Aprioris antichartes

tentacules
À la suite de mon dernier billet où je critique le film « La charte des distractions », plusieurs discussions ont eu lieu sur Facebook. Je tiens ici à vous soumettre comme préambule un commentaire que j’ai écrit en réponse à Claudine Simon (Les Alter Citoyens) qui me disait que pour une vraie laïcité il ne faut pas simplement s’attaquer à des symboles, puisque je pointais le fait que la question de la laïcité est trop peu soulevée dans leur documentaire :

Je ne dis pas que les créateurs sont pour ou contre, mais que la question de la laïcité n’y est pas centrale, ni même secondaire.

On a beau essayer d’évacuer la question des symboles, d’où découle tout le reste, elle demeure essentielle même si elle se retrouve dans le film comme une distraction.

La laïcité ici, c’est un tout encore imparfait et perfectible et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas prendre de front la question des symboles parce que la laïcité ce n’est pas seulement ça…

Il y a tout plein de féministes, de progressistes, d’humanistes, etc., qui sont pour la neutralité représentative des employés de l’État. Imaginez-vous que c’était de ceux-là qui étaient à la tête de QS et que ceux-là avaient présenté ce projet de loi. Et ça serait tout à fait possible, le projet fait l’unanimité parlementaire.

Voilà le genre de scénario qui me vient à l’esprit quand je réfléchis à un sujet. À partir de ce moment-là, j’évacue tous les aprioris inutiles pour me concentrer sur l’essentiel.  Et ici c’est la question de la laïcité et de la dynamique civique. Ainsi, je ne laisse pas le politique prendre toute la place comme c’est le cas en ce moment pour la majorité des gens, visiblement.

On pourrait dire que je joue le jeu du PQ, sans doute, mais comme je l’explique le PQ n’est pas mon moteur, c’est plutôt un dommage collatéral qui fait en sorte que certaines personnes ne veulent même pas essayer de comprendre mon point de vue.

Donc, en répondant à cette question je réponds aussi à une autre qui me chicote depuis longtemps. Qu’en est-il de ceux qui sont surtout anti-PQ avant d’être antichartes et de ceux qui n’aiment surtout pas comment tout cela a été présenté et qui se retrouvent à militer contre ou à avoir une position ambivalente? Réponse : ils sont pris dans le politique, dans la dynamique de la politique partisane, alors qu’il est bien plus question de démocratie, de l’État comme entité hors partisanerie, justement. Donc, c’est un apriori politique qui relève de la politique spectacle.

Il y a un autre apriori qui a la vie dure dans ce débat. Celui qui tient dans l’idée que l’interdiction des signes religieux pour les travailleurs de l’État est seulement égale à des départs en masse de tout ceux qui les portent au travail, donc du chômage. L’économiste et inclusif Ianik Marcil le fait miroiter dans son dernier texte : « Les tentacules économiques de la charte ».

Il est bien intéressant de faire exhaustivement le portrait des emplois étatiques qui pourraient être touchés par cette mesure mettant de l’avant la neutralité représentative, mais pour que ça frappe l’imaginaire, ce qui est bien le but des inclusifs, il faut prendre pour acquis que ce serait une hécatombe au niveau du chômage.

Désolé, mais qui serait bien assez devin pour prouver hors de tout doute que la totalité ou la majorité refuserait de retirer leur signe religieux et donc quitterait leur emploi, ou le contraire? Ce n’est même pas être partisan que de poser la question et de douter de ce résultat catastrophe, c’est simplement logique. Qui serait bien capable de savoir ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui a à choisir entre des revenus et le port de son signe religieux au travail? Et ensuite, de savoir le total de toutes ces décisions…

Je ne dis pas que la problématique n’est pas à prendre en compte, mais que de lui donner une place aussi centrale c’est dénier la place centrale que devrait occuper le débat sur la laïcité.

Et on comprendra ici que l’importance des symboles est attaquée à partir de deux fronts : celui d’une vision qui tente carrément de l’effacer du débat et une autre qui donne toute la place à d’hypothétiques répercussions qui sont impossibles à prouver.

Et on se demande pourquoi ce débat n’est pas sain…

(Crédit photo : jseliger2)

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