Tag Archives: religion

Le turban et les règles (et le cryptoracisme des laïques)

Finalement, selon le site « Friends of Soccer », la FIFA aurait confirmé qu’il est acceptable de porter un turban. Visiblement, on peut afficher clairement sa religion en jouant au soccer, mais ne pas afficher autre chose. (Lire la suite sur Le Globe)

Français : l’insulte de Kovalev

La question du fait d’apprendre le français pour les joueurs du Canadien venant d’un peu partout dans le monde a toujours été houleuse. Pour ceux qui refusaient de faire le pas (la grande Lire le billet sur Le Globe…

Attentat au bacon devant une mosquée

La Presse titrait : « Geste haineux en C.-B.: du bacon trouvé devant une mosquée ». Oui oui, vrai pour de vrai! L’article relate en gros les questionnements que suscitent la découverte, pour Lire le billet sur Le Globe…

Le racisme ordinaire de Jean Tremblay

Le très coloré (beige, brun et gris) maire de Saguenay, Jean Tremblay, se met encore les pieds dans le bénitier. Dans sa croisade anti-laïcité, il a écorché la candidate péquiste de Trois-Rivières, Lire le billet sur Le Globe…

Tout le monde en jase – 1 avril

Chronique télévisuelle à propos de Tout le monde en parle. Contiens une bonne dose de Twitter.

Arturo Brachetti

Aussitôt qu’il est arrivé sur le plateau, je me suis dit tout haut : « Arturo Brachetti Lire le billet sur Le Globe…

Le pouvoir de l’intolérance, ou comment sortir de l’impasse identitaire

J’en viens à comprendre de plus en plus pourquoi il est si facile de taxer d’intolérance toute personne remettant en question le multiculturalisme ou un élément religieux qui fait surface dans la Lire le billet sur Le Globe…

Abattage rituel halal : le choix de se fermer les yeux ou non?

Le sujet de la viande halal revient sur la table… alors que le « PQ demande au ministre responsable, Pierre Corbeil, de recenser et dévoiler le nombre d’abattoirs québécois qui utilisent des Lire le billet sur Le Globe…

Le multiculturalisme est aussi un choc des cultures

Vous m’excuserez, ça fait genre une semaine. Rima Elkouri relatait dans La Presse une histoire incroyable. Un jeune commis de station-service s’est fait agresser par un client parce qu’il Lire le billet sur Le Globe…

Le côté obscur de la création d’Israël

 

On m’a vivement conseillé de visionner un documentaire israélien qui a pour titre, sur Dailymotion : « Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme ». Au début du documentaire, on lit une phrase à des Israéliens dans un centre commercial et on leur demande qui, d’après eux, l’a écrite :

 

J’ai eu une idée formidable : attirer des antisémites honnêtes et les inciter à détruire les propriétés juives.

 

Tous répondent : « Hitler »!

Eh! non, cette phrase est tirée du journal intime de Theodor Herzl (1860-1904), grande figure juive de l’Histoire récente, fondateur du mouvement sioniste qui aboutira à la création de l’État d’Israël.

Ce que le documentaire démontre, c’est que la création d’Israël est basée sur un rejet profond du judaïsme traditionnel, un mépris du « juif de l’exil », même un rejet de la croyance tout court : le désir d’un État fondé sur un « nouveau modèle qui rejette complètement toute référence juive ». Très représentatif, Haïm Hazaz, idéologue de la direction sioniste à écrit, en 1943 :

 

Sionnisme et judaïsme ne sont pas la même chose, mais deux idées différentes et sûrement contradictoires.

 

Aussi, l’idéal sioniste n’était pas de regrouper tous les juifs dans un territoire, mais bien seulement ceux qui étaient intéressants pour le mouvement, dans une sorte de logique eugénique, où on ne voulait pas des juifs hassidiques s’ils ne désiraient pas s’affranchir de la tradition. Zeev Jabotinsky écrivit dans le journal Haaretz, à l’année de sa fondation en 1919 :

 

Dans notre Maison Nationale, nous allons déclarer tous ces juifs qui n’ôteront pas la rouille de l’exil, et refuseront de raser barbes et papillotes, des citoyens de deuxième catégorie. Nous ne leur donnerons pas le droit de vote.

 

À la suite de cette citation, on montre une prise de vue d’un somptueux palais qui porte le nom de l’auteur de ces lignes. Et ensuite, on refait le même manège qu’avec Herzl, la faisant lire entre autres à un directeur du « mouvement de jeunesse juif radical, sioniste » Bétar, fondé par Jabotinski qui n’en revient tout simplement pas…

Mais il faut spécifier ici que le mouvement sioniste n’a pas eu le choix d’intégrer la religion dans son projet pour qu’il prenne de l’ampleur, pour y trouver des adhérents, et cela a bien sûr fonctionné.

Vient ensuite David Ben Gourion, « fondateur et chef de l’État pendant de nombreuses années » qui écrivait dans son livre « La marque de Caïn » :

 

La Terre d’Israël a besoin d’une immigration sélective : le sionisme n’est pas une oeuvre de bienfaisance. Nous avons besoins de juifs de « qualité supérieure ».

 

Et le clou du spectacle, ce sont les efforts qui ont été mis pour ne pas aider des juifs condamnés à l’extermination. Oui, oui, pour aider indirectement le génocide, la Shoa, menée par Adolf Hitler! On prend quelques grandes respirations et on continue…

En vérité, un sioniste, du nom de Yaël Brand, se fit convoquer par un nazi du nom de Adolf Eichman. Ce dernier offrit de « vendre » 1 million de juifs hongrois qu’ils s’apprêtaient à exterminer contre de la marchandise, des camions, du café, thé, etc. Brand accepta de faire les démarches pour que cet échange se fasse. Mais on lui mit des bâtons dans les roues et ce sont surtout les sionistes eux-mêmes qui firent en sorte que ce projet de sauvetage tomba à l’eau.

Ce qui est relaté ici ne couvre même pas la première moitié des faits exposés dans le reportage et tout est bien sûr hautement vulgarisé.

Pensez-vous que je vais trop loin avec mon choix de titre pour « Le côté obscur de la création d’Israël »?

Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme (partie 1)
Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme (partie 2)
Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme (partie 3)
Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme (partie 4)
Théodore Herzl, le côté antisémite du sionisme (partie 5)

 

(Photo : commensa)

Harper, et la colonoscopie du Québécois

 

Je suis en furie. Parce ce que j’ai lu la dernière chronique de Michel David dans Le Devoir : « Free-for-all ». C’est en plein ça, c’est le free-for-all! Il y démontre que Stephen Harper en profite pour démanteler peu à peu le bilinguisme officiel canadien pendant que le Québécois regarde dans le vide. Et je me permets de rajouter : avec des yeux de lapin… non, de grenouille morte!

Ce n’est pas que je suis un fervent défenseur du bilinguisme officiel, au contraire, j’ai toujours pensé que c’était de la poudre aux yeux! Mais il est bien évident que si Harper va ouvertement dans le sens de le démanteler à petit feu, c’est qu’il a bien compris, et que les Québécois ne vont pas trop rechigner, ainsi que les Canadiens francophones du ROC, et que le poids politique de tout ce beau monde est négligeable pour sa pérennité électorale.

Bien que Stephen Harper soit presque bilingue lui-même, son parti-pris n’est pas pour le fait français au Canada, et encore moins particulièrement pour le Québec :

Bien avant de devenir premier ministre, il avait décrété que le bilinguisme officiel souhaité par Pierre Elliott Trudeau avait échoué.

«Ne vous y trompez pas. Le Canada n’est pas un pays bilingue. En fait, il est moins bilingue que jamais. [...] La religion du bilinguisme est celle d’un dieu qui a échoué. Elle n’a conduit ni à l’équité ni à l’unité et elle a coûté aux contribuables canadiens des millions et des millions», écrivait-il en février 2002 dans une brochure publiée à l’occasion de la course au leadership de la défunte Alliance canadienne.

Sur le plan individuel, c’était évidemment une autre affaire. À l’époque où il dirigeait la National Citizen’s Coalition, M. Harper soutenait la cause des parents des francophones qui voulaient faire éduquer leurs enfants en anglais au Québec, comme il s’opposait à la règle de la «nette prédominance» du français dans l’affichage.



Quand même, il y a Harper d’un côté, et nous de l’autre. Il peut bien avoir autant d’opinions qu’il veut, c’est à nous de nous placer en porte-à-faux au besoin. Mais ce que je constate, c’est que nous nous comportons comme quelque chose qui ressemble à des colonisés, ce terme assez insultant j’en conviens. Par contre, ce terme, je le trouve actuellement insuffisant pour bien décrire ce que je pense du peuple québécois. J’ai trouvé le néologisme « colonoscopié », qui me semble beaucoup plus juste.

Je ne crois pas avoir à vous expliquer ce qu’est une colonoscopie, ni dans quelle position doit se placer celui qui s’en fait faire une.

Même seulement mentale, une image vaut toujours mille mots.

Ajout :

Très intéressant texte au sujet d’Harper et du Québec :

 

http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201111/04/01-4464681-vers-la-separation.php


 

Crimes d’horreur

 

Le procès de la « famille Shafia » débute. Vous savez, le procès en lien avec ce quadruple meurtre, d’il y a environ deux ans, qui a tous les airs d’un « crime d’honneur ». Concernant cette expression, Pascal Henrard soulignait à la suite du billet de Cécile Gladel à ce sujet :

 

permettez-moi de souligner que l’expression « Crime d’honneur » n’est pas du tout appropriée même si, dans d’autres cultures, elle est utilisée. L’honneur est un bien trop beau sentiment pour être ainsi galvaudé. « Crime de déshonneur » eut été plus juste.

 

Personnellement, je ne suis pas certain d’être d’accord que l’« honneur est un bien trop beau sentiment ». Parce que ce concept, relié à cette notion de crime, renvoie à quelque chose de figé et de franchement archaïque. Ce qui n’est pas dans le sens d’une considération, d’un traitement spécial, d’une « marque de distinction qu’on accorde aux personnes que l’on veut célébrer », de ce « qui apporte de la distinction dans la société. » C’est carrément, selon le dictionnaire Antidote :

 

Respect de principes moraux par qqn qui entraîne la fierté de cette personne et qui mérite la considération des autres.

 

Je ne vois rien de beau là-dedans, surtout si cela peut justifier des meurtres, et quand en plus cela est encouragé par la religion, ce terreau de principes moraux qui se veulent intouchables, puisque sacrés. Et quand on ne voit pas la moralité comme quelque chose de figé et d’intimement lié au passé, l’honneur et le déshonneur perdent tous leurs sens. Enfin, il y a des cas où quelque chose comme le déshonneur influence quelqu’un qui a les moyens de demander légalement compensation… Ou, encore, on se doute que le monde interlope carbure à l’honneur qui a en horreur de se faire contredire.

Parlant d’horreur, je suis tombé sur une histoire sordide qui je trouve a un lien avec ce qui précède (avec le « crime d’honneur » en général, pas le cas de la famille Shafia en particulier, puisque le procès n’est évidemment pas terminé). Parce que c’est bien le même genre de dynamique d’inconscience mentale qui a permis cette mort.

Un couple états-unien adopte une fillette éthiopienne d’une dizaine d’années en 2008. Ils ont « choisi d’élever leurs enfants selon les préceptes de la Bible » et de se fier à un guide d’un dénommé Michael Pearl (lui-même « fidèle à l’enseignement biblique ») :

 

Elle a été retrouvée morte, amaigrie, presque nue, avec de la boue dans la bouche après avoir dormi dehors, dans la cour arrière de son domicile [...] Selon la police, elle et son mari ne donnaient pas à manger à Hana, ils la faisaient dormir dans une grange et la lavaient à l’eau froide, au tuyau d’arrosage. L’enfant était autorisée à venir à table uniquement lorsqu’il y avait des invités, mais elle n’avait le droit de manger que du pain. Elle avait perdu 13 kilos (30 lb) depuis son arrivée aux États-Unis.

 

Le plus surprenant, c’est qu’ils tentent de rejeter la faute sur le livre (« Le guide de Michael Pearl serait aussi lié à la mort d’au moins deux autres enfants »). Pour ma part, ce que je soupçonne, c’est qu’ils ont délaissé leur raison à leur Dieu et qu’elle n’est bien sûr jamais revenue…

Hampstead : passer la tondeuse sur la rigidité religieuse?

 

Ça ne semble pas très loin d’un fait divers, mais cette interdiction par la ville d’Hampstead de faire du bruit durant des jours de fête juive donne des munitions à ceux qui ont en horreur le mot « accommodement »…

D’abord, le bruit. Il n’y a pas besoin d’être religieux pour ne pas aimer se faire déranger par des bruits assourdissants. Qui n’a pas déjà levé les yeux en l’air en entendant le voisin passer la tondeuse? (Les gens qui ont toujours habité en ville dans les quartiers où il n’y a pas vraiment de gazon, pensez à un autre bruit!) Mais bon, il y a toujours le moment : pour un lève-tôt ou un lève-tard (comme moi), un zélé qui décide de rafraîchir sa pelouse pas très longtemps après que le soleil se soit levé n’a pas le même impact.

Quoi qu’il en soit, il est toujours question de bon sens. Certaines activités font du bruit et nous devons vivre avec. Les réglementations des villes à ce sujet sont toutes différentes, mais quand il est question par exemple de musique trop forte, saviez-vous que l’idée bien répandue qu’on a le droit de faire du bruit jusqu’à 23h est tout simplement un mythe? Ma source : des policiers. Ma conjointe ne s’est pas gênée pour faire une plainte de jour voilà un peu plus d’un an. Et cela, en lien avec des voisins qui mêlaient musique forte et bidouillage, avec multiples essais, d’une petite moto qui décharge plus de décibels qu’une Harley Davidson modifiée pour marquer son territoire par le son.

Mais quand il est question de religion, on passe à un autre niveau. Le bon sens fout tout simplement le camp, ne pouvant pas s’immiscer dans un système de prescriptions dogmatiques. Impossible. C’est bien là où la minorité non-juive de la population de la ville d’Hampstead est prise au piège. C’est un peu comme si l’interdiction musulmane de manger du porc était imposée à tous.

Quand la liberté des uns ne s’arrête pas là où la liberté des autres débute.

 

(Photo : vero-b)


 

Laïcité et valeurs, le dernier combat

 

Depuis quelque temps, le sujet de la laïcité revient et revient sous ma plume alors que je me dois d’écrire pour mon texte de la semaine sur Les 7 du Québec. C’est un hasard, et je le trouve heureux.

Juste comme je réfléchissais à quoi choisir comme sujet, je tombe via un tweet de Jeff Plante (@JF_Plante) sur le billet « Laïcité et éthique chrétienne ». Il y est question des avis divergents de Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte face au livre « La culture religieuse n’est pas la foi — Identité du Québec et laïcité » de Guy Durand, défendu par Jean Laberge, l’auteur dudit billet.

Dans le premier chapitre, Durand recueille de très nombreux témoignages de Québécois qui, aujourd’hui comme hier, ont façonné le Québec par l’héritage chrétien et ce, dans tous les domaines d’activités, voire même dans les institutions démocratiques elles-mêmes du Québec. On sait que la question de la laïcité de l’État québécois s’est cristallisée autour du fameux crucifix de l’Assemblée nationale. Les tenants de la laïcité intégrale ou stricte l’ont en horreur, même des croyants. Durand plaide pour conserver le crucifix car il fait partie de notre fibre d’être québécois, que nous soyons ou non des croyants, voire chrétiens.

Premièrement, le crucifix à l’Assemblée nationale ne me semble pas tellement cristalliser la question de la laïcité, même que je crois que ce serait le dernier symbole religieux à garder sa place, vu son caractère très historique. Par contre, en fouillant plus profondément dans l’Histoire, justement, il est clair que ce crucifix, en plus d’être le premier symbole du christianisme, est le puissant symbole du contraire de ce que la laïcité prône : « ce crucifix a été donné par l’archevêque de Québec à Maurice Duplessis pour sceller l’alliance entre l’Église et l’État. »

Et j’ai pris la peine de spécifier qu’il fallait fouiller « profondément » parce qu’il est certain que ce détail de l’Histoire échappe à la grande majorité des Québécois. Alors, ça me fait bien rigoler de lire que ce crucifix « fait partie de notre fibre d’être québécois ». Et c’est encore plus drôle quand on se rappelle que le changement de dénomination (et identitaire), de Canadien-Français à Québécois, s’est produit grâce à la Révolution Tranquille, qui était beaucoup une réaction au règne de Maurice Duplessis… Tentative de réécriture de l’Histoire?

Mais je ne voulais surtout pas écrire un billet au sujet du crucifix à l’Assemblée nationale (même si je pourrais seulement me concentrer ici à développer qu’en fait la possible disparition de ce symbole fait bien plus peur aux détracteurs de la laïcité que sa présence ne fait peur aux pro-laïcité). La question qui m’intéresse concerne plus amplement le lien entre la culture (l’« Ensemble des formes acquises de comportement de l’être humain. ») et la religion au Québec. Parce que l’essentiel du discours de Jean Laberge, nourri par Guy Durand, consiste en une énumération de l’ « héritage chrétien », avec l’aide de figures emblématiques du Québec comme Michel Chartrand et Camille Laurin, afin de justifier la place de la religion, enfin de sa tradition, aujourd’hui.

Le problème que j’ai avec ce discours, c’est qu’il déborde de la question étatique. C’est que même la laïcité stricte ne pourrait empêcher la population, si elle le désire, de célébrer son héritage chrétien. La culture en est bien sûr imprégnée, et un mur vide où était précédemment un crucifix, et un employé de l’État qui laisse dans sa poche un pendentif avec une croix, et une employée d’un service étatique qui laisse son voile à la maison, ne pourront changer ça. Et, pour ce qui est des valeurs, ce vers quoi tout le discours de Laberge tend, j’ai un gros bémol…

Je vais l’écrire d’emblée, son message prône l’emprisonnement, voire même la prise en otage de la culture et des valeurs par l’héritage de la religion. Et je me pose la question à savoir si le but est d’actualiser le lien entre la société et la religion (bien sûr catholique). Je m’explique, premièrement avec une question : même si je suis d’accord que les valeurs des êtres humains ont beaucoup été influencées par la religion — par son omniprésence historique dans les sociétés —, est-ce que ces valeurs sont indissociables de cet héritage?

La réponse est bien sûr non. Et la transmission de ces valeurs ne dépend pas exclusivement de la pratique religieuse, en plus. Si « Sergio Leone, le réalisateur des fameux westerns-spaghetti, bon athée et anarchiste, n’a pu s’empêcher d’user d’images religieuses chrétiennes dans son cinéma que la longue tradition catholique lui a légué en héritage », comme le souligne Laberge dans son billet, un athée comme moi peu bien élever sa fille selon une majorité de valeurs que la religion catholique ne nierait absolument pas. Alors, pourquoi toujours revendiquer la paternité religieuse des valeurs puisqu’elles ne disparaissent visiblement pas avec la remise en question de la religion, qui vient entre autres avec la laïcité? J’irais encore plus loin, elles ne disparaîtraient pas si une pilule distribuée à la totalité de la population mondiale réussissait à faire disparaître le phénomène religieux et la croyance en Dieu. Je dis qu’elles ne disparaissent pas, mais je sais très bien que le discours religieux actuel trouve justement sa base sur la peur, ou une certaine constatation — qui relève beaucoup à mon avis de l’hypocondrie — de la perdition du mode de vie occidental. À la base, c’est le propre du conservatisme et du traditionalisme d’avoir peur de l’évolution et du changement, alors ce n’est pas bien difficile à réfuter.

Et, parlant d’évolution, je crois que la religion a été nécessaire à l’évolution des sociétés humaines (beaucoup vers la gauche au Québec comme le souligne Laberge, et pourtant beaucoup vers la droite par exemple aux États-Unis…). La religion a institué une cohésion sociale qui aujourd’hui est bien assimilée (pas toujours avec bonheur, j’en conviens). Ce que la société rejette aujourd’hui de la religion est seulement ce qu’il lui reste de poussiéreux, d’archaïque. Et la religion était bien utile là où l’éducation était quasi inexistante. Alors, je crois que le défi actuel, étant donné que la population est beaucoup plus éduquée, est de remettre en question ces valeurs héritées de notre passé et, une fois le test remporté, de les célébrer en toute connaissance de cause. Cela serait bien tout le contraire d’écrire tout bonnement, comme l’a fait Guy Durand, comme une gifle à l’intelligence humaine : « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » J’admets qu’en gommant l’adjectif « chrétiennes » l’énoncé a du sens, mais en gommant aussi la définition biologique en lien avec la vie. Personne ne peut mourir par manque de valeurs, encore moins chrétiennes…

Et dans cette idée de défi actuel, ce pour quoi toutes ces questions me sont intéressantes, il y a pour moi la conviction que l’abandon total de la religion (comme béquille sociale) ne pourrait que donner un coup de main à la réflexion globale. Et c’est déjà en cours de toute façon, depuis que l’État a purgé la religion de ses entrailles. Mais il reste encore des stigmates à éliminer, alors on voit clairement la terreur dans les yeux de certains croyants.

(Photo : brioso)


 

Fondamentalisme

 

J’ai toujours eu un préjugé favorable envers le bouddhisme étant donné qu’on me l’a toujours pointé comme étant « une philosophie plutôt qu’une religion ». Oui, vous le savez, je suis un condensé de mauvaise foi… Quoi qu’il en soit, le chef spirituel actuel du bouddhisme, le dalaï-lama, m’a fait déchanter dernièrement en prenant la part des religions et en repoussant d’autant la liberté d’expression :

 

Au sein de toutes les religions – y compris le bouddhisme -, il existe des fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs, mais il faut se garder de condamner en bloc ces religions

 

Je comprends tout à fait son point, mais je me demande où se trouve la ligne entre pointer le débordement extrémiste d’un fidèle d’une religion – en soulignant obligatoirement celle-ci – et « condamner en bloc » cette religion? En serons-nous bientôt à demander aux médias d’exclure toute référence à la religion quand il est question d’un attentat terroriste, par exemple? D’autant plus qu’il y a divers degrés entre le fidèle modéré et l’extrémiste, et qu’il y a les paroles et les actes comme possibilités d’expressions de la dévotion, positivement ou négativement. J’ai l’impression qu’on tente de contenir la critique envers les manifestations du religieux dans un espace aussi propre que ce que tentent de nous imposer par la publicité les fabricants de produits domestiques : l’ultime stérilité. J’en comprends aussi qu’il est question de respect. Mais serait-ce que le respect est unilatéral?

Parce que la critique envers le phénomène religieux ne se résume pas à pointer les manifestations extrémistes. Elle est globale. Voudrait-on alors lui couper l’herbe sous le pied en passant par le chemin facile, celui de condamner ceux qui réprouvent les « fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs »? Et, par ricochet, de bannir l’ensemble de l’oeuvre, comme le souligne Mathieu Bock-Côté : de tout bonnement enlever « Le droit au blasphème »?

Il ne faut pas oublier que les propos du dalaï-lama ont eu comme écrin la Deuxième conférence mondiale sur les religions du monde où on jetait dans la mare de la Déclaration universelle des droits de l’homme la proposition d’un nouvel article, 12.4, qui se lit comme suit :

Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement.

Cette idée porte sans aucun doute pour moi la signature du fondamentalisme. Parce qu’elle fait la promotion de l’idée que la religion est fondamentale à l’humain, ce avec quoi je suis profondément en désaccord. Et le chemin n’est pas loin pour laisser de côté les droits des areligieux… C’est même implicite. On a beau essayer d’échafauder une structure démontrant que l’athéisme est une religion, il n’en est rien. Il est question d’absence, il est question d’opposition claire, si bien sûr on peut toujours s’entendre sur le sens des mots. L’agnostique, l’antireligieux, l’irréligieux, l’impie, l’incroyant, le non-croyant n’auraient pas ce droit, puisque son existence même est en soi du dénigrement.

Mais il n’est pas tellement besoin d’un nouvel article de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour bâillonner. Les exemples fusent, et pas seulement du côté musulman, et pas seulement du côté critique. L’exemple qui suit est à classer dans l’anodin (et elle est classée sur Cyberpresse dans la section « Insolite »), et pourtant…

Le régulateur britannique de la publicité a interdit comme «irrévérencieuse» une caricature montrant Jésus le pouce levé et le clin d’oeil appuyé, utilisée par un opérateur téléphonique pour vanter ses «rabais miraculeux» à l’occasion des dernières fêtes pascales.

C’est déjà bien planté, et très profondément. Là où il y a de la (grande) noirceur.

 

Ajout :