La « vraie » vie

Dans « Les suiveux de la buzzosphère », Josée Blanchette décortique le phénomène des médias sociaux et pointe de bonnes pistes de réflexion dans cette époque post adhésion de Nathalie Petrowski à Twitter… Elle soulève entre autres la susceptibilité des utilisateurs sociaux du web et ça me semble presque un truisme tellement l’individualité est importante dans ce nouveau rapport au monde, incarnés que nous sommes dans ces outils. Quand on égratigne nos outils de socialisation, c’est notre peau virtuelle qui se met à former une gale, et ça nous pique! Rien de plus normal.

Quand même, pour aller au vif du sujet, il y a au tout début du texte un paragraphe qui m’a fait sursauter (plus précisément, le passage en gras) :

Je me suis dépêchée de pépier mon premier tweet la semaine dernière même si mon compte était ouvert depuis la victoire d’Obama, en nov 2008. J’allais y faire un tour à l’occasion, soulevais le couvercle, assourdie par les piaillements, le refermais pour retourner vivre ma «vraie» vie, à la fois rebutée et attirée.

Je trouve que le discours qui met en contradiction la vie physique et la vie virtuelle commence à prendre de l’âge. J’ai l’impression d’entendre la peur dans la voix d’un chauffeur de carriole devant l’invention de l’automobile. Oui, je sais, ça revient encore à mon discours au sujet des dinosaures, mais ce n’est pas tout à fait là où je veux vous emmener, même si c’est connexe.

Commençons par le début, soit : qu’est-ce que la vie? Si on évacue la définition concernant les phénomènes biologiques, on constate que la vie est l’existence « des choses qui évoluent dans le temps », est l’ensemble « des évènements, des faits qui remplissent cet espace de temps pour chaque personne », et même, est « le monde des humains, le monde réel, l’ensemble des expériences que peuvent vivre les êtres humains » (via Antidote).

Il n’y a dans cette suite de définitions que « le monde réel » pour poser problème, étant donné qu’on a tendance à l’antagoniser au monde virtuel, dans le langage courant. Et quand Josée Blanchette parle de sa « vraie » vie, en voilà le parfait exemple. Pourtant, lorsque je suis branché à mon écran et à ce qui s’y passe, il n’y a pas de doute que je suis confronté à des « choses qui évoluent dans le temps », « des évènements, des faits qui remplissent cet espace de temps », et que j’interagis avec des « humains », que c’est une « expérience » dans le « réel ». Donc, ma vie n’est pas moindre quand j’y suis, je ne suis pas quelque chose comme un mort-vivant…

Encore, si on tient compte de la définition qui concerne le dynamisme, la vitalité, l’animation et l’activité (comme dans l’expression : « plein de vie »), ce qui se passe de l’autre côté de l’écran est bien plus vivant à bien des égards que notre petite vie dans notre vaisseau de chair, freiné que nous sommes par les lois de la physique (dans ce sens, l’invention de l’imprimerie à été le germe de cette vie extra matérielle). Sans oublier que tous ces outils technologiques participent aux évolutions culturelles, psychologiques, sociales, etc., ce qui est en soi pas mal synonyme de vivant!

Alors, quand je lis ou entends quiconque dire (bien plus souvent, sous-entendre) « magasine-toi une vie! » à quelqu’un de très présent sur les médias sociaux, je ne peux pas m’empêcher de constater que le changement de paradigme est d’une lenteur à provoquer les susceptibilités.

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14 réponses à La « vraie » vie

  1. Patrick dit :

    C’est drôle, mais le « magasine-toi une vie » je le lis beaucoup plus de blog en blog que je ne l’entends des gens qui ne sont pas « cyber-vivants ». Je le lis, quand je vois (ou participe) à certains échanges plutôt musclés, échanges qui consistent souvent à brasser un peu ce que l’un prend pour acquis, à brasser, finalement, les petites sécurités fragiles.

    Je suis entièrement d’accord avec toi quand tu tentes de faire évaporer la ligne entre « la vraie vie » et « l’autre vraie vie », finalement. En ce sens que le média social n’est, finalement, qu’un moyen de communiquer.

    Cela dit, je me demande en quoi l’opinon de Josée Blanchette (je devrais peut-être plus dire « ressenti », puisqu’en fait ça n’est pas vraiment une opinion) pèse si lourd dans la balance, comme le faisait celle de Petrowski.

    Tsé, « l’inventeur d’la réglisse, on s’en crisse ». Ils comprendront quand ils comprendront, et si ce moyen de communication est assez fort pour rester, ça restera.

    Entre-temps, quand un « average » Pétro ou Joblo effleure un peu du bout de l’ongle et que « vous » réagissez aussi fort, c’est vous qui avez l’air de vivre ça « malsainement », pas eux.

    C’est juste une question de perception: je suis d’accord avec toi, mais j’ai plus le goût de dire « so what? » au lieu de la réaction anaphylactique que vous avez.

  2. Bonjour

    De la même manière que les gens que tu critiques, toi-même, tu simplifies de beaucoup ce phénomène.

    Je ne sais vraiment pas ce que ça signifie tout ça, le web, les réseaux sociaux.

    Ce dont je suis sûr c’est que quand tu es sur le web, tu n’es pas dans la « vraie vie » comme on l’entend, mais sur un autre territoire.
    C’est une conversation qui s’étale sur l’ontologie, le sens du réel, mais en tout cas je sais que le web, fait partie d’un concept que l’on nomme le « cyberspace » ou si tu veux, le cyber-espace.  » No maps for these territories « , dit l’auteur de science-fiction William Gibson… Ce cyber-espace pourrait bien être aussi réel que la « vraie vie » comme tu dis, selon les croyances ontologiques de tout un chacun. Cependant en aucun cas il n’est synonyme de vivant à mon sens.

    En tout cas tu mets le doigt sur un point important à mon avis, et on a pas finit d’en entendre parler et tergiverser !

    Au plaisir

    Alexandre

  3. Excellent billet , je ne sais pas pourquoi il y a cette tendance à croire que les liens que nous avons avec les autres dans le web 2.0 sont des futilités , pourtant quand nous discutons avec ces gens c’est pour de vrai , ce sont de vrai liens amicaux que nous entretenons avec les autres , mais la minute que tu passe bcp de temps sur le web on t’étiquette « no life  » et « Geek « .

    Le virtuel est une vie à part entière vécu en temps réel . Il va falloir laisser du temps au temps pour que cela soit de plus en plus accepter et un moment donner devenir normal …

  4. swanpr dit :

    j’ai décidé de prendre un peu de recul justement et j’ai écrit la dessus hier. et non, ce n’est pas pour reprendre ma « vraie vie », mais plutôt pour prendre le temps de la vivre. prendre le temps d’apprécier, d’apprendre et de réfléchir. oui c’est vrai, on échange, on partage, on vit des expériences et on créé des contacts, relations, etc. n’en reste pas moins que la quantité d’infos qu’on gobe dans une journée est obscène. et mon sentiment d’insatisfaction est proportionnel au nombre de sujets qui m’intéressent mais que je ne peux approfondir de peur « d’en manquer des bouts » ailleurs, sur autre chose. tout cela est bien personnel, j’en convient. juste mon grain de sel dans cette histoire de perception 🙂

  5. Kevin Zaak dit :

    Le virtuel a toujours existé (auparavant, on se racontait des histoires au coin du feu). C’est seulement lorsqu’il se développe exponentiellement, parfois au détriment des autres sphères de nos vie, qu’il devient dérangeant.

    Je suis d’accord avec toi, les communications (que ce soit par Twitter ou pas signaux de fumée) reste des communications. La vie et les échanges sur le Web sont définitivement bien réels. Mais la vie ce n’est pas que communiquer.

  6. gillac dit :

    J’avoue avoir déjà exprimé une opinion sur l’engouement face à la télé-réalité qui m’amenait à dire a ses adeptes: « get a life ». Aujourd’hui, mon esprit est devenu plus nuancé (cucu peut-être aussi) sur ces nouveaux phénomènes de société: peut-être qu’en fin de compte tout ça est une question d’équilibre. Vivre totalement dans le monde virtuel n’est probablement pas une bonne idée mais ignorer ou mépriser les tranformations de la société n’est pas nécessairement meilleur.

  7. renartleveille dit :

    Patrick,

    « je me demande en quoi l’opinon de Josée Blanchette […] pèse si lourd dans la balance, »

    ce n’est pas vraiment parce que c’est elle, mais bien plutôt parce que je trouvais l’exemple trop bon et que j’ai sauté dessus pendant qu’il passait!

    « anaphylactique »

    Je ne connaissais pas ce mot. Après avoir lu la définition, je trouve que c’est une utilisation originale. Par contre, c’est viser bien à côté de la cible. Il y a une différence entre une montée de bouton et une réflexion. Si je t’écoutais, le contenu de mon blogue serait très mince, puisque j’aime bien réfléchir à des trucs que je croise dans ma vie (et dans ma vie je surfe, interagis beaucoup sur le web), et ça tombe que je ratisse assez large.

    Quand un sujet me parle, je le développe, c’est tout.

    Lebeauparleur,

    « De la même manière que les gens que tu critiques, toi-même, tu simplifies de beaucoup ce phénomène. »

    à lire cette phrase comme introduction, j’ai vraiment le goût de t’aimer… et puis, il faut dire qu’en regard de cela ton pseudo me semble mal choisi! À moins que ce soit dans son sens ironique? Mais bon, je ne vais pas m’arrêter à ma première impression et vais te souhaiter la bienvenue ici quand même! Je continue la lecture.

    « Je ne sais vraiment pas ce que ça signifie tout ça, le web, les réseaux sociaux. »

    J’aimerais soulever ici la flagrante contradiction (si je comprends bien ce dont il est question…) : comment avouer ne pas savoir ce que signifie « le web, les réseaux sociaux » et en même m’accuser de simplifier « de beaucoup ce phénomène » (je ne vois pas ce que pourrais être d’autre ce phénomène que « le web » et « les réseaux sociaux »).

    Pour le reste, je comprends bien l’opinion, mais je ne vois pas d’arguments. Je ne répéterai pas ce que j’ai écrit dans mon billet point par point, quand même!

    Pour terminer, ce que je peux dire, c’est que quand on parle de la « vraie vie », on ne parle jamais de la vie dans son sens biologique, alors il n’y a pas lieu de ramener le débat à ça et d’utiliser l’inorganique comme argument.

    Si la vie est quelque chose qui se vit, pourquoi l’expérience du web serait-elle moins vivante que le reste?

    À la prochaine j’espère! 😉

    Eve-Catherine,

    et quand tout cela sera normal et accepté dans les moeurs, il y aura une autre évolution technosociale en branle. C’est assez facile de voir laquelle…

    Swanpr,

    moi je pense que tant que le choix entre en ligne de compte, tout cela est juste et bon (hé hé!). Ton regard sur ta vie te demandait de t’éloigner de cette fébrilité informationnelle, tu l’as fait, mais je ne crois pas que tu aies besoin de la qualifier d’« obscène », ça ne rend pas justice aux gens qui ne la voient que d’une manière positive.

    Pour ce qui est d’approfondir, je pense qu’il faut se dire que chacun approfondira ce qu’il lui tient à coeur. Il faut bien être aussi lecteur!

    Kevin Zaak,

    « Mais la vie ce n’est pas que communiquer. »

    en effet, très bon point!

    Cela remet en perspective la pratique. Être actif sur les réseaux sociaux n’est pas seulement chatter… Quand je relaye un article sur mon compte Twitter, je l’ai lu. Est-ce que lire aujourd’hui est moins vivant qu’avant parce que ça ne se passe pas obligatoirement sur le même support? (C’est bien sûr une question générale!)

    Gillac,

    « Vivre totalement dans le monde virtuel n’est probablement pas une bonne idée »

    je pense que ce ne sera plus un problème dans le futur. Notre vie sera greffée au virtuel d’une manière qui ne nous semblera pas contre nature.

    C’est effrayant pour nous aujourd’hui, mais c’est certain que ça le sera de moins en moins.

  8. Patrick dit :

    Inque pour préciser, je ne trouve pas que le contenu de ton blog soit mince.

  9. Marge dit :

    Ça peut sembler un lieu commun, d’accord, mais la vie c’est, entre autres, des rencontres ; c’est par le biais de twitter que j’ai pu découvrir RenartLeveillé.

  10. renartleveille dit :

    Patrick,

    je sais. Ce que je dis, c’est que si « je t’écoutais, le contenu de mon blogue serait très mince ». Je te pardonne, tu as dû lire trop vite. 😉

  11. renartleveille dit :

    Marge,

    alors bienvenue dans ma vie! 🙂

  12. Merci du commentaire Renart,

    Moi j’adopte volontairement la position d’ignorant, et tu as raison, je n’ai pas vraiment d’arguments pour la défendre.

    C’est quoi pour toi la vie ?

    Alexandre

  13. renartleveille dit :

    Lebeauparleur,

    pour moi la vie, c’est ce qui s’y passe et qui me rend de très heureux à très malheureux. Mon expérience avec les médias sociaux n’y compte pas moins que le reste, et je dois rajouter que j’ai une petite fille d’un an et demi. Ça n’a pas changé ma perception.

    Je suis du type solitaire et j’aime bien socialiser de cette manière, ça me convient. Il y a des gens pour ne pas aimer ça, c’est leur droit, mais je ne leur donne pas le droit de dénigrer ceux qui aiment.

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