Survivre aux catastrophes naturelles par le mérite

 

Au Téléjournal d’hier, il y a eu un reportage sur la découverte d’une grand-mère et de son petit-fils dans les décombres d’une maison effondrée au Japon, à la suite du tremblement de terre. Ils ont eu la chance de se trouver dans la cuisine où s’est créé un espace assez grand pour qu’ils puissent y survivre. Ainsi que l’accès au contenu du réfrigérateur.

C’est un fait divers impressionnant, soit. Mais le reportage ne s’arrêtait pas à ça. On a pu y entendre une partie du témoignage du père du garçon en question, le fils de la vieille dame. Il disait qu’il se doutait qu’ils n’étaient pas morts, parce que son fils et sa mère sont combatifs.

Je peux bien comprendre la peine de l’homme avant cette découverte et sa joie de retrouver ses proches vivants, mais ce n’est pas une raison pour dire des idioties. C’est franchement insultant pour ceux qui ont perdu des proches : est-ce que ceux qui sont morts dans cette tragédie n’ont pas survécu parce qu’ils étaient lâches? Sans parler de ceux qui espèrent encore recevoir de bonnes nouvelles. La fatalité ne s’arrête pas aux qualités ou aux défauts des gens. Et l’espérance rime seulement avec chance.

Je vois tout à fait là-dedans cette tendance à la surutilisation des vox-pops et autres contributions citoyennes. Radio-Canada n’y échappe pas. Et je vais même jusqu’à y voir la glorification de la pensée magique, ce synonyme de religion. Que ce soit faire partie d’un peuple élu, gagner son ciel ou survivre aux catastrophes naturelles parce qu’on le mérite, c’est toujours s’aveugler volontairement de la cruelle réalité.

Vous me direz que ce n’est pas bien bien grave, mais je n’en reviens pas qu’un journaliste de Radio-Canada ait choisi de relever ces propos, au lieu d’autre chose de plus important pour la nouvelle (ça m’aurait beaucoup moins surpris du côté de TVA). Ça ne me semble vraiment pas anodin. Mais bon, peut-être que le but était simplement d’émouvoir le spectateur. Ce qui n’a pas du tout fonctionné pour moi et Douce, au contraire. Et puis, quand j’écoute le Téléjournal, c’est surtout pour m’y informer.

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Avant d’écrire ce billet, j’ai tenté de revoir ce reportage sur le site de Radio-Canada où pourtant on annonce qu’il est possible de le visionner. Sans succès. Une autre déception.

 

(Image : hadesigns)

 

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5 réponses à Survivre aux catastrophes naturelles par le mérite

  1. _MlleB dit :

    …je pourrais te dire la même chose de la maladie et, surtout, de la guérison.

    Comme ancienne sportive, je me souviens d’un temps où j’ai cru que mes sacrifices m’achetaient l’immunité, et j’ai vécu la blessure qui m’a immobilisé comme une trahison de l’ordre du monde. Mérite, récompense, punition. Ces mythes sont si nuisibles pour cette immense communauté de souffrants, car ils parasitent le processus de deuil et encouragent la stigmatisation.

    Mais… «shit happens». C’est une loi universelle. Les survivants aiment bien s’identifier à un camp de vainqueurs, car après tout, qui témoignera du combat des autres? On n’entend que les survivants.

  2. _MlleB,

    j’ai quand même l’impression que ça a plus de sens du côté de la maladie et de la guérison, dans le sens où il est plus possible d’influer sur la biologie par la pensée. Le lien est plus facile à faire. Même si personnellement je suis loin d’y croire.

    « Les survivants aiment bien s’identifier à un camp de vainqueurs, car après tout, qui témoignera du combat des autres? On n’entend que les survivants. »

    Bien dit!

  3. Darwin dit :

    J’ai eu la même répulsion en entendant ce commentaire du papa chanceux… J’ai aussi horreur des reportage de ce genre. C’est d’ailleurs pourquoi je préfère les journaux (et le web) à la télépour m’informer. Si un article ne m’intéresse pas, je peux passer au suivant.

  4. Éléonore dit :

    La religion ? qu’est-ce que la religion a à voir la dedans ? C’est quand même tannant de toujours taper sur le clou de la religion.

    Bien que je sois d’accord avec toi sur le gros du commentaire, j’interprète cela différement. Je prends l’angle de la glorification du « bon peuple japonnais si stoïque, si fier et si travaillant qui va bien vite relever la tête pour faire face » surtout en comparaison au peuple haïtien « perdu dans la corruption, qui fait trop d’enfants, qui est mal organisé, paresseux, etc » qui envahit comme une déferlante la presse et les médias.

    Ça me lève le coeur que des gens osent faire une comparaison entre le niveau d’organisation du peuple japonais et du peupe haïtien. J’ai honte de ce que j’ai lu et lit encore sur le peuple haïtien, honte de notre méconnaissance crasse de l’histoire en général et de celle en particulier d’un pays bâtit sur l’esclavage, qui eu a se battre pour sa libération, qui porte les stigmates du racisme jusque dans l’organisation sociale de sa société et des mentalités, qui eut et a encore à subir l’impérialisme économique des puissances occidentales (france, états-unis, Allemagne, etc) et qui est toujours victime du dumping américain, etc etc etc Ha ben oui ils sont donc ben fins les Japonais, ils vont se relever et faire face comme pas un ! Ben oui le Japon, cette puissance riche et impérialisme qui n’hésita pas à envahir à plusieurs reprises la Chine au cours du XXième s. pour établir sa domination sur l’Asie.

    Je souhaite que le peuple japonais se relève et surtout qu’il reprenne rapidement le contrôle de leurs centrales nucléaires ! Mais de faire du peupe japonais un modèle à mettre sur un pied d’estale non merci !

  5. Darwin,

    malgré le web, je conserve cette habitude de regarder le TJ presque à tous les jours.

    Éléonore,

    oui, religion. Je pense aussi à superstition. J’aurais d’ailleurs dû l’inscrire dans mon billet, puisque c’est ce qui est le plus juste pour décrire cette tendance de l’humain à fuir la plate réalité.

    « Je prends l’angle de la glorification du « bon peuple japonnais si stoïque, si fier et si travaillant qui va bien vite relever la tête pour faire face » »

    C’est du nationalisme, et pour moi le nationalisme est un autre dérivé de ce déficit rationnel qui gruge l’humanité.

    Pour le reste, quant au peuple japonais versus le peuple haïtien, c’est très dommage que ce soit vu comme un combat, une course. Il y a tellement de hasards dans l’Histoire.

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