Au sujet de l’offre culturelle

Steve Proulx se demande dans son billet « Noyade culturelle » si on ne devrait pas réduire l’offre culturelle, en partant de cette prémisse :

Selon vous, combien de romans canadiens les familles canadiennes devraient-elles acheter chaque année pour que les 17 000 écrivains canadiens puissent tirer de leurs écrits un revenu moyen de 30 000 $? Douze? Vingt-quatre?

Tenez-vous bien, la réponse est cinquante.

Et il continue en démontrant de plusieurs manières que l’offre culturelle ne correspond aucunement à la demande. (Je ne ferai pas une synthèse du billet, qui va dans plusieurs directions, alors je vous invite à le lire, c’est gratuit en plus!)

Et sur La swompe, Éric Samson a concocté une réponse assez mordante (que je vous incite aussi à lire, bien sûr) où il fait ressortir qu’il est absurde de même penser à refréner l’offre culturelle.

J’ai relayé son billet sur Twitter et il m’a demandé un commentaire, ce que j’ai fait, mais pas encarcané* par les 140 caractères, donc à la suite dudit billet :

Même si je suis d’accord que la culture se bâtit premièrement sur la volonté des artistes, il reste que je trouvais quand même assez instructif le calcul de Steve Proulx quant à la réalité du grand nombre de l’offre culturelle versus la demande. Le calcul « qui dit que chaque ménage canadien devrait acheter 50 romans pour faire vivre tous les écrivains canadiens » me semble vraisemblable (et là-dessus j’ai une confiance aveugle en Steve Proulx — qui est quand même journaliste —, parce que je ne crois pas qu’il aurait trafiqué à ce point une information aussi sensible pour les seules fins d’ajouter du poids à son argumentation).

Donc, je pense que l’exercice de Steve Proulx a au moins le mérite de dresser un tableau réaliste de la situation, sans pour autant donner de piste de solution. Parce que oui on ne peut pas comparer le monde culturel avec l’industrie de la motoneige. Un homme d’affaires qui se lance dans la construction de motoneiges veut faire des profits, tandis qu’un artiste veut s’exprimer, pour ce dernier l’argent est la cerise sur le sundae. (Je sais bien que ma dernière phrase n’est pas très loin d’un truisme, mais parfois il y a des vérités évidentes qui demandent à être soulignées.) Et tout cela sans pour autant moi-même apporter de solution. Qui le pourrait?

Par contre, si je peux donner une explication à cette expansion de l’offre culturelle, je me servirais de l’exemple des États-Unis comme terreau de créativité, puisque dans l’esprit de tous, il y semble plus possible d’y avoir du succès que partout ailleurs. Ce qui a conduit historiquement beaucoup d’artistes à s’y installer. On peut penser à Jack Kerouac, un québécois (ma copine qui a étudié en littérature ne le savait même pas, moi je l’ai appris par hasard voilà pas si longtemps…), qui est devenu une figure emblématique de la littérature états-unienne (en occultant bien sûr ses origines). [Oups! Au sujet de Jack Kerouac, j’étais vraiment dans les patates… J’écoutais voilà pas si longtemps l’émission « Tout le monde en parlait » sur le mouvement hippie et j’ai mal compris ça l’air… Ça donnait l’impression qu’il était québécois, mais c’est seulement que ses parents l’étaient et que sa langue maternelle est le français. Désolé.] Maintenant, ce même phénomène s’est mondialisé avec la venue d’internet et toutes les opportunités qui viennent avec. Il y a des gars et des filles comme Jon Lajoie qui ont du succès mondialement, et ça ne peut que montrer un énorme sourire à des artistes qui, voilà pas si longtemps, se seraient contentés de bizouner dans leurs coins, sans même voir plus loin que leur seul plaisir. Et la même chose pour les diffuseurs, etc.

Et de l’autre côté, j’en arrive à la conclusion que cette démocratisation est un plus pour la qualité artistique. Même si l’argent n’est pas tellement à la clé, il semble logique de penser que plus l’offre explose, plus cette offre a de chances d’être géniale, non? Et c’est le public et la critique et les pairs qui au moins en font ressortir quelques-uns du lot.

Et si dans le fond il n’y en avait carrément pas de solutions?

*Pas si pire ce néologisme, quand même!

(Image : jpos)

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10 réponses à Au sujet de l’offre culturelle

  1. Kerouac est né à Lowell, Massachusetts.

  2. Steve Proulx dit :

    Est-ce que quelqu’un parmi ceux qui commentent ce billet pourrait mentionner que je n’ai pas sorti tous ces chiffres d’une boîte de Cracker Jack mais d’une étude d’un prof aux HEC parue dans une revue scientifique?

    J’ai trouvé l’étude de M. Colbert assez intéressante et étonnante pour en faire part à mes lecteurs. J’en ai donc fait un compte-rendu auquel j’ai ajouté mon grain de sel autour de ce qui me semble être une façon de se démarquer dans un univers culturel saturé, la tendance à la gratuité.

    En information, 68% des gens ne sont pas prêt à payer pour des nouvelles désormais. C’est peut-être l’héritage de 10-15 ans d’informations gratuites sur le Web. On a dévalorisé l’information et on en subit les conséquences aujourd’hui.

    Est-il légitime de se demander si l’industrie culturelle subira le même sort? Je pense que oui.

    Un autre détail, l’étude de M. Colbert porte sur l’industrie culturelle, et non pas sur la création artistique au sens large.

  3. renartleveille dit :

    Merci Christian de m’avoir pointé ma bévue, j’ai barré l’extrait sur Kerouac et ajouté un erratum.

    Steve Proulx,

    je lis ton commentaire et je me demande vraiment si tu as lu mon commentaire (mon billet). Parce que j’y ai écris :

    « Le calcul « qui dit que chaque ménage canadien devrait acheter 50 romans pour faire vivre tous les écrivains canadiens » me semble vraisemblable (et là-dessus j’ai une confiance aveugle en Steve Proulx — qui est quand même journaliste —, parce que je ne crois pas qu’il aurait trafiqué à ce point une information aussi sensible pour les seules fins d’ajouter du poids à son argumentation). »

    En tout cas… Et en lien avec ta question :

    « Est-ce que quelqu’un parmi ceux qui commentent ce billet pourrait mentionner que je n’ai pas sorti tous ces chiffres d’une boîte de Cracker Jack mais d’une étude d’un prof aux HEC parue dans une revue scientifique? »

    J’ai quand même relu ton billet pour voir où était le problème. J’y vois bien que tu relates Colbert, mais ce n’est pas évident pour le lecteur de faire le lien avec le début du billet, comme quoi ça sort d’une étude de cette personne.

    Sinon, pour ce qui est de la gratuité, tu soulèves de bonnes questions. Et c’est encore les solutions qui ne sont pas évidentes à trouver…

  4. Éric Samson dit :

    Steve, il aurait peut-être fallu être plus clair sur la provenance de tes chiffres – mais bon. Puisqu’ils ne sortent pas de nulle part, je vais aller modifier mon billet en conséquence.

    Tu fais aussi erreur quand tu confonds gratuité et dévalorisation. C’est une erreur fréquente, et j’en reparlerai un jour avec plus de concision et de pertinence que dans le billet-fleuve de mon moribond blogue perso, jadis.

    Suffit de dire que ce n’est pas parce que quelque chose est gratuit qu’il n’a pas de valeur, et qu’on ne peut pas trouver une manière de rentabiliser la chose. (Pour utiliser un raccourci aussi boiteux que les tiens, c’est pas parce que je paye pas pour l’air que je respire que celui-ci n’a pas de valeur à mes yeux.)

    Autre chose: quand tu blâmes le web pour 10-15 ans d’infos gratuites, est-ce que tu n’oublies pas le téléjournal de Radio-Canada (ou le bulletin de 17h de TVA, si tu veux) pour lequel on n’a jamais payé du temps où la télé était captée par oreilles de lapin?

    Enfin.

  5. C’est normal que ça arrive quand une industrie est subventionnée.

  6. « Tu fais aussi erreur quand tu confonds gratuité et dévalorisation. C’est une erreur fréquente, et j’en reparlerai un jour avec plus de concision et de pertinence que dans le billet-fleuve de mon moribond blogue perso, jadis.

    Suffit de dire que ce n’est pas parce que quelque chose est gratuit qu’il n’a pas de valeur, et qu’on ne peut pas trouver une manière de rentabiliser la chose. (Pour utiliser un raccourci aussi boiteux que les tiens, c’est pas parce que je paye pas pour l’air que je respire que celui-ci n’a pas de valeur à mes yeux.) »

    Bien dit, monsieur Samson!

    @Steve Proulx

    « En information, 68% des gens ne sont pas prêt à payer pour des nouvelles désormais. »

    En effet, ils ne sont plus prêts à payer pour de la propagande capitaliste…

    « C’est peut-être l’héritage de 10-15 ans d’informations gratuites sur le Web. On a dévalorisé l’information et on en subit les conséquences aujourd’hui. »

    Ce qui est une très bonne chose!

    « Est-il légitime de se demander si l’industrie culturelle subira le même sort? Je pense que oui. »

    Tant mieux! Vive la diversité culturelle et fuck les profits des corporateux de la cul-culture!

  7. Un truc m’échappe. Steve Proulx écrit :

    « Quand on se noie dans son bain, ajouter de l’eau est rarement la meilleure solution.

    Faudrait-il réduire l’offre culturelle? Peut-être. »

    Qu’est-ce qu’il entend par « réduire l’offre culturelle » ? Et surtout, comment réduit-on l’offre culturelle ? On coupe ? Le résultat ne serait pas plus de se ramasser avec un tas d’artistes qui mangent moins qu’ils ne le font déjà ?

  8. gillac dit :

    Je ne pense pas que l’état, ni la population n’ont la resposabilité de faire vivre 17000 écrivains. De ce groupe, j’en connais quelques uns personnellement qui ont un autre métier pour les faire vivre (enseignant, relationniste ou journaliste par exemple). Notre responsabilité sociale est surtout de supporter ceux qui manifestent un certain talent et qui semblent prêts aussi à s’investir personnellement. Cela est vrai depuis que le monde est monde.

  9. J’ai trouvé sa réflexion intéressante mais comme à peu près tout le monde ici, je me suis demandé comment on pouvait réduire l’offre culturelle?

    Sinon, je dois au moins acheter ça, 50 romans par année. Ou peut-être un peu moins. En tout cas, on contribue comme on peut!

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