Un kit à penser antiraciste beaucoup trop populaire

antiracisteOn m’a pointé cette petite merveille facebookienne à laquelle je n’avais pas accès. Oui oui, c’est de votre hôte qu’il s’agit. Et je peux difficilement être plus irrité. Parce qu’au-delà du fait que ça me pique personnellement, c’est pour moi un bon condensé de tout ce qui cloche avec nos champions du pleurnichage, autoproclamés gardiens du Bien, de la Vertu, quand on leur met en pleine face quoi que ce soit qui ne flatte pas leurs lubies. De toute façon, visiblement, ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre ce qu’on leur présente. Ou bien, je leur donne le bénéfice du doute (je ne suis finalement pas si fâché!), leur intelligence est trop contaminée par ce problème cognitif qui provoque des boucles d’autosatisfaction idéologique. Aussi simple et ridicule que ce paralogisme :

Le racisme, c’est mal
Je suis contre le racisme
Donc, quiconque critique ma position antiraciste est mauvais et raciste

racial-preferences

Traduction libre : Les préférences raciales pour faire des rencontres est du racisme. Le fétichisme racial est aussi du racisme. (Le statut Facebook pointé plus haut a été écrit en réaction à ma critique de celui-ci. Après ma critique, ce statut a été, soit effacé, soit mis en mode privé, puisqu’il a disparu de ma page étant donné que je l’avais partagé. Les nombreux commentaires qu’il a suscité, dont mon échange avec cette personne, par la même occasion…)

Ce qui fait que critiquer la connerie suprême de voir du racisme dans l’attirance sexuelle, dans les préférences des gens – ce que je faisais strictement -, devient un discours contre la dénonciation du racisme en général. Donc, je deviens un raciste par la même occasion. Bien sûr, parce que j’ai écrit quelque chose comme « que c’était une mode, pénible ». Mais je ne visais jamais l’antiracisme en général, seulement le discours de cette Kaligirwa Namahoro qui, comme plusieurs, se spécialise dans l’excavation victimaire pour trouver des culpabilités à distribuer, qu’elles soient justifiées ou non dans la réalité, comme on peut le voir dans cette pyramide, ce kit à penser.

Ce qu’il y a de problématique dans ce kit à penser, ce n’est pas ce qu’il pointe en particulier, mais ce que son ensemble fait. Toutes ces théories se répondent. Alors, critiquer une de ces théories, voire seulement la nuancer, trouve une explication parfaite dans une autre. On ne peut pas ne pas avoir raison dans ces conditions (enfin, quand on est convaincu que ce système de pensée est le meilleur moyen de combattre le Mal). Par exemple, critiquer la théorie de l’appropriation culturelle (« Cultural Appropriation ») trouve une explication dans le déni du racisme (« Denial of racism ») et/ou dans d’autres théories. D’ailleurs, ce texte et tout ce que je pense de la question du racisme est, purement et simplement, dans leurs petites têtes conditionnées à la binarité morale, du « Denial of racism ».

Aussi, ce qui démontre très bien le problème cognitif de cette personne quand elle pointe des faits, c’est le passage concernant les femmes aux gros seins. Ce que j’essayais de lui expliquer avec cet exemple, c’est comment le fait d’extrapoler le racisme au point d’y faire entrer l’attirance sexuelle ouvre la porte à des accusations ridicules, comme de voir dans le fait d’aimer les femmes avec de gros seins une discrimination envers les femmes avec de petits seins. Dans cette logique, j’ai été extrêmement victime de discrimination dans ma vie amoureuse et sexuelle : je n’ai pas de preuve, mais on m’a souvent rejeté parce que je n’étais pas assez beau, assez grand et assez musclé. Peut-être même parce que je n’étais pas assez membré. En quoi est-ce plus ridicule que cet éclair de « génie » de voir du racisme dans le fait que certaines personnes n’ont pas par exemple d’attirance pour les personnes noires ou asiatiques, ou au contraire qu’ils ont une attirance, peut-être même jusqu’au fétichisme, pour ces catégories de personnes. Dans cette paranoïa antiraciste, l’adage, « les goûts sont dans la nature », ne veut absolument plus rien dire…

Pour ce qui est de la fin du statut Facebook, cette personne fait référence directement aux propos de ma part qui vont suivre et vous jugerez vous-même s’il y a matière à y voir la promotion du silence et de « rester invisible/être tous blanc », ce qui trouve très bien une explication dans le bas de la pyramide :

Je rêve du jour où la couleur, l’origine, le sexe, les convictions religieuses, etc., des gens ne seront considérés que comme relevant de l’anecdotique.

Parce que toutes ces distinctions, quand elles sont considérées importantes, autant pour ce qui est de juger les gens – donc avec l’aide de préjugés – que de juger leurs actions et leurs propos, ne réussissent qu’à consolider les différences dans la perception sociale. Alors qu’il faudrait le plus possible, à mon sens, prendre ces différences comme des anecdotes pour arriver à leur enlever leur fatalité et ainsi arriver à quelque chose qui nous rassemble, du moins pour encourager l’égalité des droits.

Mais nous sommes loin du compte. Ceux qui se réclament le plus fortement de combattre les préjugés sont ceux qui, le plus, encouragent le marquage des différences. Cela, en partant à la découverte des sous-couches et des sous-couches de discriminations, ce qui ajoute comme par magie encore plus d’humains discriminants et encore plus d’humains discriminés. Qu’y a-t-il de plus différent qu’un humain qui en discrimine un autre?

L’humanité, déjà mal en point alors qu’elle apprivoise difficilement sa projection dans la globalité, n’a pas besoin de tout ce malheur en plus, fabriqué de toutes pièces…

Pour conclure, je sais bien que certains trouveront que je donne trop d’importance à ce mouvement intellectuel, si on peut le nommer ainsi, qui ne se résume pas qu’à l’antiracisme. Je répondrai qu’il y a urgence de le dénoncer. Pourquoi? Parce que dans l’optique où les idées qui se propagent influencent la marche des sociétés, ce mouvement est déjà majeur chez nos voisins du sud et qu’il contamine déjà fortement nos universités. Et j’ai un très bon exemple de ça. J’ai discuté récemment avec un étudiant au doctorat. Il habite à Québec, mais doit faire ses études à Ottawa. Je lui ai demandé pourquoi. C’est quand même très loin et ça doit être difficile de gérer tout ce déplacement. La réponse, c’est qu’il n’a pas réussi à trouver au Québec un directeur de thèse qui voulait l’accepter parce que son sujet d’étude est basé sur une critique du multiculturalisme…

C’est d’une tristesse sans nom quand on considère comme moi que la liberté de pensée est plus importante que les partis-pris idéologiques. Et on devine que la raison de ces refus est que, selon cette vision dissonante de la réalité, tout à fait bien illustrée par le paralogisme démontré au début de ce texte, qui dit multiculturalisme, dit diversité, dit tolérance, dit ouverture sur le monde. Alors que c’est loin d’être aussi simple quand on se penche minimalement là-dessus, avec cette honnêteté intellectuelle qui semble leur manquer. Donc, selon ce simplisme érigé en analyse complexe, il n’y a aucun autre choix que d’arriver à la conclusion que critiquer le multiculturalisme est réactionnaire, voire xénophobe, raciste!

Ce kit à penser antiraciste, en plus de créer des racistes par association, crée aussi de vrais racistes qui le deviennent en réaction à leur stupidité argumentative et à leur culpabilisation/victimisation outrancière. Grâce à eux, on en vient presque insensibles au racisme qui cause de vrais dommages à de vrais gens. Grâce à eux, par exemple (j’ai entendu ce témoignage à la radio), un jeune homme noir adopté par une famille blanche qui n’a pratiquement jamais connu la réalité du racisme, même s’il a été élevé dans un quartier de blancs, devient une victime comme les autres. Et cela, à coups de racismes systémiques et de rappels des fautes des blancs qui ont, de près ou de loin, participé à l’esclavage. Alors, nous devrions tous nous nettoyer de ces fautes commises, alors que nous n’étions même pas nés quand elles ont été perpétrées, en embrassant leurs thèses, donc en éteignant notre jugement.

Nous avons donc le choix entre deux prisons. Celle du consentement à la culpabilité et du rachat de nos fautes ou celle de la lapidation morale à coups de fausses accusations de racisme. Malheureusement pour eux, la liberté de pensée est le meilleur moyen de s’évader.

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