Charte des valeurs – Michel Seymour, intolérance et culpabilisation…

facepalm

Dans ce débat, le discours anticharte est basé essentiellement sur la culpabilisation du camp adverse. Justin Trudeau, dans toute sa petitesse d’esprit, réduisait la charte à une version moderne de la ségrégation raciale états-unienne. Charles Taylor la comparait (très sérieusement!) à la législation russe anti homosexuelle. On a eu droit à un manifeste, à des mouvements et surtout Québec solidaire qui se réclament de l’adjectif « inclusif » pour bien sous-entendre que leurs contradicteurs, dont je suis, parce que je milite pour le principe de neutralité représentative, sont clairement et simplement pour l’exclusion.

Même, très récemment, on a applaudi à tout rompre un Noam Chomsky mal informé qui a réussi le tour de force de prétendre que le projet du PQ « essaye d’imposer une uniformité culturelle à laquelle il faut résister ». Bien sûr, tout cela dans le but d’effacer ce qu’il y a de logique et de réfléchi dans notre argumentaire et de le borner aux éléments les moins reluisants, même s’ils sont visiblement minoritaires : les racistes, les xénophobes, les intolérants…

Pour ajouter l’insulte à l’injure, on retrouve ces mots du philosophe Michel Seymour sur Facebook :

La laïcité des institutions est non seulement compatible avec le port de signes religieux ostentatoires, la diversité de ces signes démontre justement que les institutions sont vraiment laïques, pcq plusieurs personnes aux croyances différentes peuvent y oeuvrer. Ne pas vouloir être exposé aux signes religieux, cela ne repose pas sur un droit. Ça repose sur l’intolérance.

Pour commencer, à propos de l’argument de la diversité, que j’ai déjà démonté auparavant :

 Un argument très populaire consiste à défendre le port du signe religieux parce qu’il est une démonstration de la diversité. Première question : est-ce l’État doit se montrer neutre ou faire tout en son pouvoir pour montrer la diversité? Deuxième question : est-ce qu’une personne sans son signe religieux perd pour autant sa singularité, ce qui participe déjà à la diversité? Troisième question : est-ce que la diversité doit passer obligatoirement par l’expression extra corporelle?

S’il faut que l’État fasse tout en son pouvoir pour montrer la diversité, il y a un sacré problème. Et le moindre passerait par la discrimination positive. Mais, par exemple, pour montrer l’homosexualité, est-ce que l’État devrait demander à ses employés homosexuels de porter un signe reconnaissable, comme un macaron arc-en-ciel? Cette question peut sembler absurde, mais elle montre hors de tout doute que si la diversité passe par l’expression extra corporelle, il n’y aura que les personnes croyantes pour pouvoir  l’exprimer à l’heure actuelle.

On s’entend que dans cette idée assez extrême de la diversité, il faudrait absolument que l’homosexualité soit représentée. Mais l’orientation sexuelle n’est pas nécessairement une évidence. Est-ce que l’État devra alors engager seulement des gais qui sont clairement gais, autant au niveau corporel qu’au niveau de leurs attitudes, idem pour les lesbiennes?

On voit donc qu’il y a une différence énorme entre simplement être (d’origine ethnique différente, être laid, beau, gros, etc.) et s’afficher religieusement, philosophiquement, politiquement, etc. Le principe de neutralité représentative se contente de laisser la diversité s’exprimer à sa plus simple expression. Et cela ne laisse pas le choix de s’exprimer ou non sur ses croyances, son orientation, ses opinions, etc. La diversité, selon ce principe, est l’expression d’une singularité sans artifice.

Comme je le démontre, contrairement à ce que semblent penser Michel Seymour et consorts, la diversité ne se limite pas qu’à l’expression religieuse, au sexe et à la génétique des gens. Si on opte pour une réelle diversité, il faudrait être réellement représentatif et laisser libre cours à l’expression de tous, avec tout ce que ça comporte comme problématique. Mais non, le philosophe nous offre une diversité de pacotille, simplement pensée pour accommoder les quelques personnes qui ne peuvent s’empêcher de montrer à la face du monde, en tout temps, en tout lieu et en toutes occasions, le fait qu’ils sont croyants ou pire, d’accord avec la vision misogyne de leur religion. Et, assurément, être contre ce deux poids deux mesures qui donne des droits différents à cette catégorie de personnes et aux autres (incluant les croyants modérés qui ne ressentent pas le besoin de s’afficher) participe à cette pensée intolérante tant décriée…

Maintenant, passons à la dernière partie :

 Ne pas vouloir être exposé aux signes religieux, cela ne repose pas sur un droit. Ça repose sur l’intolérance.

Nous avons ici le parfait exemple du déni des droits collectifs, voire des valeurs collectives, pour ne garder que l’importance de la liberté individuelle, ce que même Gabriel Nadeau-Dubois, lui-même contre la charte, décriait voilà pas si longtemps :

Je pense que les valeurs collectives, ça existe. Et ça, d’ailleurs, je pense que c’est souvent un problème dans le discours des gens contre la charte, qui argumentent d’un point de vue strictement individualiste et strictement libéral en se contentant de dire « Non, non, non, les valeurs, ça, ça appartient juste à des individus, et les individus ont le droit de s’exprimer. Peu importe qu’est-ce qu’ils expriment, c’est leur droit. » C’est une argumentation qui est strictement individualiste. Elle n’est pas totalement fausse. Il y a une part d’importance et de réalité à ça. Le droit individuel existe, mais, moi, j’ai un malaise quand même à se limiter à une argumentation contre la charte qui serait juste individualiste et c’est pour ça que, à chaque fois que j’en parle, je tiens à rappeler que, pour moi, les valeurs collectives, ça existe. Les sociétés ont le droit de se définir collectivement et de déterminer quelles sont leurs valeurs.

Alors, Monsieur Seymour, si nous étions en train de décider collectivement que parmi nos valeurs il y a la laïcité et que cette laïcité s’accompagne obligatoirement de la neutralité représentative pour les employés de l’État (en entier ou en partie), est-ce que l’intolérance sera alors clairement parmi nos valeurs? Est-ce que le fait de ne pas tolérer l’expression de la religion dans l’espace civique parce que les dogmes qu’elles sous-tendent heurtent des citoyens, comme des homosexuels, des féministes et des humanistes, est pour autant de l’intolérance gratuite, puisque nul n’est tenu de tolérer l’intolérable? Est-ce vraiment de l’intolérance que de ne pas tolérer le fait que certaines personnes ne veulent absolument pas respecter de possibles règles que nous nous donnerions collectivement, même si c’est seulement, je l’admet, dans le cadre de notre piètre démocratie, du jeu politique et de l’influence de l’opinion publique?

Monsieur, mon intolérance vous remercie.

(Crédit photo : thrp)

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