Mais qu’est-ce qu’ils font de notre argent?

Je suis tombé* sur un article assez surprenant paru dans la section Argent de Canoë où on y déclare que les « impôts totaux payés par la famille canadienne moyenne ont augmenté de 1624% depuis 1961 ».

Pour comparer :

les dépenses liées au logement ont grimpé de 1198%, à la nourriture de 559% et aux vêtements de 526% au cours de la même période.

Étant donné que c’est sur la foi d’une étude de l’Institut Fraser et que je porte la barbe (!), je devrais la ridiculiser tout bonnement… mais je ne le ferai pas, même si je sais pertinemment que le but de tout ça est de donner des munitions aux amants de la réduction de l’appareil étatique.

Personnellement, je n’ai rien contre l’idée de donner presque la moitié de ma paye pour des services et autres dépenses gouvernementales. Mais au bout du compte, je me demande bien franchement si j’en ai pour mon argent, selon ce que les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux m’offrent en retour (juste le fait de ne pas me trouver un médecin de famille me fait rechigner…). Et sans oublier les « efforts » qui sont mis pour aider les plus démunis (moralement, la pilule fiscale passerait beaucoup mieux si je constatais que ces « efforts » outrepasseraient le stade du pansement trop insuffisant sur le bobo).

Quand on sait que la part du lion va à l’Éducation et à la Santé (en tout cas au Québec), et que le mot d’ordre va de plus en plus pour le concept d’utilisateur-payeur, et qu’on essaye par tous les moyens de piger dans nos poches pour renflouer ces bêtes affamées, on se demande bien pertinemment qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce contrat social (qui n’est pas vraiment un contrat, plus une fatalité étant donné que la confiance est à son plus bas).

Avec les récents scandales municipaux (il n’y en a pas eu qu’à Montréal) et ce qui se passe au niveau provincial (le fédéral n’a pas été en reste non plus, rappelons-nous-en!), il n’est pas bien bien difficile d’en arriver à la conclusion que notre argent est dépensé comme on peut manger dans un restaurant « à volonté ». Mais bon, la comparaison n’est peut-être pas très juste, puisqu’un estomac a quand même ses limites…

C’est bien beau la solidarité, mais qui en veut à tout prix?

*Via un message Twitter de Steve MindSix.

(Photo : SMN)

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8 réponses à Mais qu’est-ce qu’ils font de notre argent?

  1. gillac dit :

    C’est dans les gènes des politiciens de proposer de nouveaux programmes ou projets; ils n’ont aucun intérêt pour travailler sur ce qui ne marche pas. Imaginons un instant un parti politique qui dirait: je n’ai rien de neuf à vous proposer, je vais m’occuper uniquement de ce qui manifestement ne fonctionne pas. En gros titre des journaux, on lirait alors: un parti sans imagination veut prendre le pouvoir. Pour ceux qui auraient encore un doute sur cette caractéristique des politiciens, je les invite à consulter les organigrammes des ministères de la santé et de l’éducation. Vous verrez alors que les techniques d’émondage sont inconnues des politiciens même si une forêt mal entretenue finit par être ravagée par le feu ou autrement.

  2. Mickaël B dit :

    Je pense qu’on en a, malgré tout, pour notre argent.

    Une étude, dernièrement, faisait part que si on comparait les services que l’on reçoit et ce qu’on paie pour les impôts versus les mêmes services aux États-Unis et en Ontario et ce qu’eux paient pour, on terminait au Québec avec un plus gros pouvoir d’achat!

    Je cite Jean-François Lisée: « Il est vrai que le fardeau fiscal provincial est plus élevé au Québec qu’ailleurs. Cependant cet étalon de mesure est partiel, pour ne pas dire trompeur. Il ne tient pas compte du coût de la vie réel, notamment des coûts du logement, ni des économies réalisées par le contribuable lorsque l’État assume une partie des coûts des services. Si les garderies ne coûtent que 5 $ plutôt que 25, voilà un coût évité. Si l’assurance-médicament a un déficit, c’est que l’État paie une partie du coût des médicaments. Idem pour les frais de scolarité et les bourses, l’école privée subventionnée, le logement social et son impact à la baisse sur les coûts du logement, les spectacles et concerts gratuits. La décision d’une société d’État, Hydro-Québec, de maintenir des tarifs d’électricité résidentiels nettement moins chers que ceux de ses voisins est également un important coût évité au contribuable québécois (à Toronto on paie 38% plus cher, 51% à Moncton et 252% à New York). Les comparaisons de taux d’imposition des provinces et des États sont essentiellement des palmarès de la mesquinerie […] Selon une étude KPMG/Alberta portant sur l’année 2001, à revenu égal et dans tous les cas étudiés – revenus de 40 000 à 150 000 $ par an – le contribuable de Montréal, avec ou sans enfants, a terminé l’année dernière en ayant dépensé nettement moins d’argent pour l’ensemble de ses besoins de base que le contribuable de Toronto (mais pas d’Edmonton). La différence est considérable : à 40,000 $ de revenus, le Torontois doit débourser plus de 4600 $ de plus. À 60 000 $, c’est 7600, et ainsi de suite. Voici les économies, en pourcentage, faites par le Montréalais, lorsqu’on compare les coûts sur une base de 100 pour Toronto. »

    Ceci dit, cela ne signifie pas qu’on doit être satisfait de la gestion de nos finances publiques. Oui, réclamons une gestion intelligente et des solutions aux problèmes!

    Il y a des graves problèmes à régler, des gestes politico-économiques importants à prendre (duquel le récent budget ne satisfait pas du tout). Selon moi, il manquait de couilles et le peu qu’il contient est mal placé.

    Comme lorsqu’on avait brièvement échangé sur twitter, je considère que lâcher un chiffre de même (1624% d’inflation fiscale), sans rien mettre en contexte autour (sur les services donnés par le gouvernement depuis 1961 – et il y en a une tonne!!!), c’est vide, voire simplement polémiste.

    Peut-être que l’étude de l’Institut Fraser en dit plus que l’article, mais c’est l’article que je trouve vide, évidemment, pas l’étude que je n’ai pas consulté.

  3. lutopium dit :

    La Presse Canadienne le rapportait tout simplement comme ça hier:

    « Un groupe de recherche qui dénonce fréquemment les dépenses du gouvernement affirme que les ménages canadiens consacrent plus des deux cinquièmes de leur revenu total aux impôts. L’Indice d’imposition du consommateur canadien, compilé par l’Institut Fraser, indique que les impôts ont gobé 41,7 pour cent du revenu d’une famille moyenne en 2009. En comparaison, en 1981, les impôts engloutissaient 40,8 pour cent du revenu familial, contre 33,5 pour cent en 1961, quand l’Indice a été compilé pour la première fois. »

    Si on compare avec les services que nous recevions en 1961, je crois que c’est pas si mal. Parfait? Non. Mais je ne changerais de de modèle demain matin. À moins que, comme je me tue à le demander aux droitistes depuis des années, qu’on me prouve concrètement que la disparition du concept d’imposition et la privatisation de tous les services sera bénéfique à TOUS les québécois. Je n’ai jamais obtenu de réponse vraiment satisfaisante à l’exception de sacro-saints principes de liberté individuelle et de mirages libertariens utopistes.

  4. Darwin dit :

    En 1961, il n’y avait ni ministère de l’éducation (de toute façon, moins de la moitié de la population ne se rendait pas plus loin que la… neuvième année !), ni système de santé. L’organigramme de ces ministères était donc vide, mais les services inexistants ! Et je ne parle pas de l’assurance-médicaments, des services de garde à tarif réduit, de l’assurance parentale, de la santé et sécurité au travail, de l’aide sociale… On peut toujours espérer que ces services s’améliorent, mais au moins, ils existent !

    Comme d’habitude avec Fraser, n’importe quoi…

    @ Mickaël B

    Même si je ne suis pas un fan de tout ce que fait et dit Jean-François Lisée, il a en effet écrit d’excellents billets sur ces sujets.

  5. renartleveille dit :

    Gillac,

    « C’est dans les gènes des politiciens de proposer de nouveaux programmes ou projets; ils n’ont aucun intérêt pour travailler sur ce qui ne marche pas. Imaginons un instant un parti politique qui dirait: je n’ai rien de neuf à vous proposer, je vais m’occuper uniquement de ce qui manifestement ne fonctionne pas. En gros titre des journaux, on lirait alors: un parti sans imagination veut prendre le pouvoir. »

    bien d’accord. Mais est-ce que vraiment le citoyen moyen serait incapable d’entendre la vérité à ce point?

    Mickaël B,

    « Je pense qu’on en a, malgré tout, pour notre argent. »

    Moi je pense qu’on pourrait en avoir vraiment encore plus pour notre argent, malgré ce que tu rapportes dans ton paragraphe suivant :

    « Une étude, dernièrement, faisait part que si on comparait les services que l’on reçoit et ce qu’on paie pour les impôts versus les mêmes services aux États-Unis et en Ontario et ce qu’eux paient pour, on terminait au Québec avec un plus gros pouvoir d’achat! »

    Parce que c’est bien évident que la gestion n’est pas parfaite. Et nous sommes en droit de la demander, cette perfection! Si c’était parfait (ou presque), ça couperait l’herbe sous le pied des critiques du modèle québécois, ça, c’est certain!

    Mais bon, je ne fais que répéter ton propos :

    « Ceci dit, cela ne signifie pas qu’on doit être satisfait de la gestion de nos finances publiques. Oui, réclamons une gestion intelligente et des solutions aux problèmes! »

    Et j’admets que oui il manque une partie du contexte concernant les services dans l’article. Mais si on se réfère seulement à la Santé, il y a en tout cas une baisse d’accessibilité…

    Lutopium,

    comme je l’écris à Mickaël plus haut, c’est qu’il faudrait bien que ce soit parfait pour couper l’herbe sous le pied des critiques du modèle québécois! En tout cas, ça aiderait!

    Darwin,

    dans ce cas, on se demande même si le pourcentage d’impôt dans ce temps-là était justifié (comparativement à aujourd’hui)!

  6. Darwin dit :

    «si le pourcentage d’impôt dans ce temps-là était justifié »

    Il ne faut pas oublier (je me parle aussi…) qu’il s’agit du taux canadien,.. L’assurance-maladie existait déjà dans certaines provinces et le taux de scolarisation a augmenté plus tôt dans le reste du Canada. En plus, le service de la dette due à la participation du Canada à la deuxième guerre mondiale devait gruger une portion des revenus. Cela dit, je n’ai pas les données précises de l’époque…

    Chose certaine, c’est démagogique de ne comparer que l’augmentation des revenus de l’État sans analyser l’évolution des services qu’on reçoit en échange. Du Fraser tout craché…

  7. Christine** dit :

    @Michaeel B

    Enfin, un regard comme le vôtre sur les statistiques permet d’éviter de comparer des choux fleurs avec des brocolis!! Tout à fait d’accord.
    J’apprenais récemment, par M. Vézina, que les mêmes imperfections s’appliquent dans la lecture du taux de chômage. Entr’autre le taux est comptabilisé en fonction du lieu de résidence du chômeur, alors qu’une bonne part des résidents de la couronne, trouvent emploi à Montréal…

    _______

    Le coût de mon permis de conduire est passé de 86$ en +- 3 ans, pour une validité de 2 ans à 1 une seule année. Ou retrouver simplement la trace de cette hausse qui n’est pas négligeable? Si ma mémoire est juste, quelques années précédentes cette hausse, on avait permis une importante ponction dans le fonds SAAQ (Pour accidentés!!) par la Gouverne.

    Cette ponction était-elle un déficit déguisé?

    86$ X Des millions d’usagers de la route en plus de la hausse pour l’utilisation du permis 6a; ça renfloue quels coffres et/ou quelles dépenses ont étés ainsi couvertes??

    On informe sérieusement des revenus à aller chercher lors du budget, mais les défenses faites par l’autre ministère du Conseil du Trésor n’ont pas la même publicité et transparence que celui du Revenu! Les Bilans , aussi important en finance, semblent plus camouflés..

    Le fond spécial et exclusif prévu pour la santé; devrait nous permettre d’en suivre les dépenses vu sont caractère *spécial* ***A suivre.

  8. sébas dit :

    @ Lutopium:

    Des coops de santé avec un volet ‘charité’ pour les plus démunis, c’est une voie totalement privée aussi. Mais c’est actuellement impossible, car trop de corporatismes (tant au privé qu’au public) s’y opposent.

    Les coûts seraient beaucoup plus bas que maintenant, tant au niveau de la gestion (minime et hyper décentralisée), que des frais pour se faire soigner.

    Et je suis un libertarien et j’en parle sur tous les blogues depuis des années…

    Mais la drédrette coporatiste et la gogauche, tout autant corporatiste, n’aiment pas.

    Snif.

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