Un populisme de gauche

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Le populisme est un sujet à la mode et il faut battre le fer quand il est chaud. Selon le dictionnaire Antidote, le populisme est premièrement une « Attitude politique consistant à satisfaire les revendications immédiates du peuple. » Dans Wikipédia, le terme est pointé comme étant « régulièrement employé dans un sens péjoratif, synonyme de « démagogie » ». Et par démagogie, on entend cette idée de « Politique par laquelle on flatte, excite les passions populaires pour accroître sa popularité. » Donc, toujours, le terme est utilisé pour dénigrer, très souvent avec raison, des discours de droite. Pourtant, il existe un populisme de gauche tout aussi démagogique qu’il serait bien de pointer aussi, puisqu’il en mène large, et au gouvernement, et dans les médias, traditionnels comme sociaux.

Le raccourci de la tolérance

S’il est possible de définir sommairement le populisme (et la démagogie) dans un sens large, il serait judicieux de le faire en y incluant l’idée de raccourci. Les populistes font des raccourcis pour que se rejoignent le plus rapidement possible leurs buts et une adhésion du plus grand nombre (que cela fonctionne ou non). Ce qu’ils tentent de faire, c’est d’utiliser le plus petit dénominateur commun pour faire avancer leur cause. Dans le cas des populistes de droite, on utilisera par exemple la peur de ce qui est étranger, plus ou moins présente chez l’humain, pour rallier le plus de gens possible à leurs idées politiques. Et cet exemple n’est pas fortuit, vous le verrez avec ce qui va suivre. Pour ce qui est des populistes de gauche, au lieu de la peur et de la crainte, on utilisera la compassion, la tolérance, l’empathie…

Certains auront le goût de rétorquer : non, non et non, la peur et la crainte sont des sentiments humainement négatifs, alors que la compassion, la tolérance et l’empathie sont des sentiments humainement positifs; donc cela n’est pas comparable. En vérité, le populisme est négatif parce qu’il instrumentalise un rapport simplificateur au peuple, basé sur le raccourci, sur l’absence de nuance, sur le nivellement par le bas. Que son objet soit la peur ou la tolérance, cela n’y change rien. Que sa forme soit simple ou de niveau universitaire, cela importe peu. Et le peuple, ce n’est pas que la partie analphabète, les gens éduqués en font aussi partie.

Se jouer du peuple

Dans l’optique où l’on est convaincu qu’il est utile de dresser un portrait juste de la société avec l’aide des faits, d’analyser le plus objectivement possible les rapports entre ses éléments et de trouver des solutions logiques à ses problèmes, il n’y a pas de différence entre l’instrumentalisation du peuple faite au nom de l’ouverture à l’autre ou de la peur de l’autre. Les deux approches éloignent également de la recherche d’une vérité factuelle et de solutions efficientes. Instrumentaliser le peuple, que ce soit ceux de gauche, ceux de droite, de centre, progressiste, conservateur, ce n’est jamais les accompagner pour qu’ils prennent réellement part à la discussion démocratique. Ce n’est jamais tendre vers la réalité alors qu’il faudrait qu’ils comprennent bien les enjeux : on les met en jeu, dans le jeu, pour se jouer d’eux.

Autrement dit, le populisme de gauche utilise le bon fond de compassion des gens, l’envie d’être tolérant et la tendance empathique de l’humain pour arriver à ses fins. Il ne sera jamais question ici de diaboliser ces populistes – ni non plus les populistes de droite -, mais de montrer qu’ils ne sont pas utiles quand il s’agit d’avoir un débat public sain et constructif. Quand un populiste de gauche condamne en bloc tout ce qui n’a pas que des mots doux et tendres envers le « melting-pot » diversité-culture-religion-immigration – autant les réels racistes/xénophobes que ceux qui en font des critiques éclairées et surtout constructives -, il n’y a pas de doute qu’il croit bien faire. Le problème, justement, c’est qu’il croit bien faire. Et comme on le sait, quand la croyance dogmatique prend le pas sur l’examen des faits, en cette ère post-factuelle, comme le soulignait récemment Normand Baillargeon, il n’y a pas de discussion possible entre ceux qui croient bien faire et leurs ennemis : ceux qu’ils croient mal faire.

Les visages du populisme de gauche

Le populisme de gauche a plusieurs visages. Il y a les rustres qui collectionnent les phrases-chocs illustrant des bons sentiments tout en ayant l’insulte facile quand quiconque tente d’argumenter avec eux. Parce que posséder de bons sentiments en guise d’argumentaire, cela permet visiblement de se dédouaner de l’impératif du civisme (et de l’écoute). Bien armés de leur complexe de supériorité morale, ils ont un sens de la vertu tellement imperméable au doute que le simple fait de mettre un bémol à leur système de pensée est équivalent à les envoyer paître. Donc ils ne se gênent pas en retour pour au minimum ridiculiser, au maximum bloquer, quand ils le peuvent. Bien qu’ils n’en aient pas conscience, leur posture est aussi simpliste que celle de Georges Bush qui disait : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ». Quiconque a déjà remis en question, sur un média social ou l’autre, les dogmes de la gauche qui idéalise à outrance les questions touchant la diversité, la culture, la religion et l’immigration a une idée très claire de qui il s’agit.

Il y a aussi ceux qui portent un masque plus verni, plus poli, et qui ont un bel enrobage intellectuel pour mettre au chaud leurs bons sentiments. Mais leur complexe de supériorité morale est aussi solidement ancré que les autres. Par contre, ceux-là veulent donner l’impression qu’ils sont généreux de leur patience envers leurs ennemis en argumentant avec eux au lieu de simplement les envoyer promener, mais c’est de la fraude intellectuelle. Il n’y a pas d’ouverture au dialogue, tout est joué d’avance, leur idée est déjà faite. Ils ne font que consolider leurs appuis en répétant ce qu’ils veulent que les rustres décrits plus haut apprennent par coeur, pour qu’ils puissent le répéter à coups de slogans pour mieux convaincre d’autres gens par les bons sentiments.

Il existe un bel exemple récent de tout cela. Un dénommé Xavier Camus, connu pour être un professeur de philosophie, s’est permis un long statut Facebook (voir la capture d’écran à la fin du texte) pour dénoncer un projet auquel j’ai participé, soit le livre « L’islamophobie », publié par les éditions « Dialogue Nord-Sud », dirigé par Karim Akouche. Son argumentaire consistait sommairement à faire ressortir un lien entre ce livre et « les identitaires », en le marquant négativement de ce sceau. Premièrement, il me faisait dire, citation à l’appui, que je militerais pour une réhabilitation de l’épithète « identitaire » (ce qui est en soi un grave problème pour les populistes de gauche) alors que je ne faisais que pointer la donnée factuelle de la charge négative du terme « identitaire » versus la charge positive du terme « inclusif » dans le débat actuel. Tout cela dans l’optique où ce sont les « inclusifs » qui se sont accaparés ces terminologies pour magnifier leur position et diaboliser celle de leurs ennemis idéologiques, dont je fais partie. En fait, Xavier Camus pointait des écrits provenant d’un de mes billets, « Une trêve entre les inclusifs et les identitaires? », ce qui n’avait aucun lien avec le livre « L’islamophobie », mis à part que j’en suis un des auteurs.

Encore, pour arriver à appuyer son point, qui est de prouver que ce livre n’est qu’un projet « identitaire », donc islamophobe, donc à pourfendre absolument, il fait un lien avec le conservatisme de droite en pointant Mathieu Bock-Côté et Richard Martineau, qui ne sont aucunement liés au projet, ni de près ni de loin. Aussi, le professeur de philosophie pointe le fait que la « publication fut d’ailleurs promue à l’émission radio de Duhaime et Drainville […] en plus de circuler sur les réseaux sociaux, chez les pro-chartes des valeurs et nombre d’admirateurs du Front national… » Pour qui connaît un peu la rhétorique, voici déjà quelques arguments clairement fallacieux à se mettre sous la dent. Mais la cerise sur le gâteau est que le critique n’a aucunement lu le livre en question. Le texte aurait pu s’arrêter à la phrase précédente, quelle chute!

Donc Xavier Camus ne l’a pas lu et son but était clairement que ses brebis ne le lisent pas. Mais pourquoi? Par peur que certaines se laissent convaincre? Que ce livre puisse nourrir le débat public avec ses arguments? Qu’il puisse montrer que les critiques de l’islam-isme ne sont pas que des racistes/xénophobes faciles à contredire? Et surtout, que ce livre puisse montrer que la gauche « inclusive » ne possède pas la science infuse en ce qui a trait aux questions de diversité, de culture, de religion et d’immigration, puisque cette notion d’islamophobie les regroupe toutes et qu’il est possible de la remettre en question avec des arguments rationnels?

Un esprit du débat public sain dans un corps social sain

S’il faut le répéter, pointer cette idée de populisme de gauche a pour but de promouvoir un débat public sain. Parce qu’actuellement, il est surtout constitué d’insultes, de procès d’intentions et de dialogues de sourds. Certains pourraient me reprocher de tomber dans l’insulte avec ce texte, mais tout ce que je fais est de pointer une réalité, quand bien même elle peut faire mal. Ce que je veux partager et faire comprendre ici, par souci d’équité, c’est que ce débat public malsain n’est pas que de la faute de la droite, contrairement à ce qu’on semble vouloir faire ressortir dans les médias en reliant le populisme exclusivement à la droite. À gauche comme à droite, il y a des gens fermés au dialogue qui ne font que vomir du contenu idéologiquement prémâché et qui n’ont que de la haine verbale et que de l’exclusion comme réponse à la diversité des opinions.

On devrait pouvoir arriver à se parler quelque part entre des gens bons qui se battent contre des jambons.

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