Élections 2014 – La question linguistique, « in your face »

bridgeAvec les propos ambigus de Philippe Couillard durant le dernier débat au sujet de la question linguistique, ce sujet revient sur la table comme vrai plat de résistance dans cette élection.

On pense en général que la question linguistique n’a pas tellement d’incidence sur notre vie sociopolitique et pourtant, le seul fait qu’une quasi-majorité des anglophones et des immigrants s’étant rangés du côté anglophone pour s’intégrer au Québec votent aveuglément pour le Parti libéral du Québec explique en grande partie notre société sclérosée. Si ce n’était pas d’eux, le PLQ serait sans doute relayé aux livres d’histoire depuis belle lurette.

Perso, j’ai quand même toujours eu l’impression d’une lente évolution, mais les concerts de « Quebec-bashing » viennent toujours y mettre du plomb dans l’aile. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, mais les bons sentiments ont carrément foutu le camp quand j’ai lu le texte d’un ami voilà quelques jours, que je vous partagerai ici.

Cet ami désire garder l’anonymat pour des raisons personnelles que je respecterai. Mais ce que je peux dire, c’est que c’est quelqu’un de très instruit qui parle plusieurs langues.

Je suis abattu.

Abattu comme par des coups de poignard dans le cœur. Coup de poignard à la vue de chaque nouvelle croix gammée, omniprésente sur les pancartes électorales. Coup de poignard à chaque fois que je m’aventure dans les commentaires aux bas d’articles de journaux anglophones. Coup de poignard à chaque message twitter ou page Facebook où s’épandent des flots de haine envers moi, ma société, ma culture, ma langue. Coup de poignard quand aucune voix anglophone ne s’élève pour s’opposer à cette violence raciste.

« Racisme »? Honnêtement, je ne sais plus comment d’autre le nommer. Peut-être plutôt du « mépris »… Envers moi, le conquis, qui à l’effronterie de me croire maître de ma destinée. Moi l’ethnie mal assimilée, la tribu primitive, la horde fielleuse… qui a le culot de prétendre être une nation, et qu’on doit vite remettre à sa place par tous les moyens les plus illégitimes s’il le faut.

« Tous unis dans la haine et la peur! », devrait être le nouveau slogan du PLQ.

Toute ma vie adulte, j’ai eu un pied dans la communauté anglo. Des artistes, des colocs et collègues, des universitaires et des profs, jusqu’à aujourd’hui dans mon boulot. S’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que le point Godwin n’est jamais loin dès qu’on discute de politique québécoise avec eux. J’ai longtemps voulu croire qu’il s’agissait d’une minorité d’angryphones, mais non. C’est un axe paradigmatique de leur culture. J’ai longtemps cherché des interlocuteurs raisonnables avec qui être en désaccord et débattre, pour découvrir que plus ils sont cultivés et intelligents, plus le point Godwin arrive tard et masqué; mais qu’il arrive toujours.

Je l’ai encore frappé hier avec une anglophone, prof de français-langue seconde, que j’appelais « mon amie » depuis 5-6 ans. Depuis tout ce temps, on discute de politique ensemble, de manière raisonnable.

Elle sait que je suis souverainiste, je sais qu’elle ne l’est pas. Elle apprécie que je sois capable de critiquer ma société, les souverainistes et le PQ. J’apprécie qu’elle soit capable de critiquer le manque d’ouverture de sa communauté envers la mienne, et surtout le total manque d’intérêt de ses élèves anglophones, année après année, envers le français (le cours qu’ils jugent le plus inutile) et envers la culture francophone.

Pas grave : apprendre le français à l’école, c’est un mauvais moment à passer pour eux. Ils iront tous à Dawson après de toute façon et ça sera fini. Alors ils se contentent de passer, ou même pas. Ils s’en crissent de ne pas être capables de conjuguer le verbe être au présent rendus en secondaire 5. Personne ne coule vraiment pour ça de toute façon. Et de toute manière, ce n’est pas comme si parler français semblait important dès qu’ils sortent de la classe, et jusque chez eux.

Mais pour revenir à ma prof. Ça aura pris toutes ces années, mais c’est finalement tombé hier. Comme à notre habitude, on a commencé à parler politique. Je lui racontais mon désarroi de penser que le PLQ puisse rentrer, malgré toute la corruption des 10 dernières années, et qui continue de surgir dans le journal tous les jours. Je lui racontais mon exaspération face au « better crooks than separatists » du vote anglophone. Mon désarroie face à la campagne de peur qu’on fait aux minorités envers la majorité francophone. De son côté, elle me parlait de ses doutes sur les intentions du PQ, qui croit-elle a déclenché ces élections « illégalement » pour cacher de futures révélations sûrement aussi scandaleuses que ce qu’on apprend sur le PLQ, et pour nous préparer un référendum en cachette… (Déjà là, ça partait plus mal que d’habitude : elle qui récemment disait même ne pas être opposée à la charte…)

Contrairement à d’habitude, elle a commencé à s’énerver. La conversation a vite dévié de sujet en sujet, jusqu’à ce qu’elle me regarde sérieusement dans les yeux et me dise : « Te rends-tu compte qu’on est persécutés au Québec? »…

« Persécuté?!!!…» Elle a insisté : oui, persécuté, en amenant comme preuve une étudiante anglophone à qui on a refusé de s’inscrire pour voter parce qu’elle n’avait pas de carte soleil. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait de tous les autres étudiants de passage qui eux essayent, et parfois réussissent, alors qu’ils n’ont aucune intention de rester ici?

Je lui ai surtout demandé : si les Anglo-Québécois sont « persécutés », alors quel mot emploie-t-elle pour décrire la situation des francophones dans les autres provinces : le « goulag »?… Absolument délirant! Puis je lui ai demandé de me nommer une seule autre société où une minorité linguistique de 10 % jouissait d’autant de droits et d’institutions?

Apparemment, c’était trop. Elle a pris ses affaires, noire de colère, et en partant elle m’a répondu : « Faudrait peut-être vous rappeler que vous avez perdu la guerre! »

Donc c’est ça. Ça aura pris 5 ans pour que ça sorte : ils sont persécutés et nous conquis. Ils ont donc tous les droits de nous chier dessus en nous traitant de nazis. Et qu’on n’ait pas l’affront de nous plaindre!

Et après, elle se demande pourquoi ses élèves se sacrent du français alors qu’ils vivent au Québec. C’est parce que, au plus profonds, eux et leurs parents pensent probablement comme elle.

N’étant pas de ceux qui aiment jouer le jeu du déni, j’ai bien de la difficulté à voir où on peut accrocher ce qu’il faut pour bâtir quelque chose comme un pont…

(Crédit photo : Kordite)

Ce contenu a été publié dans Non classé, opinions, politique, Québec, société, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.