Chatouiller l'oeil, entre autres…

J’ai vu ça hier soir et j’avais simplement le goût de le partager avec vous, qui que vous soyez, amateurs ou non d’art, juste pour savoir si ça vous chatouillait l’oeil autant qu’à moi. Je voulais arrêter le commentaire simplement là, mais jusqu’à ce que je me décide à écrire/éditer/publier, le hamster s’est dégourdi un peu dans la roue.

Je pense à la récupération dans toute sa splendeur, cependant, pas la plus positive. Regardez bien le concept de cette oeuvre, vous pouvez être certain qu’elle sera récupérée quelque part ailleurs que dans le monde de l’art contemporain prochainement. Que l’artiste soit même cité est facultatif. Alors, on ne parle même pas d’argent!

Ça me fait penser à un commentaire lu chez Nicolas Racine, d’un spécimen qui venait polluer ici jusqu’à ce que je lui ferme le clapet pour de bon. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas partager avec vous une de ses dernières « oeuvres » :

Je n’ai qu’une réponse si quelqu’un fait du fric avec vos oeuvres publiés sur internet, le fric lui revient. Sinon c’était à vous de [vous]démerder pour faire du fric avec vous (sic) oeuvres.

Il faut bien avoir un cerveau trop mou pour étayer autant de bêtises en deux phrases aussi mal foutues. Être artiste et ne pas avoir la bosse des affaires serait une assez bonne raison pour se faire voler maintenant! Selles de boeufs!

Et je repense aussi à une discussion assez enflammée que j’ai eue avec Yan Barcelo, un des collaborateurs des 7 du Québec, à la suite d’un de ses billets en plusieurs parties, qu’il intitule : « SIDA de civilisation ». Et je citerai la quatrième partie, même si j’ai commenté la troisième :

En renversant simplement tous les termes-clés qui définissaient les arts traditionnels, on obtient l’essentiel de l’esthétique de l’art contemporain. Ainsi, aux termes de beauté, d’harmonie, de joie, de courage, d’allégresse, il suffit de substituer les termes d’illusion de la beauté, de dissonance, de désespoir, de cynisme.

L’oeuvre de Jerzy Goliszewski qui chapeaute ce billet est bien pour moi la preuve que le travail de généralisation de mon confrère est voué à l’échec. Et parce que les goûts sont dans la nature, et parce que l’appréciation de l’art est beaucoup une question de subjectivité. Cette oeuvre est bien une oeuvre d’art contemporain et pourtant je sais pertinemment que beaucoup de gens, dont moi, la trouvent et la trouveront belle, harmonieuse, joyeuse, courageuse, remplie « d’allégresse ». Il est même possible que cet artiste ait produit ou produise plus tard une oeuvre qui joue sur l’« illusion de la beauté », la « dissonance », le « désespoir », le « cynisme » : est-ce que cette oeuvre sera alors moins appréciable?

Je soupçonne les plus virulents contradicteurs de l’art contemporain d’ériger leurs goûts traditionalistes en dogme quasi religieux et de se complaire dans une idéalisation de l’art qui évacue l’originalité totale, l’imagination qui ne se laisse pas enfermer dans aucun cadre. Aussi, il y a une similarité idéologique avec le conservatisme politique qui ne me plaît guère.

Et je terminerai avec une citation d’un de mes commentaires dans cette « discussion assez enflammée » qui est, je crois, une belle image à l’attention des gens peu à l’aise avec l’art contemporain, soit la majorité de la population :

Pour aimer l’art contemporain, il faut commencer par comprendre que l’artiste est un obsédé qui ne veut que matérialiser ses fantasmes. Il faut donc plus être voyeur que spectateur.

(Photos : Jerzy Goliszewski – Kai, via Whitezine.)

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Une réponse à Chatouiller l'oeil, entre autres…

  1. Je ne suis pas au courant de tous les détails, mais pourquoi as-tu coupé le sifflet à Clopp ? Il intervient quelque fois chez moi, je ne suis pas toujours d’accord, mais le ton reste courtois…

    Qu’a-t-il fait pour être barré ?

  2. Je suis contre la guerre au piratage mais contre l’usurpation de la paternité des oeuvres.

  3. J’aime bien ces photos!

  4. Mrobert55 dit :

    es-ce plus beau qu’un mur blanc : oui
    es-ce plus beau qu’un mur blanc avec 3 cadre de chez wall-marde: oui
    Je crois que dans une grande pièce ceci est tout a fait de bon gout 🙂
    On aurait qu’à rajouter un effet de lumière pour que ce soit plus spectaculaire…

  5. Nicolas,

    c’est drôle que tu me demandes ça puisque la réponse se trouve justement sur ton blogue :

    http://laplaine.wordpress.com/2009/06/14/le-fond-des-choses/#comment-3443

    Pour moi, ce Clopp est un demeuré notoire et je veux le moins possible lire ces commentaires, d’où l’idée de lui couper l’herbe sous le pied chez moi. Parce que chaque fois que je lis un de ses commentaires, j’ai juste le goût de l’envoyer promener… ce que j’ai fait chez toi de la manière la plus courtoise possible… 😉

    Mrobert55,

    « On aurait qu’à rajouter un effet de lumière pour que ce soit plus spectaculaire… »

    moi je trouve que ça se tient tout seul. Ça serait une autre oeuvre avec des effets de lumière.

  6. Simon Dor dit :

    @ David Gendron : « Je suis contre la guerre au piratage mais contre l’usurpation de la paternité des oeuvres. »

    Wow. Tout à fait d’accord avec ça.

  7. Je ne me souvenais pas de cet échange… j’ai de la chance, puisqu’à ce jour, je n’ai jamais eu à bannir qui que soit. J’en impute le fait au caractère semi-confidentiel de mon petit chez moi.

    Au fait, l’œuvre photographiée est très belle.

  8. Gébé dit :

    « Cette oeuvre est bien une oeuvre d’art contemporain et pourtant je sais pertinemment que beaucoup de gens, dont moi, la trouvent et la trouveront belle, harmonieuse, joyeuse, courageuse, remplie « d’allégresse ». Il est même possible que cet artiste ait produit ou produise plus tard une oeuvre qui joue sur l’« illusion de la beauté », la « dissonance », le « désespoir », le « cynisme » : est-ce que cette oeuvre sera alors moins appréciable? »(Renart Léveillé)

    Je crois que vous avez mal compris le concept.

    Cette oeuvre est c’elle de l’illusion de la beauté que vous suggérez il produira plus tard.

    Cette oeuvre représente la « personna » (personnage embelli que l’on présente aux autres). Image monochrome et réfléchissante qui renvoie à la personna de l’autre.

    Les fentes par lesquelles nous percevons des couleurs représentent le peu que nous laissons entrevoir de notre « moi ». Couleurs qui au lieu de renvoyer à l’autre invitent à la pénétration dans l’intimité de la personne.

  9. un gars dit :

    Réponse un peu stupide et hors contexte, c’est très beau. Et l’interprétation de Gébé donne une belle piste de réflexion.

  10. Nicolas,

    je ne sais pas, mais il doit bien être plus agréable quand il t’écrit à toi. J’ai l’impression qu’il me cherche des poux, et le problème c’est que son propos est tiré par les cheveux pour cela. En tout cas…

    Gébé,

    « Je crois que vous avez mal compris le concept. »

    pas du tout. Nous sommes dans le subjectif. Je trouve réellement que cette oeuvre est « belle, harmonieuse, joyeuse, courageuse, remplie « d’allégresse » ». Mais c’est une appréciation générale. Je n’avais pas besoin pour l’exercice d’aller plus loin que ça. Mon but n’était pas de faire une analyse poussée de l’oeuvre.

  11. Tym Machine dit :

    @Anarcho,

    « Je suis contre la guerre au piratage mais contre l’usurpation de la paternité des oeuvres. »

    Peut-être la guerre étatique certes afin que l’on traite les pirates comme des criminels mais certainement pas contre les recours au civil des auteurs en question j’espère.

    D’où l’importance de citer ses sources lorsqu’on publie sur le web, ce que j’essaie de toujours faire lorsque je mets une photo ou un vidéo de you tube sur mon blogue.

  12. Gébé dit :

    M. Léveillé, je parle aussi au subjectif. Celui de l’artiste qui a créé l’oeuvre.

    Je n’ai pas fait une analyse poussée, c’est simplement ainsi que Goszilewsky la présente. C’est son concept.

    Pourquoi lui chercher un autre sens ?

  13. Simon Dor dit :

    @Gébé

    Vous vous limitez aux intentions d’un auteur pour définir un sens à une œuvre d’art? C’est lui enlever d’une part tout le mérite de faire « fonctionner » son œuvre au-delà de ce qu’il peut en dire, et c’est aussi lui enlever tout le potentiel de créer autre chose, quelque chose que seul un spectateur peut apporter.

  14. Gébé,

    je viens de lire le petit texte sur le site où l’oeuvre est présentée. En effet, on a affaire à l’idée de montrer des petites parties de son intérieur, selon l’artiste, mais je crois, comme Simon Dor, que l’interprétation du spectateur est aussi importante que l’intention de l’artiste. Ce genre de description n’est surtout pas toujours disponible quand on confronte une oeuvre…

    Étant moi-même artiste, il m’arrive de tomber sur d’anciennes oeuvres et de ne plus me rappeler de la démarche initiale qui m’a mené au résultat. Je deviens alors moi-même spectateur. Ça ne dérange rien. L’oeuvre ne s’écroule pas.

    Simon Dor,

    est-ce que tu as lu « L’oeuvre ouverte » d’Umberto Eco?

  15. Moi je trouve ça beau, point.

  16. Simon Dor dit :

    Renart,

    Non, mais je viens de terminer Lector in fabula et ma prochaine étape est d’amorcer Les limites de l’interprétation. Il parle de ne pas confondre « auteur empirique » et « Auteur Modèle ». J’ai eu l’occasion de lire sur « l’anti-intentionnalisme » avec Wimsatt et Beardsley (« The Intentional Fallacy ») dans un cours de philosophie de l’art. Je ne m’intéresserais probablement pas à l’art si ce n’était que de la « recherche d’intentions ».

  17. Gébé dit :

    « Simon Dor, est-ce que tu as lu « L’oeuvre ouverte » d’Umberto Eco? »(Renart Léveillé)

    À quoi bon, puisqu’on peut lui faire dire ce qu’on veux ? 🙂

  18. Simon Dor dit :

    Il y a sans doute une nuance entre pouvoir lui faire dire ce qu’on veut et devoir lui faire dire ce que l’auteur voulait, non? 😉

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