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Grosse journée…

Grosse journée pour moi aujourd’hui sur le Globe :

Financement politique et chantage

Saga PQ-Duceppe : Marissal le fascinateur

 

Français au Québec : langue officielle mon oeil!

 

Petite anecdote. J’habite Ste-Thérèse, une petite ville de la couronne nord où je suis revenu, après une escapade montréalaise de plus de 15 ans. Je me promenais dans un parc le jour de Noël 2011 en compagnie de ma conjointe (nous ne sommes pas mariés) et de notre fille de 3 ans, la traînant dans une luge.

À l’approche d’une dame et de son petit chien, j’ai dit à ma fille, assez fort : regarde le petit chien! La dame s’approche, lâche son chien qui accourt vers ma fille, et elle lance un commentaire en anglais en lien avec son chien et les enfants. Comme tout bon Québécois qui se respecte, nous avons répondu à son commentaire, que nous avons très bien compris, mais en français. Devant son silence qui nous démontrait très bien son incapacité, du moins, à nous répondre dans la langue de la majorité québécoise, nous sommes partis sans demander notre reste…

Tant qu’à être dans les anecdotes, Mathieu Bock-Côté publiait très récemment sur son profil Facebook ce fait vécu :

 

Hier, à la place Alexis Nihon.

Moi – Je prendrai des amandes, et un jus d’orange.

Le vendeur de 73 ans (en anglais) – 3,73$

Moi – Pardon ?

Lui (toujours en anglais) – 3,73$

Moi – Pardon ?

Lui – Oh ! vous voulez vous faire servir en français ?

Moi – C’est élémentaire, non ?

Lui – C’est rare les Québécois qui exigent d’être servis en français.

 

Je peux presque comprendre les rires gras, le dénigrement et le je-m’en-foutisme devant les réactions virulentes à la suite de la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur du Canadien de Montréal (même si tout ça me fait rire très jaune), mais ici, on ne peut absolument pas faire passer quelconque intérêt devant la survivance du fait français au Québec, à moins d’être tout bonnement contre. Et si la description de ces deux situations vous glisse comme sur le dos d’un canard, assumez, vous êtes contre!

S’il est normal pour un commerçant de servir tous ses clients en anglais au Québec et s’il est possible pour une dame qui ne parle pas français de s’installer dans une petite ville très majoritairement francophone sans avoir besoin de l’apprendre, c’est qu’il y a un problème. Mais bon, c’est bien certain que ce problème n’existe tout simplement pas pour certains, comme en fait foi cette lettre d’un dénommé Michel Magnant, publiée sur le site du journal Le Devoir :

 

La loi 101 a rendu la souveraineté redondante.

L’objectif fondamental du mouvement souverainiste était de se séparer pour protéger la langue française et la culture québécoise. Or ces deux objectifs ont été atteints en très grande partie grâce à la loi 101. Nos institutions sont essentiellement francophones, l’économie est largement passée aux mains des Québécois, nos grandes firmes de haute technologie et d’ingénierie sont québécoises et en bout de ligne le français est devenu absolument la langue officielle du Québec, même pour les fédéralistes. Dans cette foulée la majorité des Québécois ne croit plus qu’il faille faire la souveraineté pour sauvegarder ce qui l’est déjà!

 

Je n’aurais même pas été surpris de lire dans ce texte que la corruption et la collusion n’existent pas au Québec…

Le Canadien et le français : Cunneyworth est un prétexte

(Photo : cdn.nhle.com)

Au Québec depuis quelque temps, tu es indigné par un entraineur temporaire unilingue anglophone ou tu es indigné de voir tant d’indignation pour soi-disant pas grand-chose. Pour ma part, je suis surtout content de constater que pour une fois le hockey (le sport — pas le phénomène social) est presque seulement un prétexte.

Parce que oui le hockey est un catalyseur, je ne peux pas le nier, même si personnellement je ne m’y intéresse pas tellement. Dans le fond, le gros du débat en lien avec l’entraineur unilingue anglo concerne le fait d’y voir ou non seulement une question sportive. Si on y voit seulement une question sportive, c’est bien certain que le fait de la non-capacité de s’exprimer en français d’un entraîneur est hautement secondaire. Sans conteste, Randy Cunneyworth est un personnage interchangeable dans cette histoire. Mais j’ai l’impression que certains se rangent de ce côté parce que c’est une manière facile d’avoir un argument qui a l’air intelligent contre ceux qui voient dans cette situation une occasion de parler de la problématique linguistique.

Sinon, je crois qu’on sous-estime la population et sa capacité d’analyse. La question du fait français ressort de plus en plus de tous les côtés et je pense que cette histoire est seulement la goutte qui a fait déborder le vase. D’autant plus qu’il s’agit du Canadien de Montréal, point d’ancrage important de l’identité québécoise qui est, comme on le sait, historiquement récente.

Parlant d’Histoire, mon collègue Patrick Lévesque a soulevé le fait avéré que le « hockey est un sport d’anglophones, créés par des anglophones, pour des anglophones » et que le « peuple de Canadiens Français soumis et assimilé n’a vu dans ce club qu’un moyen de se valoriser aux yeux de la majorité dominante du pays ». Normand Lester a d’ailleurs soulevé la même chose avec sa chronique « Le club de hockey Canadien est anglophone depuis 70 ans. Réveillez-vous que diable! »

Le message est limpide, mais je ne crois pas qu’il réussit à mettre un terme au débat, au contraire. Cela ne fait que l’attiser. Croyez-vous vraiment que la majorité de la population amateur du CH va se faire enlever à grands frais le tatouage qu’il a sur le coeur pour cette raison? C’est bien beau l’Histoire, mais la relation entre le Canadien et les Québécois s’est actualisée jusqu’à aujourd’hui et là où le bât blesse il ne fait pas moins mal parce que l’historique du club l’explique.

Cette situation est la métaphore parfaite pour démontrer l’ignorance de certains décideurs quant à l’importance accrue du fait français au Québec. Il ne faut vraiment pas avoir de flair politique pour avoir pris la décision de nommer cet unilingue, même temporairement. C’était bien évident que ça allait réagir beaucoup plus fort que pour l’affaire de la Caisse de dépôt, simplement parce que le hockey est omniprésent et est même pour certains pratiquement le seul contact qu’ils ont avec la société.

Randy Cunnyworth est un prétexte, mais surtout une étincelle. Comme le souligne Josée Legault : pour « que MÊME la ministre de la Culture, autrement connue pour sa capacité exceptionnelle à faire du surplace entêté sur la question linguistique – dénonce la nomination de cet entraîneur unilingue anglophone », c’est que la situation est pour le moins sensible. Le ras-le-bol n’attendait qu’une occasion de se manifester, et elle a été servie sur un plateau d’argent.

Et je ne crois pas que de ridiculiser ce ras-le-bol en pointant le fait que c’est une nomination temporaire va aider la cause des amateurs de vin dilué à l’eau, le mal est fait. Espérons que cela portera fruit. Je vous laisse imaginer dans quel sens…

 

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2011/12/le-canadien-et-le-francais-cunneyworth-est-un-pretexte/

Lettre aux immigrants

Chère immigrantes et immigrants,

tout d’abord, je tiens à vous remercier d’être capable de me lire dans ma langue, et encore plus ceux qui sont arrivés ici sans aucune connaissance du français. Cela signifie pour moi que vous avez bien compris et accepté avec bonheur le contexte du territoire dans lequel vous vous êtes installé et cela vous honore grandement!

Aussi, il faut que je vous dise que je suis tout à fait pour l’immigration. Je crois que l’arrivée de gens de partout dans le monde est une richesse culturelle et qu’elle contribue à l’évolution de la société québécoise dans le bon sens. Cela « nous » oblige à nous questionner sur notre rapport à l’autre et à exercer notre tolérance. Et ce « nous » est très inclusif!

Mais le but de cette lettre est plutôt de vous pointer quelque chose qui m’apparaît de plus en plus évident vous concernant. Alors que la question de l’immigration revient sur la table régulièrement pour toutes sortes de raison, j’ai remarqué votre tendance à beaucoup trop le prendre personnel. Ce qui donne l’impression qu’il y a vous d’un bord, et les autres de l’autre (pour y aller au plus simple).

Par exemple, il y en a, et j’en suis, pour remettre en question les politiques d’immigration québécoise et canadienne (interculturalisme et multiculturalisme) et à suggérer une réduction du nombre d’immigrants à recevoir parce qu’il y a un problème évident avec les ressources d’intégration (la francisation étant le problème numéro un). Cela en est devenu un cliché, je le vois sur le web, vous êtes toujours contre ces remises en question même s’il est clair qu’il n’est aucunement suggéré de remettre en cause l’immigration en soi ni la légitimité de votre présence ici.

Ce qui fait en sorte de polariser le débat et de ranger d’un côté les méchants xénophobes et de l’autre les gentilles personnes ouvertes d’esprit qui sont de votre côté. Cela semble caricatural, mais c’est comme cela que je le sens, et je ne dois pas être très loin du compte. Par exemple, aussitôt qu’un Mathieu Bock-Côté pointe quoi que ce soit en lien avec l’immigration on l’invective au lieu de l’écouter (ou de le lire) vraiment. Symboliquement, on lui fait trop facilement porter l’habit du Ku Klux Klan alors qu’en vérité dans notre société il n’y a qu’un pourcentage très minime pour rêver de le porter. Et je sens qu’en acquiesçant à certaines de ses idées en lien avec l’immigration vous faites en sorte que cet habit malsain me colle à la peau.

Je vous le dis, vous êtes ici chez vous, vous êtes un élément essentiel de la solution, vous êtes aux premières lignes de ce débat, et avec raison. Mais pour l’instant, tout ce que vous faites, c’est de bloquer le débat à la source, de camper sur vos positions, et c’est malheureusement ce qui nourrit le mieux ceux qui n’attendent que des raisons pour vous dénigrer. Et puis, ce que je ne comprends pas, lorsqu’il est question de diminuer le nombre d’immigrants à recevoir, c’est pourquoi faire un si grand cas de gens qui ne sont même pas encore ici? Je pourrais comprendre pour ce qui est de ceux qui parmi vous espèrent et attendent de la famille, mais il n’est aucunement question de ça! Il s’agit seulement d’organisation sociétale, pas d’un jeu où le méchant Québec serait injuste en vous enlevant des gens de votre équipe!

J’espère que vous comprenez tout à fait où je veux en venir. Je trouve dommage qu’on ne puisse mettre carte sur table lorsqu’il est question d’immigration alors que votre statut d’immigrant devrait se fondre ou déjà être tout à fait fondu au moment où on en parle. Votre intégration devrait vous donner la confiance d’affronter ces questions de front au lieu de sombrer dans la peur du rejet lorsqu’il s’agit d’une notion très accessoire au final, ou plutôt, très générale. Et je ne dis pas par là que votre réalité d’immigrant n’est pas importante ni pleinement constituante de votre individualité. Je dis qu’elle est à prendre le plus objectivement possible pour le bien de l’analyse, a contrario d’une position de victimisation qui ne fait que faire apparaître une splendide carapace en guise de miroir déformant pour ceux qui jouent, bien malgré eux, le rôle des bourreaux.

Dans le fond, le but de cette lettre est de vous faire voir que ce débat est sclérosé et que vous êtes une partie importante de la solution pour qu’il puisse s’aérer. À partir de ce moment, que le débat penche d’un côté ou de l’autre importe peu, il aura au moins une valeur démocratique et sera débarrassé du tabou dans lequel il est empêtré en ce moment. Je sais que c’est bien pratique pour quiconque d’enfermer l’autre camp dans l’interdit, mais je ne crois sincèrement pas que ce soit juste et équitable. Ni souhaitable.

En espérant vous avoir au moins fait comprendre que la très grande majorité de la société qui vous a accueilli n’est pas contre vous. Et merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire.

Pascal Renart Léveillé

P.S. À lire en complément, un billet de Josée Legault qui croit, comme l’auteur britannique d’origine indienne Kenan Malik, que « c’est une erreur d’analyse que de confondre le multiculturalisme avec l’ouverture à l’immigration, à l’Autre, à la diversité et sur le monde… »

 

Pour laisser un commentaire, suivre le lien suivant : http://leglobe.ca/blog/2011/12/lettres-aux-immigrants/

Réponses à « Doléances pour un Québec dépassé »

 

Jérôme Lussier a publié sur le site du Voir un texte nommé « Doléances pour un Québec dépassé ». Je crois que chacune de ses phrases mérite une réponse. Je ne lui ai pas demandé la permission pour le faire, au contraire de Jean-François Lisée, mais je l’ai fait quand même…

 

Ce n’est pas de l’idéologie de croire que le bilinguisme constitue un avantage et de vouloir en faire bénéficier ses enfants et ses concitoyens.

 

C’est premièrement une idéologie de croire que le bilinguisme au Québec est seulement une question d’anglais comme deuxième langue pour les francophones. C’est une idéologie de croire que l’anglais est essentiel à tous les francophones, comme si tous les aspects de la vie des francophones ne pouvaient se vivre pleinement sans une connaissance de l’anglais. Comme si, pour pointer l’aspect central de la propagande pro-bilinguisme, tous les emplois sans exception demandaient le bilinguisme (le marché de l’emploi le demande pour beaucoup aujourd’hui grâce au laxisme gouvernemental et des entreprises qui n’ont pas assez fait la promotion de la langue française au travail) : le service à la clientèle, et autre travail demandant vraiment la connaissance de l’anglais pour des raisons évidentes, ne sont pas une majorité des emplois au Québec à ce que je sache.

 

Ce n’est pas naître pour un petit pain de rêver que sa fille étudie à Stanford, que son fils travaille à Shanghaï, que son neveu boxe à Las Vegas ou que sa nièce défile à Milan.

 

Non, mais n’est-ce pas un peu proposer, en le formulant ainsi, que quelqu’un qui veut rester ici ne peut pas faire aussi de grandes choses, qu’il ne peut pas être heureux avec ses « petits » rêves?

 

Ce n’est pas une perversion de préférer Bon Iver à Paul Piché, Adele à Céline, les Beastie Boys à Loco Locass, mais d’aimer aussi Jean Leloup, Arcade Fire, Malajube et Beau Dommage.

 

Je suis d’accord. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup de francophones n’aiment pas du tout les artistes qui chantent en français parce que leur oreille s’est (trop) habituée à l’anglais. Ça existe. Sans oublier certains anglophones qui ne sont pas du tout intéressés par ce qui se fait ici en français. Est-ce que j’ai le droit de trouver ça triste même si j’écoute majoritairement de la musique anglophone parce que je n’aime majoritairement pas la musique francophone d’ici qui s’est repliée sur la musique de feu de camp et l’insipide imitation de ce qui se fait ailleurs?

 

Ce n’est pas de la rectitude politique d’affirmer que les questions environnementales, culturelles et économiques de notre époque dépassent le cadre des politiques nationales.

 

Il n’y a pas encore vraiment de gouvernement mondial (le souhaitons-nous vraiment?), alors nous n’avons pas vraiment le choix de composer avec les politiques nationales et de même faire l’analyse du choc entre les politiques nationales, provinciales et municipales. Seulement se concentrer sur le monde, c’est faire l’économie de la réalité de la proximité.

 

Ce n’est pas une religion de constater que Facebook, Twitter et Internet permettent de découvrir et entretenir en temps réel des communautés qui se moquent des frontières.

 

Et il est tout à fait possible de se servir de ces outils pour se créer un réseau francophone par exemple, même seulement québécois francophone si on le désire. La liberté peut se rendre dans ce sens aussi. Mais bon, le mépris à peine voilé de ceux qui vont dans l’autre sens a parfois de la difficulté à se contenir…

 

Ce n’est pas cynique de rappeler que l’univers ne commence pas à Hull et qu’il ne se termine pas à Gaspé et que les lois et les espoirs du Québec n’ont pas de portée extra-territoriale.

 

Quand je parlais de mépris…

 

Ce n’est pas une trahison de concéder que le Québec ne représente que 0,1% de l’humanité et que son statut constitutionnel n’y est pour rien.

 

Mais c’est bien trop regarder notre situation de haut pour je ne sais quel but (même si j’ai un doute de quel but il s’agit…). À ce compte-là, notre bonne Terre est immensément plus une goutte d’eau dans l’océan…

 

Ce n’est pas naïf de dire que le Québec a autant sinon plus besoin du reste du monde que le reste du monde a besoin du Québec.

 

À ce que je sache, le Québec n’a jamais été en autarcie donc il est clair pour moi que cette phrase vise plus amplement la donnée culturelle. Serait-ce une lecture trop négative que d’y lire un dénigrement de notre culture?

 

Ce n’est pas de la haine de soi de contempler sans complaisance ce qui pourrait rendre notre langue et notre culture sans attrait pour des immigrants ou des visiteurs.

 

Cela est la constatation que le Québec ne pourrait être qu’utilitaire pour des immigrants (gagner un meilleur niveau de vie, c’est tout). Au-delà de cette triste constatation qui me semble réaliste, voulons-nous vraiment cela? Mais le gros problème avec cette phrase, c’est que la question de savoir si notre langue et notre culture serait ou non sans attrait se pose parce que le Québec est une province dans un Canada majoritairement anglophone et qui fait la promotion du choix linguistique dans son approche avec les immigrants. Il n’y aurait pas d’équivoque pour un migrant qui choisirait un pays nommé Québec. Pour ce qui est d’un visiteur, il a tout à fait le loisir de venir cracher sur nous si ça lui chante…

 

Ce n’est pas déplacé de suggérer que le copinage, la corruption, les mauvaises écoles et les hôpitaux dysfonctionnels nuisent davantage au Québec que l’université McGill.

 

Comparer des bananes avec des oranges, tant qu’à y être?

 

Ce n’est pas fédéraliste d’être exaspéré par ceux qui parlent davantage de la Nuit des longs couteaux que du décrochage, du soin des personnes âgées et du suicide au Québec.

 

Moi je suis exaspéré par ceux qui voudraient enterrer un problème au nom d’autres problèmes qu’ils trouvent plus important à leurs yeux. Ce qui est fédéraliste, c’est justement de vouloir gommer certaines parties de l’Histoire et de ne pas vouloir que l’indignation se perpétue dans le temps.

 

Ce n’est pas de l’àplatventrisme de refuser d’imposer sa langue à quelqu’un qui la rejette, comme on refuserait de forcer une femme à nous aimer si on échoue à la séduire.

 

La différence, c’est que l’auteur va sûrement vouloir loin de lui cette femme qui lui a refusé son amour alors qu’il va parler avec plaisir anglais avec l’autre… La comparaison ne tient pas la route. Bien au contraire, il démontre que les unilingues et autres allophones qui ne veulent rien savoir du français sont dans une dynamique de rejet de la société dans laquelle il sont, et il est entièrement d’accord avec ça!

 

Ce n’est pas être à genoux de respecter la liberté des autres comme on souhaiterait qu’ils respectent la nôtre.

 

C’est bien malheureux de ne pas avoir ici pointé de quoi il s’agit exactement. Mais je lis entre les lignes qu’il s’agit de la question linguistique. Alors, si dans notre monde on nous impose (par la propagande pro-bilinguisme mondialisante) le fait de savoir parler anglais pour pouvoir respecter au final le choix des anglophones et des allophones de ne pas parler français au Québec, n’est-ce pas là la preuve que le concept de liberté au niveau linguistique ne peut pas être réduit à un énoncé aussi simpliste? Et, concernant l’apprentissage de l’anglais, il faut bien sûr avoir le moins d’accent possible, puisque c’est hautement honteux d’avoir un accent français au Québec!

 

Ce n’est pas du nombrilisme de considérer qu’il y a, en matière culturelle, une sphère intime qui échappe autant à la supervision de l’État que la chambre à coucher.

 

En effet, mais ne serait-ce pas en même temps nier l’influence extérieure de cette sphère intime que de le formuler aussi sommairement?

 

Ce n’est pas être défaitiste de plaider que, même dans la défense d’une langue et d’une culture, la fin ne justifie pas toujours les moyens.

 

Voilà la preuve que parfois une simple phrase égare la pensée plus qu’elle ne la fixe…

 

Ce n’est pas être vendu de douter de l’utilité d’une politique d’hostilité envers les serveuses anglophones comme mode de promotion de la langue officielle.

 

J’en doute aussi, mais je ne doute pas que si elles étaient mises en situation plus souvent de devoir parler français, elles seraient bilingues elles aussi.

 

Ce n’est pas être colonisé de parler anglais à l’occasion à Montréal, une ville qui a toujours été bilingue et cosmopolite.

 

Quiconque à le droit de parler anglais n’importe où. Être colonisé, c’est de ne pas être capable, parce qu’on est soi-disant amoureux de la liberté, de poser des gestes pour montrer l’importance du français comme langue commune alors que cette attitude est aussi une preuve de la liberté de chacun d’envoyer un signal clair.

 

Ce n’est pas de la gentillesse excessive de tolérer sans colère la présence de gens dont la langue, les idées et la culture diffèrent des nôtres.

 

Je ne crois pas qu’il est question ici de gens avec lesquels il n’y a aucun moyen de communiquer (donc l’auteur doit parler de gens avec lesquels il peut échanger quand même en anglais). La seule colère acceptable serait donc celle concernant une impossibilité de communiquer. Et la colère d’un unilingue francophone ne pourrait être acceptable puisqu’il est en soi coupable de ne pas avoir appris l’anglais… Sinon, il faut accepter avec bonne humeur les ghettos qu’a bien heureusement participé à créer le multiculturalisme canadien… (Les deux dernières phrases sont à lire avec en tête le mode ironique.)

 

Ce n’est pas de l’amnésie de revendiquer pour les Québécois d’aujourd’hui une identité qui n’est plus celle de leurs ancêtres de la Nouvelle France.

 

Bien d’accord. Ce n’est même pas contradictoire avec une position de défense du fait français que l’on pourrait qualifier d’extrémiste du côté des amants du multiculturalisme et du bilinguisme (obligatoire).

 

Ce n’est pas une hérésie de supposer qu’une nouvelle génération se reconnaisse davantage dans certaines valeurs universelles que dans un désir d’homogénéité culturelle.

 

C’est un discours bien pensant que de mettre en contradiction ainsi les valeurs des mondialistes et des nationalistes comme si un excluait nécessairement l’autre. Ouverture contre fermeture. Selles de boeuf! (Et s’il faut que je traduise : bullshit!)

 

Ce n’est pas de la propagande de soutenir que le contrôle politique, culturel et linguistique ne peut plus s’exercer en 2011 comme en 1971.

 

Bien sûr, car les rapports de force ne sont plus les mêmes. Et cela dépend aussi toujours de l’analyse qu’on en fait. Avec la mondialisation, l’omniprésence de la culture états-unienne et l’anglomanie mondiale, on ose penser et dire qu’en 1971 c’était trop… alors que la mollesse actuelle est toujours trop…

 

Ce n’est pas déconnecté de sentir, comme Dany Laferrière, qu’il est urgent de “sortir le Québec du Québec”.

 

Ce n’est pas déconnecté de sentir qu’il faut aussi garder un pied dans le Québec. L’équilibre, toujours l’équilibre.

 

Ce n’est pas complexé d’être convaincu que le Québec est plus fier quand il affronte la concurrence et triomphe que quand il s’isole et se déclare gagnant.

 

J’aimerais savoir où le Québec s’isole et quand il « se déclare gagnant »? Il est bien évident que cette phrase s’est construite dans l’optique où la fierté québécoise (qui n’est pas la même que la fierté d’être un terrien) est contre-productive.

 

Ce n’est pas faible d’imaginer que nous sommes plus forts quand on montre ce qu’on sait faire que quand on interdit aux autres de faire différemment.

 

Encore ici un talent certain pour mettre en contradiction deux notions qui ne devraient pas l’être. Et puis, en réalité, je ne comprends pas où « on interdit aux autres de faire différemment ». Encore un problème avec cette idée d’essayer d’être clair avec seulement une phrase. L’idée est bonne, mais elle a ses limites…

 

Ce n’est pas suicidaire de proposer que le Québec a plus à gagner à participer à la mouvance contemporaine qu’à tenter en vain de se protéger du reste du monde.

 

Le Québec ne participe pas déjà « à la mouvance contemporaine »? Force est de constater que la vision de l’auteur par rapport au Québec est sombre et aveuglée par on ne sait trop quoi. Une minorité d’anglophobes primaires qui l’ont trop impressionné? Quelques nationalistes ultraconservateurs qui ne jurent que par leur petit bout de campagne québécoise et qui seraient pour lui extrêmement représentatifs du portrait collectif québécois?

Et puis, pour revenir à la langue, n’est-ce pas un discours qui occulte le fait que, dans le « reste du monde », il y a des pays pour donner du chien à leurs politiques linguistiques, et même des pays anglophones?

Il n’est pas question de se replier sur soi ni de rejeter les autres. Mais bien de clarifier le contrat social pour faire en sorte que soit sans équivoque la volonté que la langue française continue de s’épanouir auprès de tous les habitants du Québec comme langue de communication commune et véhicule de la culture d’ici, au moins ici (il serait naïf de croire qu’on pourrait exporter notre culture majoritairement en français québécois, l’histoire ne nous ayant pas donné autant raison que les colonies britanniques). J’écris « la volonté », mais il est certain que ce n’est pas partagé par tous, les propos de Jérôme Lussier en faisant foi.

Alors, il est bien triste de constater qu’une partie de la nouvelle génération, ainsi que bien des gens des autres générations, ne se rend pas compte du piège dans lequel elle a mis le pied. Un gros oui à l’ouverture aux autres, mais cette ouverture à une limite, et c’est celle de ne pas se nier soi-même pour accommoder le mépris ou la paresse des autres.

Parce que je crois que nous sommes importants à notre façon, pas seulement une vulgaire tache dans l’Histoire.

 

Pour laisser un commentaire, suivre le lien suivant : http://leglobe.ca/blog/2011/12/reponses-a-%C2%AB-doleances-pour-un-quebec-depasse-%C2%BB/

Charest, comme on l’aime…

 

Charest, charest… S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer, mais seulement sous la forme d’un personnage de fiction s’il vous plaît!

Sa patente à gosse, qu’il nous promet améliorée, c’est tout simplement le désagrégement du mur étanche séparant le judiciaire et le politique :

Deux anciens ministres de la Justice, un libéral et l’autre péquiste, estiment que le premier ministre Jean Charest a créé un dangereux précédent en obligeant la juge France Charbonneau à lui demander certains pouvoirs, si elle le juge nécessaire, pour présider à son enquête.

Les pouvoirs manquants étant d’assujettir la Commission Charbonneau à la Loi sur les commissions d’enquête et de contraindre certaines personnes à venir témoigner devant la Commission.

«J’imagine mal qu’on puisse demander une telle chose à la magistrature», a commenté Linda Goupil, qui fut ministre de la Justice de 1998 à 2001, sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard.

La séparation qui doit exister entre les pouvoirs judiciaire et politique doit être à ce point étanche qu’un juge n’a pas à demander quoi que ce soit au gouvernement. «Il a la pleine liberté d’agir dans la mesure où il a le mandat de le faire», précise Me Goupil.

Aux yeux de Marc Bellemare, ministre de la Justice de 2003 à 2004, si jamais la juge Charbonneau s’adresse au gouvernement pour réclamer des pouvoirs additionnels, un «lien malsain» se créera aussitôt entre la Commission et l’exécutif du gouvernement, ce qui nuira inévitablement à sa très nécessaire indépendance.

Ça devrait s’ajouter aux récriminations du mouvement d’occupation au Québec, ça pourrait faire office de nonosse pour Éric Duhaime. Non, même pas… (Màj : finalement, Charest a plié, on aura une vraie commission : http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/commission-charbonneau/201111/09/01-4466190-charbonneau-aura-tous-les-pouvoirs-prevus-par-la-loi.php)

Et ça m’a fait bien rire quand j’ai lu que notre premier ministre « a mis le gouvernement fédéral en garde [...] de chercher à rétablir ses finances sur le dos des provinces. » Quelle carte a-t-il dans sa manche pour avoir un ton si bagarreur? Rien, nada, niet! Avec le PLQ à Québec, Harper peut faire ce qu’il veut (encore plus avec sa majorité) : il est impossible de faire miroiter qu’on peut claquer la porte! Charest n’est quand même pas Bourassa!

Et, concernant son gouvernement, on se rend compte que « la place de l’anglais comme langue de travail dans les services publics » est disproportionnée par rapport au poids démographique des anglophones. Je me disais, pratique comme tout, que les 2,2 milliards qui sont dépensés en trop pour offrir des services en anglais au Québec devraient être redirigés vers les programmes de francisation. Mais non, ça serait impossible, puisque la bande à Charest va déjà dans l’autre sens et a coupé plus d’une trentaine de « classes de français destinées aux immigrants en raison de compressions budgétaires. » Et il ose nous dire sans rire que le fait français compte pour lui…

Bon, une petite dernière pour la route! Charest se moque de la coalition CAQ-ADQ en soulevant que François Legault est un souverainiste de gauche et que Gérard Deltell est un fédéraliste de droite, mais avouez qu’il est en lui-même hautement risible : il est un conservateur dans un parti « libéral »… Alors qu’il s’exclamait que « Ça va être fascinant d’observer ça », avec tout le sarcasme que l’on peut y lire, une grande partie des Québécois n’en pense pas moins à son sujet, c’est le moins que je puisse écrire.


 

Lettre à Pauline Marois

 

Un ami blogueur m’a demandé de publier ici une lettre qu’il a écrite à Pauline Marois. Il ne voulait pas la publier sur son propre blogue pour des raisons personnelles.

Chère madame Marois,

Ce matin au réveil, j’ai pu lire que certains membres de votre parti souhaitaient votre départ. Je me suis dit qu’en effet, il serait peut-être temps de passer le flambeau à quelqu’un d’autre. Le parti stagne, les sondages le prouvent et à entendre ce qu’on dit dans les médias et de l’opinion de mon entourage, ce n’est pas qu’un problème de programme, c’est un problème d’image et peut-être de leadership. Quand je parle de leadership, ce n’est pas au niveau du parti, c’est au niveau de la population. Madame Marois, la population n’a pas confiance en vous; JE n’ai pas confiance en vous.

À mon retour à la maison, j’étais consterné d’apprendre que vous teniez mordicus à votre poste, vous avez décidé de vous imposer malgré l’effondrement progressif du parti, malgré les sondages qui disent qu’un nouveau parti vous supplanterait et ce sans même qu’il n’y ait de programme clair à offrir à la population. Dans les sondages, une majorité de votes iraient vers un nouveau visage, madame Marois, il semble que vous ne seriez même pas capable de vaincre une photo. Il est temps d’admettre que vous ne pouvez pas continuer à miner le parti ainsi. Si vous insistez, ce n’est pas comme première femme à diriger le Québec qu’on se souviendra de vous, mais comme celle qui aura mené le Parti Québécois à l’extinction.

Dans votre attitude, madame Marois, je vois une femme qui refuse de voir la réalité ce qui serait pourtant une qualité essentielle pour le dirigeant de notre nation. Ce que je vois, c’est une femme qui a tellement soif de ce titre historique de chef de la province et peut-être un jour d’un pays, qu’elle fait passer ses intérêts en premier, pas ceux du parti. Ce n’est pas ce que je souhaite voir comme remplaçant ou remplaçante à Jean Charest. Il est temps de céder votre place à quelqu’un qui inspirera la population. Je suis navré de vous le dire, pour moi, ce n’est pas vous.

Madame Marois, si vous avez à cœur le Parti Québécois. Si vous souhaitez vraiment que le PQ reprenne vie, admettez votre défaite et tournons la page. Il en est grand temps.


 

Bonne fête Pierre-Elliott Trudeau!

 

Ce billet est en quelque sorte un remixage d’un billet publié il y a environ un an, tout comme le moment de création de la caricature ci-haut. Parce qu’aujourd’hui c’est la date d’anniversaire de notre traître national, le bien surnommé P.E.T., soit feu Pierre Elliott Trudeau.

J’avais trouvé un texte parfait pour honorer sa mémoire, « dans le sens le plus réaliste du terme », dont j’avais fait ressortir les grandes lignes :

L’héritage de P.E.T :

Dette publique : la majeure partie de l’endettement du Canada est due à ce grand gestionnaire… Pour « payer des programmes sociaux, des salaires, et plein de dépenses courantes. »

Les relations Québec-Canada : rapatriement de la Constitution sans l’accord du Québec, entre autres. « Nous sommes toujours dans ce vide constitutionnel ».

Politique favorisant le multiculturalisme : « Tout ça parce qu’un parano au pouvoir à l’époque a fait adopter cette politique dans le but d’empêcher les « Canadiens français » d’être les seuls à se distinguer de la majorité anglo-saxonne blanche et protestante. »

Charte des droits et des libertés : « J’ai le droit de me sentir insulté si la société dans son ensemble fête Noël, considère la femme égale de l’homme ou si on m’oblige à apprendre le français ou l’anglais. »

Aéroport de Mirabel (avec bien sûr les expropriations qui ont été avec) : « L’insulte s’est ajoutée à l’injure quand le gouvernement Chrétien a nommé l’aéroport international de Montréal en l’honneur de ce triste individu ».

Démantèlement du réseau de chemin de fer « pour favoriser le camionnage ».

Création de la FIRA (agence de tamisage des investissements): « on reconnaît aujourd’hui que cette Agence a considérablement freiné le développement économique du Canada. Pendant cette période, le nombre de chômeurs canadiens a presque quintuplé, passant de 300 000 à 1,4 million. »

Dire qu’il est un dieu pour certaines personnes…

 

TLMEP : un autre pépin technique et un gars sympa

 

Ça fait deux semaines que TLMEP me donne l’occasion de parler de la question linguistique. La semaine dernière, c’était à cause de l’absence de sous-titres français durant un extrait en anglais, avec une plainte à Radio-Canada qui m’a répondu que c’était dû à un pépin technique. Et cette semaine, c’était entre autres durant un extrait d’un discours de la productrice Denise Robert qui s’exprimait anglophonement lors d’une remise de prix cinématographique (où il n’y a pas eu non plus de sous-titres — et s’il faut que je le souligne, j’ai très bien compris quand même : ce n’est pas ma propre incapacité qui me pousse à prendre cette question au sérieux). En tout cas, je vais assurément pointer l’ironie de la chose à la représentante des relations avec l’auditoire qui m’a envoyé un courriel d’excuses la semaine dernière…

L’autre occasion, c’était le premier invité de l’émission, un joueur de football montréalais, qui s’exprimait uniquement en anglais (là, les sous-titres n’ont pas manqué…). Vous m’excuserez d’être très inculte au niveau des sports, mais il a fallu que je lise la phrase suivante sur Twitter pour réagir :

 

C’est spécial que Calvillo ne parle pas français, depuis le temps qu’il est ici…

 

Je ne peux rien y faire, j’ai toujours la même réaction quand je vois quelqu’un choisir la facilité de ne pas apprendre le français parce qu’il est très possible de vivre uniquement en anglais à Montréal (le reste du Québec suivant de près cette tendance, Laval en tête). Ce qui s’est soldé par cette publication :

 

Calvillo ne parle pas français et il n’a sûrement pas juste côtoyé des anglos, faites le calcul…

 

Et bien sûr que je vise la majorité des Québécois qui sont bilingues et qui ne s’aventureront jamais par exemple à faire semblant de ne pas parler anglais devant un unilingue anglais, encore moins à essayer de lui faire comprendre qu’il devrait s’y mettre au plus vite! Bien sûr que non, le Québécois qui a comme langue maternelle le français a bien trop peur de la confrontation, c’est dans sa nature. Est-ce que je peux en profiter pour la qualifier de colonisée?

Et c’était tout à fait prévisible qu’on allait me servir l’habituel et bancal argumentaire de l’ouverture au monde qui vient avec ce que j’appellerais bien affectueusement le bilinguisme suprématiste. Le plus beau, c’est que cet argumentaire rend comme par magie ma critique linguistique égale à un discours de repli sur soi. Comme si d’avoir un parti-pris pour le français comme langue commune au Québec avait à voir avec le bilinguisme (volontaire) et encore pire, l’anglophobie. Comme si de constater que notre société encourage la perte de vitesse du fait français était extrémiste…

J’en ai plein le dos de cette attitude à la petite semaine qui fait fi de la tendance lourde, qui s’aveugle volontairement ou non de tous les signaux comme ceux que je soulève ici, qui les classent tous dans un alarmisme inutile alors que la simple vérité de leur addition est effectivement alarmante.

On a fait remarquer que le gars, Calvillo, est sympathique, ce qui est tout à fait vrai. Mais je ne parle pas ici du gars en soi, je parle de son choix, encore plus du symptôme de son choix. On m’a même dit qu’il était « osé » de m’y attaquer parce que c’est un gentleman. S’il fallait que je m’arrête à ça, je ne parlerais plus ici et ailleurs que de ma petite vie.


 

Une chaîne de courriel pour gagner contre la corruption!

 

Une chaîne de courriel, c’est tellement 2000… Mais bon, étant donné que la majorité de la population semble considérer le problème de la collusion, etc. comme un fait divers, je me suis dit qu’il serait peut-être utile de revenir en arrière. J’ai donc concocté un message à faire voyager par courriel en m’inspirant d’un récent billet :

 

Bonjour,

comme la plupart, et avec raison, vous vous dites sûrement que « la politique, c’est de la marde ». Et pour cette raison, vous fuyez comme la peste les médias traditionnels et les médias sociaux quand il en est question. Le problème, c’est que ça profite bien à ceux qui sont contents de vous voir dormir…

Ça ne sera pas long, juste un exemple : le prix du béton est gonflé au Québec, comme tous les autres coûts liés aux travaux d’infrastructure, d’ailleurs. Donc, collectivement, ça nous coûte plus cher. Vous savez, cet argent que l’on donne à l’impôt provincial… Et ça tombe qu’un des joueurs « clé dans le domaine de la construction au Québec », le président de Schokbéton, est un grand ami de notre premier ministre et est aussi collecteur de fonds pour son parti. Faites le calcul.

Et ce n’est qu’une partie de la pointe de l’iceberg. Si ça ne vous fait rien, j’aimerais pouvoir traverser l’écran pour pouvoir vous donner trois-quatre claques pour vous réveiller! Et si vous ne transférez pas ce courriel à tous vos contacts tout de suite, j’espère que vous allez mal dormir jusqu’à ce que vous vous décidiez à le faire!

Un citoyen ben ben tanné.

https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-2019/index.html

 

Alors que Johnny Charest semble avoir dans les oreilles des bouchons en béton (de bonne qualité, contrairement à celui utilisé dans nos infrastructures…), il faudrait que le plus de gens possible participent en copiant-collant ce message pour tout son réseau et, bien sûr, surtout, en signant cette pétition.

Et je vous laisse sur ces mots publiés sur Twitter, que vous comprendrez surtout si vous avez écouté le début de TLMEP hier où trois députés, Amir Khadir (QS), Sylvie Roy (ADQ) et Nicolas Girard (PQ), étaient là pour parler de tous ces problèmes (contrairement à un autre) :

 

Le refus de Moreau parle tellement. Pas d’image vaut 1 000 000 de mots. #TLMEP #collusion

 


 

Laïcité et valeurs, le dernier combat

 

Depuis quelque temps, le sujet de la laïcité revient et revient sous ma plume alors que je me dois d’écrire pour mon texte de la semaine sur Les 7 du Québec. C’est un hasard, et je le trouve heureux.

Juste comme je réfléchissais à quoi choisir comme sujet, je tombe via un tweet de Jeff Plante (@JF_Plante) sur le billet « Laïcité et éthique chrétienne ». Il y est question des avis divergents de Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte face au livre « La culture religieuse n’est pas la foi — Identité du Québec et laïcité » de Guy Durand, défendu par Jean Laberge, l’auteur dudit billet.

Dans le premier chapitre, Durand recueille de très nombreux témoignages de Québécois qui, aujourd’hui comme hier, ont façonné le Québec par l’héritage chrétien et ce, dans tous les domaines d’activités, voire même dans les institutions démocratiques elles-mêmes du Québec. On sait que la question de la laïcité de l’État québécois s’est cristallisée autour du fameux crucifix de l’Assemblée nationale. Les tenants de la laïcité intégrale ou stricte l’ont en horreur, même des croyants. Durand plaide pour conserver le crucifix car il fait partie de notre fibre d’être québécois, que nous soyons ou non des croyants, voire chrétiens.

Premièrement, le crucifix à l’Assemblée nationale ne me semble pas tellement cristalliser la question de la laïcité, même que je crois que ce serait le dernier symbole religieux à garder sa place, vu son caractère très historique. Par contre, en fouillant plus profondément dans l’Histoire, justement, il est clair que ce crucifix, en plus d’être le premier symbole du christianisme, est le puissant symbole du contraire de ce que la laïcité prône : « ce crucifix a été donné par l’archevêque de Québec à Maurice Duplessis pour sceller l’alliance entre l’Église et l’État. »

Et j’ai pris la peine de spécifier qu’il fallait fouiller « profondément » parce qu’il est certain que ce détail de l’Histoire échappe à la grande majorité des Québécois. Alors, ça me fait bien rigoler de lire que ce crucifix « fait partie de notre fibre d’être québécois ». Et c’est encore plus drôle quand on se rappelle que le changement de dénomination (et identitaire), de Canadien-Français à Québécois, s’est produit grâce à la Révolution Tranquille, qui était beaucoup une réaction au règne de Maurice Duplessis… Tentative de réécriture de l’Histoire?

Mais je ne voulais surtout pas écrire un billet au sujet du crucifix à l’Assemblée nationale (même si je pourrais seulement me concentrer ici à développer qu’en fait la possible disparition de ce symbole fait bien plus peur aux détracteurs de la laïcité que sa présence ne fait peur aux pro-laïcité). La question qui m’intéresse concerne plus amplement le lien entre la culture (l’« Ensemble des formes acquises de comportement de l’être humain. ») et la religion au Québec. Parce que l’essentiel du discours de Jean Laberge, nourri par Guy Durand, consiste en une énumération de l’ « héritage chrétien », avec l’aide de figures emblématiques du Québec comme Michel Chartrand et Camille Laurin, afin de justifier la place de la religion, enfin de sa tradition, aujourd’hui.

Le problème que j’ai avec ce discours, c’est qu’il déborde de la question étatique. C’est que même la laïcité stricte ne pourrait empêcher la population, si elle le désire, de célébrer son héritage chrétien. La culture en est bien sûr imprégnée, et un mur vide où était précédemment un crucifix, et un employé de l’État qui laisse dans sa poche un pendentif avec une croix, et une employée d’un service étatique qui laisse son voile à la maison, ne pourront changer ça. Et, pour ce qui est des valeurs, ce vers quoi tout le discours de Laberge tend, j’ai un gros bémol…

Je vais l’écrire d’emblée, son message prône l’emprisonnement, voire même la prise en otage de la culture et des valeurs par l’héritage de la religion. Et je me pose la question à savoir si le but est d’actualiser le lien entre la société et la religion (bien sûr catholique). Je m’explique, premièrement avec une question : même si je suis d’accord que les valeurs des êtres humains ont beaucoup été influencées par la religion — par son omniprésence historique dans les sociétés —, est-ce que ces valeurs sont indissociables de cet héritage?

La réponse est bien sûr non. Et la transmission de ces valeurs ne dépend pas exclusivement de la pratique religieuse, en plus. Si « Sergio Leone, le réalisateur des fameux westerns-spaghetti, bon athée et anarchiste, n’a pu s’empêcher d’user d’images religieuses chrétiennes dans son cinéma que la longue tradition catholique lui a légué en héritage », comme le souligne Laberge dans son billet, un athée comme moi peu bien élever sa fille selon une majorité de valeurs que la religion catholique ne nierait absolument pas. Alors, pourquoi toujours revendiquer la paternité religieuse des valeurs puisqu’elles ne disparaissent visiblement pas avec la remise en question de la religion, qui vient entre autres avec la laïcité? J’irais encore plus loin, elles ne disparaîtraient pas si une pilule distribuée à la totalité de la population mondiale réussissait à faire disparaître le phénomène religieux et la croyance en Dieu. Je dis qu’elles ne disparaissent pas, mais je sais très bien que le discours religieux actuel trouve justement sa base sur la peur, ou une certaine constatation — qui relève beaucoup à mon avis de l’hypocondrie — de la perdition du mode de vie occidental. À la base, c’est le propre du conservatisme et du traditionalisme d’avoir peur de l’évolution et du changement, alors ce n’est pas bien difficile à réfuter.

Et, parlant d’évolution, je crois que la religion a été nécessaire à l’évolution des sociétés humaines (beaucoup vers la gauche au Québec comme le souligne Laberge, et pourtant beaucoup vers la droite par exemple aux États-Unis…). La religion a institué une cohésion sociale qui aujourd’hui est bien assimilée (pas toujours avec bonheur, j’en conviens). Ce que la société rejette aujourd’hui de la religion est seulement ce qu’il lui reste de poussiéreux, d’archaïque. Et la religion était bien utile là où l’éducation était quasi inexistante. Alors, je crois que le défi actuel, étant donné que la population est beaucoup plus éduquée, est de remettre en question ces valeurs héritées de notre passé et, une fois le test remporté, de les célébrer en toute connaissance de cause. Cela serait bien tout le contraire d’écrire tout bonnement, comme l’a fait Guy Durand, comme une gifle à l’intelligence humaine : « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » J’admets qu’en gommant l’adjectif « chrétiennes » l’énoncé a du sens, mais en gommant aussi la définition biologique en lien avec la vie. Personne ne peut mourir par manque de valeurs, encore moins chrétiennes…

Et dans cette idée de défi actuel, ce pour quoi toutes ces questions me sont intéressantes, il y a pour moi la conviction que l’abandon total de la religion (comme béquille sociale) ne pourrait que donner un coup de main à la réflexion globale. Et c’est déjà en cours de toute façon, depuis que l’État a purgé la religion de ses entrailles. Mais il reste encore des stigmates à éliminer, alors on voit clairement la terreur dans les yeux de certains croyants.

(Photo : brioso)


 

Pornographie et romantisme


Ce dont je vais vous parler m’apparaît évident depuis longtemps, même si je sais très bien que c’est discutable, malgré tout. Dans la foulée du problème grandissant de l’hypersexualisation, surtout au niveau des jeunes (et des enfants), je crois qu’il serait bien de regarder le phénomène de la pornographie versus celui du romantisme (comprendre surtout par ce terme ce qu’on appelle les « films de filles », les « films d’amour », les « comédies romantiques », etc.).

J’aimerais parler de ce sujet parce que j’y trouve un lien avec l’histoire que je relatais récemment, celle de mon ami enseignant qui s’est fait taper sur les doigts pour avoir parlé de sexualité dans son cours (et même avec ma pointe antireligieuse qui a suivi). Le message qu’il tentait de communiquer à ses élèves, c’est que le rapport à la sexualité est généralement très différent pour les filles et les garçons. Et qu’il est important que tous aient conscience de ces différences.

Je suis tout à fait au courant qu’il n’est pas bien de généraliser, mais je devrai le faire ici pour ne pas surcharger mon billet d’explications. Alors, ayons en tête que ce n’est pas tous les hommes qui regardent de la porno, et que ce n’est pas toutes les femmes qui regardent des films de filles… Mais, ne nous cachons pas la tête dans le sable, la majorité de la porno est regardée par des hommes, les films de filles par des femmes. Ça va de soi.

Pour ceux qui ne comprendraient pas encore le parallèle, dans les deux cas il s’agit de fiction. Et le problème réside justement dans le cas où quelqu’un prend un ou l’autre pour la réalité. Les relations sexuelles mises en scène dans les films pornographiques ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations sexuelles humaines. Comme les films d’amour ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations amoureuses humaines. Si un homme s’attend à des relations sexuelles comme dans la porno, il risque fort d’être déçu, idem pour la femme qui s’attend à vivre une histoire d’amour comme dans les comédies romantiques.

Dans notre monde actuel, quand même, il n’y a que la pornographie pour être critiquée vertement (surtout par des féministes qui y voient une insulte à la Femme), alors que le romantisme cinématographique se voit au pire relayé à une sous-catégorie snobée culturellement. Pourtant, s’il y a écueil à avoir socialement, je le vois égal pour les deux (enfin presque, puisqu’il est bien évident que la porno a plus d’influence globalement que la culture du romantisme). Et la différence évidente, c’est que la pornographie est du tabou alors que sa contrepartie féminine ne l’est pas. Tout cela en proposant sérieusement que le film d’amour est comme de la pornographie, mais pour les femmes.

Sans blague, la comédie romantique est dangereuse parce qu’elle ne montre que de la performance. Le film de filles exploite l’image de l’homme (presque) parfait aux talents amoureux hors du commun. Le film d’amour rend l’homme ordinaire bien banal, si on le compare. Cela peut rendre les femmes bien déçues de leurs prétendants ou de leurs amoureux. Cela peut alors créer des conflits dans le cas où une femme prend trop ses désirs (ce qu’elle voit dans ces films) pour des réalités. Et, pour les célibataires, un sentiment de désillusion qui empêchera de trouver l’âme soeur. Et je ne crois pas exagérer.

Pour ma part, je pense que tout est question de mesure et d’équilibre. La pornographie n’est pas en soi un problème et en plus, à ce que je sache, les participantes le font de leur plein gré, autant que les participants. La question ne se pose pas de cette manière pour ce qui est des comédies romantiques puisque justement ce n’est pas du domaine du tabou. Mais au bout du compte, je le répète, c’est le caractère fictif qui est le plus important à considérer. Et cela ne veut pas dire qu’une femme n’a pas le droit de se permettre un peu de frivolité au lit, ni qu’un homme ne peut pas faire un coup d’éclat romantique pour sa compagne ou sa prétendante.

Il va de soi que le réalisme total dans la représentation n’est pas très intéressant (même ce qui devrait être considéré comme le plus près du réalisme, soit la télé-réalité, est loin du compte). C’est que la fiction est une épice importante de la vie. Et c’est pourquoi il me semble futile de tenter de juger la fiction au-delà du lien qu’elle entretient avec le spectateur et de sa propre réaction. Il est alors question d’éducation quant à ce que la fiction propose, et non de s’en servir comme éducation.

Pour revenir au problème de l’hypersexualisation, cacher ce qu’implique la pornographie dans la société est de loin la pire manière d’y remédier. Et à propos des jeunes, particulièrement les jeunes filles, l’influence indue de la porno et de la filmographie romantique est une bombe à retardement, on le voit bien. Il y a contradiction : d’un côté les pratiques sexuelles mises de l’avant par la porno sont banalisées, et de l’autre le fantasme du garçon romantique à l’extrême se voit encouragé malgré son irréalisme. Tout est mis en place pour qu’il y ait décalages multiples, accompagné de tous les problèmes qui peuvent venir avec.

La solution? Tout ce que je sais, c’est qu’il faut en parler.

Ajout :

Pour continuer votre lecture : Pornographie ou érotisme?


 

Le bilinguisme de facade

Alors que je furetais dans les archives du blogue de Patrick Lagacé, j’ai cliqué sur son billet en lien avec l’histoire d’Air Canada et des commentaires antifrancophones qui ont suivi (le chroniqueur les qualifie de racistes, mais je n’aime pas trop qu’on utilise ce terme à toutes les sauces…). Après le billet, j’ai commencé à lire les commentaires et je me suis arrêté au quatrième (de toute façon, il y en a 357 au moment où j’écris), de quelqu’un qui signe « hyde » :

[...]

Pour ma part, rien ne m’étonne de cette situation. La loi sur le bilinguisme n’est qu’une façade pour plaire aux Québécois.

En vérité, la majorité des Rocanadians sont indifférents face au fait francophone. Pour eux, le Canada est un pays anglophone. Peut-on vraiment leur en vouloir? Ils n’ont jamais à parler français, c’est une obligation inutile.

Pourquoi un employé du gouvernement travaillant et vivant à Calgary devrait être capable de servir en français? Il est à Calgary. C’est comme demandez (sic) à un Allemand d’apprendre le Danois.

C’est la même chose pour un employé du gouvernement situé à Chicoutimi. À quoi lui sert l’anglais?

La question des langues officielles devrait être une compétence exclusivement provinciale. Si une province veut le bilinguisme qu’elle le fasse. On est pas obligé de l’imposer à une province où le fait français est inexistant.

Tout ça est une autre preuve que ce foutu pays ne fonctionne pas. Ça ne fait que créer des tensions qui nous amènent à des propos xénophobes et créer la haine.

Je suis tout à fait d’accord avec ces propos. Mais je suis capable de voir que les francophones du ROC pourraient être tout à fait contre, puisque le bilinguisme pancanadien est leur bouée de sauvetage, même si son degré de flottaison est quasi nul…


 

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La folie ordinaire

 

Mon titre, je l’ai piqué à Charles Bukowski, celui qui publiait en 1972 « Erections, Ejaculations, Exhibitions, and General Tales of Ordinary Madness », traduit simplement par « Les Contes de la folie ordinaire ». Je m’en sers dans un autre sens : et par cela je vais tenter de questionner, et la folie, et l’ordinaire, aujourd’hui, devant le verdict renversant de « non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux » du cardiologue Guy Turcotte.

Pour être franc, je n’ai aucunement suivi cette histoire, sinon de très loin (alors, je ne me suis pas trop fait manipuler par les médias). Le jeune père que je suis n’est aucunement capable de savoir (même si je l’ai quand même su, comme beaucoup d’autres choses…) des détails comme celui que Guy Turcotte a eu « conscience de ce qu’il faisait, quand il a entendu son fils lui dire d’arrêter ». Sentir son coeur virer à l’envers, le moins souvent possible… Et pour cette raison, je ne devrais même pas pouvoir écrire à ce sujet, encore plus parce que je n’ai pas assisté au procès, comme le rappelle la spécialiste en droit criminel Véronique Robert.

J’en prends note, mais je continue de voir qu’il y a un trop grand écart ici entre la Justice et ce que la moyenne des gens est capable d’en comprendre, surtout à la suite de ce verdict. Et ça me fait revenir à mon titre. On a l’impression que ce verdict rend la folie ordinaire. Plus précisément, que toute folie (ou ce que l’on considère comme tel devant la loi) est égale. Que la folie qui gagne quelqu’un suite à des problèmes relationnels est égale à la folie de quelqu’un qui est en proie à des épisodes schizophréniques, par exemple, qui sont franchement plus du domaine génétique.

Si vous voyez où je veux en venir, c’est que rien dans les gestes de Guy Turcotte n’écarte l’histoire d’amour déchue. L’absurdité ne se retrouve que dans la teneur des gestes, pas dans ce qui y mène, dans le sens où la vengeance soutire le pire de l’humain, en tout cas au niveau du fantasme. Nous comprenons que le père cocufié ait fantasmé le pire (tuer ses enfants) pour détruire la mère qui ne voulait plus être son épouse, et c’est bien là où se trouve la capacité de faire « la distinction entre le bien et le mal » et « d’apprécier la nature et la qualité de ses actes ». Mais c’est tellement lié qu’il est difficile de croire que le chemin pour se rendre du fantasme à la réalité soit seulement de la pure folie. Comment Guy Turcotte a-t-il pu se perdre en chemin alors que tout le reliait au noyau de son trouble? Il y a dans la folie cette irrationalité que je n’arrive pas à percevoir dans ce cas-ci, puisque le lien de cause à effet me semble fluide. Le meurtre des enfants représente le comble de la vengeance et c’est ce qui a été fait. Guy Turcotte semble s’être planté lui-même ce germe comme un drogué consomme ce qui peut le rendre inconscient de la réalité. Mais un meurtrier drogué ne s’en tire pas même s’il était « inconscient » lors de l’acte, comme me l’a indiqué un ami avocat. Alors, la différence entre les deux me semble ténue.

Le jury a décidé qu’il s’était perdu en route dans la folie et je ne comprends pas, comme beaucoup de gens. Comme le blogueur Patrick Lévesque, je crois que notre « système de justice a [...] une responsabilité envers les citoyens, soit de les éduquer. Cette responsabilité est essentielle afin de conserver sa crédibilité, ce qui est en retour essentiel au maintien d’un système de droit, l’un des piliers de notre vie démocratique. Au-delà du choc, de la colère, de la tristesse, il est temps de passer à la compréhension. Les explications doivent venir; elles doivent être fournies rapidement, et elles doivent être fournies en tenant compte des émotions que vit en ce moment le grand public (dont je fais partie) ».

J’ai bien relu le texte de Véronique Robert, hyperlié plus haut, qui s’y connaît beaucoup plus que la majorité, et pourtant je ne comprends toujours pas. Quand j’y lis que le jury a décidé, « à l’unanimité, que « le monstre » était vraiment en état de déséquilibre mental au moment des faits », je me dis qu’il faut bien de toute façon être « en état de déséquilibre mental » pour tuer ses enfants, c’est un pré requis : une personne équilibrée mentalement ne va pas faire ça. Et pourtant, je ne doute pas que ce raisonnement ne fasse pas le poids au niveau de la Justice. Mais bon, je ne suis pas juriste. Et ça doit être le problème de la majorité de la population qui n’est pas d’accord avec ce verdict.

Voilà, la question de la folie est posée. Et elle n’est surtout pas simple. Quant à l’ordinaire, le choix du terme est peut-être abusif en soi, mais il sert au moins de contrepoids. La folie comme concept ultime ne peut pas être remise en question. En l’acoquinant à l’ordinaire je le rendais au moins un peu plus malléable. Et, il n’y a pas de doute pour moi, le concept de folie au niveau de la Justice est très discutable.

C’est ce que bien humblement j’ai essayé de faire ressortir ici.

Ajout :

L’affaire Turcotte: Le crime parfait?

http://www.centpapiers.com/l’affaire-turcotte-le-crime-parfait/

(Photo : amandajane)