Aucun voeu de pauvreté pour les indignés

 

Depuis que les indignés ont pris la place publique, il y a un discours qui revient et qui revient comme une fade ritournelle. Ce discours consiste à pointer le fait que certains de ces indignés ont assez d’argent pour posséder des gadgets électroniques, portables, téléphones intelligents, etc., alors qu’ils critiquent le capitalisme, et de qualifier tout ça de contradictoire. La belle affaire…

Cette logique bon marché, c’est de dire que c’est le capitalisme, et lui seul, qui permet aux gens d’avoir de l’argent : donc, qu’il n’y a pas de légitimité à critiquer « la main qui nous nourrit » (tout cela en délaissant bien sûr dans le calcul celui qui met l’épaule à la roue…). Cet argument est vide de sens dans l’optique où le système dans lequel nous sommes a été mis en place précédemment à la réalité de la critique que nous pouvons formuler aujourd’hui sur celui-ci. Et le fait de posséder ces outils, conséquence d’une certaine réussite de ce système, ne saurait à lui seul empêcher la critique de ses échecs.

À ce compte, plus généralement, quiconque ne pourrait critiquer le capitalisme sur le web puisqu’il faut bien avoir les moyens de le faire. Faudrait-il par exemple que l’auteur d’une critique prouve qu’il l’a rédigée et publiée sur un poste de travail loué dans un café internet et non sur son propre ordinateur pour qu’elle soit justifiée aux yeux de nos valeureux réactionnaires? Pour aller encore plus loin dans la connerie, si elle est quand même diffusée via son propre ordinateur, faudrait-il prouver qu’il est d’occasion et que le service de connexion internet utilisé est bas de gamme? Et encore plus généralement, en bas de quel salaire annuel est-il encore possible de critiquer le capitalisme? 30 000? 15 000? 5 000? Ou rien du tout, dans le sens d’être tout bonnement dans la rue? (Si cette dernière réponse est la bonne, c’est quand même assez drôle, puisqu’on soulevait avec mépris qu’il y avait des sans-abris parmi les indignés.)

Cette démonstration prouve bien que ce discours est absurde en soi et qu’il ne se base que sur une vision de courte vue. Notre monde est un monde de communications, et la technologie n’est même plus une option pour y être présent. Le débat est en cours et les adversaires de ce mouvement citoyen devraient seulement se concentrer sur l’argumentation intellectuelle au lieu de perdre leur temps à pointer ce genre de détail sans importance.

Mais bon, dans notre monde où la facilité l’emporte trop souvent sur la rigueur, ce n’est pas bien surprenant.

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