Être ou ne pas être féministe, selon la grille de l’utilité du langage

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Depuis que la ministre Lise Thériault a déclaré qu’elle n’était pas féministe, il y a eu de multiples tentatives de relativiser sa déclaration. Entre autres, Marie-France Bazzo a tenté de le faire en réduisant le féminisme à une étiquette qu’elle ne désirait pas porter. Ça se poursuit chez les citoyens de toutes sortes de manières. Pourtant, il y a dans la simple utilité du langage, pour ne pas dire la sémantique, tout ce qu’il faut pour comprendre à quel point ces tentatives sont vaines…

Prenons n’importe quel terme qui décrit une réalité. Le végétarisme (et ses déclinaisons) semble un bon choix. Si quelqu’un dit qu’il n’est pas végétarien, nous allons comprendre qu’il y a de la viande dans son alimentation et si quelqu’un dit qu’il est végétarien, nous allons comprendre qu’il n’y a pas de viande dans son alimentation. Il y a certains végétariens qui mangent du poisson et même de la volaille, donc seulement pas de viande rouge, mais gardons seulement la non-consommation de viande pour l’exemple. Ce que ça dit aussi, c’est que, comme le féminisme, le végétarisme se décline en plusieurs variantes et que ces déclinaisons, même si on peut considérer qu’elles sont parfois problématiques, ne réussiront jamais à dénier la définition de base. De la même manière, si quelqu’un dit qu’il est féministe, nous allons comprendre qu’il est pour l’égalité entre les hommes et les femmes, la définition de base, même si on pourra discuter ensuite des moyens pour y arriver et de ce que représente, dans le détail, l’égalité entre les hommes et les femmes.

Donc, si « ne pas manger de viande » est égal à « être pour l’égalité entre les hommes et les femmes », il n’y a pas à aller plus loin que de comprendre que quelqu’un qui dit ne pas être végétarien mange de la viande alors que quelqu’un qui dit ne pas être féministe dit ne pas être pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Voilà l’utilité d’un terme : réduire à une unité linguistique un concept qui s’exprimerait autrement avec plusieurs unités linguistiques. On aura beau retourner ça dans tous les sens pour minimiser la portée de se déclarer ne pas l’être, les termes « végétarisme » et « féminisme » servent à dire quelque chose de clair et non leur contraire ou des demi-mesures. Le terme « végétarisme » sert à mettre de l’avant une abstinence quant à la consommation de viande et le terme « féminisme » sert à mettre de l’avant un parti-pris pour l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes. Et il faut dire aussi que ces deux termes n’ont pas le défaut de certains autres d’avoir des définitions multiples qui peuvent parfois porter à confusion. La confusion possible se trouve dans les déclinaisons, les manières de considérer et de mettre de l’avant ce que ces termes signifient.

Par conséquent, cet épisode ne soulève pas vraiment la question du droit des femmes de se dire ou non féministes, puisqu’il apparaît que ces femmes ne visaient que le terme « féminisme » en surface, aucune d’entre elles ne semblait clairement dire qu’elle était contre l’égalité entre les hommes et les femmes. En fait, il était seulement légitime de poser la question à savoir ce que signifiait vraiment pour elles ce « je ne suis pas féministe ». Et que si cette déclaration avait signifié pour une d’entre elles « je suis contre l’égalité entre les hommes et les femmes », cela aurait été au moins en accord avec la définition du terme.

Ce qu’il faut spécifier aussi, c’est que rien dans tout cet empressement d’aller creuser le sens de ces déclarations n’induisait qu’il est interdit de se dire non féministe. La responsabilité ministérielle de Lise Thériault et la réalité de sa déclaration parlaient d’elles-mêmes, puisque ce ministère est un enfant du féminisme. Certains ont la fâcheuse habitude de comprendre que constater une contradiction dans un discours c’est induire que les opinions divergentes sont interdites. Oui, il y a au Québec un certain consensus, pour ne pas dire un consensus certain, sur l’égalité entre les hommes et les femmes et oui, les opinions divergentes sont malmenées. Mais c’est le résultat du jeu du débat public et non la preuve que le féminisme est une religion, protégée par la vindicte populaire… Si seulement une de ces femmes avait vraiment argumenté contre l’égalité entre les hommes et les femmes, il y aurait au moins eu matière à débattre pour peut-être arriver ensuite à cette conclusion.

Il n’est pas interdit d’être contre l’égalité entre les hommes et les femmes. Par contre, il devrait être interdit de jouer la carte victimaire pour tous ceux qui sont contre l’égalité entre les hommes et les femmes, simplement parce que le féminisme existe et qu’il met de la pression sur eux.

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