Attentat contre les péquistes : ne pas sauter aux conclusions…

 

Je fais mien le message d’espoir de mon collègue Patrick Levesque ce matin en lien avec l’attentat perpétré contre les péquistes rassemblés au Métropolis dans le cadre des élections provinciales. L’heure n’est pas aux déchirements, mais bien à la solidarité.

Par contre, je ne crois pas pour autant qu’il faille faire l’économie de regarder les faits disponibles, en lien avec le contexte. Ça serait se mettre la tête dans le sable. Je suis bien sûr en deuil, mais ça ne m’empêche pas d’avoir le cerveau en ébullition depuis l’événement. J’aurais pu pondre un billet à chaud sur le coup de l’émotion, j’ai donné une chance aux conseils de la nuit.

Au réveil, rien n’a vraiment changé. Que l’homme qui a tiré sur des gens et tenté de mettre le feu au Métropolis soit déclaré fou ou non, c’est un geste politique. Il a dit que « les anglais se réveillent » et il a ajouté qu’ils allaient nous rendre « la monnaie de la pièce »… Métaphoriquement, je ne crois pas que tous les anglophones du Québec et même du Canada tenaient l’arme avec lui, ni qu’ils l’ont aidé à allumer le feu pour espérer faire cramer tous les péquistes réunis dans cette salle. Je ne veux pas non plus y croire. Je ne veux pas que la communauté anglophone se sente comme les communautés musulmanes originaires du Moyen-Orient au lendemain du 11 septembre 2001. Je veux qu’on se parle, comme je l’ai fait pendant les élections avec une candidate anglophone du Parti vert. Ce Richard Henry Bain n’est pas la communauté anglophone.

Par contre, je crois que bien des gens devront faire un examen de conscience. L’ambiance électorale était pourrie par la haine du Parti québécois, plusieurs sont allés jusqu’à le traiter de nazi. C’était palpable. On a crié à la xénophobie du Parti québécois dans les médias anglophones, et même francophones, et sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, l’humoriste Sugar Sammy a fait une blague assez représentative de cette ambiance, vers la fin de la soirée électorale : « Jouez un jeu avec moi: Trouvez l’ethnie dans le rassemblement du PQ en ce moment. » Il a eu la sagesse d’effacer la publication, même bien avant l’attentat, mais le mal était fait.

Si je peux répondre brièvement à Sammy, si l’humour cache une part de vérité, si effectivement le nombre d’« ethnies » est faible au PQ (oui, il semble l’être), j’aimerais lui demander pourquoi le fardeau de la preuve incombe totalement au PQ. Sait-il de source sûre que les péquistes refusent parmi eux les gens qui ne sont pas « de souches » francophones? Il faudrait demander à Maka Kotto… Ne serait-ce pas plutôt le contraire, que ce sont ces derniers qui refusent très majoritairement de se joindre au PQ, pour toutes sortes de raisons (que nous nous devons de respecter), dont le désaccord quant à l’idée de la souveraineté? Parfois, le préjugé n’est pas là où on pense, même si en même temps le PQ ne fait peut-être pas ses devoirs pour les attirer… Voilà pour l’ambiance.

Et toute cette ambiance gangrénée par les préjugés et les interprétations outrancières, il est bien difficile de ne pas s’en servir comme contexte pour expliquer la folie de l’attentat. Depuis hier, on fait des appels pour ne pas faire d’amalgame, pour ne pas sauter aux conclusions, pour enfermer cet homme dans une folie décontextualisée, mais même après une nuit de sommeil je ne peux pas faire fi de ce foutu contexte. Il est englué par toute la mauvaise foi que j’ai pu constater et s’agglutine partout où je pose ma pensée.

L’idée n’est pas de désigner des coupables, mais bien la campagne de peur qui a visiblement encouragé l’antagonisme, et donc, l’extrémisme. Cet extrémisme, on le retrouve dans la découverte aux alentours d’un camion contenant plusieurs armes, ce qui donne à penser que l’homme n’était peut-être pas seul (ou en tout cas qu’il était vraiment décidé à en finir avec les péquistes). Et si c’est seulement un hasard, le hasard fait bien mal les choses. Cet extrémisme, il se retrouve aussi dans les commentaires d’anglophones sur les médias sociaux appelant à la création d’un groupe terroriste anti-PQ et affichant leur déception que le tireur n’ait pas pu réussir à tuer Pauline Marois, et même la confession d’une femme qui avoue vouloir se débarrasser des francophones. Et cet extrémisme, on le retrouve aussi dans la sortie du Parti Conservateur du Québec qui dit que notre nouvelle Première ministre doit prendre le blâme… C’est comme dire qu’une femme s’est fait violer parce qu’elle portait une jupe trop courte. Et on voudrait que tout cela ne m’inquiète pas? Et on voudrait que je ne mette pas dans le même panier toute cette haine avec l’attentat parce que ce n’est en somme qu’une minorité de gens?

Désolé, mais je ne défendrai jamais les anglophobes et les racistes francophones, alors je m’attends à la même chose des anglophones. Il faut aujourd’hui qu’ils condamnent vertement tout ce climat haineux et ces réactions inacceptables. Après le normal silence du deuil, il faudra recoudre ce tissu social déchiré et ce n’est pas en balayant le problème sous le tapis que nous arriverons à empêcher ce genre d’événement de se reproduire. Parlons-nous, sans déni. Parce que se parler, c’est déjouer l’intolérance.

 

Ajout :

Voilà une anglophone qui tient des propos très sensés : http://urbania.ca/blog/3351/dear-anglo-fb-friends

 

(Image : Aidan Jones)

Ce contenu a été publié dans société, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *