L’argument du mauvais sujet au mauvais moment

Selon certains, le long moment où on a beaucoup discuté de la sortie du maire Tremblay contre Djemila Benhabib en a été une de gaspillée dans le contexte de la campagne électorale.  Je suis plus ou moins d’accord, plus moins que plus. C’est que je crois que le hasard est important dans une campagne, et que les sujets du racisme et de la laïcité sont importants à examiner, même si cela aurait pu être beaucoup mieux amené. Mais comme on dit, il faut battre le fer quand il est chaud.

Donc, je trouve un peu dommage qu’on essaye de culpabiliser les gens qui trouvent intéressant de discuter de ces questions, qu’ils soient d’un bord ou de l’autre. Je remarque que c’est un phénomène assez constant depuis la popularisation des blogues et des médias sociaux. Étant donné qu’il est facile de réagir assez rapidement à l’actualité pour ceux qui sont habilités à le faire, le choix des sujets devient un enjeu important dans cet univers où la montée en épingle d’un sujet (le « buzz ») n’est jamais bien loin. C’est alors que suivre la vague ou non est sujet à débat et c’est ce qui s’est passé avec la controverse sur le crucifix. Les appels au silence et à la ridiculisation de ceux qui, médias inclus, traitaient sérieusement ou non de cette controverse se sont succédé et cela m’a beaucoup dérangé. Et je ne crois pas être le seul.

Ce phénomène, je le qualifierais presque de sophisme. Je le nommerais l’« argument du mauvais sujet au mauvais moment ». Cet argument consiste à rejeter du revers de la main un sujet en disant qu’il y en a un ou plusieurs de plus importants au même moment. Le problème, c’est qu’il y a toujours des sujets plus importants pour certains. Ça ne peut qu’être subjectif. Je ne veux pas trop m’avancer sur le pourquoi, mais je dirais que cette manie de pointer ailleurs trouve sa source du découragement de constater que nos priorités ne sont pas partagées par tous.

Mais je ne pourrais pas, comme je le spécifie plus haut, la qualifier de sophisme parce que je crois qu’il est essentiel de tenter une gradation qualitative des sujets, même si c’est subjectif. Il y a un écart énorme entre, par exemple, parler de potins hollywoodiens et de n’importe quel sujet de société. Quelqu’un pourrait tout à fait, et avec raison (toujours selon mon jugement), signifier son indignation de voir des gens discuter de la dernière coupe de cheveux d’une vedette alors qu’il y a en ce moment des élections très importantes (et la teneur de ce dernier qualificatif est aussi discutable, j’en conviens). C’est toujours l’argument du mauvais sujet au mauvais moment, mais il semble plus justifiable pour quelqu’un comme moi, alors qu’une personne qui ne veut rien savoir de la politique et qui aime potiner aura la même réaction que moi devant quelqu’un qui trouve le sujet de la laïcité inopportun dans cette campagne.

Quoi qu’il en soit, je crois qu’il faut user de l’argument du mauvais sujet au mauvais moment avec parcimonie. Dans mon cas, quand on me l’a servi, ça n’a jamais donné de bons résultats, puisque j’ai toujours défendu mon droit de parler des sujets qui me tentent. Et ç’a toujours fait en sorte qu’on en a parlé plus longtemps. Comme quoi…

 

(Photo : carbonnyc)

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2 réponses à L’argument du mauvais sujet au mauvais moment

  1. Amen! Combien de fois on a entendu ces affirmations-là.

    Au fait, Renart, j’étais parfaitement sérieux lorsque je parlais de lancer une charte des droits du blogueur avec les contributeurs du Globe, si ça dit à tout le monde. On pourrait la publier pour expliquer ce qu’un blogueur peut faire et qui est son droit inaliénable.

  2. Ça serait un exercice intéressant, mais selon mon expérience, l’argument du mauvais sujet au mauvais moment est plus le lot des « commentateurs »…

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