Guy Jodoin, Gilles Parent, la protection et la qualité du français

On rapporte qu’hier, au gala Artis, Guy « Jodoin a fait un long discours dans les deux langues officielles [du Canada] pour rappeler l’importance de la loi 101. » Il a dit : « L’anglais c’est bien important, mais la loi 101 l’est beaucoup plus! »

Réaction sur Twitter de Gilles Parent, animateur de radio de Québec :

Désolé, mais il faut avoir un sens de l’analyse assez médiocre pour arriver à ce genre de déclaration. La seule chose qui tienne la route là-dedans c’est le fait de penser que Guy Jodoin « plante » l’anglais. C’est une opinion que je ne partage pas, parce que ça me semble beaucoup trop exagéré, mais c’est une opinion, et chacun y a droit.

Pour ce qui est du « #onfaitpetitpeuplefrustré » (on fait petit peuple frustré), c’est juste une tentative ratée de retourner son propre état de Canadien français colonisé frustré par le fait que d’autres veulent s’en affranchir. C’est carrément nier la légitimité du mouvement de protection du fait français.

langue francaise quebecOn me dira que je ne devrais pas lui faire de publicité et c’est bien vrai. Mais l’occasion est trop bonne, puisque le fait de contredire le mouvement de défense du fait français avec l’argument de la qualité (discutable) du français québécois a toujours été pour moi un non-sens et une erreur d’analyse fatale. Pas seulement au niveau de la simple opinion, mais au niveau objectif. D’ailleurs, cet argumentaire du « si on veut protéger le français, il faudrait d’abord bien le parler/écrire » trouve même des échos favorables du côté souverainiste.

Mais avant de poursuivre, il faut que je spécifie que je ne dis pas que la qualité du français n’est pas importante, mais bien que les entités théoriques que sont « la qualité du français » et « la sauvegarde du fait français » ne sont pas équivalentes et que le lien entre les deux n’est pas causal, ni d’un bord ni de l’autre. Il n’y a pas de problème avec la sauvegarde du fait français parce que le français serait soi-disant malmené ici, ni de problème avec la qualité du français parce qu’il existe un mouvement de défense du fait français.

Le problème du fait français se place dans le contexte de la mondialisation qui fait la promotion de la langue anglaise comme langue commune et de notre proximité avec le plus gros bassin de locuteurs de cette langue. Et le (soi-disant) problème de la qualité du français se place dans le contexte de la non-proximité historique avec les autres locuteurs francophones et de notre très grande proximité avec les locuteurs anglophones. S’il y a effectivement un problème (ce dont je doute), le chiac au Nouveau-Brunswick en est un exemple fort à propos. Mais c’est un autre débat, comme je me tue à le dire…

Donc, pour expliquer mon point, je vais retourner l’Histoire sens dessus dessous et m’inspirer de la théorie des mondes possibles. D’abord, imaginons que le français québécois est tout à fait créolisé, comme la langue parlée en Haïti. Ou, imaginons le Québec avec une langue propre, aucunement parlée ailleurs dans le monde.

Si c’était le cas, l’argument de la qualité (« si on veut protéger le français, il faudrait d’abord bien le parler/écrire ») ne pourrait pas être considéré, puisqu’il n’y aurait même pas lieu d’y penser. Le fait de cette langue pourrait en soi se défendre sans possibilité de comparaison pour amoindrir sa légitimité. En fait, la seule existence théorique de cette hypothèse détruit l’argument de la qualité discutable comme talon d’Achille de la protection. Cela démontre que cet argument ne tient que sur la possibilité de faire ce lien dans notre réalité. C’est carrément de l’opportunisme argumentaire.

Le fait français au Québec se défend de lui-même, quel que soit son lien avec la francophonie, quel que soit son lien qualitatif avec elle. On peut tout à fait être en désaccord avec cette idée, mais en étant conscient que cela signifie au mieux un certain laisser-aller, au pire une porte ouverte vers une lente assimilation, qui sont toutes deux des possibilités plausibles. Et tant qu’à vouloir convaincre avec un argument, Gilles Parent, il faudrait bien, comme un bolide, qu’il ne prenne pas le champ dès la première courbe (la première analyse)…

 

(Crédit photo : javazombie)

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