoup de souffrance et de tragédie.

    Tu me trouve peut-être mou. Que je ne prend pas position et demeure « entre deux chaises » comme tu m’as déjà dis.

    Mais j’ai une position claire. J’ai fait un choix. En ce que je suis convaincu qu’au point ou nous en sommes (uner famille humaine de plus en plus intégrée et responsable du destin de la planète) nous ne pouvons plus nous permettre, comme par le passé, de prendre la voie du conflit et de la récrimination pour faire avancer les choses… le prix est devenu trop élevé. Et donc j’insiste sur l’élimination du blâme et de la diabolisation dans le discours politique et ce de tout coté.

    Naïf? Peut-être. Une chose est certaine, si je continue comme ça, je vais finir par t’usurper ton titre de bisounours. 😉

  9. Alain,

    ton point de vue me semble presque noble, mais je me demande ce que me répondrait un de ceux qui s’enrichissent sur le dos des affamés. Que ce n’est pas de sa faute personnellement, que son intérêt est économique et que ce n’est pas lui qui a mis ce système en place, que c’est un problème de société, etc.

    Tu dis que ces gens n’existent pas, mais je n’en crois rien. Les spéculateurs qui ont investi dans les actions sautent de joie avec les rendements records, dans leurs tours d’ivoire ils sont en dehors du monde et il est certain qu’éthiquement ils se sentent bien avec ça, par une contorsion analytique : tout le monde fait ça, voilà le problème.

    Ma solution : s’éloigner de l’éconocentrisme et équilibrer le système en augmentant l’apport social et environnemental. Pour l’environnement, ça semble bien parti, mais le social est encore à la remorque.

  10. Misko,

    bienvenue ici! Et très belle contribution!

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