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Pour la transparence éthique du commerce

Sur Générations d’idées, Marc Saindon lance une bonne idée au sujet du commerce éthique. Il est question de ce qu’il appelle la certification Janus, inspirée du « nom de la divinité romaine à deux visages, gardienne de la paix ». Et son idée part de cette prémisse, qui est tout à fait probante :

Si acheter c’est voter, on devrait être capable de savoir pour qui on vote quand on fait ses achats.

Question de synthétiser, il s’agirait d’apposer une étiquette négative aux produits des « entreprises qui ont des comportements inacceptables ». Comme exemple, l’auteur pointe la firme Unilever, qui d’un côté avec son marketing pour Dove pointe le problème de la pression médiatique que subissent les femmes pour être mince, et de l’autre y participe avec ses produits Axe (ou le cliché de la femme-mince-objet est magnifié dans ses pubs) et, la goutte qui fait déborder le vase, ses produits diètes Slim Fast. Et à regarder la liste des marques d’Unilever, disponible dans le billet, il est bien drôle de constater qu’on y trouve quelques produits dits « engraissants »… Et personnellement, je constate que je contribue aux profits de cette compagnie puisque je ne jure que par certains de ses produits. Que je ne nommerai pas!

Pour appuyer son idée, l’auteur soulève l’existence d’« étiquettes pour encourager l’achat de produits vendus par des entreprises qui ont des comportements éthiques, verts et équitables » mais je ne crois pas qu’une étiquette Janus serait aussi simple à faire passer dans la réalité, donc dans les commerces et la société. À la base, quel patron de commerce voudrait se mettre à dos ses fournisseurs de produits en permettant un étiquetage négatif? Et, pour outrepasser cela, il faudrait encore une loi étatique pour l’imposer à tous, ce qui serait bien le comble de l’affront aux amants de la liberté individuelle (surtout de la liberté commerciale), et qui n’est pas à prendre à la légère.

Non, je crois qu’il faudrait plutôt opter pour une solution plus en phase avec la technologie (mobile) : les gens intéressés par l’achat éthique pourraient avoir simplement accès à de l’information complète sur les produits offerts en magasin via leur téléphone « intelligent ». Pour ce faire, un site d’éthique commercial pourrait tout à fait être géré par un regroupement d’organismes comme l’Office de la protection du consommateur et Équiterre, pour ne nommer que ceux soulevés par l’auteur.

Je vois très bien l’intérêt de pointer du doigt, mais malheureusement je crois qu’il faut laisser le loisir aux gens de faire au moins l’effort de se renseigner un minimum par eux-mêmes, surtout dans l’optique d’un accès facile à l’information, comme je le propose. Et, par cela, de laisser tranquille ceux qui ne veulent pas entendre parler directement de ces questions d’éthique. Mais je ne doute pas que ça va finir quand même par les rattraper, qu’ils soient majoritaires, comme je le soupçonne…

Même un petit phénomène, surtout s’il fait fléchir les chiffres de vente, peut faire bouger les grands joueurs. Et ainsi de suite…


 

Au sujet de l’offre culturelle

Steve Proulx se demande dans son billet « Noyade culturelle » si on ne devrait pas réduire l’offre culturelle, en partant de cette prémisse :

Selon vous, combien de romans canadiens les familles canadiennes devraient-elles acheter chaque année pour que les 17 000 écrivains canadiens puissent tirer de leurs écrits un revenu moyen de 30 000 $? Douze? Vingt-quatre?

Tenez-vous bien, la réponse est cinquante.

Et il continue en démontrant de plusieurs manières que l’offre culturelle ne correspond aucunement à la demande. (Je ne ferai pas une synthèse du billet, qui va dans plusieurs directions, alors je vous invite à le lire, c’est gratuit en plus!)

Et sur La swompe, Éric Samson a concocté une réponse assez mordante (que je vous incite aussi à lire, bien sûr) où il fait ressortir qu’il est absurde de même penser à refréner l’offre culturelle.

J’ai relayé son billet sur Twitter et il m’a demandé un commentaire, ce que j’ai fait, mais pas encarcané* par les 140 caractères, donc à la suite dudit billet :

Même si je suis d’accord que la culture se bâtit premièrement sur la volonté des artistes, il reste que je trouvais quand même assez instructif le calcul de Steve Proulx quant à la réalité du grand nombre de l’offre culturelle versus la demande. Le calcul « qui dit que chaque ménage canadien devrait acheter 50 romans pour faire vivre tous les écrivains canadiens » me semble vraisemblable (et là-dessus j’ai une confiance aveugle en Steve Proulx — qui est quand même journaliste —, parce que je ne crois pas qu’il aurait trafiqué à ce point une information aussi sensible pour les seules fins d’ajouter du poids à son argumentation).

Donc, je pense que l’exercice de Steve Proulx a au moins le mérite de dresser un tableau réaliste de la situation, sans pour autant donner de piste de solution. Parce que oui on ne peut pas comparer le monde culturel avec l’industrie de la motoneige. Un homme d’affaires qui se lance dans la construction de motoneiges veut faire des profits, tandis qu’un artiste veut s’exprimer, pour ce dernier l’argent est la cerise sur le sundae. (Je sais bien que ma dernière phrase n’est pas très loin d’un truisme, mais parfois il y a des vérités évidentes qui demandent à être soulignées.) Et tout cela sans pour autant moi-même apporter de solution. Qui le pourrait?

Par contre, si je peux donner une explication à cette expansion de l’offre culturelle, je me servirais de l’exemple des États-Unis comme terreau de créativité, puisque dans l’esprit de tous, il y semble plus possible d’y avoir du succès que partout ailleurs. Ce qui a conduit historiquement beaucoup d’artistes à s’y installer. On peut penser à Jack Kerouac, un québécois (ma copine qui a étudié en littérature ne le savait même pas, moi je l’ai appris par hasard voilà pas si longtemps…), qui est devenu une figure emblématique de la littérature états-unienne (en occultant bien sûr ses origines). [Oups! Au sujet de Jack Kerouac, j'étais vraiment dans les patates... J'écoutais voilà pas si longtemps l'émission « Tout le monde en parlait » sur le mouvement hippie et j'ai mal compris ça l'air... Ça donnait l'impression qu'il était québécois, mais c'est seulement que ses parents l'étaient et que sa langue maternelle est le français. Désolé.] Maintenant, ce même phénomène s’est mondialisé avec la venue d’internet et toutes les opportunités qui viennent avec. Il y a des gars et des filles comme Jon Lajoie qui ont du succès mondialement, et ça ne peut que montrer un énorme sourire à des artistes qui, voilà pas si longtemps, se seraient contentés de bizouner dans leurs coins, sans même voir plus loin que leur seul plaisir. Et la même chose pour les diffuseurs, etc.

Et de l’autre côté, j’en arrive à la conclusion que cette démocratisation est un plus pour la qualité artistique. Même si l’argent n’est pas tellement à la clé, il semble logique de penser que plus l’offre explose, plus cette offre a de chances d’être géniale, non? Et c’est le public et la critique et les pairs qui au moins en font ressortir quelques-uns du lot.

Et si dans le fond il n’y en avait carrément pas de solutions?

*Pas si pire ce néologisme, quand même!

(Image : jpos)