Abattage rituel halal : le choix de se fermer les yeux ou non?

 

Le sujet de la viande halal revient sur la table… alors que le « PQ demande au ministre responsable, Pierre Corbeil, de recenser et dévoiler le nombre d’abattoirs québécois qui utilisent des rites religieux, le volume de production par espèce de viande halal et kasher, le volume consommé ainsi que les importations et exportations. »

«Amir Khadir, lui, juge la position du PQ «odieuse».

Je vais me transformer ici par magie en méchant gars de droite parce que je vais remettre en question l’opinion d’Amir Khadir. Comme on le sait, remettre en question Amir Khadir nous enlève tout droit de se réclamer de la gauche…

Je vais passer outre l’accusation de poursuivre un thème lancé par le Front National en France parce qu’il est trop hasardeux. On ne peut pas savoir si oui ou non cela a influencé le péquiste André Simard. Et même si c’était vrai, ce n’est pas parce que le FN en parle que la question se voit obligatoirement mise dans la décharge de l’islamophobie. D’autant plus que, comme je le laissais sous-entendre en début de billet, le sujet de la certification halal a été discuté au Québec voilà un peu plus de six mois. J’en ai même parlé sur mon blogue personnel.

Ce que j’y relatais, c’est que La Presse avait fait une série de reportages sur le processus derrière l’abattage rituel halal. On y expliquait que les bêtes étaient électrocutées avant de se faire trancher la gorge, ce qui est contraire à la tradition. J’y rapportais aussi que sur un site islamiste une musulmane avait laissé un commentaire très critique envers ce procédé mensonger.

Donc, vous comprendrez bien que plusieurs problèmes sont soulevés ici. On engage des musulmans pour la certification, obligatoirement des hommes, ce qui discrimine les femmes au niveau de l’emploi, et la discrimination se poursuit au niveau religieux si on pousse la logique encore plus loin. Pour un résultat qui ultimement ne rencontre pas les désirs des consommateurs musulmans orthodoxes. Et dans l’optique où la pratique s’intensifie, ce qui vient avec des coûts, la facture est refilée à tout le monde. Ça ne doit sûrement pas faire une très grande différence au bout du compte, mais c’est le principe qui est surtout discutable.

Pour revenir à Amir Khadir, je vais commencer par citer sa charge contre le PQ :

Si c’est la souffrance animale qui les préoccupe, pourquoi ne parlent-ils pas des conditions d’élevage des poulets ou dans les porcheries? Et si c’est la liberté de choisir qui les motive, pourquoi n’ont-ils pas demandé aujourd’hui l’étiquetage obligatoire des OGM

Il faut se mettre d’accord, le sujet de la consommation de nourriture par l’humain est assez complexe pour ne pas tout mélanger et mettre n’importe quel aspect de la problématique en comparaison avec n’importe quel autre n’importe comment. Les conditions d’élevages sont préoccupantes, la question de l’étiquetage des aliments (notamment la présence d’OGM) est préoccupante, tout comme le processus de mise à mort des animaux. Même la question de manger ou non des produits animaliers n’est pas à mettre de côté. Mais, je me demande, est-il possible de parler du problème de la viande halal au Québec en ne déviant pas la question?

À mon sens, les propos d’Amir Khadir me prouvent que non. Mais en même temps ce n’est pas bien bien surprenant. Si a priori cette démarche est considérée comme une forme d’islamophobie, il est impossible de la regarder froidement. Ce qu’il reste comme argument possible, c’est de nier le problème parce qu’il en existe d’autres. C’est assez courant, ça ressemble pas mal à l’habitude qu’on certains de pointer ailleurs un sujet à leurs yeux plus important quand ils se sentent mal à l’aise de voir un sujet soumis au débat. Question de généraliser à outrance, la gauche a l’islam, la droite le judaïsme. Pour ma part je suis athée et je n’ai pas de parti pris pour ni un ni l’autre.

En fait, je sais que je suis un gros sale issu de la civilisation occidentale qui s’est fait culturellement laver le cerveau par l’industrie agro-alimentaire, alors j’aime bien me farcir un gros steak très saignant une fois de temps en temps. Et je suis conscient que j’oublie trop facilement que les bêtes qui se retrouvent dans mon assiette, enfin les parties, n’ont sûrement pas reçu un traitement royal durant leur vie, parce que je n’ai pas les moyens de me payer ce luxe-là. Par contre, je n’accepte pas de savoir que l’on peut possiblement réserver une mort inutilement souffrante à ces animaux que je vais consommer sous le couvert d’une prescription religieuse. Parce que je crois que c’est foncièrement absurde. Entre le pire et le moins pire, j’aimerais pouvoir choisir le moins pire, ça ne fait pas de moi un islamophobe pour autant. C’est une question éthique. Certains pourraient me dire que j’ai l’éthique élastique, parfois vaut mieux une éthique élastique que pas d’éthique du tout.

Pour terminer, je vais revenir avec André Simard. On m’a pointé sa sortie comme étant un dérapage parce qu’au final la compagnie Olymel, qu’il pointait, ne ferait que demander à un imam de bénir « la marchandise destinée à la clientèle qui en fait la demande [alors que tous] les poulets sont insensibilisés selon les règles de l’art ». À mon sens, toute la problématique de l’abattage rituel au Québec est un dérapage en soi. Si j’ajoute à ça ce que j’ai su l’année dernière (il ne s’agissait pas d’Olymel, mais bien de la compagnie El Rancho), la pratique ne semble vraiment pas encadrée, en tout cas au niveau rituel, autant du côté gouvernemental que du côté musulman. Parce que si c’est si important pour eux que la viande soit halal, il faudrait que ce soit fait selon la méthode d’abattage rituel au sens strict (dhabiha) et que le consommateur ordinaire puisse être certain que ce rituel n’est pas pratiqué si cela le choque.

Si un politicien comprend qu’il doit servir le citoyen, il devrait comprendre que cette démarche est légitime. Franchement, qu’est-ce que ça enlèverait aux musulmans de réserver cette pratique à leur seule consommation? Peut-être un peu d’argent si ça leur coûte plus cher, sinon rien. Point barre!

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17 réponses à Abattage rituel halal : le choix de se fermer les yeux ou non?

  1. Un beau texte nuancé.

  2. Merci Suzanne, mais je ne me fais pas d’illusion, sans doute que quelqu’un viendra me dire le contraire… 😉

  3. Je me pose la question suivante: comment se fait-il qu’il y ait autant d’offre de nourriture halal alors qu’il y a si peu de demande pour ça?

    Si on est incapable d’y répondre, il sera difficile d’en débattre…

  4. Mona Rochon dit :

    Sujet très délicat qui déclenche les passions! Merci pour la nuance du propos.
    @David Gendron: il y aurait environ 200 000 consommateurs de viande halal au Québec, mais Olymel produit aussi de la viande pour exportation. J’ignore par contre l’importance du marché total qui est visé.

  5. JFC dit :

    Tu commences à bifurquer vers le droit chemin, félicitation. :p

  6. Savignac dit :

    Le problème avec ce genre de débat, c’est que tout le monde n’aura pas la précaution de Renart de l’aborder de façon pragmatique et documentée. Alors, il devient une aubaine pour les agitateurs nauséabonds que je cite régulièrement dans mes textes, aubaine pour faire la promotion odieuse, insidieuse et dégoulinante de la menace islamiste. Car il n’est d’aucun hasard que cette polémique ait été, au départ, initiée bien stratégiquement par la fille Le Pen.

    Mon opinion quant au mode d’abattage est bien simple, il s’agit ici d’un déficit d’étiquetage. Si le tout était affiché clairement, nous ferions nos choix de façon éclairée, et croyez-moi, l’abattoir s’ajusterait bien vite.

    Quant à la discrimination envers les femmes, là c’est charrié un peu ! Un imam est homme, de même qu’un curé en est un, et on ne s’aventure pas à dire que nos enfants reçoivent des baptêmes sexistes !

  7. Bonne blague, mais je refuse quand même qu’on m’accole l’étiquette de la droite parce que je prends le parti de demander l’étiquetage de la viande halal… Ça me semble absurde. 😉

  8. « Quant à la discrimination envers les femmes, là c’est charrié un peu ! Un imam est homme, de même qu’un curé en est un, et on ne s’aventure pas à dire que nos enfants reçoivent des baptêmes sexistes ! »

    J’ai appuyé là-dessus beaucoup parce qu’Amir Khadir est de Québec Solidaire, un parti résolument féministe. Le sexisme est un problème intrinsèque à la religion, il me semblait bon de le soulever.

  9. « et on ne s’aventure pas à dire que nos enfants reçoivent des baptêmes sexistes ! »

    ah! c’est pas charrié ça aussi!? 😉

    Un curé ne fait partie à proprement parler du marché du travail… et puis, un baptème, c’est difficilement comparable à l’achat de viande… et puis, le baptême est loin d’être un besoin primaire comme manger… et puis, moi je n’ai pas fait baptiser ma fille et j’ai l’impression que c’est une pratique qui se perd de plus en plus, même dans un sens strictement traditionnel. Alors, je trouve que de lire « nos enfants » c’est plutôt, comment dire, surprenant!

  10. Jocelyn Roy dit :

    Comme le mentionne Savignac, je suis heureux de constater que ton propos est nuancé. Et le billet de Patrick Lévesque sur votre site propose également une bonne approche pour ce débat. Cependant, il était facile de prévoir que les reportages de l’équipe de Mario Dumont et la couverture des journaux de Quebecor provoqueraient un dérapage. On peut facilement le constater sur certains blogues et autres réseaux sociaux : les gens ne prennent pas le temps de s’informer correctement avant de tirer des conclusions.

    Pourtant, encore une fois hier soir au Téléjournal de Radio-Canada, le représentant d’Olymel a réaffirmé qu’ils n’ont pas modifié leurs techniques d’abattage afin de recevoir la certification halal. Le seul ajout à la chaîne de production consiste à permettre la présence d’un imam pour bénir la phase finale de la préparation de la volaille pour le marché. Étant également athée, je trouve cette pratique totalement inutile mais ça ne m’empêche pas d’apprécier les shish taouk offerts par des centaines de restaurants de Montréal (tout comme le beurre de pinottes casher).

    Comme la campagne pré-électorale est lancée depuis quelques semaines, je demeure convaincu que cette conférence de presse du député André Simard (vétérinaire et ex-employé du Ministère de l’agriculture, des pêches et de l’alimentation…) visait à provoquer quelque chose et à attirer la sympathie d’un certain groupe qui ne semble pas être capable de faire la distinction entre la défense d’une identité culturelle et l’intolérance envers la communauté arabe. Intolérance, faut-il le rappeler, qui a prend une ampleur de plus en plus inquiétante depuis un certain mois de septembre. On le sait, une tranche importante de la population considère que tous les musulmans sont des terroristes en puissance ou des fondamentalistes qui exigent le port du voile…

    Je suis donc très surpris que Khadir se retrouve seul à vouloir calmer le jeu. Et très surpris que le PQ ait délibérément choisi de jeter de l’huile sur ce feu allumé par Mario Dumont et la droite populiste.

  11. Jocelyn Roy dit :

    Étant curieux de nature, je ne cesse de me renseigner sur ce sujet. Et je crois comprendre que nos abattoirs sont halal « par défaut » ! Mis à part la bénédiction des lieux, voici la définition de la certification halal, selon l’organisme HMCA :

    « En ce qui concerne les viandes et selon les exigences de l’islam, les animaux doivent être abattus convenablement pour que la viande soit jugée halal. La méthode d’abattage utilisée doit préserver la qualité de la viande et éviter toute contamination microbienne. Par exemple, un animal mort autrement que par l’abattage est généralement jugé malade. La plupart des maladies sont liées au sang des animaux; l’abattage est par conséquent obligatoire pour que l’on puisse s’assurer que l’animal est entièrement vidé de son sang, réduisant ainsi au minimum le risque d’infection microbienne. Cette exigence est conforme à la notion de propreté toujours mise en avant par l’islam. »

  12. 200 000 au Québec? Ben voyons, on exagère!

    Pour l’exportation, il s’agit d’un bon point, cependant!

  13. Feel O'Zof dit :

    Personnellement, j’aurais tendance à être assez d’accord avec Amir Khadir sur cette question. Si notre opposition au halal réside dans le fait que ça implique que l’animal souffre inutilement, alors on devrait plutôt légiférer sur les méthodes d’abattage, en n’autorisant que les moins attroces, et en ne permettant aucun accommodement religieux sur ce sujet. Ou encore, une mesure plus modérée serait d’autoriser les méthodes d’abattages cruellement douloureuses mais d’instaurer une certification pour les viandes issus d’un abattoir qui emploie des méthodes moins pires.

    S’opposer au halal comme tel mais n’avoir aucune objection contre une méthode d’abattage qui serait tout aussi douloureuse mais laïque, c’est plus une forme cachée de xénophobie. Même chose avec des arguments du type «la viande coûte plus cher parce qu’il faut payer l’imam». C’est une façon «politiquement correct» de désapprouver quelque chose qui nous rebute intuitivement pour des raisons beaucoup plus «conservatrices» et haineuses. Je reconnais bien là l’hypocrisie de la droite.

  14. Tancrède dit :

    On a le droit de critiquer la religion, de se préoccuper des bêtes. Mais les motifs dans ce débat sont douteux. Et un des individus concernés supportait une alliance du Front National de JM Le Pen et de la droite centriste autrefois.
    Le 10 août 1998, Le Devoir publie une lettre où M. Bock-Côté appelle à “la coopération et peut-être même l’union entre le FN et la droite classique”. Il dit également qu’il faut cesser de croire à “l’idée plutôt saugrenue selon laquelle le Front National ne serait qu’un parti d’extrême droite fascisant”.
    Le devoir n’a plus le lien, mais le Quartier Libre cite ces passages. Il faut évidemment lire tout l’article pour se faire une idée nuancée.
    http://www.ql.umontreal.ca/volume6/qlv6n01/n01dex17.html

  15. JFC dit :

    Ne t’en fait pas, ils vont te mettre l’étiquette, et ce, sans te le demander. Certain vont te traiter de xénophobe, voir même raciste et vont te lier de force au Front National. Tu vas voir… 😉

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