La peur d'Anne Dorval

Je viens d’écouter TLMEP et j’aimerais réagir ici à la sortie d’Anne Dorval, et en même temps au commentaire du Grand Maître des Anonymes à son sujet, laissé ici à la suite du billet précédent, qui va comme suit :

Quand j’ai entendu Anne Dorval dire que sans subvention, il n’y aurait plus d’artistes et d’arts autres qu’américains au Québec, j’ai senti une profonde insulte pour tous les artistes et pour les amateurs d’arts. Quelle horreur comme commentaire.

C’est enlever tout esprit d’initiative aux artistes, toute volonté créatrice que de les traiter ainsi de téteux des mamelles de l’État allant disparaître sans ces subventions. Comme si l’art dépendait de ces subventions. Profonde insulte. Et je sais que la foule est ignorante, mais au travers il y a de vrais amateurs d’arts et des mécènes.

Elle vient de renforcer le cliché, d’enfoncer le clou aux artistes.

Je crois qu’il faut séparer le discours politique du discours artistique. Et faire un plus grand rapprochement entre le financement et la poursuite d’une démarche artistique, quelle qu’elle soit. Bien qu’il ne soit pas parfait, notre système sociétal se base sur de l’imposition fiscale, et une redistribution selon le bon vouloir des gouvernements. En coupant dans des programmes liés à la culture, le gouvernement Harper n’a pas décidé de couper l’idée même de subventionner, loin de là.

Pourquoi cette petite pointe de tarte qui revenait à ces artistes-là serait-elle moins importante et pourquoi l’idée même de recevoir des subventions serait-elle néfaste, insultante, en elle-même? Et comme réponse, je m’autocite :

Si un jour l’impôt est aboli, ça sera autrement, mais jusque-là, je suis fier de payer pour encourager les arts, et même si je suis un artiste qui n’en profite aucunement, et par choix en plus!

Et sur la question de la compétitivité entre la culture d’ici et celle d’ailleurs (pour ne pas seulement nommer l’états-unienne…), je crois que nous en voyons déjà le profond abîme. Même avec des subventions, nous voyons rarement une oeuvre artistique (dans son sens le plus large possible) briller ici autant qu’une oeuvre venant de l’extérieur. Si, par exemple, on pense au cinéma et aux séries-télés, les gros moyens sont essentiels pour au moins offrir une qualité capable d’attirer le public habitué à une certaine facture visuelle qu’offrent les autres. Cet argent se voit et sans lui, c’est tout le système qu’il faudrait changer rapidement, et je ne crois pas que cela pourrait se faire sans heurts. D’autant plus que je sens qu’un large pan de la population est complètement insensible à la culture québécoise, et que la mise en danger de cette culture (la peur qu’Anne Dorval a voulu faire ressortir) est le cadet de ses soucis…

Et je termine sur une autre citation de moi-même, qui fait bien ressortir mon opinion sur l’importance d’aider les arts moins populaires, plus pointus :

je considère que les arts moins populaires, c’est comme les domaines des sciences. Le commun des mortels n’a pas besoin de savoir ce qui s’y passe, mais ce sont des domaines qui aident à l’évolution de la société. Le bouillonnement des arts finit par ressortir d’une façon ou d’une autre par le jeu des influences.

Et je vous laisse sur une grande question : si la société avait une âme, est-ce qu’elle se personnifierait mieux pour vous du côté des artistes, des politiciens, ou même, des religieux?

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Une réponse à La peur d'Anne Dorval

  1. onirique dit :

    J’ai répondu a ta question et au commentaire du  »Petit maitre » sur mon blogue.

  2. « Et je vous laisse sur une grande question : si la société avait une âme, est-ce qu’elle se personnifierait mieux pour vous du côté des artistes, des politiciens, ou même, des religieux? »

    Si la société avait une âme, cette âme refléterait la société, donc elle ne serait sûrement ni artiste, ni politicienne et pas religieuse (plus maintenant). Elle serait plutôt du type obèse spectateur passif de sports ou de la Poule aux œufs d’or ou encore gérant d’estrade. Une âme morne…

    Les vrais artistes sont minoritaires, même parmi les « artistes ».

    Mme Dorval, en exagérant ainsi, comme M. Gartton, perdent à mes yeux toute crédibilité par leur dévalorisation des artistes. Il faut exposer les gens à l’art dès l’enfance et les véritables artistes pourront en vivre (Picasso et Chagall ont-ils reçu des subventions ?). Quand j’étais en Russie (l’âme russe est plus proche d’une âme d’artiste), j’étais frappé par les militaires (formés à l’époque soviétique) qui visitaient la galerie Tretiakov ou le musée Pouchkine sur leurs temps libres, en habits militaires. L’art était culturellement valorisé à cette époque en Russie (plus autant maintenant…) Ici, être amateur d’art, comme être intellectuel, est très mal vu. L’élitisme de cet ordre est une tare. Il est là le problème. Tu collectionnes l’art, tu est snob, tu te prends pour un autre…

    Non, notre société n’a pas l’âme artiste.

  3. Cher Renard… Belle question!

    La société a une âme quand elle permet à tout individu de respecter l’artiste, le mystique et le politique en lui.

    Nous avons tous cette part créative en nous. On n’en fait pas tous le même usage, mais c’est là, présent, offert, accessible.

    Que ce soit « bon » ou pas n’a aucune importance puisque c’est une notion subjective.

    Mais que ce soit partagé, donné, échangé avec un autre et ça devient une relation.

    L’art, comme le pain, le sel, la bouteille de vin, ça sert à s’offrir mutuellement ce qui fait qu’on aime vivre.

    Voilà.

    Amitiés…

  4. Bonjour Renard,

    Ha la croisade des artistes! Car il s’agit bien d’une croisade? Non? Toutes les tribunes sont bonnes ces temps-ci pour passer «le message du commanditaire», même un vidéo viral fort efficace, admettons-le.

    Du moins subtil, Vincent Gratton, à la phobique Anne Dorval, tous les artistes chantent en symbiose.

    La question de savoir si on doit subventionner les arts ou non est importante, certes et comme tu le mentionne aussi, doit-on prendre les arts dans son sens large? (peut-on traiter la sculpture sur le même pied qu’une télé-réalité ou une série populaire?) La question demande donc analyse et quelques nuances.

    Deux éléments me turlupinent plus que les autres.

    1- J’entends clairement l’objection et la consternation des artistes, mais très peu celle des citoyens contribuables. Donc, la décision du gouvernement est-elle si effrayante en soi ou bien touche-t-elle, en fait, seulement les membres de l’UDA? Le peuple semble plutôt…..indifférent.

    2- Sans subvention nous ne consommerions que la culture américaine?!! Il me semble que les artistes devraient plutôt faire leurs auto-critiques plutôt que d’essayer de protéger leurs subventions et les quotas imposés par le CRTC…il y a là un problème de qualité il me semble. Bien que je sois d’accord avec toi qu’une partie du problème provient du manque de moyen vs la qualité du produit en regard de ce que les américains sont en mesure de faire, en télévision notamment. Mais cela n’explique pas tout…bien au contraire.

    Salutations!

  5. Redge dit :

    Fondamentalement, la culture, ce n’est pas une affaire d’argent. En ce sens, elle ne peut pas mourir pour cause d’un manque de subvention. Tous les peuples pauvres et jugés primitif selon nos « standards » sociaux ont une culture bien à eux et elle n’a aucun rapport avec l’argent.

    Notre différence avec les peuples mentionnés plus haut, c’est que même si nous avons atteint l’abondance, sans argent on n’a rien et on ne produit rien. Dans notre système, nous devons AVOIR de l’argent pour produire, au lieu de simplement produire.

    Malgré toutes les avancés technologiques, scientifique et industrielle, sans son 40h/semaine de travail, le travailleur moyen se retrouve à la rue, faute d’avoir l’argent nécessaire pour vivre.

    C’est notre système qu’il faut changer, ce n’est pas plus compliqué que ça.

  6. Perséphone dit :

    Wow! Grande question Renart et surtout, à la lecture des commentaires ci-haut, je suis grandement rassurée. Je suis un peu déconnectée du monde, vivant en recluse, et ça fait plaisir de lire des esprits si variés. J’suis d’accord avec GMA et sur la personnification de l’âme, pour l’image qu’il décrit, je souhaiterais que ce soit faux, pour l’exemple de la Russie, pas trop difficile de trouver d’autres exemples je crois, notre société ne valorise vraiment pas l’art et ne met pas beaucoup d’efforts dans son appréciation; j’suis soufflée par « L’art, comme le pain, le sel, la bouteille de vin, ça sert à s’offrir mutuellement ce qui fait qu’on aime vivre », de la charmante blonde, on revient à la base, simple et vrai; et pour le commentaire de Redge, c’est un rappel pertinent et percutant. Cependant, je crois que dans notre contexte nord-américain, il faut qu’il y ait un minimum d’interventions pour s’assurer de percer à travers la culture de tous ces millions, juste pour faciliter le départ et la démarche.

  7. @onéreuse :

    Vous êtes libre de vos pensées, de croire que la culture passe par l’État, qu’une culture d’un peuple meurt sans subvention de l’État, ou tout ce que vous voudrez.

    Moi, je vous vois comme quelqu’un en pâmoison devant une ou deux vedettes prêchant pour leur porte-feuille et non pour l’art, et ayant charmé votre entendement à la télévision avec quelques applaudissements en arrière-fond.

    Imaginer le Québec sans sa culture, c’est imaginer l’humain sans émotion. C’est donner raison à Lord Durham. Tant qu’il y aura des sentiments humains, il y aura de l’art et de la culture. Même dans la plus grande pauvreté. Même sans subventions.

    GMA
    Artiste et âme

  8. mrobert55 dit :

    Moi je rejoint pas mal ce que pense GMA pour avoir visité quelque pays Européen et avoir visité quelque musée la-bas. Mais ou j’ai un Hic ces qu’on dit qu’au Quebec ou n’est pas du genre a aimé les art! Moi je dirais plutot que a cause du train train quoditien et la venue des famille monoparental on fait peut-etre moin de sortie en famile les WK, faute de temps, faute d’argent ou argent mal placé en priorité, Moi je me souvien d’un temps que j’allais chaque année au Planétarium, au musée (me souviens plus lequel trop jeune)
    vois les secret du Toutankamom, des billets que mes parent me donnais pour aller voir des pieces de Théatre..(bon défois je quittais avant car c’étais ennuyant) en prime l’école nous en donnais également, plus tous les spectacle de patin artistique, de cirque qui avait au Forum (J’habitais a 10 coins de rue) Donc pour résumé il faudrait que nous les parent d’aujourd’hui redonne gout également a nos enfant d’y retourné et d’éteindre et de rendre innacessible le Youtube par exemple…On est tellement bien chez sois que le meilleur qu’on peut faire est de zaper ou de lire les blogue..lol Une idée comme ca..pourquoi radio-canada ou autre ne diffuserait pas une fois par semaine une pieces de théatre en direct pour donner le gout au gens d’aller les voirs! comme Yvon Deschamps disait…on veut pas le savoir, on veut le voir:)

  9. Crispi dit :

    Ce qui est dangeureux avec les discours sur la culture ou sur l’art, c’est qu’on tombe invariablement dans le système de valeurs de chacun et dans les goûts et préférences.

    Alors que le milieu culturel est varié – c’est ce qui en fait sa richesse – et permet que sur le lot des productions d’ici, quelques-unes soit diffusées et rayonnent ailleurs.

    3 Elvis Graton pour un Violon rouge? Et pourquoi pas?
    2 Match des étoiles pour une Margie Gillis? Ça se pourrait.

    À trop vouloir condamner les vedettes – Anne Dorval ou Vincent Graton, c’est pareil – on finit par se tirer dans le pied. Et c’est tomber dans un piège à cons et exactement dans le sens de ce que prône Harper.

    Profitons donc de ce que nous avons et ne soyons pas trop élitistes.

    Ce qui est formidable avec la culture émergeante – celle qui est en partie menacée par les coupures – c’est quelle peut aussi former des Robert Lepage, des Marcelle Ferron ou des Jacques Poulin. Alors, voyons tout ça dans son ensemble et ne crachons pas sur ce qui rayonne un peu.

    Pour répondre à votre question de départ, cher Renart l’éveillé sur son blogue perché – 😉 -, je crois que la société n’a pas d’âme, collectivement parlant.

    Personnellement, je trouve ça assez triste et j’aimerais bien qu’on me prouve le contraire.

    Ciao.

  10. @mrobert55 :

    Parlant des arts à Radio-Canada, quand j’étais jeune, il y avait chaque dimanche soir Les Beaux Dimanches à Radio-Canada où l’on présentait de la musique classique, des grands films, du ballet, etc. C’est là que j’ai connu Tchaïkovski et aiguisé mon goût pour l’art russe. Nous regardions cela en famille chaque dimanche avec mes grands-parents qui n’avaient même pas fini leur école primaire. Et c’est mon grand-père, un ancien matelot, qui m’a initié à l’art avec ses vieux disques de Ravel, Mozart et les toiles reproduites de Monet et Degas dans sa maison. On a supprimé cette culture, cet art, pour mettre des Talk-Shows où des vedettes parlent de leur culture et commanditent du vin. C’est plus payant pour les vedettes. Ça leur fait de la belle publicité. Mais pour le public, ce n’est plus l’art qui est valorisé, c’est plutôt les artistes que l’on veut monter en vedettes. Quand nous serons vieux, nous parlerons à nos petits-enfants de nos artistes : Gratton, Dorval, Guy A Lepage. Du grand art. Crispi a peut-être raison, c’est une question de goût.

    Mais le goût peut être bon ou mauvais.

    @Crispi :

    Quand à Robert Lepage, que j’admire, a-t-il besoin de subvention ? Il mange à l’Utopie à Québec (table voisine de la mienne la dernière fois que j’y suis allé) et il a eu une ovation à Paris au Palais de Chaillot pour sa pièce le Projet Anderson lorsque je suis allé la voir (salle comble et Charlotte Gainsbourg, très jolie d’ailleurs, était assise dans la même rangée que moi!).

    Mais je suis d’accord avec Renart sur le fait que si l’on subventionne les entreprises, on doit continuer de subventionner les artistes qui sont aussi des entrepreneurs à but lucratif. Ce que je dénonce, beaucoup plus que les subventions, ce sont les oiseaux de malheur qui prophétisent la mort de l’art avec la fin des subventions. C’est cela que je trouve insultant pour les artistes. L’art n’est pas une prostituée.

  11. Faut-il rappeler qu’avant les années 60, la « culture québécoise » ne disait pas grand chose à personne… Ou si peu!

  12. @ Détracteur :

    Le mot « québécois » était peu employé avant l’arrivée du nationalisme en effet. Il était plutôt question de la « culture canadienne-française » qui était beaucoup plus homogène qu’aujourd’hui, plus facile à cerner et à décrire du fait de notre isolement (voir le Refus Global).

    L’arrivée d’immigrants variés, l’ouverture sur le monde ont contribué à enrichir et hétérogénéiser la culture québécoise.

  13. Crispi dit :

    @ grand Maître des Anonymes – quel nom impressionnant vous avez lol! -,

    Aucune idée si RL a encore besoin de subventions. Je sais pas contre qu’il a déjà été un artiste underground. Il ne l’est plus, au départ à cause de subventions… et tant mieux, pas vrai?

    Moi, au contaire de vous, ce que j’aimerais, c’est qu’on arrête un peu de profiter des coupures en culture pour chier sur les artistes populaires.

    Je ne suis pas en amour avec Anne Dorval, mais j’estime qu’elle a le droit d’avoir de la place et des sous pour pratiquer son métier. Elle a quand même un talent qui est apprécié par le public.

    Quant à savoir si l’art va mourir sans subvention? Sûrement que non. Le milieu artistique, par contre, va être touché. Et tué, par bouts, dans l’oeuf.

    Nous sommes une petite nation, nous avons un petit milieu culturel qui carbure aux sous des gouvernements, il faut en être conscients.

    Ça ne touche actuellement pas grand monde y paraît, les gens sont trop occupés à lire le 7 jours… c’est ce que j’entendais ce matin, à la radio.

    Fine, vous comme moi, ça ne nous empêchera pas d’aller voir des expos, de la danse et du cinéma américain, anglais ou français – c’est ce qu’on a, en majorité! -.

    Mais personnellement, je crois que c’est dommage de laisser aller une partie de notre identité, comme ça.

    Car si les gens ne sont pas touchés par Anne Dorval qui a une plate-forme de jeu importante, le seront-ils plus par les artistes qu’ils ne connaissent pas et qu’ils pourront voir difficilement, en région, pas exemple?

    Et les moyens de diffusion utilisés par ces artistes seront-ils efficaces, adéquats ?

    Difficile à dire.

    Et par ailleurs, qui vous dit, que dans les murs de l’Inis, une ou deux filles remplies de talent – mettons le genre que vous aimez – n’ont pas été influencées par la carrière d’Anne Dorval?

    L’idée n’est pas de cautionner Occupation Double – j’en souffre aussi, croyez moi! – mais bien de supporter notre culture, dans son ensemble. Et si ça doit passer – pour seulement encore un petit bout, j’espère lol! – par les Banquiers et autres niaiseries, ben, tristement, tant pis.

    Nous avons le milieu artistique que nous méritons.

  14. Crispi dit :

    Désolée Renart, je ne vois rien de cette foutue typo que vous avez. Voilà pourquoi les fautes.

  15. Onirique,

    bienvenue ici!

    GMA,

    « Elle serait plutôt du type obèse spectateur passif de sports ou de la Poule aux œufs d’or ou encore gérant d’estrade. »

    ça c’est une option que j’aurais aimé ajouter à ma question, quand même!

    Chronique Blondes,

    « L’art, comme le pain, le sel, la bouteille de vin, ça sert à s’offrir mutuellement ce qui fait qu’on aime vivre. »

    c’est une phrase à conserver jalousement dans tes archives…

    Merci!

    Gestionnaire Borg,

    « 1- J’entends clairement l’objection et la consternation des artistes, mais très peu celle des citoyens contribuables. Donc, la décision du gouvernement est-elle si effrayante en soi ou bien touche-t-elle, en fait, seulement les membres de l’UDA? Le peuple semble plutôt…..indifférent. »

    si on se basait seulement sur l’indifférence des gens pour prendre des décisions, il ne se passerait pas grand-chose…

    Pour ce qui est de la deuxième réflexion, mon opinion se trouve déjà dans mon billet. Et je le répète, le débat ne concerne pas les coupes totales des subventions pour tous les domaines et un changement de système, donc il faut parler de la décision en temps que telle de couper dans la culture à exporter. Alors, l’histoire de faire, pour les artistes, leurs autocritiques, me semble mal venu, puisque cela concerne une décision gouvernementale hautement électoraliste.

    Et bien sûr, bienvenue ici!

    Redge,

    je partage tout à fait ton avis. Un système qui promeut la survivance confortable réduit les citoyens à rester dans une dynamique domestique, réduisant ainsi la curiosité culturelle à demeurer au niveau du simple divertissement.

    Perséphone,

    « Je suis un peu déconnectée du monde, vivant en recluse, et ça fait plaisir de lire des esprits si variés. »

    côtoyer la blogosphère est bien le contraire de la réclusion!

    Mrobert55,

    tu es bien chanceux, moi je n’ai pas connu l’art ailleurs qu’à l’école. Et c’est bien parce que j’étais très ouvert à ça.

    Crispi,

    « je crois que la société n’a pas d’âme, collectivement parlant. »

    il faut noter que ma question comprenait un « si » très important, puisque je sais bien que l’âme est une fantaisie, à la base, enfin, moi je n’y crois pas! L’inconscient collectif peut-être…

    Pour ce qui est de la typo, je vais essayer de régler ça (j’ai déjà essayé), mais le truc c’est d’écrire ses commentaires dans un programme tiers. C’est ce que moi je fais en tout cas, comme ça je ne perds jamais de commentaires pour cause de bogues ou tout autre chose.

  16. Question pour le Grand Maître des Anonymes. À fardeau fiscal égal pour les CONtribuables (autrement dit si l’argent est détourné ailleurs), les artistes peuvent-ils vivre sans subventions?

    Ça va prendre un dégraissage sérieux de l’État avant de penser que les mécènes puissent prendre la place!

  17. Grand Maître des Anonymes dit ceci chez moi:

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2008/09/17/non-harper/#comment-2159

    « Et moi qui demande des subventions ! Après tout, ce sont mes propres impôts que je redemande en subvention. »

    Exactement ce que les artistes font, généralement!

    On subventionne à gros prix la R&D industrielle, scientifique et militariste, pourquoi ne pas le faire pour la R&D artistique, tant qu’à y être?

  18. « Mais je suis d’accord avec Renart sur le fait que si l’on subventionne les entreprises, on doit continuer de subventionner les artistes qui sont aussi des entrepreneurs à but lucratif. »

    « Ce que je dénonce, beaucoup plus que les subventions, ce sont les oiseaux de malheur qui prophétisent la mort de l’art avec la fin des subventions. C’est cela que je trouve insultant pour les artistes. L’art n’est pas une prostituée. »

    Sauf que si on ne fait que détourner l’argent ailleurs, Anne Dorval aura raison!

  19. Crispi dit :

    J’avais bien compris la fantaisie. J’aurais dû écrire : impossible, même en se forçant à l’imaginer. Même l’inconscient collectif est une eau un peu trouble.

  20. Salut Renart,
    Je t’invite à venir visiter notre site http://www.toutsaufharper.ca et à le partager à tes lecteurs. Nous y présentons les faits saillants du mandat conservateur que les électeurs devront avoir en tête au moment de voter.

  21. onirique dit :

    @ GMA:
    Je crois qu’a long terme, la tactique de Harper de couper dans les subventions aux artistes représente en effet un risque que notre culture soit engloutie par celle des États-Uniens. Oui, ca me fait peur. On lutte depuis des siècles pour sauvegarder notre identité, et nos ancêtres ont justement mené ce combat par les mots, par les arts, afin de prouver a Lord Durham que nous n’étions pas un peu sans culture ni sans littérature. Et c’est drole, qu’est-ce qu’Harper décide de couper? Les subventions aux artistes… ca ressemble a un vieux reve d’assimilation.

    C’est mon opinion, et vous dites que vous respectez toutes les opinions, mais vous tentez ensuite de discréditer la mienne en m’imaginant comme  »quelqu’un en pâmoison devant une ou deux vedettes prêchant pour leur porte-feuille et non pour l’art, et ayant charmé votre entendement à la télévision avec quelques applaudissements en arrière-fond ». Une belle grande phrase pour me dépeindre finalement comme quelqu’un de naif qui croit tout ce que je vois a la télé. Sachez monsieur que je cotoie des artistes, que je vis avec un artiste qui essaie très très fort de faire connaître sa musique, que je suis amie avec des artistes, surtout du domaine de la musique. Cet problématique, je la vois, cette cause,je l’embrasse de l’intérieur. Non, je ne connais pas intimement Robert Lepage et je ne mange pas a coté de lui au resto. Je ne suis pas jet-set ni glamour. Moi, mon entourage, ce sont des artistes de la relève, qui triment dur, qui prennent les chances qu’on leur donne, qui travaillent avec coeur et qui auront peut-être un jour besoin de ces subventions pour réaliser leur rêve. Le manque d’argent ne tue pas la création monsieur, mais il enlève bien des opportunités.

    @ crispi: en fait, je partage grandement votre opinion. Vous exprimez peut-être mieux que moi ce que je tentais d’exprimer. Merci!

  22. missbebop dit :

    Je pense moi aussi que les coupures de Harper nous poussent à devenir plus Américains et à être moins branché sur notre propre Culture, notre identité Culturelle. Je respecte les artistes qui se sont prononcés et qui défendent la culture!! L’argent est essentiel pour faire des projets pour diffuser la culture!!

  23. @Onirique:

    Je crois que nous aimons tous deux les arts, sommes artistes et/ou côtoyons de très près des artistes, peu importe leur statut ou leur célébrité. Nos opinions, même en divergeant, ont peut-être plus de poids que bien des gérants d’estrade qui ne connaissent rien à l’art mais qui se permettent d’en juger à tort et à travers.

    Par mon opinion exprimée sur le blogue de Renart, je voulais montrer qu’être contre les subventions étatiques, cela ne veut pas dire qu’on n’aime pas les arts, que l’on ne connaît rien aux arts et que l’on vote Harper, comme trop de gens l’insinuent partout. Ma vie n’a rien d’intéressant sans mon amour pour l’art, le monde et la littérature.

    Les opportunités viennent elles-mêmes un jour. Il faut aussi les cultiver, les rechercher.

    Je répète : si l’on subventionne, qu’on le fasse aussi avec les artistes. Et avec tout le monde pour être équitable. Mon opinion est que ce n’est pas la bonne façon d’impliquer la société dans l’art et de valoriser l’art.

  24. @Anarcho:

    Bon, ça y est, tu veux que tout le monde sache comment je passe mes temps libres 😉

    « On subventionne à gros prix la R&D industrielle, scientifique et militariste, pourquoi ne pas le faire pour la R&D artistique, tant qu’à y être? »

    C’est ce que je maintiens, je suis contre toutes ces subventions. Mais si on le fait, qu’on le fasse pour tous. Et élargissons les domaines.

    « Ça va prendre un dégraissage sérieux de l’État avant de penser que les mécènes puissent prendre la place! »

    C’est ce que ça prend, en effet. Les mécènes sont de plus efficaces souligneurs d’artistes que les États qui subventionnent selon les critères de l’État et de ses fonctionnaires. L’art est manipulé par les subventions. C’est ce qui me dérange plus que de payer de l’impôt. Et ça, personne n’en parle.

  25. @Crispi:

    « une ou deux filles remplies de talent – mettons le genre que vous aimez »

    Humm… J’ai des belles images en tête — deux filles avec les meilleurs talents en effet 😉

  26. @Grand Maître des Anonymes

    On s’entend sur le fond. Tu comprendras que tous les artistes ne peuvent pas aller aussi loin dans leur raisonnement, ce qui explique certains propos.

    « C’est ce que je maintiens, je suis contre toutes ces subventions. Mais si on le fait, qu’on le fasse pour tous. Et élargissons les domaines. »

    Exactement! Mais nos gouvernemamans n’ont aucunement cette intention!

  27. Francois dit :

    @GMA qui demande: Picasso et Chagall ont-ils reçu des subventions?
    Réponse: oui, sauf que ça s’appelait du mécénat à leur époque. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous ne trouverez que très peu d’artistes ayant pu faire une carrière grâce à la seule vente de leurs talents. Et encore moins qui ont pu DÉMARRER une carrière avec uniquement les revenus de leur travail. Même dans les pays qui accordent une plus grande place à l’art dans l’éducation, les artistes qui vivent uniquement de leur talent sont rares (quoique ça les aide, c’est sûr).

    Ce qui fausse complètement le débat aujourd’hui, c’est la télé, qui nourrit assez bien les acteurs les plus populaires, et qui, du coup, crée l’illusion que la communauté artistique se résume à ceux qu’on voit à la tivi.

    @ Gestionnaire: l’UDA regroupe des artistes de la scène, incluant ceux de la télé. Pas des sculpteurs, ni des danseurs, ni des peintres, ni des écrivains.

  28. @Francois:

    Relisez mes interventions. Mon point est de favoriser le mécénat à la place des subventions !

    Le mécénat n’est pas comparable à une subvention. Une subvention (phénomène assez récent dans notre histoire), c’est de l’aide étatique accordée par un comité se basant sur des critères déterminés, stupides (allez les lire !), faciles à contourner, critères dictés par l’État, en toute froideur, sans émotions, sans art. C’est de la bureaucratie favorisante, formalisante. C’est l’application d’un programme avec beaucoup de paperasse (je sais, j’ai fait une demande de subvention et j’ai des amis artistes qui ont reçu plusieurs subventions).

    Le mécénat, c’est un choix par un amateur d’art unique, touché émotivment par l’œvre, sans aucun autre critère, croyant assez en l’artiste, en son talent, en son originalité pour le financer, le soutenir, le promouvoir, espérant bien sûr profiter du succès de l’artiste.

    Les plus grands artistes connus, avant l’ère des subventions, l’ont été grâce à leur talent et grâce au mécénat. C’est la preuve que ça fonctionne très bien.

    Je pense que le gouvernement devrait favoriser le mécénat par des mesures fiscales par exemple, afin que les mécènes réinvestissent dans l’art.

    L’art et l’artiste en seraient revalorisés.

    Et si l’artiste n’a pas de talent, il n’y a aucune raison de l’aider financièrement. L’État ne doit pas être une œuvre de charité pour les sans talent. Il y a le BS ou d’autres emplois pour cela.

    D’accord, ce qui fausse entre autres le débat aujourd’hui, c’est la télé. Au lieu de manifester contre la fin des subventions devant notre télé en regardant TLMEP ou le gala de Vincent Gratton, alias l’enragé, achetons des œuvres d’art d’artistes qui nous plaisent dans les petites galeries d’art, allons voir des films d’auteur, allons au théâtre, allons voir des danseurs, lisons, allons au musée, etc. Éteignons la télé. Nous aiderons beaucoup plus ainsi les artistes. Ce sont le peuple et les artistes qui sont responsables de la « pauvreté » des artistes, pas l’État ! Cessons de parler stupidement de « censure » comme certains le font.

    (Mais ne votez pas pour Harper si vous votez. Ne votez pas.)

    Et quand j’entends ceux dire que Robert Lepage, Marie Chouinard, LaLaLa Human Steps et le Cirque du Soleil (toujours les mêmes d’ailleurs) ont réussi GRÂCE aux subventions, je sens un déni de leur génie, de leur talent, de leur originalité. Je sens un mépris pour tous leurs premiers supporteurs et amateurs qui ont vu en eux des précurseurs et qui ont payé pour aller les voir.

    La cible des artistes n’est pas la bonne. C’est au peuple, plus qu’à l’État, qu’ils doivent s’en prendre. Je les comprends par contre, car je n’aimerais pas que l’on m’enlève de l’argent versé par l’État pour un travail que je fais pour moi.

    Personnellement, je préférerais payer moins d’impôts et avoir plus d’argent pour encourager l’art que j’aime selon mon goût et non selon celui des cases cochées du formulaire 54H-3b version 2 qui traîne sur le bureau d’un fonctionnaire inconnu du Conseil des Arts du Canada.

  29. Salut François, je suis ravi de revoir ta plume par ici! 😉

  30. Le Canadien errant dit :

    Le confort est sans doute le facteur favorisant le plus notre acculturation progressive. Or, le confort est devenu la seule valeur à laquelle nous tenons vraiment (non plus la liberté ou l’espoir d’une vie meilleure, encore moins la justice): Du pain et des jeux… voilà à quoi se résume notre culture. Rien de viscéral, d’où l’indifférence générale. Je l’ai déjà dit: à chaque génération, un étrange mal de vivre pousse les Québécois à effacer tous leurs repères. Où vont-ils? Nulle part? Personne encore n’ose le dire: le roi est nu.

    La vérité que vous ne voulez pas entendre, la voilà: le Québécois moyen rêve d’être un Nord-américain ordinaire. Il ne veut plus de cette identité marginale héritée de la révolution tranquille et il s’apprête à congédier l’élite nationaliste comme autrefois son clergé moyenâgeux. Et l’indifférence face aux coupures n’est qu’un aveu, un signe avant coureur de la rupture qui s’en vient…

    Pour voir clair, il faut souvent fermer les yeux. Je ferme les yeux: qu’est-ce que je vois? Un chêne déraciné, mais dans mon rêve, le chêne n’est pas celui de Lafontaine. Dans mon rêve, le chêne est un pays, un peuple, mon père… Adieu.

  31. Le Canadien errant,

    votre commentaire me parle beaucoup, je vais sûrement y répondre plus amplement dans un prochain billet.

    Merci.

  32. « Personnellement, je préférerais payer moins d’impôts et avoir plus d’argent pour encourager l’art que j’aime selon mon goût et non selon celui des cases cochées du formulaire 54H-3b version 2 qui traîne sur le bureau d’un fonctionnaire inconnu du Conseil des Arts du Canada. »

    D’accord, mais ce n’est pas dans les plans du gouvernement. Leur idée est de détourner l’argent à d’autres fins!

    Pour le mécénat, je suis d’accord, mais ça prend un espace fiscal plus grand pour que ça soit possible!

  33. Francois dit :

    @GMA: c’est utopique de croire que le mécénat puisse remplacer les subventions. Nous ne sommes plus au XIXe siècle: la solidarité familiale n’est plus ce qu’elle était (en plus du mécénat, j’aurais dû ajouter que la famille élargie était aussi là pour soutenir, jadis, les jeunes artistes). Les villes sont plus grandes qu’avant, donc plus anonymes: finie, l’époque où tout le monde connaissait tout le monde, ce qui facilitait drôlement les choses quand on était un jeune artiste qui se cherchait une chambre pas trop cher, ou quelques bols de soupe gratuits.

    Ce n’est pas un hasard si l’État est devenu un joueur important dans nos vies au XXe siècle plutôt qu’au XVe ou au Xe. Pas seulement dans les arts.

  34. François,

    oups! en voyant ton adresse de courriel je viens de me rendre compte que tu n’es pas le même François que je pensais…

    Bienvenue ici quand même!

    😉

  35. Voir à ce sujet une chronique que je viens de signer dans le journal Métro. Ça devrait vous intéresser.

    http://www.journalmetro.com/paroles/article/334150–briller-sans-subvention

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