La procréation assistée gratuite au Québec, bon plan?

Selon La Presse, le gouvernement rendra gratuite la procréation assistée « pour trois cycles de fécondation in vitro, incluant toutes les activités médicales qui y sont liées, de même que les médicaments. »

Nul doute que beaucoup de couples sauteront au plafond à l’annonce de cette nouvelle. Mais je crois que cette problématique mérite un examen, enfin, de ma part, puisqu’entre la procréation assistée et l’adoption internationale, pour plusieurs raisons, je penche éthiquement plutôt vers la deuxième option pour aider les couples désirant fonder une famille.

Alors, il m’aurait semblé préférable d’aider monétairement les couples à adopter. Mais bon, à la base, l’adoption internationale est beaucoup plus coûteuse que la procréation assistée. L’adoption va chercher dans les 10000 $ alors que pour la procréation assistée, ça joue plutôt dans les 2000-3000 $. (Voir la mise à jour qui suit.)

Je pense que le nombre d’humains sur Terre est trop élevé pour justifier une aide à la procréation alors qu’il y a tant d’enfants qui ne demanderaient qu’à profiter d’une vie un peu plus douce par ici. Mais sans le problème de la différence de coût, est-ce que cette solution aurait été mise de l’avant quand même?

J’en doute, parce que j’ai l’impression que le désir de reproduction génétique est plus fort que celui d’être parent, même si au bout du compte c’est la parentalité qui va prendre le dessus. (Étant père, je trouve bien rigolo d’analyser ce que ma fille semble avoir hérité de moi, mais c’est bien plus de sa vie à elle, de son éducation dont il est le plus question. Et c’est ça le plus important.)

Et pour ce qui est de l’adoption internationale, c’est toute une problématique que je ne pourrais décortiquer efficacement dans un court billet de blogue. Cela me semble une bonne solution théoriquement, mais qui en pratique est loin de l’être, justement. Si c’était facile et peu coûteux d’adopter, j’ai bien peur que le problème du trafic d’humains fasse surface.

Rien n’est parfait.

(Photo : noctiluca)

Màj :

Au sujet des frais de la procréation assistée et de l’adoption, mes approximations provenaient de quelques chiffres que j’ai trouvés pendant mes recherches. Il semble que ça ne soit pas les bons.

Pour ce qui est de l’adoption internationale, Dominique Noel me reprend en m’écrivant que les coûts tournent autour de 25 à 50 000 $. Pour ce qui est de la procréation assistée, Geneviève m’écrit « que les frais peuvent varier entre 8 000$ et 16 000$. »

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19 réponses à La procréation assistée gratuite au Québec, bon plan?

  1. L’adoption internationale joue plutôt dans les 25 à 50 000$, avec les organismes privés (très peu d’enfants adoptés à l’internationale sont adoptés à travers des ONG, malheureusement).

    Or, je suis bien d’accord, ça serait bien de faciliter l’adoption plus que la procréation. M’enfin.

  2. renartleveille dit :

    Dominique,

    « 25 à 50 000$ »

    ah! c’est que j’ai quand même fait un peu de recherche pour arriver à 10000 $…

    Ça reste quand même très cher!

  3. Geneviève dit :

    Bonjour!

    Je viens tout juste de terminer mon cycle In Vitro. J’aimerais seulement vous aviser que les frais peuvent varier entre 8 000$ et 16 000$. Tout dépend de la qualité des spermatozïdes et du montant de médicaments nécessaire.

  4. Moi je n’aime pas le mot GRATUIT… parce qu’on pense que tout est gratuit au Québec… Les soins de santé, l’éducation jusqu’au secondaire, les services publics en général… On va-tu finir par arrêter de dire que c’est gratuit et se rendre compte que c’est l’argent d’une collectivité qui fait des choix de société qui payent pour ces services? Il n’y a rien de gratuit dans la vie. Aucun service, même public nous est dû. Il faut faire des choix et si ces choix signifient de payer pour aider des parents à procréer, il faut les assumer ces choix, et ces coûts qui risquent d’être assez importants.
    Alors que plusieurs mettent toujours en cause le ticket modérateur en santé ou encore la franchise santé, comment pourrons-nous, en tant que société, offrir un nouveau service tel que la procréation assistée, sans augmenter la contribution de la société aux services de santé?
    Le système de santé québécois manque clairement d’argent pour faire rouler les services qu’il offre présentement… en rajouter, j’en doute que ce soit une si bonne affaire…

  5. L’adoption internationale est malheureusement une industrie, au même titre que la procréation in vitro… Malgré tout, je pencherais aussi plutôt pour cette solution, tant que c’est fait par des gens réellement informés.

  6. renartleveille dit :

    Geneviève,

    merci de l’info, j’ai fait une mise à jour.

    Marie-Ève Paradis,

    je suis bien d’accord que le mot « gratuit » est galvaudé, mais je crois surtout qu’il est utilisé parce que c’est plus pratique d’écrire « gratuit » que de formuler une explication comme quoi ça ne va pas gruger dans ce qu’il reste d’argent dans les poches après impôt des couples qui recevront ces traitements…

    Pour le reste, c’est un débat de société extérieur à la problématique de la procréation assistée versus l’adoption internationale. Et, bien franchement, je ne suis pas certain de voir d’un bon oeil l’instrumentalisation de cette problématique pour remettre en question notre système.

  7. Bah, tu sais ce que je pense de la procréation, alors qu’il y a un tas d’enfants abandonnés dans le monde, y compris au Québec. Je suis d’accord avec le Mouton Marron. Mais que voulez-vous, ce ne sont pas des « fiers représentants de la race aryenne culcéboise de souche », alors on fait des enfants comme des épais.

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2009/08/21/pourquoi-le-parentage-et-la-procreation-sont-invalides-partie-i/

    Le seul point positif est que ça peut théoriquement faire mal aux réactionnaires anti-avortement.

  8. gillac dit :

    Comme témoin de ce qui se passe dans le Réseau de la santé, je ne peux croire qu’il s’agit ici d’une priorité « prioritaire ». Le prédécesseur du ministre Bolduc avait des « couilles » et a été capable de dire à madame Snyder, c’est bien beau votre affaire mais nous sommes déjà débordés. Quand je vois tous les besoins criants de mon CSSS auxquels nous ne pouvons répondre faute d’argent (soins à domicile, place en CHSLD, pédopsychiatrie, etc.) je me dis qu’il est urgent de sortir la politique de la gestion de la santé.

  9. Darwin dit :

    Cette décision me trouble énormément. Non pas que je sois foncièrement contre, mais parce qu’elle semble avoir été adoptée en raison de la notoriété des gens qui l’appuient et non en soupesant ses avantages et désavantages, ni en évaluant si ce programme est vraiment le plus utile par rapport à tous les autres domaines où le gouvernement pourrait intervenir.

  10. « elle semble avoir été adoptée en raison de la notoriété des gens qui l’appuient et non en soupesant ses avantages et désavantages, ni en évaluant si ce programme est vraiment le plus utile par rapport à tous les autres domaines où le gouvernement pourrait intervenir. »

    De croire que l’inverse est possible en médiocrassie pseudo-représentative est foutrement utopique!

  11. reblochon dit :

    « La procréation assistée gratuite au Québec, bon plan ? »

    Non !

    – Risque plus grand pour l’enfant à naitre
    – lobby des cliniques privés ayant flairé le magot
    – les gens du ROC (et d’ailleurs) qui vont magouiller pour venir en profiter
    – d’autres priorités bien plus importante tant en santé, qu’au niveau des différents services sociaux
    – aucune préparation ou encadrement légal pour gérer les nouvelles demandes qui viendront (surement) plus nombreuses de couples n’ayant pas forcément la maturité pour avoir un gamin (personnes de l’exclusion sociale) ou un age avancé. Le coût était un filtre non négligeable, surtout pour la première catégorie.

    La stérilité n’est pas une maladie, c’est une fatalité. C’est triste, terrible, mais je vois pas pourquoi la société devrait payer pour cela quand on voit qu’on n’arrive pas à s’occuper convenablement d’enfants déjà né parce que nous manquons de moyens.

    Il y a un moment, il faut savoir faire des choix, et celui-là est tout simplement non prioritaire et non important.

    J’aurais préféré mettre ces sous pour aider les trans qui souffrent au moins autant, si ce n’est plus, que les couples ne pouvant pas avoir d’enfant. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, allez demander à Michel.

    Bref, je le répète … non !

  12. reblochon dit :

    Le Québec va être la seule place en Amérique du Nord où on va avoir accès à ça gratuitement. Et pour y avoir accès, la seule condition va être d’avoir une carte d’assurance maladie. Et une carte d’assurance maladie, vous pouvez l’avoir après trois mois de résidence. Je peux vous annoncer à l’avance qu’il va y avoir beaucoup de « matantes » Georgette qui vont se faire appeler par des Canadiennes. Entre payer 15 000 $ ou 20 000 $ dans une autre province ou venir au Québec et l’avoir gratuitement, c’est un trois mois de vacances qui n’est pas mal payé, ça, qui est très rentable.

    — Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

    « La moitié des activités seront offertes dans les cliniques privées […]

    Une manne pour le secteur privé, dit un syndicat

    L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) reproche au ministre de la Santé et des Services sociaux son empressement à vouloir implanter son programme, alors que le réseau public de santé n’est pas en mesure de répondre à la demande. Pour Dominique Verreault, présidente de l’APTS, le gouvernement utilise des fonds publics pour ouvrir des marchés lucratifs au secteur privé.

    Le Centre universitaire de santé McGill est le seul établissement public qui dispose à l’heure actuelle de l’équipement et des ressources pour offrir les services de procréation assistée. Les cliniques privées héritent donc d’un marché en or, compte tenu de la forte demande pour des essais de fécondation in vitro, estime le syndicat.»

    « Implantation trop rapide, selon les spécialistes

    Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, a affirmé que jamais un programme de santé publique n’avait été implanté d’une façon aussi rapide. Le Dr Barrette a dit prévoir des problèmes quant à sa mise en application.

    La FMSQ n’a à aucun moment fait la promotion des cliniques privées, a indiqué Gaétan Barette, qui a tenu à rappeler lui aussi que le secteur public n’était pas prêt pour faire face à la demande.

    Quant au Dr Robert Sabbah, premier vice-président de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, il y voit un coup d’éclat politique et se dit très inquiet. Il n’y aura pas assez de gynécologues pour répondre à la demande, soulève-t-il.

    Pour sa part, la présidente de l’Association des pédiatres du Québec, la Dre Pascale Hamel, met en garde contre les problèmes liés à la fécondation assistée. »

  13. Bien dit Reblochon, il semble bien que ça soit une manoeuvre de privatisation corporatiste évidemment. Si seulement on désétatisait autrement…

  14. Cougar dit :

    Personnellement je suis contre. Peut être suis-je un peu vieux jeu, mais pour moi dès que l’homme veut tenter de donner la vie ou d’intervenir sur des choses aussi importantes que cela, je dis NON !

    Bien à vous

    Linda

  15. Eric Folot dit :

    Choix de société !

    Il est gravement temps de s’interroger sur le problème d’allocation des ressources. Notre société peut-elle et doit-elle répondre aux besoins et intérêts particuliers de chacun ? Le droit de procréer est-il un simple droit-liberté ou un véritable droit-créance ? Les auteurs Jean-Louis Baudouin et Danielle Blondeau définissent ainsi le droit-liberté et le droit-créance :

    « Le droit-liberté ne donne à son bénéficiaire que le pouvoir d’assurer le respect de la non-intervention des autres. Ainsi, la liberté de fonder une famille signifie que nul, même l’État, n’a le pouvoir de m’empêcher de le faire. La liberté d’avoir des enfants interdit à l’État
    […] de m’empêcher de procréer. Le droit-liberté se distingue donc fondamentalement du droit-créance qui comporte nécessairement un élément revendicateur, soit la potentialité donnée de l’exercice d’une contrainte, parce qu’il implique l’existence d’une dette précise et
    d’un débiteur identifié. Être propriétaire ou détenteur d’un droit de créance c’est avoir le pouvoir de revendiquer l’objet du droit ou le droit lui-même, c’est avoir la possibilité d’exiger son dû en justice ». Pour ma part, j’ai peine à croire que l’on puisse ériger le droit de procréer en droit-créance…

    À l’appui de mes propos, je cite la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) (Avis du 15 décembre 2009 à la p. XIV) : « Tout d’abord, la Commission estime que l’adoption d’enfants constitue une alternative à considérer, au même titre que la procréation assistée, lorsqu’une personne éprouve des difficultés à procréer de manière naturelle. En outre, la Commission considère qu’il n’existe pas de « droit à l’enfant » et que, par conséquent, l’État n’est pas tenu d’accéder à toutes les demandes des citoyennes et des citoyens en matière de procréation assistée ».

    Eric Folot

  16. mathieu dit :

    Je vous conseille une excellente conférence de René Frydman donnée aux ERNEST de l’ENS sur le thème de la procréation assistée :
    http://www.dailymotion.com/video/xdvoip_rene-frydman-la-procreation-assiste_tech

  17. Méli dit :

    J’ai préféré adopter en Chine plutôt que d’essayer le in vitro… au moins j’étais sûre d’avoir un enfant, le in vitro a un taux de réussite plutôt bas… En plus, je trouve aussi, qu’il est préférable de s’occuper d’un enfant déjà né que d’en faire avec des techniques très invasives… C’est pas rien pour la femme de prendre des hormones qui forcent une plus grande production d’ovules, etc… Je suis la plus heureuse des mères ! Ma fille est merveilleuse et je l’aime certainement autant que si elle était bio !

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