Je suis Dieudonné

Photo : MATTHIEU ALEXANDRE/AFP/Getty Images

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Dieudonné a été arrêté hier pour avoir écrit sur son compte Facebook « Je me sens Charlie Coulibaly ». Les autorités françaises soupçonnent que ses propos sont du domaine de l’« apologie du terrorisme », puisque le patronyme « Coulibaly » fait référence au djihadiste Amedy Coulibaly, l’auteur de la prise d’otage dans un supermarché casher, qui a été tué par la police après avoir assassiné quatre juifs.

Pour vous dire, quand j’ai vu la controverse passer, sur le coup, j’ai lu beaucoup trop vite et j’ai donc compris « Je suis Charlie Coulibaly » étant donné que le « Je suis » est omniprésent par les temps qui courent… Je levé les yeux au ciel et je me suis dit qu’il allait bien trop loin dans la provocation… Mais je me suis ravisé quand je me suis rendu compte de ma confusion.

Par contre, il semble que cette confusion perdure chez certains, au point de croire que c’est intentionnel, puisque le journal L’Express relatait la nouvelle de cette manière :

L’humoriste avait déclaré être « Charlie Coulibaly » après la marche républicaine de dimanche.

La différence

Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part je vois une grande différence entre le verbe « être » et le verbe « (se) sentir », encore plus quand c’est une déclaration de cette sorte. L’utilisation du verbe « être » marque l’adhésion alors que le verbe « (se) sentir » marque la réaction. Être, c’est tenir le fort, se sentir, c’est le regarder, en quelque sorte. Pour ceux qui ne comprennent pas, il y a toujours le dictionnaire…

Si Dieudonné avait effectivement écrit « Je suis Charlie Coulibaly », il y aurait eu évidemment matière à le soupçonner, comme les « Je suis Kouachi ». Mais « Je me sens Charlie Coulibaly », c’est visiblement du domaine du sentiment de persécution. Ce qu’ont en commun Charlie et Dieudonné, c’est que leur liberté d’expression est remise extrêmement en question. Et pour le point commun entre Dieudonné et Coulibaly, qui de mieux que l’avocat de Dieudonné pour l’expliquer :

Lui, il a le sentiment qu’on le traite comme un terroriste, c’est pour cela qu’il a accolé ces deux noms.

Pour ma part, l’explication me suffit et on verra s’il sera jugé pour avoir écrit « Je suis Charlie Coulibaly » ou « Je me sens Charlie Coulibaly »…

L’interprétation

Cela dit, je suis tout à fait conscient que la limite de la liberté d’expression se trouve dans la loi. Mais il est quand même permis de remettre en question les lois, encore plus, de se demander si l’interprétation et l’application de la loi sont abusives.

Pour ma part, s’il est reconnu coupable, j’aurai alors un gros doute sur la santé du système français de justice, puisque selon la loi il aura officiellement fait l’apologie du terrorisme alors que ses propos sont simples à analyser et qu’objectivement il n’est pas possible d’aller au-delà du doute. À moins de mettre dans la balance et d’appuyer très fortement sur le fait qu’il a déjà été condamné par la justice pour des propos antisémites et qu’il fait déjà à l’objet d’une « enquête pour le même délit d’apologie du terrorisme ».

Je suis conséquent

Il faut bien s’entendre, il n’est pas question ici de faire l’analyse de toute l’« oeuvre » de Dieudonné, mais de ce cas bien précis. Sinon, je défends ici sa liberté d’expression comme je défends celle de Charlie Hebdo. Je suis Dieudonné comme je suis Charlie parce que je crois que l’irrévérence de l’un vaut bien l’ironie de l’autre, même si les cibles ne sont pas tout à fait les mêmes, ni écorchée de la même manière.

Je suis Dieudonné comme je suis Charlie parce que quand bien même Charlie Hebdo s’était spécialisé dans l’humour et la critique d’une seule religion, j’aurais défendu la liberté d’expression en son nom quand même. D’ailleurs, je trouve qu’il y a quelque chose d’hypocrite dans le fait de constamment rappeler que l’équipe de Charlie Hebdo tirait partout, comme si sa liberté d’expression était conditionnelle à ça. Mais je comprends qu’on en vienne à cet argument puisque l’accusation d’islamophobie colore tout. Cet argument a été mien aussi…

Je suis Dieudonné parce qu’il est bien clair que ceux qui ne l’aiment pas font tout pour le faire disparaître.

Je suis Dieudonné parce que même s’il n’a pas (encore) été victime d’un attentat meurtrier il est déjà victime d’un attentat plus insidieux, celui de la bien-pensance.

Je suis Dieudonné parce que j’admire le fait qu’il ne s’écrase pas et qu’il a choisi de se battre avec les mots plutôt qu’avec les armes.

Je suis Dieudonné.

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