Tag Archives: question

Le Globe et la liberté d’expression

 

Les fortes réactions en commentaire à la suite du billet de notre collaborateur Patrick Lévesque (« Jouez à “Flushons Pauline” – les paris sont ouverts!!! ») sont une bonne occasion de mettre au clair que la liberté d’expression est une valeur importante ici, au Globe. Pour la petite histoire, il propose, dans un mode un peu caustique j’en conviens, un jeu où les lecteurs sont invités à deviner le moment où Pauline Marois va donner sa démission comme chef du Parti Québécois. Et bien évidemment, certains péquistes ne sont pas contents, au point de demander à ce qu’on jette le blogueur dehors, jusqu’à accuser notre « média » de mener cette action…

Pensez-vous vraiment que j’aurais pu me regarder dans le miroir après avoir censuré ce billet (que nous n’avons aucunement commandé…), seulement pour ménager la sensibilité de certaines personnes, alors que la question de la place de Pauline Marois à la tête de son parti est d’actualité depuis fort longtemps? Sinon, je suis bien d’accord qu’on puisse affirmer son désaccord devant le résultat, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Ça tombe que ça ne me blesse pas du tout qu’on utilise la situation de Pauline Marois pour en rigoler sarcastiquement, mais ça reviendrait exactement au même si ça touchait une de mes cordes sensibles, j’aurais la même attitude. J’ai invité Patrick Lévesque à participer au site Le Globe parce que j’aime ce qu’il fait, même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui. D’ailleurs, il a critiqué fortement le premier billet officiel que j’ai publié ici et il ne me serait jamais venu à l’esprit de le censurer. Sa liberté d’expression me tient autant à coeur que la mienne, et tant qu’il ne fait pas de diffamation, je ne vois pas où est le problème de le laisser s’exprimer!

Et au sujet de la direction idéologique que prennent nos blogueurs quand ils discutent de politique, vous aurez sans doute remarqué qu’ils penchent pas mal à gauche et que la plupart sont souverainistes. C’est bien normal, puisque j’ai fouillé dans mon réseau pour faire mes approches, et qui se ressemble s’assemble, c’est bien évident. Mais j’ai quand même approché quelques blogueurs de droite pour diversifier la palette des opinions (je ne me suis même pas forcé, je trouve plein de blogueurs de droite intéressants), mais malheureusement aucun n’a accepté mon invitation. J’espère que ça viendra, et pas seulement pour couper l’herbe sous le pied des spécialistes de la catégorisation à outrance. Mais j’ai quand même un doute, justement pour la raison de la catégorisation : qui voudrait s’acoquiner d’une bande de gauchistes… Et en plus de la droite, ce seul billet de Patrick Lévesque vient-il de nous mettre à dos les péquistes partisans de Pauline Marois? Et si on inclut un jour un ou plusieurs blogueurs de droite, est-ce qu’on va se mettre à dos la gauche? J’ai l’impression que oui, alors j’ai mal à ma conception de la liberté d’expression qui voudrait bien une plus grande diversité d’opinions. Tout cela me fait penser que nous aurons notre première réunion d’équipe dans pas trop longtemps, est-ce que vous nous conseillez de donner la directive à nos collaborateurs de ménager le plus possible la chèvre et le chou? Aussi bien fermer boutique tout de suite.

Nous avons eu d’autres critiques qui rejoignent la question de la liberté d’expression et qui concernent le choix de certains auteurs de rester anonymes. La plupart ici signent de leur vrai nom, mais je me dois de respecter le choix de ceux qui en ont décidé autrement, et ce n’était pas quelque chose qui m’importait alors que je cherchais des collaborateurs. Pourquoi? Parce qu’à la base je crois que c’est leur contenu qui est le plus important. Et puis, les empêcher de s’exprimer pour cette raison reviendrait à dire qu’il n’y a aucune bonne raison de vouloir garder cachée son identité réelle. Je pense à plein de blogueurs qui sont enseignants et qui sont anonymes surtout parce que ça leur permet de critiquer le milieu de l’enseignement sans craindre des représailles. Et sans cet anonymat, ces opinions et informations importantes ne pourraient être exprimées. Alors dans ces cas, la liberté d’expression est vraiment possible grâce à l’anonymat, quoiqu’en disent les zélateurs de l’identité réelle. Mais le plus drôle, c’est que je remarque que la plupart du temps c’est surtout utile (et facile) de pointer l’anonymat de quelqu’un pour dénigrer son contenu, comme si c’était la seule présence d’un prénom et d’un nom plausible qui donnait de la légitimité à une opinion. Derrière un pseudonyme il y a quand même un cerveau, et c’est ce cerveau qui m’intéresse! Et si un jour un auteur anonyme nous cause des problèmes légalement, il devra autant en répondre qu’un autre, nous connaissons leur vraie identité. Et il faut à mon avis faire une différence entre un blogueur citoyen et un journaliste : pour le deuxième c’est son travail de se mettre possiblement dans l’eau chaude alors que pour le premier il est possible de se mettre dans l’eau chaude pour son futur travail!

Il est depuis quelque temps possible pour un programme de pondre des nouvelles journalistes simples dans le domaine des sports, mais je doute qu’un jour on réussisse à inventer un programme capable de pondre un texte d’opinion. Alors, on peut toujours être certain qu’il y a un humain derrière. Et cet humain à bien droit à la liberté d’expression.

(Photo : markfive)

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/le-globe-et-la-liberte-dexpression/

Des financiers psychopathes?

 

Jeune blogueur, j’avais l’accusation facile et j’ai pondu un billet que je me souvenais encore jusqu’à hier comme étant de l’exagération trop belle pour être vraie, bien que le fond ne me semble toujours pas inintéressant. En gros, j’écrivais que nos grands capitalistes, les seigneurs de la finance, les « multimillionnaires et milliardaires de ce monde cultivent un vice : le fétichisme de l’accumulation personnelle de richesse. » Et je terminais par un « Réveillez-vous! ce sont des malades mentaux! » bien senti.

J’avais dans ce temps-là une telle candeur, et peut-être une trop belle capacité à ne pas prendre du recul, que j’ai tricoté cette opinion avec l’assurance d’avoir raison en tous points, alors que je n’avais que pour seule arme mes impressions. Mais en fin de compte, je n’avais peut-être pas tout à fait tort, puisqu’en ce début d’année ce que j’avais pressenti, comme sûrement beaucoup d’autres d’ailleurs, a pris une forme beaucoup plus scientifique sur le site de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF).

En effet, un article très sérieux pose cette question : « Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes? » (Slate.fr a aussi fait paraître un article à ce sujet.) Selon un professeur à l’université de Nottingham, Clive R. Boddy, « beaucoup des hauts responsables financiers seraient en fait des psychopathes. » Et sa thèse trouve un écho assez particulier dans une étude suisse récente qui montre « que certains traders auraient un comportement plus dangereux et manipulateur que des psychopathes »

Peut-être que vous ne voyez pas bien le lien entre mon propos et celui dudit professeur, mais un passage de l’article de la RTBF est assez éloquent pour l’expliquer :

Mais comment des personnes avec un tel profil psychologique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? Selon Clive Boddy, cela est imputable au monde actuel et à l’organisation des entreprises, avec un personnel qui bouge tout le temps, passe de sociétés en sociétés. Cela permet aux psychopathes de passer inaperçus et de monter rapidement, pouvant même apparaître comme de bons leaders là où, à une autre époque, ils auraient été vite repérés pour leur égocentrisme et leur manque d’éthique.

C’est l’ascension de ce type de profils dans des entreprises financières qui aurait causé la crise, selon le professeur. Car à des postes-clé, ces psychopathes sont dirigés par leur volonté de s’enrichir et de progresser, au détriment de toute responsabilité sociale. Peu importe, pour eux, les dégâts causés.

Et tout cela montre bien que, comme dans tout, l’excès est un bon indicateur qu’il y a un problème. Parce que si on regarde par exemple un joueur compulsif, il est bien évident que la société regarde d’un bien mauvais oeil ses excès. Pourquoi ce regard critique ne pourrait-il pas être de même pour les capitalistes retors? Parce qu’ils sont en haut de la pyramide, parce qu’ils sont dans une cage de verre?

Je ne pense pas que tous ces gens soient des psychopathes, bien sûr. Mais il est bien normal de pointer ceux qui le sont. Surtout si en plus les conséquences de leur « maladie » touchent possiblement toute la planète.

 

(Photo : ebrkut)

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/des-financiers-psychopathes/

Twitter : réponse à Rebecca Makonnen

 

Jeudi dernier, Rebecca Makonnen lançait cette question sur Twitter :

 

Ai-je bien compris la nouvelle tendance Twitter : tweeter ses propres tweets deux fois dans la même journée pour maximiser leur portée?

 

Personnellement, j’ai trouvé plutôt drôle cette question puisque pour ma part ça m’arrive tout le temps de faire ça, bien que je sais très bien qu’il y en a pour trouver ça discutable. Et si c’est vraiment une « nouvelle tendance », je peux me vanter ici d’être à l’avant-garde, comme en fait foi un billet, publié en mai 2009, où je proposais l’indication « aRT » pour « autoReTweet ». J’ai même poussé la note par après jusqu’à reprendre des publications en ajoutant « Reprise » (je le fais toujours), comme je l’ai expliqué dans un billet publié au début de 2011 : « Vaine tentative de régler la question de la perception et de l’utilisation des médias sociaux »

Ce que je peux répondre ici à cette question, que je soupçonne pleine de perplexité, c’est surtout que Twitter est un outil basé sur la notion de temps réel. Ce n’est pas comme un blogue où la notion d’archives est très importante. Si on aime un blogueur, on va aller fureter dans son espace pour lire ses derniers billets, ce qui n’est pas tellement habituel avec les tweets de quelqu’un (cela dit sans pour autant dénigrer les utilisations différentes). Généralement, il faut être là quand ça passe, ou être là quand quelqu’un d’autre se donne la peine de le relayer plus tard. Vous comprenez sûrement ce que je veux dire, je n’expliquerai pas ici toute la complexité des échanges sur Twitter et de la dynamique du partage dans le temps.

Aussi, il s’agit surtout de comprendre quel est le but derrière l’utilisation de Twitter. Si comme moi on s’en sert en partie pour faire la diffusion de contenu, il est bien certain que l’idée de multiplier les occasions de diffusion est tentante, en prenant soin de ne pas trop pousser la note bien sûr. Et pourtant, considérant qu’une journée compte 24 heures, il y en a pour trouver sérieusement que de tweeter deux fois la même chose dans la même journée est « désagréable »… Se faire envoyer promener, ça, c’est désagréable!

Et dans l’optique où on considère Twitter seulement comme un endroit où jaser, il est bien évident que le radotage n’est pas bien vu. Pourtant, à la base, Twitter a été pensé comme un outil simple pour le partage d’information, et ses meilleurs coups, ceux qui ont fait la manchette, sont en lien avec ça (pensons à la photo du crash d’un Airbus dans la rivière Hudson). Bien sûr, tout cela a évolué avec le temps dans plusieurs sens, avec plus ou moins de bonheur (pensons au concept du « tweetfight » ou de la « twittérature »), mais cela n’exclut pas pour autant son utilisation plus basique.

Pour vous dire, cette question (et la réaction que je pointe) me semble emblématique de la tendance conversationnelle que je vois s’amplifier avec l’augmentation de la popularité de Twitter auprès d’un plus large public. Et je ne suis vraiment pas certain que ce soit une si bonne chose. Je me demande si justement ça ne fait pas devenir ceux qui publicisent du contenu de plus en plus comme des parias, dans cette grande discussion (plus ou moins sérieuse) aux allures parfois de grande fête de la camaraderie entre humains contents d’être contents. Comme si hors du placotage il n’y avait point de salut!

Bien sûr, toute cette dernière partie n’est basée que sur des impressions liées à mon utilisation de l’outil. Et je ne crache vraiment pas sur le bavardage puisque j’aime beaucoup m’y tremper quand j’ai un moment. Mais je continue de croire que Twitter est particulièrement formidable pour partager rapidement de l’information. C’est surtout ça que je voulais souligner. Et que ce n’est aucunement contre nature de répéter un tweet deux fois dans la même journée. Voilà.

 

(Photo : zigazou76)

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/twitter-reponse-a-rebecca-makonnen/

L’objectivité de la CSST

 

Retour sur le cas de Patrick Dugas, que je relatais sommairement le 22 décembre dernier après avoir été le rencontrer dans sa voiture, stationnée devant son ancien employeur, Intermat. Il y était pour manifester son mécontentement en cette fin d’année, et il compte bien y retourner dès que l’entreprise ouvre ses portes, le lundi 9 janvier.

Un des sujets de son mécontentement concerne la décision prise par la CSST de refuser sa réclamation « pour un trouble d’adaptation secondaire à harcèlement au travail ». On y indique dans la lettre de refus que « les faits allégués et les éléments présents au dossier relèvent du droit de gérance », en plus de lui demander un remboursement des montants déjà reçu. Ces faits, compilés en détail sur les sites de Patrick Dugas et racontés de vive voix lors de notre rencontre, pointent des événements conflictuels entre lui et un de ses patrons, qui l’ont conduit à une prise en charge rapide par le Centre de santé et de services sociaux d’Argenteuil parce qu’il était entre autres dépressif (il est depuis sous médication). Aussi, la Commission des normes du travail a accepté de donner suite à sa plainte pour harcèlement psychologique.

Concernant la CSST, la décision tient la route jusqu’à l’examen d’un autre cas semblable, qui a trouvé un jugement favorable, comme démontré sur le site de la Société québécoise d’information juridique. En effet, une infirmière qui demandait qu’on reconnaisse « qu’elle a subi une lésion professionnelle d’ordre psychologique » a reçu des dédommagements alors que les faits détaillés rappellent étrangement ceux rapportés par Patrick Dugas. Il est aussi question de manque de respect dans le milieu de travail, d’acharnement, de méchanceté, etc. Cela, pour donner en fin de compte les mêmes résultats : problèmes de sommeil, difficulté à se concentrer, perte d’appétit, angoisse, etc. Mais il faut sûrement spécifier une différence notable : dans le cas de l’infirmière en question il s’agit d’un conflit entre deux employés alors que pour Patrick Dugas, il est question d’un employé versus un supérieur hiérarchique.

Alors, on en arrive à la question à savoir si le « droit de gérance » excuse tous les comportements que les rapports entre deux employés n’excusent pas, comme on peut le voir dans le cas de l’infirmière. Pour ma part, je n’arrive pas à trouver plus acceptable qu’un patron traite son employé (Patrick Dugas) de bâtard qu’un collègue de travail qui dit à sa collègue (l’infirmière) que ça le « fait chier » qu’elle lui laisse un message sur son répondeur. Non plus, je n’arrive pas à trouver plus acceptable qu’un patron compare son employé à « Claude Julien en précisant que ce dernier n’était pas bon à Montréal mais qu’il venait de gagner la coupe Stanley à Boston » qu’un collègue qui mentionne à sa collègue « qu’il connaît un bénéficiaire qui voit un monstre derrière la porte lorsqu’il l’ouvre, lui, c’est lorsqu’il la voit, elle ». Encore, je ne trouve pas plus acceptable qu’un patron soit hostile envers son employé qu’un collègue envers une autre. L’hostilité du patron envers Patrick Dugas étant une accumulation assez incroyable de faits alors que celle envers l’infirmière tient dans ce passage du jugement :

 

Au cours de la rencontre, ledit psychiatre indique que lorsqu’il entre au [département A] il y a du bruit et cela le fait chier. Il ajoute ensuite qu’il « veut donner un coup de pied dans le ventre de S… » en la regardant.

 

Donc, je ne peux qu’appuyer le combat de Patrick Dugas, du moins celui concernant la CSST. D’ailleurs, il a l’appui du député de La Prairie François Rebello et du fondateur de la CSST, Pierre Marois, comme en fait foi un article publié sur le site du député où il est question du cas de Patrick Dugas.

Pour terminer, je viens de lui parler pour avoir des informations sur ce dernier fait. Il m’a avoué qu’il venait de reçevoir un appel d’un journaliste d’un média traditionnel. Souhaitons-lui la meilleure des chances. Tiens, qu’il se rende jusqu’à Tout le monde en parle pour parler de ce problème, qui concerne bien plus que son cas particulier.

 

Si vous volez laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/lobjectivite-de-la-csst/

De quoi le Québec a-t-il besoin?

 

Je me suis procuré le livre « De quoi le Québec a-t-il besoin? », un projet mené par Jean Barbe, Marie-France Bazzo et Vincent Marissal, en lien avec l’émission Bazzo.tv. Avant de m’y plonger, je me suis dit qu’il serait intéressant, au moins pour moi-même, de répondre à la question. J’espère aussi que cela vous intéressera.

De quoi le Québec a-t-il besoin? Le cynique en moi répondra tout de suite qu’il aurait besoin d’un cataclysme quelconque — économique, social, linguistique, religieux, géographique, etc. — qui agirait comme une poussée d’adrénaline. Parce que la simple rationalité semble impuissante à provoquer le peuple au point qu’il fasse vraiment peur aux puissants, au point de s’amadouer ce concept tellement vague qu’est le changement. Alors que le changement est aussi synonyme d’évolution, avec sa tendance à la lenteur, mais ce qui est désiré par plusieurs, dont moi, c’est la rapidité. C’est surtout la rapidité qui fait en sorte que le lézard Jésus-Christ réussit à courir sur l’eau…

Ce cataclysme pourrait être provoqué par le peuple lui-même qui aurait le courage de s’embarquer dans l’aventure de la liberté nationale, soit la souveraineté du Québec. Mais pour cela, il faudrait un alignement circonstanciel assez rapide, avant que cela ne devienne tout simplement impossible. Par conséquent, que ce soit à l’interne ou à l’externe, cet événement (ou cet ensemble d’événements synchrones) reste encore trop du domaine de la prophétie…

Donc, pour être plus réaliste, le Québec a besoin de reprendre contact avec ceux qui tentent de classer l’immobilisme dans la catégorie des espèces en voie de disparition, soit les intellectuels. C’est par cela que passerait le début de quelque chose de porteur. Mais le cynique en moi refait surface : notre société de divertissement conserve bien poliment les intellectuels dans l’ombre étant donné que le divertissement est antinomique du royaume de la pensée.

Faudrait-il alors que les intellectuels se drapent du manteau clinquant du divertissement? Cela serait une avenue à considérer même si pour certains c’est déjà le cas avec les faiseurs d’opinions, qui sont par définition des gens qui brassent des idées, quelle que soit la direction qu’elles prennent et de quelle profondeur elles proviennent. Il y a aussi les artistes engagés. C’est déjà plus évident pour eux de percer la bulle du divertissement. Mais j’ai l’impression qu’ils prêchent seulement pour des « convertis ». Et n’imaginons même pas un staracadémicien se tremper le pied dans la boue politique… Impossible pour un symbole vivant du politiquement correct.

Le problème alors, c’est que les vecteurs de changement sont confinés. Le Québec a besoin de se donner de l’air, a besoin de changer son eau, elle est stagnante. L’attirance pour l’individualisme n’y est surtout pas étrangère, alors que la solution se trouve inexorablement du côté de son contraire, la solidarité.


 

TLMEP : un autre pépin technique et un gars sympa

 

Ça fait deux semaines que TLMEP me donne l’occasion de parler de la question linguistique. La semaine dernière, c’était à cause de l’absence de sous-titres français durant un extrait en anglais, avec une plainte à Radio-Canada qui m’a répondu que c’était dû à un pépin technique. Et cette semaine, c’était entre autres durant un extrait d’un discours de la productrice Denise Robert qui s’exprimait anglophonement lors d’une remise de prix cinématographique (où il n’y a pas eu non plus de sous-titres — et s’il faut que je le souligne, j’ai très bien compris quand même : ce n’est pas ma propre incapacité qui me pousse à prendre cette question au sérieux). En tout cas, je vais assurément pointer l’ironie de la chose à la représentante des relations avec l’auditoire qui m’a envoyé un courriel d’excuses la semaine dernière…

L’autre occasion, c’était le premier invité de l’émission, un joueur de football montréalais, qui s’exprimait uniquement en anglais (là, les sous-titres n’ont pas manqué…). Vous m’excuserez d’être très inculte au niveau des sports, mais il a fallu que je lise la phrase suivante sur Twitter pour réagir :

 

C’est spécial que Calvillo ne parle pas français, depuis le temps qu’il est ici…

 

Je ne peux rien y faire, j’ai toujours la même réaction quand je vois quelqu’un choisir la facilité de ne pas apprendre le français parce qu’il est très possible de vivre uniquement en anglais à Montréal (le reste du Québec suivant de près cette tendance, Laval en tête). Ce qui s’est soldé par cette publication :

 

Calvillo ne parle pas français et il n’a sûrement pas juste côtoyé des anglos, faites le calcul…

 

Et bien sûr que je vise la majorité des Québécois qui sont bilingues et qui ne s’aventureront jamais par exemple à faire semblant de ne pas parler anglais devant un unilingue anglais, encore moins à essayer de lui faire comprendre qu’il devrait s’y mettre au plus vite! Bien sûr que non, le Québécois qui a comme langue maternelle le français a bien trop peur de la confrontation, c’est dans sa nature. Est-ce que je peux en profiter pour la qualifier de colonisée?

Et c’était tout à fait prévisible qu’on allait me servir l’habituel et bancal argumentaire de l’ouverture au monde qui vient avec ce que j’appellerais bien affectueusement le bilinguisme suprématiste. Le plus beau, c’est que cet argumentaire rend comme par magie ma critique linguistique égale à un discours de repli sur soi. Comme si d’avoir un parti-pris pour le français comme langue commune au Québec avait à voir avec le bilinguisme (volontaire) et encore pire, l’anglophobie. Comme si de constater que notre société encourage la perte de vitesse du fait français était extrémiste…

J’en ai plein le dos de cette attitude à la petite semaine qui fait fi de la tendance lourde, qui s’aveugle volontairement ou non de tous les signaux comme ceux que je soulève ici, qui les classent tous dans un alarmisme inutile alors que la simple vérité de leur addition est effectivement alarmante.

On a fait remarquer que le gars, Calvillo, est sympathique, ce qui est tout à fait vrai. Mais je ne parle pas ici du gars en soi, je parle de son choix, encore plus du symptôme de son choix. On m’a même dit qu’il était « osé » de m’y attaquer parce que c’est un gentleman. S’il fallait que je m’arrête à ça, je ne parlerais plus ici et ailleurs que de ma petite vie.


 

Retour sur TLMEP et l’absence de sous-titres

 

Après avoir publié mon billet sur l’absence de sous-titres français durant un segment en anglais de Tout le monde en parle, on m’a fortement suggéré de faire une plainte auprès de l’ombudsman de Radio-Canada. Ce que j’ai fait, mais on a transféré ma plainte auprès du service à l’auditoire.

J’ai reçu ce matin un courriel de la personne responsable, et je vais en citer un bout ici :

Nous vous confirmons qu’il y aurait effectivement dû avoir le sous-titrage lors de la diffusion du segment de l’entrevue avec Céline Dion. Nous avons malheureusement rencontré des difficultés techniques et le sous-titrage qui était prévu n’a pas suivi lors du transfert de l’émission de la salle de montage à la diffusion de l’émission.

Nous souhaitons tout comme vous que ce genre de difficultés ne surviennent jamais, mais ne sommes malheureusement pas à l’abri de pépins techniques tels que celui survenu dimanche dernier.

Je suis très à l’aise avec ça. De toute façon, si c’était un oubli au lieu d’une difficulté technique comme on me l’annonce il me serait impossible de le savoir. Alors, je me dis que ma plainte a fait ce qu’elle avait à faire.

Certains pourraient me dire que je me suis énervé pour pas grand chose, mais à mon sens il vaut mieux réagir pour rien que de se vautrer dans le je-m’en-foutisme. Et avec la question linguistique au Québec, je crois qu’il faut renverser cette tendance.

Mais il y aurait de l’espoir, selon la personne derrière le compte Twitter @triathlon_du_fr :

@renartleveille C’est subtil, mais depuis quelques mois, + de gens osent payer le prix d’afficher leur parti pris pour le français!

J’en prends note.

Troy Davis : dans l’intimité d’une exécution

Si vous n’avez pas entendu parler de cette histoire,Troy Davis est un condamné à mort depuis 1991 qui a subi sa sentence dans la nuit du 21 septembre 2011, malgré les doutes sérieux et le soutien « de nombreuses personnalités et organisations internationales ». Twitter s’est enflammé dans les jours précédents son exécution et les internautes pouvaient suivre en temps réel le déroulement des événements, et les nombreux retournements de situation. Je vous suggère de lire le compte-rendu de la blogueuse Chloé, sur son blogue « Le blog de l’Aristocraft ».

Nous avons là l’exemple suprême de l’absurdité de la peine de mort. Et gageons que l’avenir nous dira qu’il était vraiment non coupable et qu’il est mort seulement pour prouver que cette loi inhumaine n’a pas lieu d’être.

Et pour ce qui est de la question de suivre ce genre d’événement sur Twitter, je pense que ceux qui n’ont pas les nerfs assez solides pour suivre profitent quand même au bout du compte qu’il y en ait des capables… C’est la dynamique médiatique, somme toute, avec un petit plus qui donne froid dans le dos.


 

Laïcité et valeurs, le dernier combat

 

Depuis quelque temps, le sujet de la laïcité revient et revient sous ma plume alors que je me dois d’écrire pour mon texte de la semaine sur Les 7 du Québec. C’est un hasard, et je le trouve heureux.

Juste comme je réfléchissais à quoi choisir comme sujet, je tombe via un tweet de Jeff Plante (@JF_Plante) sur le billet « Laïcité et éthique chrétienne ». Il y est question des avis divergents de Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte face au livre « La culture religieuse n’est pas la foi — Identité du Québec et laïcité » de Guy Durand, défendu par Jean Laberge, l’auteur dudit billet.

Dans le premier chapitre, Durand recueille de très nombreux témoignages de Québécois qui, aujourd’hui comme hier, ont façonné le Québec par l’héritage chrétien et ce, dans tous les domaines d’activités, voire même dans les institutions démocratiques elles-mêmes du Québec. On sait que la question de la laïcité de l’État québécois s’est cristallisée autour du fameux crucifix de l’Assemblée nationale. Les tenants de la laïcité intégrale ou stricte l’ont en horreur, même des croyants. Durand plaide pour conserver le crucifix car il fait partie de notre fibre d’être québécois, que nous soyons ou non des croyants, voire chrétiens.

Premièrement, le crucifix à l’Assemblée nationale ne me semble pas tellement cristalliser la question de la laïcité, même que je crois que ce serait le dernier symbole religieux à garder sa place, vu son caractère très historique. Par contre, en fouillant plus profondément dans l’Histoire, justement, il est clair que ce crucifix, en plus d’être le premier symbole du christianisme, est le puissant symbole du contraire de ce que la laïcité prône : « ce crucifix a été donné par l’archevêque de Québec à Maurice Duplessis pour sceller l’alliance entre l’Église et l’État. »

Et j’ai pris la peine de spécifier qu’il fallait fouiller « profondément » parce qu’il est certain que ce détail de l’Histoire échappe à la grande majorité des Québécois. Alors, ça me fait bien rigoler de lire que ce crucifix « fait partie de notre fibre d’être québécois ». Et c’est encore plus drôle quand on se rappelle que le changement de dénomination (et identitaire), de Canadien-Français à Québécois, s’est produit grâce à la Révolution Tranquille, qui était beaucoup une réaction au règne de Maurice Duplessis… Tentative de réécriture de l’Histoire?

Mais je ne voulais surtout pas écrire un billet au sujet du crucifix à l’Assemblée nationale (même si je pourrais seulement me concentrer ici à développer qu’en fait la possible disparition de ce symbole fait bien plus peur aux détracteurs de la laïcité que sa présence ne fait peur aux pro-laïcité). La question qui m’intéresse concerne plus amplement le lien entre la culture (l’« Ensemble des formes acquises de comportement de l’être humain. ») et la religion au Québec. Parce que l’essentiel du discours de Jean Laberge, nourri par Guy Durand, consiste en une énumération de l’ « héritage chrétien », avec l’aide de figures emblématiques du Québec comme Michel Chartrand et Camille Laurin, afin de justifier la place de la religion, enfin de sa tradition, aujourd’hui.

Le problème que j’ai avec ce discours, c’est qu’il déborde de la question étatique. C’est que même la laïcité stricte ne pourrait empêcher la population, si elle le désire, de célébrer son héritage chrétien. La culture en est bien sûr imprégnée, et un mur vide où était précédemment un crucifix, et un employé de l’État qui laisse dans sa poche un pendentif avec une croix, et une employée d’un service étatique qui laisse son voile à la maison, ne pourront changer ça. Et, pour ce qui est des valeurs, ce vers quoi tout le discours de Laberge tend, j’ai un gros bémol…

Je vais l’écrire d’emblée, son message prône l’emprisonnement, voire même la prise en otage de la culture et des valeurs par l’héritage de la religion. Et je me pose la question à savoir si le but est d’actualiser le lien entre la société et la religion (bien sûr catholique). Je m’explique, premièrement avec une question : même si je suis d’accord que les valeurs des êtres humains ont beaucoup été influencées par la religion — par son omniprésence historique dans les sociétés —, est-ce que ces valeurs sont indissociables de cet héritage?

La réponse est bien sûr non. Et la transmission de ces valeurs ne dépend pas exclusivement de la pratique religieuse, en plus. Si « Sergio Leone, le réalisateur des fameux westerns-spaghetti, bon athée et anarchiste, n’a pu s’empêcher d’user d’images religieuses chrétiennes dans son cinéma que la longue tradition catholique lui a légué en héritage », comme le souligne Laberge dans son billet, un athée comme moi peu bien élever sa fille selon une majorité de valeurs que la religion catholique ne nierait absolument pas. Alors, pourquoi toujours revendiquer la paternité religieuse des valeurs puisqu’elles ne disparaissent visiblement pas avec la remise en question de la religion, qui vient entre autres avec la laïcité? J’irais encore plus loin, elles ne disparaîtraient pas si une pilule distribuée à la totalité de la population mondiale réussissait à faire disparaître le phénomène religieux et la croyance en Dieu. Je dis qu’elles ne disparaissent pas, mais je sais très bien que le discours religieux actuel trouve justement sa base sur la peur, ou une certaine constatation — qui relève beaucoup à mon avis de l’hypocondrie — de la perdition du mode de vie occidental. À la base, c’est le propre du conservatisme et du traditionalisme d’avoir peur de l’évolution et du changement, alors ce n’est pas bien difficile à réfuter.

Et, parlant d’évolution, je crois que la religion a été nécessaire à l’évolution des sociétés humaines (beaucoup vers la gauche au Québec comme le souligne Laberge, et pourtant beaucoup vers la droite par exemple aux États-Unis…). La religion a institué une cohésion sociale qui aujourd’hui est bien assimilée (pas toujours avec bonheur, j’en conviens). Ce que la société rejette aujourd’hui de la religion est seulement ce qu’il lui reste de poussiéreux, d’archaïque. Et la religion était bien utile là où l’éducation était quasi inexistante. Alors, je crois que le défi actuel, étant donné que la population est beaucoup plus éduquée, est de remettre en question ces valeurs héritées de notre passé et, une fois le test remporté, de les célébrer en toute connaissance de cause. Cela serait bien tout le contraire d’écrire tout bonnement, comme l’a fait Guy Durand, comme une gifle à l’intelligence humaine : « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » J’admets qu’en gommant l’adjectif « chrétiennes » l’énoncé a du sens, mais en gommant aussi la définition biologique en lien avec la vie. Personne ne peut mourir par manque de valeurs, encore moins chrétiennes…

Et dans cette idée de défi actuel, ce pour quoi toutes ces questions me sont intéressantes, il y a pour moi la conviction que l’abandon total de la religion (comme béquille sociale) ne pourrait que donner un coup de main à la réflexion globale. Et c’est déjà en cours de toute façon, depuis que l’État a purgé la religion de ses entrailles. Mais il reste encore des stigmates à éliminer, alors on voit clairement la terreur dans les yeux de certains croyants.

(Photo : brioso)


 

Nelly Arcan, Guy A. Lepage, Nancy Huston (màj)

 

Je ne pouvais pas passer à côté de l’histoire concernant Nelly Arcan et Guy A. Lepage. Cette histoire qui y fait aussi s’entremêler Nancy Huston (le côté le moins reluisant de l’histoire, à mon avis).

Quand même, avant la sortie officielle du livre Burqa de chair, je me demande si les Éditions du Seuil ont fait un très bon coup marketing en laissant ce texte à lire gratuitement sur le site de l’auteure, soit La honte, qui écorche l’animateur de Tout le monde en parle. Elle y raconte, à la troisième personne, sa mésaventure psychologique à la suite de sa dernière entrevue à cette émission.

Guy A. Lepage se défend bien de défendre son travail d’intervieweur puisque l’écrivaine n’a plus le pouvoir de réplique, mais il soumet l’entrevue en question au jugement de tous. Ce qui l’honore, bien évidemment. Pour ma part, si j’avais à lui reprocher quelque chose, et c’est très facile de l’écrire après coup, c’est d’avoir trop creusé avec l’aide de ses recherchistes. Quand on creuse trop, on peut trouver des pièges… Sinon, rien qu’une dose de réalisme face à une écrivaine qui ne semblait pas se ralentir des tabous, mis à part quelques mimiques perceptibles de perplexité de sa part. Mais, mystérieusement, l’auteure Nancy Huston, qui signe la préface du livre à paraître, y a vu quelque chose d’épouvantable :

J’ai vu cette scène à Tout le monde en parle, et c’est totalement impardonnable la manière dont l’hôte l’a humiliée.

Pour ma part, je n’ai vu qu’un animateur, qu’un fou du roi et des invités qui ne savaient pas qu’ils gambadaient mains dans la main sur un terrain miné. Je me souviens avoir pensé à Anne-Marie Losique alors que Nelly Arcan semblait surprise qu’on souligne sa robe sexy, et tout ce qui vient avec; et que quiconque ne pouvait s’empêcher de voir, tant ça crevait les yeux. D’autant plus que tous savaient, enfin, les gens qui s’intéressaient à elle de près ou de loin, que sa démarche avait un lien étroit avec son rapport à son propre corps, à sa propre beauté (avec tout ce que cela implique, à notre époque).

Tout cela est tellement gros que je ne peux m’empêcher de penser que Nelly Arcan a puisé dans son inconfort réel pour pondre ce récit halluciné qui lui a servi surtout d’exutoire (le choix de la troisième personne me semble révélateur et, d’ailleurs, il n’a pas été publié de son vivant — serait-ce l’indice fatal du fait qu’elle ne l’assumait vraiment pas?). Et je ne sais pas si Nancy Huston a visionné l’entrevue et puis lu La honte, ou vice versa. Si elle a lu l’histoire avant de voir l’entrevue, cela pourrait expliquer en partie sa réaction extrême.

Pour toutes ces raisons, ce texte n’aurait peut-être jamais dû être publié (aussi, perso, son côté brouillon et sa longueur m’ont été quelque peu désagréables), mais au moins il a permis de créer une controverse qui ravivera la mémoire des gens. Parce que je suis au moins en accord avec Nancy Huston sur un point, l’oeuvre de cette femme a son utilité, au-delà de sa qualité. Nelly Arcan avait, consciemment ou inconsciemment, toute la pression se dirigeant vers les femmes sur ses épaules. Et il me semble, dans un jeu de balancier — ou de balance — entre la fiction et la réalité — ou sa fiction et sa réalité. Impossible de mettre le doigt dessus, mais ça devait être insoutenable. Avec le résultat hors de tout doute qu’on connaît. Ce qu’il en reste, c’est au moins un témoignage important, celui d’une dérive qui nous échappe un peu moins grâce à sa plume.

Et, j’ose espérer qu’il n’y aura pas certains musulmans pour se scandaliser du titre du livre…

 

Ajouts :

Question d’avancer un peu plus dans le brouillard avec un mini-ventilateur :

http://matuqueestuneperruque.blogspot.com/2011/09/pas-nelly.html

http://stupidarium.ca/2011/09/nelly-guy-et-la-petite-chose-que-lon-appelle-la-vie/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/nathalie-petrowski/201109/13/01-4447398-nelly-et-les-poux.php

http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201109/14/01-4447555-si-vulnerable.php

Màj :

Sur le site de Tout le monde en parle, on a publié un mot de Nancy Huston où elle écrit, entre autres :

‐ je ne faisais pas allusion à Tout le monde en parle et à son animateur québecois, car je n’ai jamais vu l’émission en question, mais à une émission de la télévision française;

 


 

États-Unis : enlever la garde des enfants obèses à leurs parents?

 

L’épidémie d’obésité aux États-Unis a pris une allure très éthique depuis que le Journal of the American Medical Association a publié un article où il est question de retirer les enfants et adolescents gravement obèses de leurs milieux familiaux. Environ deux millions d’enfants y sont considérés obèses morbides. Il en est question dans un article de Lindsey Tanner (The Associated Press), publié sur le site de CTV News British Columbia.

Comme il est expliqué, il est surtout question que l’État enlève provisoirement la garde d’un enfant obèse pour lui faire perdre du poids avec l’aide d’un programme, plutôt que d’attendre le point de non-retour où l’enfant devra subir une chirurgie, beaucoup plus dangereuse pour sa santé. Il y est aussi relaté que le but n’est pas de blâmer les parents, mais bien de le faire dans l’intérêt de l’enfant, et d’accorder cette aide sans tenir compte de la raison du manquement des parents.

La question éthique qui apparaît avec toute cette histoire englobe évidemment l’État versus la liberté individuelle. D’un côté, on arguera que l’État n’a pas à se mettre entre les parents et leurs enfants, et de l’autre, on dira que l’urgence dans laquelle se trouvent ces enfants outrepasse ces considérations. Pour ma part, je me dis surtout et premièrement que nous sommes très chanceux de ne pas en être rendus là ici. Et ce n’est pas dit que ça ne sera pas notre tour dans le futur.

Aussi, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec le visionnement récent d’un documentaire que j’ai vu à la télé, au sujet de l’industrie agroalimentaire états-unienne. On y soulevait entre autres que grâce aux subventions de l’État pour la culture du maïs (dont les produits transformés sont très présents dans la restauration rapide), il est meilleur marché de se nourrir chez les McDo et autres chaînes du genre que de s’acheter des produits frais. Sans compter le temps de cuisiner qui est coupé en se nourrissant chez eux. Il me semble qu’ici aussi la restauration rapide est assez bon marché. Mais mon petit doigt me dit que la différence est énorme.

Si l’État américain a créé un problème, il est bien normal qu’il s’occupe d’en gérer les conséquences.

 

(Photo : jhmostyn)


 

Pornographie et romantisme


Ce dont je vais vous parler m’apparaît évident depuis longtemps, même si je sais très bien que c’est discutable, malgré tout. Dans la foulée du problème grandissant de l’hypersexualisation, surtout au niveau des jeunes (et des enfants), je crois qu’il serait bien de regarder le phénomène de la pornographie versus celui du romantisme (comprendre surtout par ce terme ce qu’on appelle les « films de filles », les « films d’amour », les « comédies romantiques », etc.).

J’aimerais parler de ce sujet parce que j’y trouve un lien avec l’histoire que je relatais récemment, celle de mon ami enseignant qui s’est fait taper sur les doigts pour avoir parlé de sexualité dans son cours (et même avec ma pointe antireligieuse qui a suivi). Le message qu’il tentait de communiquer à ses élèves, c’est que le rapport à la sexualité est généralement très différent pour les filles et les garçons. Et qu’il est important que tous aient conscience de ces différences.

Je suis tout à fait au courant qu’il n’est pas bien de généraliser, mais je devrai le faire ici pour ne pas surcharger mon billet d’explications. Alors, ayons en tête que ce n’est pas tous les hommes qui regardent de la porno, et que ce n’est pas toutes les femmes qui regardent des films de filles… Mais, ne nous cachons pas la tête dans le sable, la majorité de la porno est regardée par des hommes, les films de filles par des femmes. Ça va de soi.

Pour ceux qui ne comprendraient pas encore le parallèle, dans les deux cas il s’agit de fiction. Et le problème réside justement dans le cas où quelqu’un prend un ou l’autre pour la réalité. Les relations sexuelles mises en scène dans les films pornographiques ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations sexuelles humaines. Comme les films d’amour ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations amoureuses humaines. Si un homme s’attend à des relations sexuelles comme dans la porno, il risque fort d’être déçu, idem pour la femme qui s’attend à vivre une histoire d’amour comme dans les comédies romantiques.

Dans notre monde actuel, quand même, il n’y a que la pornographie pour être critiquée vertement (surtout par des féministes qui y voient une insulte à la Femme), alors que le romantisme cinématographique se voit au pire relayé à une sous-catégorie snobée culturellement. Pourtant, s’il y a écueil à avoir socialement, je le vois égal pour les deux (enfin presque, puisqu’il est bien évident que la porno a plus d’influence globalement que la culture du romantisme). Et la différence évidente, c’est que la pornographie est du tabou alors que sa contrepartie féminine ne l’est pas. Tout cela en proposant sérieusement que le film d’amour est comme de la pornographie, mais pour les femmes.

Sans blague, la comédie romantique est dangereuse parce qu’elle ne montre que de la performance. Le film de filles exploite l’image de l’homme (presque) parfait aux talents amoureux hors du commun. Le film d’amour rend l’homme ordinaire bien banal, si on le compare. Cela peut rendre les femmes bien déçues de leurs prétendants ou de leurs amoureux. Cela peut alors créer des conflits dans le cas où une femme prend trop ses désirs (ce qu’elle voit dans ces films) pour des réalités. Et, pour les célibataires, un sentiment de désillusion qui empêchera de trouver l’âme soeur. Et je ne crois pas exagérer.

Pour ma part, je pense que tout est question de mesure et d’équilibre. La pornographie n’est pas en soi un problème et en plus, à ce que je sache, les participantes le font de leur plein gré, autant que les participants. La question ne se pose pas de cette manière pour ce qui est des comédies romantiques puisque justement ce n’est pas du domaine du tabou. Mais au bout du compte, je le répète, c’est le caractère fictif qui est le plus important à considérer. Et cela ne veut pas dire qu’une femme n’a pas le droit de se permettre un peu de frivolité au lit, ni qu’un homme ne peut pas faire un coup d’éclat romantique pour sa compagne ou sa prétendante.

Il va de soi que le réalisme total dans la représentation n’est pas très intéressant (même ce qui devrait être considéré comme le plus près du réalisme, soit la télé-réalité, est loin du compte). C’est que la fiction est une épice importante de la vie. Et c’est pourquoi il me semble futile de tenter de juger la fiction au-delà du lien qu’elle entretient avec le spectateur et de sa propre réaction. Il est alors question d’éducation quant à ce que la fiction propose, et non de s’en servir comme éducation.

Pour revenir au problème de l’hypersexualisation, cacher ce qu’implique la pornographie dans la société est de loin la pire manière d’y remédier. Et à propos des jeunes, particulièrement les jeunes filles, l’influence indue de la porno et de la filmographie romantique est une bombe à retardement, on le voit bien. Il y a contradiction : d’un côté les pratiques sexuelles mises de l’avant par la porno sont banalisées, et de l’autre le fantasme du garçon romantique à l’extrême se voit encouragé malgré son irréalisme. Tout est mis en place pour qu’il y ait décalages multiples, accompagné de tous les problèmes qui peuvent venir avec.

La solution? Tout ce que je sais, c’est qu’il faut en parler.

Ajout :

Pour continuer votre lecture : Pornographie ou érotisme?


 

Liberté d’expression : un caricaturiste syrien se fait casser les mains


Des injustices, il n’en manque pas. Ma sensibilité et mes intérêts font en sorte que certaines me parlent plus que d’autres. Même si toutes les injustices sont importantes. Mais je n’aurais pas assez d’une vie pour toutes les pointer…

Quoi qu’il en soit, le caricaturiste Bado a pointé une histoire dégoûtante, que je me dois de relayer. Un caricaturiste syrien, Ali Ferzat, très critique du gouvernement de Bachar el-Assad, dans la foulée de la révolte qui secoue ce pays depuis le début de l’année 2011, s’est fait battre et casser les deux mains par des hommes armés et masqués. Et, il ne fait pas de doute que c’est le gouvernement syrien qui est derrière tout ça.

Ne connaissant pas vraiment la situation syrienne, je me suis rabattu sur l’article de Wikipédia concernant la Syrie. On peut y lire que le « pouvoir syrien est fondé sur deux piliers : l’idéologie socialiste ba’athiste et sur les liens entre membres de la communauté musulmane alaouite. » Aussi : « Chacune des trois branches du gouvernement est guidée par les objectifs du parti Baas, dont l’importance dans les institutions d’État est assurée par la constitution. 8 partis politiques ont été légalisés dans le pays, ils font tous partie du Front national progressiste. »

Encore :

 

Avec l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad en juillet 2000, les Syriens et en particulier les militants pour les droits de l’homme ont espéré une certaine libéralisation du pays ; c’est ce qu’on a appelé le printemps de Damas.

Ce printemps n’a pas duré longtemps, il s’est terminé en février 2001, lorsque les services de sécurité ont gelé l’activité des forums intellectuels, culturels et politiques, par la poursuite des militants pour les droits de l’homme et leur emprisonnement. Dans cette courte période de 6 mois, le printemps de Damas a vu des débats politiques et sociaux intenses, d’une part, et d’autre part il a conservé un écho qui sonne encore dans les débats politiques, culturels et intellectuels jusqu’à aujourd’hui en Syrie.

 

Avouez que c’est plutôt inquiétant de lire les termes « socialiste » et « progressiste » alors qu’il est question d’un pays pas très loin de la dictature et qui se permet d’étouffer la contestation populaire par toutes sortes de violences. J’entends les rires de certains qui mettent dans le même panier « socialisme » et « violence » (socialisme étant pour eux seulement synonyme de « communisme » — donc en lien avec toutes ses répressions), mais le terme « progressisme » n’a pas ce handicap. Alors, je ne comprends pas trop comment un regroupement de partis politiques, fondé « pour donner l’illusion d’un système multipartiste », peut s’appeler « Front national progressiste »… Et je me permets de rajouter à ça l’influence énorme de l’Islam, que je relatais plus haut.

Justement, je ne peux pas m’empêcher de penser que la démonstration antidémocratique syrienne prend surtout sa source du pouvoir religieux. J’attends qu’on vienne me contredire, mais il est clair que tout ce qui touche à la religion n’a pas la réputation de faire fleurir la liberté d’expression…

(Image : bryant732000)


 

La ventouse Marois, statu quo, dissension au PLQ, etc.

 

Avant même de savoir que « Legault mène, le PQ saigne », j’avais composé un statut relevant la détermination incroyable de Pauline Marois à vouloir demeurer chef du PQ malgré toutes les briques qui lui tombent dessus :

Marois, elle est vraiment pire qu’une croûte noire calcinée dans un four

L’image est voulue trop forte, mais elle illustre parfaitement mon opinion. Mais ce n’est vraiment pas le point central du propos que je veux bâtir ici.

C’est juste que le hasard a fait en sorte que quelqu’un est venu commenter à sa suite, sur Google+ :

Le problème c’est pas la Pauline, c’est l’option dont la vaste majorité ne veut pas. Après 4 décennies, on passe-TI à autre chose? ;-)

Ce à quoi j’ai répondu :

Coudonc, le pourcentage de souverainistes québécois aurait-il fondu comme neige sans que je m’en rende compte?

Y’a-t’il eu un autre sondage significatif à ce sujet depuis celui-là?

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/323376/sondage-leger-marketing-le-devoir-l-appui-a-la-souverainete-ne-flechit-pas

Avec une réponse négative à ces questions, il apparaitrait sans doute que l’expression « vaste majorité » est du domaine de l’exagération…

Et non, on ne passe pas à autre chose! Même un fédéraliste, ancien président de l’association libérale dans la circonscription de Jonquière, est d’accord que la question constitutionnelle est importante et doit être réglée…

http://detentiondevote.wordpress.com/2011/08/15/un-temps-nouveau-2/

Alors, si elle doit être réglée, pourquoi la solution de la souveraineté du Québec devrait-elle être mise de côté?

;-)

Réponse :

Cause perdue. Passons à autre chose de + important…

La discussion s’est terminée après que j’ai ajouté qu’il devrait laisser tomber la généralisation et qu’un autre, un souverainiste, ait annoncé qu’il bloquait cette personne…

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu ce genre de discours d’un statuquoïste (la version molle du fédéraliste). C’est tout simplement de la bouillie de cerveau. Le degré zéro de l’analyse et de l’opinion politique. Tout le contraire de ce que nous donne Alexis St-Gelais, l’ancien président du PLQ dans Jonquière, que je lui pointais (il faut vraiment lire son billet où il explique pourquoi il est parti).

Ce dernier n’est pas dans mon camp, mais je respecte tout à fait sa démarche (en plus d’être très content de relire ce blogueur qui était très actif avant son implication au PLQ, à l’ère pré-Twitter). J’irais même jusqu’à écrire qu’il a abandonné son parti beaucoup par dégoût de la culture du statu quo qui s’y est enracinée. Par contre, je ne crois pas que beaucoup de libéraux vont jusqu’à nier la réalité du mouvement souverainiste, comme le fait ledit statuquoïste. Est-ce qu’il pense qu’un mensonge maintes fois répété finit par devenir réalité?

Ça me dégoûte ce non-respect. Fallait que je le dise. C’est fait.

Mais la goutte qui fait déborder le vase, c’est le dernier billet de Nathalie Elgrably-Lévy. Se servir de l’exemple des 38 pays africains qui ont accédé à l’indépendance pour faire peur au monde, même si elle enrobe surtout sa logomachie de questions, c’est dans le très bas de gamme. Un Québec souverain ne deviendra pas automatiquement un régime communiste ou, pour son plus grand plaisir, la première contrée libertarienne, et elle le sait très bien.

Fin de l’épisode.

 

(Photo : mag3737)