Tag Archives: monde

Français : l’insulte de Kovalev

La question du fait d’apprendre le français pour les joueurs du Canadien venant d’un peu partout dans le monde a toujours été houleuse. Pour ceux qui refusaient de faire le pas (la grande Lire le billet sur Le Globe…

Citoyenneté québécoise : entre l’arbre et l’écorce

Malgré toutes les volées de bois rond, je crois que le problème avec l’idée de citoyenneté québécoise n’est pas tellement celle qui en fait la promotion, Pauline Marois (et son parti), Lire le billet sur Le Globe…

L’anglais et le respect linguistique

J’écris en français sur Le Globe et les réseaux sociaux. Et ma vie sur ces réseaux, je veux la vivre le plus possible en français. Mon rapport à l’anglais est une question personnelle, Lire le billet sur Le Globe…

Christine St-Pierre dans le rouge

Depuis quelque temps, on dirait que Christine St-Pierre a trop de Smarties dans la bouche et qu’elle n’arrête pas d’en laisser tomber, pour le plus grand plaisir des commentateurs comme moi qui Lire le billet sur Le Globe…

Le mépris a un nom : Le mépris a un nom : Anne Sutherland

Dans le cadre de la manifestation de jeudi soir, où beaucoup de gens étaient à demi nus, la journaliste Anne Sutherland, affiliée au quotidien montréalais anglophone The Gazette, a reçu une volée Lire le billet sur Le Globe…

Lettre d’un insurgé linguistique

Cher citoyen du monde, je sais que tu es très fâché de voir des nationalistes défenseurs du fait français vouloir redonner des dents à la loi 101. Je sais que tu te dis que ce n’est vraiment pas grave Lire le billet sur Le Globe…

Rémunération des blogueurs : éthique ou utopique?

Le rédacteur en chef du futur Huffington Post Québec, Patrick White, a publié sur son fil Twitter un lien vers le dernier billet de Benoit Raphaël : « Rémunération des blogueurs : le faux débat ». Lire le billet sur Le Globe…

Pourquoi le Huffington Post a échoué en Angleterre

Nick Denys, affilié au site britannique The Kernel, souligne l’insuccès de l’expérience Huffington Post en Angleterre et tente d’en expliquer le pourquoi dans un article publié hier. Il arrive à la conclusion que les raisons sont un manque de « leadership » et une qualité médiocre au niveau des collaborateurs. Dans l’optique où cette entreprise ouvrira très prochainement un espace destiné au public québécois, il serait intéressant d’en faire ressortir ici les grandes lignes. Et puis, transparence totale, j’ai été très critique de ce projet dans trois billets publiés à la fin de la dernière année : « Un tapis rouge souillé pour le Huffington Post? », « HuffPostQc : Québec solidaire en réflexion » et « HuffPostQc : QS ne recule pas et même avance vers nous ». Alors, nous verrons bien si le passé est garant de l’avenir, ou le contraire. Et ma critique concerne surtout le fait de ne pas payer les blogueurs.

L’article commence par une citation, ce que les deux compagnies ont affirmé lors de l’achat par AOL : « The combination of AOL’s infrastructure and scale with the Huffington Post’s pioneering approach to news and innovative community-building … will mark a seminal moment in the evolution of digital journalism and online engagement. » (Traduction libre : l’association de l’infrastructure d’AOL et de l’approche novatrice du Huffington Post au niveau de l’information et du développement de communauté virtuelle … va marquer un moment charnière dans la l’évolution du journalisme numérique et de l’engagement en ligne.)

Ensuite, ce que l’auteur note, c’est que les ambitieux projets d’expansion ont été exécutés avec une première opération en dehors de l’Amérique du Nord, soit le site britannique, mais que les résultats au niveau du trafic ont été décevants selon des sources proches de la compagnie. Pour ce qui est de l’implication des internautes, elle serait pratiquement inexistante (« virtually non-existent »).

Pour expliquer cela, Nick Denys pointe premièrement l’arrogance américaine (ou plutôt, ce que j’en comprends, celle de la fondatrice du populaire site états-unien). Il pense qu’Arianna Huffington surestimait les répercussions de l’ouverture du HuffPost Grande-Bretagne, comme si elle s’était aveuglée de son succès et n’avait pas pris en considération l’impressionnante pénétration du web dans ce pays. Il termine en disant que cette plateforme américaine, qui a été pionnière et innovante à l’époque, il y a six ans, lors de son lancement, n’a rien accompli pour faire avancer le débat public en Grande-Bretagne.

L’autre problème qu’il soulève, c’est la qualité de son personnel et de ses collaborateurs qui pour lui n’ont pas livré des textes d’opinion de qualité suffisante pour que le site se fasse un nom. Et dans un contexte où l’environnement des médias sociaux est dynamique, compétitif et bien ancré dans les habitudes des lecteurs et où les autres médias ont développé différemment leur présence web de leur présence physique, pour lui la direction du Huffington Post (AOL) n’a pas su aller plus loin que cette idée : ce qui a fonctionné aux États-Unis devrait fonctionner aussi bien au Royaume-Uni…

Aussi, en plus de viser l’absence de direction idéologique, il souligne que l’« offre » (en fait, le modèle d’affaires), basée sur la gratuité du contenu versus une plateforme et un public, devient obsolète grâce aux médias sociaux qui sont des lieux de promotion efficaces. Encore, selon différentes sources, il affirme que les billets soumis à HuffPost prennent deux jours à être publiés, ce qui pour lui est inconcevable dans un monde où l’instantanéité est si importante. Et pour terminer, il leur conseille de prendre plus en considération les différences entre les États-Unis et l’Angleterre, donc de se synchroniser le plus possible avec le pouls du lectorat britannique, et d’engager des journalistes et du personnel de direction talentueux.

Ici, pour le peu que nous en savons, il semble que le niveau des collaborateurs est prometteur, enfin, pour ce qui est des grosses têtes d’affiche. Et puis, pour ce qui est du côté anglais, il me manque une certaine connaissance des collaborateurs et du contexte là-bas pour me faire une idée. Par contre, le fait de constater les résultats décevants au niveau du trafic ne peut pas mentir.

Mais il n’y a pas qu’en Angleterre où le dossier Huffington Post créé la polémique. En France, là où la compagnie va ouvrir une filiale très prochainement (va-t-elle comme ici repousser et repousser le lancement?), des journalistes du journal Le Monde « demandent des garanties à leur direction » :

En effet, certains journalistes s’inquiètent du poids et du rôle d’Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Stauss-Kahn, dans la version française du site américain Huffington Post, qui devrait être lancée le 23 janvier. Ils redoutent en effet que la présence de l’ancienne journaliste de TF1, qui sera partie prenante dans les choix éditoriaux, ne brouille l’image du Monde, qui détient toujours 34% du capital du Huffington Post.

Au Québec, le bateau semble voguer sur des eaux beaucoup plus calmes, mais l’avenir pourrait nous réserver quelques surprises.

 

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/pourquoi-le-huffington-post-a-echoue-en-angleterre/

Des financiers psychopathes?

 

Jeune blogueur, j’avais l’accusation facile et j’ai pondu un billet que je me souvenais encore jusqu’à hier comme étant de l’exagération trop belle pour être vraie, bien que le fond ne me semble toujours pas inintéressant. En gros, j’écrivais que nos grands capitalistes, les seigneurs de la finance, les « multimillionnaires et milliardaires de ce monde cultivent un vice : le fétichisme de l’accumulation personnelle de richesse. » Et je terminais par un « Réveillez-vous! ce sont des malades mentaux! » bien senti.

J’avais dans ce temps-là une telle candeur, et peut-être une trop belle capacité à ne pas prendre du recul, que j’ai tricoté cette opinion avec l’assurance d’avoir raison en tous points, alors que je n’avais que pour seule arme mes impressions. Mais en fin de compte, je n’avais peut-être pas tout à fait tort, puisqu’en ce début d’année ce que j’avais pressenti, comme sûrement beaucoup d’autres d’ailleurs, a pris une forme beaucoup plus scientifique sur le site de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF).

En effet, un article très sérieux pose cette question : « Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes? » (Slate.fr a aussi fait paraître un article à ce sujet.) Selon un professeur à l’université de Nottingham, Clive R. Boddy, « beaucoup des hauts responsables financiers seraient en fait des psychopathes. » Et sa thèse trouve un écho assez particulier dans une étude suisse récente qui montre « que certains traders auraient un comportement plus dangereux et manipulateur que des psychopathes »

Peut-être que vous ne voyez pas bien le lien entre mon propos et celui dudit professeur, mais un passage de l’article de la RTBF est assez éloquent pour l’expliquer :

Mais comment des personnes avec un tel profil psychologique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? Selon Clive Boddy, cela est imputable au monde actuel et à l’organisation des entreprises, avec un personnel qui bouge tout le temps, passe de sociétés en sociétés. Cela permet aux psychopathes de passer inaperçus et de monter rapidement, pouvant même apparaître comme de bons leaders là où, à une autre époque, ils auraient été vite repérés pour leur égocentrisme et leur manque d’éthique.

C’est l’ascension de ce type de profils dans des entreprises financières qui aurait causé la crise, selon le professeur. Car à des postes-clé, ces psychopathes sont dirigés par leur volonté de s’enrichir et de progresser, au détriment de toute responsabilité sociale. Peu importe, pour eux, les dégâts causés.

Et tout cela montre bien que, comme dans tout, l’excès est un bon indicateur qu’il y a un problème. Parce que si on regarde par exemple un joueur compulsif, il est bien évident que la société regarde d’un bien mauvais oeil ses excès. Pourquoi ce regard critique ne pourrait-il pas être de même pour les capitalistes retors? Parce qu’ils sont en haut de la pyramide, parce qu’ils sont dans une cage de verre?

Je ne pense pas que tous ces gens soient des psychopathes, bien sûr. Mais il est bien normal de pointer ceux qui le sont. Surtout si en plus les conséquences de leur « maladie » touchent possiblement toute la planète.

 

(Photo : ebrkut)

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Bilan 2011

 

En guise de bilan de l’année, je vais fouiller dans mes billets.

Janvier

L’année 2011 a débuté en lion avec la remise par le commissaire Bastarache de son rapport lavant Jean Charest des allégations de Marc Bellemare. De mon côté, ç’a donné entre autres une caricature :

Février

Le deuxième mois de l’année a été malmené par la croisade du coloré maire de Saguenay, Jean Tremblay, pour la pérennité de la tradition de la prière lors des réunions municipales. Dans mon billet à ce sujet, entre autres, je soulignais « qu’il faudrait faire ressortir […] que les électeurs de la ville de Saguenay ont élu un homme politique et non un homme de foi », ce qui était déjà une bonne distinction à faire pour diriger le débat. Et, étant donné que j’aime bien la rigolade, je me suis permis d’imaginer ces mots sur une affiche « À mettre sur la porte de l’Hôtel de ville de Saguenay pour faire pomper Jean Tremblay » :

 

Prière
de ne pas
prier

Mars

Le mois de mars a fait vibrer les médias (de bas en haut), mais pas du tout le monde ordinaire, avec les néologismes « madamisation » (un terme explosif créé par le chroniqueur du Devoir Stéphane Bailargeon), « bonhomisation » (un premier mème par Simon Jodoin), « mouettisation » (une bonne blague de Martin Petit) et « dindification » (une blague non volontaire de Pierre Fraser…) :

 

La madamisation serait un mouvement médiatique qui mettrait de l’avant et à profusion les contenus légers, domestiques, ce qu’on retrouvait précédemment seulement dans les magazines comme Madame au foyer. La bonhomisation serait le phénomène de réduire les débats de société à un niveau simpliste, ce qu’on appelle communément « le gros bon sens ». La dindification serait la propension de la très grande majorité (pour ne pas dire : tout le monde sauf Pierre Fraser) à adopter une pensée toute faite, donc à laisser tomber son esprit critique.

 

Je suis bien content de le souligner avant que cela ne tombe totalement dans l’oubli…

Avril

En avril, les Québécois se sont déchirés alors que le chanteur Bertrand Cantat allait participer à une pièce de théâtre mise en scène par Wadji Mouawad. Comme on se souvient, tout a été annulé parce que le tollé a été trop gros. Pour ma part, après avoir été dans « la tornade du dilemme », j’ai finalement penché du côté Cantat-Mouawad. Devant l’impossibilité de condenser ma pensée, je vous invite à faire ces lectures :

http://www.renartleveille.com/mouwad-et-cantat-la-tornade-du-dilemme/
http://www.renartleveille.com/mouawad-et-cantat-apres-le-dilemme/

Mai

Début mai, un nouveau gouvernement conservateur a été élu, mais cette fois-là majoritaire. Et pour la première fois, le NPD a réussi à se hisser au rang d’opposition officielle grâce au Québec, qui a délaissé son traditionnel vote pour le Bloc.

Durant la campagne électorale, on offrait aux Canadiens l’outil web nommé la Boussole électorale, pour les aider à faire leur choix. Les résultats de ce super sondage étaient très intéressants, et démontraient très bien que le Québec est une société distincte :

 

 

À la lumière de tout cela, […] il n’y a pas de doute que le Québec fait cavalier seul et ne se retrouve pas dans cette fédération centralisatrice, qui sera menée par un gouvernement conservateur, ce parti très impopulaire dans la belle province. Est-ce que les Québécois pourront continuer de faire du déni alors que le ROC est farouchement contre le caractère particulier du Québec? La quintessence de cette hypocrisie étant, pour les Canadiens hors Québec, le total refus de reconnaître la nation québécoise alors que le parti qu’ils ont porté au pouvoir se vante de l’avoir reconnu (bien que ce soit en réalité de la poudre aux yeux!).

Dans ces conditions, le statu quo qui prévaut encore en ce moment est une insulte à l’intelligence. Si le Québec était un individu, franchement, comment peut-il se regarder dans le miroir? L’amour-propre, cela veut-il encore dire quelque chose?

 

Juin

C’est à la fin du mois de mai que la crise au PQ a trouvé sa genèse avec le projet de loi privé présenté par Agnès Maltais pour sceller l’entente conclue entre la Ville de Québec et Quebecor dans la gestion d’un futur amphithéâtre. Et c’est au début de juin que l’histoire a enflammé les médias et la population. Fin juin, c’est le chroniqueur de La Presse, Alain Dubuc, qui était tout feu tout flamme en analysant la crise au PQ et la fonte de ses appuis dans les sondages. Son excitation l’a conduit à formuler que nous serions au début de « l’ère postsouverainiste ». Pourtant :

 

Beaucoup de souverainistes, dont moi, trouvaient que le Bloc était un frein à la souveraineté et il disparaît presque complètement. Beaucoup de souverainistes, dont moi, trouvent que Pauline Marois à la tête du PQ est un frein à la souveraineté et elle est en ce moment malmenée au point où si elle s’acharne à s’accrocher à son trône, c’est tout le château qui va s’effondrer…

 

Je pouvais bien trouver que son propos ressemblait à une « Nouvelle érotique pour fédéralistes »…

Juillet

Juillet a été sous la couleur de la folie des Guy Turcotte et Anders Behring Breivik.

Pour ce qui est de Turcotte, c’est mon incompréhension quant au verdict rendu qui a pris le dessus et qui le prend toujours, même aujourd’hui :

http://www.renartleveille.com/la-folie-ordinaire/

Et pour Breivik, c’est la constatation que notre seul point en commun (l’antimulticulturalisme) n’a vraiment pas réussi à me le faire comprendre :

http://www.renartleveille.com/dans-la-mire-danders-behring-breivik/

Août

Ce mois a été marqué au fer rouge par l’effondrement d’une structure de béton dans le tunnel Ville-Marie, au matin du 31 juillet. Personnellement, c’est la réponse de Sam Hamad, d’un optimisme insultant, qui a fait s’effondrer le très peu de confiance que j’avais en Jean Charest et son gouvernement :

 

je commence à en avoir ras le bol du discours rassurant des politiciens


C’est bien beau faire des déclarations après-coup, mais la population n’est pas stupide, elle a en tête le scénario de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.


nul doute que Sam Hamad protège le bilan Charest ici. Ce que j’aurais au moins aimé entendre c’est : il y a un gros problème avec les infrastructures et nous allons tout faire en notre possible pour le régler!

 

Et j’ai pondu cette caricature, question d’en rire même si c’était difficile :

 

 

Septembre

On se rappellera que septembre a été pour Charest une suite de briques pour sa tête avec premièrement le départ de Nathalie Normandeau, qui n’a pas tellement fait vibrer les médias, même si ce même genre de nouvelle aurait pu bien nourrir le gonflement de la crise du PQ, si cela s’était passé de ce côté… Ensuite vint le rapport de l’Unité anticollusion qui a fait gonfler l’indignation citoyenne à l’instar des prix des soumissions de l‘industrie de la construction

Cette indignation a pris forme sous un projet de manifestation le 24 septembre qui a été finalement et malheureusement un pétard mouillé.

Octobre

La mort du géant Steve Jobs a été ce qui a le plus marqué ce mois d’octobre. Personnellement, j’ai trouvé que la reprise de cet événement dans les médias (traditionnels et sociaux) donnait l’impression d’être un concert d’opportunisme global :


Il est tout à fait normal de voir les médias traditionnels jouer le jeu du sensationnel, ceux qui critiquent ce fait sont à peine pris au sérieux. Le spectacle est roi. Alors quand nous devenons tous à différents degrés des médias en soi, l’indice consensuel d’un événement comme celui-ci est comme une lumière pour les moustiques dans la nuit.

 

Novembre

Ce qui a marqué novembre, c’est surtout le mouvement mondial des indignés qui avait commencé à faire parler de lui ici par son début le 15 octobre. Jusqu’à ce que les indignés se fassent sortir du Square Victoria, les réactionnaires de tout acabit se sont joints au concert de critiques. À mon sens, la critique la moins logique du lot consistait « à pointer le fait que certains de ces indignés ont assez d’argent pour posséder des gadgets électroniques, portables, téléphones intelligents, etc., alors qu’ils critiquent le capitalisme, et de qualifier tout ça de contradictoire » :

 

Cette logique bon marché, c’est de dire que c’est le capitalisme, et lui seul, qui permet aux gens d’avoir de l’argent : donc, qu’il n’y a pas de légitimité à critiquer « la main qui nous nourrit » (tout cela en délaissant bien sûr dans le calcul celui qui met l’épaule à la roue…). Cet argument est vide de sens dans l’optique où le système dans lequel nous sommes a été mis en place précédemment à la réalité de la critique que nous pouvons formuler aujourd’hui sur celui-ci. Et le fait de posséder ces outils, conséquence d’une certaine réussite de ce système, ne saurait à lui seul empêcher la critique de ses échecs.

 

Décembre

Et finalement pour décembre, je ne peux pas passer à côté de l’histoire de la nomination par la direction du Canadien de Montréal de l’entraîneur Randy Cunnyworth, unilingue anglophone, alors que le début d’une crise linguistique a malmené 2011 :

 

Cette situation est la métaphore parfaite pour démontrer l’ignorance de certains décideurs quant à l’importance accrue du fait français au Québec. Il ne faut vraiment pas avoir de flair politique pour avoir pris la décision de nommer cet unilingue, même temporairement. C’était bien évident que ça allait réagir beaucoup plus fort que pour l’affaire de la Caisse de dépôt, simplement parce que le hockey est omniprésent et est même pour certains pratiquement le seul contact qu’ils ont avec la société.

 

Sur ce, je ne peux que nous souhaiter une année 2012 plus positive. Du côté canadien, j’en doute avec les Conservateurs de Stephen Harper au pouvoir. Mais avec la très possible fin du règne libéral au Québec, il y a de quoi se réjouir!

 

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Lettre aux immigrants

Chère immigrantes et immigrants,

tout d’abord, je tiens à vous remercier d’être capable de me lire dans ma langue, et encore plus ceux qui sont arrivés ici sans aucune connaissance du français. Cela signifie pour moi que vous avez bien compris et accepté avec bonheur le contexte du territoire dans lequel vous vous êtes installé et cela vous honore grandement!

Aussi, il faut que je vous dise que je suis tout à fait pour l’immigration. Je crois que l’arrivée de gens de partout dans le monde est une richesse culturelle et qu’elle contribue à l’évolution de la société québécoise dans le bon sens. Cela « nous » oblige à nous questionner sur notre rapport à l’autre et à exercer notre tolérance. Et ce « nous » est très inclusif!

Mais le but de cette lettre est plutôt de vous pointer quelque chose qui m’apparaît de plus en plus évident vous concernant. Alors que la question de l’immigration revient sur la table régulièrement pour toutes sortes de raison, j’ai remarqué votre tendance à beaucoup trop le prendre personnel. Ce qui donne l’impression qu’il y a vous d’un bord, et les autres de l’autre (pour y aller au plus simple).

Par exemple, il y en a, et j’en suis, pour remettre en question les politiques d’immigration québécoise et canadienne (interculturalisme et multiculturalisme) et à suggérer une réduction du nombre d’immigrants à recevoir parce qu’il y a un problème évident avec les ressources d’intégration (la francisation étant le problème numéro un). Cela en est devenu un cliché, je le vois sur le web, vous êtes toujours contre ces remises en question même s’il est clair qu’il n’est aucunement suggéré de remettre en cause l’immigration en soi ni la légitimité de votre présence ici.

Ce qui fait en sorte de polariser le débat et de ranger d’un côté les méchants xénophobes et de l’autre les gentilles personnes ouvertes d’esprit qui sont de votre côté. Cela semble caricatural, mais c’est comme cela que je le sens, et je ne dois pas être très loin du compte. Par exemple, aussitôt qu’un Mathieu Bock-Côté pointe quoi que ce soit en lien avec l’immigration on l’invective au lieu de l’écouter (ou de le lire) vraiment. Symboliquement, on lui fait trop facilement porter l’habit du Ku Klux Klan alors qu’en vérité dans notre société il n’y a qu’un pourcentage très minime pour rêver de le porter. Et je sens qu’en acquiesçant à certaines de ses idées en lien avec l’immigration vous faites en sorte que cet habit malsain me colle à la peau.

Je vous le dis, vous êtes ici chez vous, vous êtes un élément essentiel de la solution, vous êtes aux premières lignes de ce débat, et avec raison. Mais pour l’instant, tout ce que vous faites, c’est de bloquer le débat à la source, de camper sur vos positions, et c’est malheureusement ce qui nourrit le mieux ceux qui n’attendent que des raisons pour vous dénigrer. Et puis, ce que je ne comprends pas, lorsqu’il est question de diminuer le nombre d’immigrants à recevoir, c’est pourquoi faire un si grand cas de gens qui ne sont même pas encore ici? Je pourrais comprendre pour ce qui est de ceux qui parmi vous espèrent et attendent de la famille, mais il n’est aucunement question de ça! Il s’agit seulement d’organisation sociétale, pas d’un jeu où le méchant Québec serait injuste en vous enlevant des gens de votre équipe!

J’espère que vous comprenez tout à fait où je veux en venir. Je trouve dommage qu’on ne puisse mettre carte sur table lorsqu’il est question d’immigration alors que votre statut d’immigrant devrait se fondre ou déjà être tout à fait fondu au moment où on en parle. Votre intégration devrait vous donner la confiance d’affronter ces questions de front au lieu de sombrer dans la peur du rejet lorsqu’il s’agit d’une notion très accessoire au final, ou plutôt, très générale. Et je ne dis pas par là que votre réalité d’immigrant n’est pas importante ni pleinement constituante de votre individualité. Je dis qu’elle est à prendre le plus objectivement possible pour le bien de l’analyse, a contrario d’une position de victimisation qui ne fait que faire apparaître une splendide carapace en guise de miroir déformant pour ceux qui jouent, bien malgré eux, le rôle des bourreaux.

Dans le fond, le but de cette lettre est de vous faire voir que ce débat est sclérosé et que vous êtes une partie importante de la solution pour qu’il puisse s’aérer. À partir de ce moment, que le débat penche d’un côté ou de l’autre importe peu, il aura au moins une valeur démocratique et sera débarrassé du tabou dans lequel il est empêtré en ce moment. Je sais que c’est bien pratique pour quiconque d’enfermer l’autre camp dans l’interdit, mais je ne crois sincèrement pas que ce soit juste et équitable. Ni souhaitable.

En espérant vous avoir au moins fait comprendre que la très grande majorité de la société qui vous a accueilli n’est pas contre vous. Et merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire.

Pascal Renart Léveillé

P.S. À lire en complément, un billet de Josée Legault qui croit, comme l’auteur britannique d’origine indienne Kenan Malik, que « c’est une erreur d’analyse que de confondre le multiculturalisme avec l’ouverture à l’immigration, à l’Autre, à la diversité et sur le monde… »

 

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Confusions et hontes (màj)

 

Serait-ce un peu parce que de nos jours l’information ne pourrait se manger froide? Serait-ce parce que le fait de la grande quantité d’information rend plus propices les erreurs?

Mauvais moment pour un sondage politique

En tout cas, Le Devoir a publié en pleine crise post dévoilement du rapport de l’Unité anticollusion un sondage politique dont les données ont été compilées avant le dévoilement dudit rapport. Tous les ingrédients étaient présents pour créer une confusion. J’en ai été victime par la publication de mon billet « La honte ».

Justement, j’ai eu un peu honte de m’être fourvoyé de la sorte en analysant ce sondage sous la loupe de l’actualité très récente. C’est la première fois que je vois un sondage aller aussi à contre-courant de l’actualité. Certains pourraient me rétorquer que j’aurais dû faire moi-même cette petite vérification, mais de mon côté ça me semblait tellement aller de soi, et je me fie sur les médias et les journalistes pour faire correctement le travail de mise en perspective éditorial.

Je ne suis qu’un blogueur, malgré tout. Une voix citoyenne. Mon salaire, c’est le plaisir que j’en retire. Et mon plaisir est plus amplement du côté de la subjectivité, là où l’écrivain peut se déployer.

Nelly Arcan et TLMEP (québécois ou français?)

En parlant d’écriture et de honte, l’histoire autour de la sortie de la nouvelle « La honte » de Nelly Arcan et des mots de Nancy Huston portait aussi à confusion, et cette confusion tient dans le fait que l’émission Tout le monde en parle a une version québécoise et française. On a pensé que Nancy Huston parlait de l’émission québécoise alors qu’elle parlait de l’émission française. Je suis tombé dans le panneau comme tout le monde, même Chantal Guy qui a pondu le texte détonateur, où elle pointait seulement Guy A. Lepage et Dany Turcotte, jamais les protagonistes français de TLMEP.

Et je suis encore plus confus puisque je suis en train de me demander si le texte « La honte » ne fait pas référence aussi à l’émission française… C’est que je viens de me souvenir d’un détail qu’a fait ressortir la blogueuse derrière « Ma tuque est une perruque ». Nelly Arcan décrit dans sa nouvelle une robe verte alors qu’à TLMEP, au Québec, elle portait une robe noire. La blogueuse interprétait cette différence comme étant « toute la tension de sa propre analyse déformée d’elle-même ». Ce qui va dans le sens de rehausser le côté fictif de la nouvelle, et son trouble.

J’acquiesçais à cette analyse, mais là, je me dis qu’il est fort probable que Nelly Arcan, dans sa nouvelle « La honte », réagissait à un passage à TLMEP en France, plutôt qu’au Québec. Mais bon, peut-être que c’est un mélange des deux. Il me serait bien hasardeux d’arrêter mon choix.

 

Màj :

 

On m’a pointé sur Twitter un billet qui devrait confirmer que l’écrivaine s’inspirait vraiment de son passage à TLMEP au Québec :

http://melikahabdelmoumen.blogspot.com/2011/09/guy-croque-par-un-fantome.html

Jugez-en par vous-même.

Ajout :

À la demande de Mélikah Abdelmoumen, j’ajoute son deuxième billet :

http://melikahabdelmoumen.blogspot.com/2011/09/melikah-abdelmoumen-croquee-par-les.html


 

Fondamentalisme

 

J’ai toujours eu un préjugé favorable envers le bouddhisme étant donné qu’on me l’a toujours pointé comme étant « une philosophie plutôt qu’une religion ». Oui, vous le savez, je suis un condensé de mauvaise foi… Quoi qu’il en soit, le chef spirituel actuel du bouddhisme, le dalaï-lama, m’a fait déchanter dernièrement en prenant la part des religions et en repoussant d’autant la liberté d’expression :

 

Au sein de toutes les religions – y compris le bouddhisme -, il existe des fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs, mais il faut se garder de condamner en bloc ces religions

 

Je comprends tout à fait son point, mais je me demande où se trouve la ligne entre pointer le débordement extrémiste d’un fidèle d’une religion – en soulignant obligatoirement celle-ci – et « condamner en bloc » cette religion? En serons-nous bientôt à demander aux médias d’exclure toute référence à la religion quand il est question d’un attentat terroriste, par exemple? D’autant plus qu’il y a divers degrés entre le fidèle modéré et l’extrémiste, et qu’il y a les paroles et les actes comme possibilités d’expressions de la dévotion, positivement ou négativement. J’ai l’impression qu’on tente de contenir la critique envers les manifestations du religieux dans un espace aussi propre que ce que tentent de nous imposer par la publicité les fabricants de produits domestiques : l’ultime stérilité. J’en comprends aussi qu’il est question de respect. Mais serait-ce que le respect est unilatéral?

Parce que la critique envers le phénomène religieux ne se résume pas à pointer les manifestations extrémistes. Elle est globale. Voudrait-on alors lui couper l’herbe sous le pied en passant par le chemin facile, celui de condamner ceux qui réprouvent les « fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs »? Et, par ricochet, de bannir l’ensemble de l’oeuvre, comme le souligne Mathieu Bock-Côté : de tout bonnement enlever « Le droit au blasphème »?

Il ne faut pas oublier que les propos du dalaï-lama ont eu comme écrin la Deuxième conférence mondiale sur les religions du monde où on jetait dans la mare de la Déclaration universelle des droits de l’homme la proposition d’un nouvel article, 12.4, qui se lit comme suit :

Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement.

Cette idée porte sans aucun doute pour moi la signature du fondamentalisme. Parce qu’elle fait la promotion de l’idée que la religion est fondamentale à l’humain, ce avec quoi je suis profondément en désaccord. Et le chemin n’est pas loin pour laisser de côté les droits des areligieux… C’est même implicite. On a beau essayer d’échafauder une structure démontrant que l’athéisme est une religion, il n’en est rien. Il est question d’absence, il est question d’opposition claire, si bien sûr on peut toujours s’entendre sur le sens des mots. L’agnostique, l’antireligieux, l’irréligieux, l’impie, l’incroyant, le non-croyant n’auraient pas ce droit, puisque son existence même est en soi du dénigrement.

Mais il n’est pas tellement besoin d’un nouvel article de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour bâillonner. Les exemples fusent, et pas seulement du côté musulman, et pas seulement du côté critique. L’exemple qui suit est à classer dans l’anodin (et elle est classée sur Cyberpresse dans la section « Insolite »), et pourtant…

Le régulateur britannique de la publicité a interdit comme «irrévérencieuse» une caricature montrant Jésus le pouce levé et le clin d’oeil appuyé, utilisée par un opérateur téléphonique pour vanter ses «rabais miraculeux» à l’occasion des dernières fêtes pascales.

C’est déjà bien planté, et très profondément. Là où il y a de la (grande) noirceur.

 

Ajout :

 


 

Pornographie et romantisme


Ce dont je vais vous parler m’apparaît évident depuis longtemps, même si je sais très bien que c’est discutable, malgré tout. Dans la foulée du problème grandissant de l’hypersexualisation, surtout au niveau des jeunes (et des enfants), je crois qu’il serait bien de regarder le phénomène de la pornographie versus celui du romantisme (comprendre surtout par ce terme ce qu’on appelle les « films de filles », les « films d’amour », les « comédies romantiques », etc.).

J’aimerais parler de ce sujet parce que j’y trouve un lien avec l’histoire que je relatais récemment, celle de mon ami enseignant qui s’est fait taper sur les doigts pour avoir parlé de sexualité dans son cours (et même avec ma pointe antireligieuse qui a suivi). Le message qu’il tentait de communiquer à ses élèves, c’est que le rapport à la sexualité est généralement très différent pour les filles et les garçons. Et qu’il est important que tous aient conscience de ces différences.

Je suis tout à fait au courant qu’il n’est pas bien de généraliser, mais je devrai le faire ici pour ne pas surcharger mon billet d’explications. Alors, ayons en tête que ce n’est pas tous les hommes qui regardent de la porno, et que ce n’est pas toutes les femmes qui regardent des films de filles… Mais, ne nous cachons pas la tête dans le sable, la majorité de la porno est regardée par des hommes, les films de filles par des femmes. Ça va de soi.

Pour ceux qui ne comprendraient pas encore le parallèle, dans les deux cas il s’agit de fiction. Et le problème réside justement dans le cas où quelqu’un prend un ou l’autre pour la réalité. Les relations sexuelles mises en scène dans les films pornographiques ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations sexuelles humaines. Comme les films d’amour ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations amoureuses humaines. Si un homme s’attend à des relations sexuelles comme dans la porno, il risque fort d’être déçu, idem pour la femme qui s’attend à vivre une histoire d’amour comme dans les comédies romantiques.

Dans notre monde actuel, quand même, il n’y a que la pornographie pour être critiquée vertement (surtout par des féministes qui y voient une insulte à la Femme), alors que le romantisme cinématographique se voit au pire relayé à une sous-catégorie snobée culturellement. Pourtant, s’il y a écueil à avoir socialement, je le vois égal pour les deux (enfin presque, puisqu’il est bien évident que la porno a plus d’influence globalement que la culture du romantisme). Et la différence évidente, c’est que la pornographie est du tabou alors que sa contrepartie féminine ne l’est pas. Tout cela en proposant sérieusement que le film d’amour est comme de la pornographie, mais pour les femmes.

Sans blague, la comédie romantique est dangereuse parce qu’elle ne montre que de la performance. Le film de filles exploite l’image de l’homme (presque) parfait aux talents amoureux hors du commun. Le film d’amour rend l’homme ordinaire bien banal, si on le compare. Cela peut rendre les femmes bien déçues de leurs prétendants ou de leurs amoureux. Cela peut alors créer des conflits dans le cas où une femme prend trop ses désirs (ce qu’elle voit dans ces films) pour des réalités. Et, pour les célibataires, un sentiment de désillusion qui empêchera de trouver l’âme soeur. Et je ne crois pas exagérer.

Pour ma part, je pense que tout est question de mesure et d’équilibre. La pornographie n’est pas en soi un problème et en plus, à ce que je sache, les participantes le font de leur plein gré, autant que les participants. La question ne se pose pas de cette manière pour ce qui est des comédies romantiques puisque justement ce n’est pas du domaine du tabou. Mais au bout du compte, je le répète, c’est le caractère fictif qui est le plus important à considérer. Et cela ne veut pas dire qu’une femme n’a pas le droit de se permettre un peu de frivolité au lit, ni qu’un homme ne peut pas faire un coup d’éclat romantique pour sa compagne ou sa prétendante.

Il va de soi que le réalisme total dans la représentation n’est pas très intéressant (même ce qui devrait être considéré comme le plus près du réalisme, soit la télé-réalité, est loin du compte). C’est que la fiction est une épice importante de la vie. Et c’est pourquoi il me semble futile de tenter de juger la fiction au-delà du lien qu’elle entretient avec le spectateur et de sa propre réaction. Il est alors question d’éducation quant à ce que la fiction propose, et non de s’en servir comme éducation.

Pour revenir au problème de l’hypersexualisation, cacher ce qu’implique la pornographie dans la société est de loin la pire manière d’y remédier. Et à propos des jeunes, particulièrement les jeunes filles, l’influence indue de la porno et de la filmographie romantique est une bombe à retardement, on le voit bien. Il y a contradiction : d’un côté les pratiques sexuelles mises de l’avant par la porno sont banalisées, et de l’autre le fantasme du garçon romantique à l’extrême se voit encouragé malgré son irréalisme. Tout est mis en place pour qu’il y ait décalages multiples, accompagné de tous les problèmes qui peuvent venir avec.

La solution? Tout ce que je sais, c’est qu’il faut en parler.

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