UQAM – L’argument de l’espace sécuritaire

 

L’argument de l’espace sécuritaire est étrange. On argue qu’un discours peut atteindre quelqu’un dans son intégrité, donc qu’il faudrait sécuriser l’espace où ce quelqu’un se trouve pour y remédier. Comme on le sait, l’espace en question par les temps qui courent est l’université. Spécialement à l’UQAM.

Mais qu’est-ce que l’intégrité de quelqu’un dans ce contexte? Bien sûr, il ne serait pas question de l’intégrité physique puisqu’un discours ne pourrait directement causer un tort physique.

Mais bon, indirectement, c’est possible. Pensons à quelqu’un de psychologiquement déséquilibré qui réagirait physiquement à un discours au point de s’en sentir mal. Et entendons-nous pour dire que, même si ce genre de situation est d’une grande tristesse, il serait ridicule qu’une personne qui tient ces propos puisse être tenue responsable du mal-être de cette personne.

De toute façon, il est visiblement question de la protection de l’intégrité psychologique pour justifier cette idée d’un espace sécuritaire exempt de discours agressants. Cela pour justifier l’interdiction, la censure, voire n’importe quelle démarche d’intimidation.

Alors comment un discours, sauf s’il vise directement une personne (qui pourrait donc avoir des recours), pourrait-il porter atteinte à l’intégrité psychologique de quelqu’un si cette personne est saine psychologiquement?

Un discours n’est pas une bombe

Tout d’abord, il apparaît, selon toute vraisemblance, que l’idée d’atteinte à l’intégrité psychologique fonctionne comme celle de l’atteinte à l’intégrité physique.

Un tort est causé directement à une personne par une autre personne mal intentionnée ou par accident. Et il faudrait beaucoup trop étirer la sauce pour y inclure par exemple les victimes collatérales d’un attentat à la bombe.

D’ailleurs, c’est bien ce que l’argument de l’espace sécuritaire laisse entendre : un discours « haineux », au niveau psychologique, fait des victimes comme une bombe en ferait.

Le problème, c’est qu’une bombe fait des victimes s’il y a des gens autour, point. C’est un fait objectif. Pour ce qui est d’un discours, cela dépend de la subjectivité de chacun. Les gens peuvent réagir au discours en victime ou non.

Le lien de causalité entre la bombe et les victimes, en ce qui a trait à l’intégrité physique, ne peut pas être transposé à l’intégrité psychologique. Simplement parce qu’il faudrait prouver hors de tout doute, après examen, que le discours en question entre dans la catégorie de l’incitation à la haine, punissable par la loi.

Et encore là, il y a un autre problème. Même si ce discours est considéré comme de l’incitation à la haine, il n’y a objectivement aucune victime au sens où une bombe en ferait, puisque ce fait dépend plus de l’état d’esprit des individus qui sont placés, directement ou indirectement, devant ce discours. Discours qui ne pourra jamais être considéré comme de la discrimination directe.

La discrimination

Quiconque peut bien penser et dire ce qu’il veut en s’adressant à un auditoire présent ou virtuel (sur le web, via une publication, etc.), la discrimination entre en jeu quand une personne est visée directement (ou rejetée) par une personne ou par une organisation et qu’elle subit des conséquences directes, justement parce qu’on l’oblige à la subir.

Ainsi, une affiche annonçant une conférence ou une conférence donnée dans une université ne peuvent pas être discriminatoires en soi. Parce que personne n’est obligé de subir ce qui se passe dans l’espace public, à moins de penser que le monde autour de soi est une agression quand il n’est pas à la mesure de ce qu’on voudrait qu’il soit.

Par contre, on peut accuser ceux qui sont derrière ces discours de participer à la discrimination, mais il faut se référer aux faits et user d’arguments logiques pour le prouver et donc combattre ces discours, s’il y a lieu. Et tout cela peut seulement se passer dans un espace de discussion exempt de cette dynamique sécuritaire. D’autant plus qu’il y a déjà le garde-fou légal pour contenir tout ça.

Des licornes et des arcs-en-ciel

Que les personnes qui ne sont pas à l’aise avec cette idée se cachent dans leurs petits coins confortables psychologiquement. Toute la société n’a pas à subir leur délire sécuritaire. Qu’ils en profitent pour réfléchir à comment venir en aide aux gens vraiment victimes de discrimination. Et à la façon de démonter admirablement et respectueusement les discours qui y participent selon eux.

Ils pourraient ainsi se servir de leur liberté de pensée et d’expression pour faire autre chose que de vomir leur haine. Haine qu’ils prennent, bien malheureusement, pour une solution magique. Encore pire, pour un arc-en-ciel.

(Illustration : salvadorkatz)

Ce contenu a été publié dans opinions, politique, Québec, société, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.