Des anglos qui font la morale aux anglos

Une breve lecon d'histoire

C’est un fait, le vote non-francophone, grandement majoritaire pour le Parti libéral du Québec, est toujours un vote stratégique contre l’émancipation du Québec en dehors du cadre canadien. Ce qui fait en sorte de donner le pouvoir décisionnel à environ un quart des francophones, ceux-là même qui ont voté pour le PLQ aux dernières élections, simplement parce que Couillard a martelé « référendum ».

Le portrait est simple : tous les partis sont handicapés par les votes immuables pour le PLQ et, on le voit, même une grande apparence de corruption ne réussit pas à changer quoi que ce soit. Ce qui est dommage, c’est que le Québec aura toujours ce sabot de Denver jusqu’à ce que les non-francophones comprennent que la démocratie devrait parler plus fort que la peur et que cette démocratie devrait impliquer une analyse plus large que la simple crainte d’un Québec souverain. Pour les aider, il serait utile, entre autres, de les faire revenir en arrière.

Un photographe du nom d’André Paquin a retrouvé dans ses affaires une découpure de journal, datant de 1997, qu’il a numérisé et ajouté sur son compte Facebook. C’est un texte qui serait probablement paru, selon ses dires, dans le journal Le Droit, d’Ottawa. L’auteur est un dénommé Frank Hart, un habitant de Colombie-Britannique.

Il est question du rôle qu’ont joué les Canadiens-français dans l’existence même du Canada qui, s’ils n’avaient pas combattu la tentative d’assimilation linguistique et religieuse britannique, serait aujourd’hui partie prenante des États-Unis. Je cite la fin du texte :

Seize ans seulement après la conquête du Québec, les 13 colonies américaines déclaraient leur indépendance de la Grande-Bretagne. Moins de 40 ans plus tard, en 1812, les insurgés américains du Sud essayèrent d’envahir le Canada. Dans les deux cas, les Britanniques savaient pertinemment qu’ils auraient besoin de l’aide, ou du moins de la neutralité des Canadiens-français pour repousser l’invasion. Ce n’est pas en les exaspérant que la Grande-Bretagne pouvait espérer obtenir leur appui. Sans eux, il n’y aurait pas de Canadiens-anglais aujourd’hui. Nous serions tous citoyens des États-Unis d’Amérique.

Je remercie donc mes frères, les Canadiens-français, d’avoir sauvé le Canada. Je suis un Anglo-Canadien, mais je ne suis pas d’accord avec l’attitude de mes compatriotes anglophones.

On retrouve des traces de ce texte (légèrement différent) sur le site de la Société de généalogie de St-Eustache. On y indique avoir demandé le 5 juillet 2001 par téléphone la permission à l’auteur de reproduire le texte sur le site, dans une revue et dans un hebdomadaire de la région. Aussi, que c’est une lettre qui a été « diffusée dans plusieurs journaux de l’Ouest canadien ».

Pour ce qui est de la véracité, il ne s’agit que de lire le début de la fiche Wikipédia concernant l’Acte de Québec pour ne pas en douter :

Il a été promulgué par le gouvernement britannique désireux d’éviter que le mouvement d’agitation en cours dans les Treize colonies ne se répandît chez les Canadiens de la Nouvelle-France occupée.

Mais c’est le message qui est le plus important. Les francophones n’ont jamais été une quantité négligeable dans le Canada et le « Quebec bashing » est une honte que de plus en plus d’anglophones devraient dénoncer. Idem pour la francophobie. Frank Hart faisait la morale à ses compatriotes de bien belle façon. L’Histoire ne ment pas. Et elle est toujours d’actualité. (D’ailleurs, je me demande bien si cet épisode historique est enseigné…)

Parlant d’actualité, je terminerai ce texte en ajoutant la traduction française d’un texte (merci à DJack OfClubs) d’une dénommée Jillian, publié originalement sur le site de The Gazette, que je pointais dans mon billet précédent :

« Je vais t’habiller comme la Reine Mère
Et te fourrer comme tu ne le croiras pas »
– Serge Fiori, de Crampe au cerveau

Deux jours après le vote québécois, mon soulagement initial suivant l’élection d’un parti fédéraliste a cédé la place à la tristesse – et à la culpabilité. Et à la honte.

Le rêve souverainiste est terminé, disent les analystes, et plein d’anglos au Québec et à travers le Canada se réjouissent.

Mais pas moi. Je pleure en dedans. Et en dehors.

Ô, mon Dieu, qu’avons-nous fait, nous les anglos?

Pourquoi nous sommes-nous battus si fort au cours des quatre dernières décennies pour écraser le rêve de nos soeurs et de nos frères francophones qui ne voulaient qu’une petite pointe de la tarte de l’Amérique du Nord pour l’appeler la leur?

Pourquoi n’avons nous pas compris leur désir pour une nation?

Pourquoi n’avons-nous pas pu la leur donner, de plein gré, et partager leur rêve avec eux?

Pourquoi avons-nous pensé qu’il fallait suivre la ligne fédérale?

Pourquoi avons-nous été obligés de leur imposer le rêve Américain-Canadien?

Pourquoi avons-nous été si égoïstes?

Ô, mon Dieu, nous avons été si aveugles. Si irréfléchis. Si vides d’empathie et de compassion… et d’amour.

Suis-je la seule anglo qui se sent coupable ce soir?

Oui, ceci est à propos de ce que je ressens à l’intérieur.

Je ne peux pas nier mes émotions.

Elles sont là.

Culpabilité. Tristesse. Honte.

Larmes.

[Ce soir, je pleure avec les souverainistes québécois.

Je suis une Québécoise.*]

– Jillian

*En français dans le texte

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