Ça fait deux semaines que TLMEP me donne l’occasion de parler de la question linguistique. La semaine dernière, c’était à cause de l’absence de sous-titres français durant un extrait en anglais, avec une plainte à Radio-Canada qui m’a répondu que c’était dû à un pépin technique. Et cette semaine, c’était entre autres durant un extrait d’un discours de la productrice Denise Robert qui s’exprimait anglophonement lors d’une remise de prix cinématographique (où il n’y a pas eu non plus de sous-titres — et s’il faut que je le souligne, j’ai très bien compris quand même : ce n’est pas ma propre incapacité qui me pousse à prendre cette question au sérieux). En tout cas, je vais assurément pointer l’ironie de la chose à la représentante des relations avec l’auditoire qui m’a envoyé un courriel d’excuses la semaine dernière…
L’autre occasion, c’était le premier invité de l’émission, un joueur de football montréalais, qui s’exprimait uniquement en anglais (là, les sous-titres n’ont pas manqué…). Vous m’excuserez d’être très inculte au niveau des sports, mais il a fallu que je lise la phrase suivante sur Twitter pour réagir :
C’est spécial que Calvillo ne parle pas français, depuis le temps qu’il est ici…
Je ne peux rien y faire, j’ai toujours la même réaction quand je vois quelqu’un choisir la facilité de ne pas apprendre le français parce qu’il est très possible de vivre uniquement en anglais à Montréal (le reste du Québec suivant de près cette tendance, Laval en tête). Ce qui s’est soldé par cette publication :
Calvillo ne parle pas français et il n’a sûrement pas juste côtoyé des anglos, faites le calcul…
Et bien sûr que je vise la majorité des Québécois qui sont bilingues et qui ne s’aventureront jamais par exemple à faire semblant de ne pas parler anglais devant un unilingue anglais, encore moins à essayer de lui faire comprendre qu’il devrait s’y mettre au plus vite! Bien sûr que non, le Québécois qui a comme langue maternelle le français a bien trop peur de la confrontation, c’est dans sa nature. Est-ce que je peux en profiter pour la qualifier de colonisée?
Et c’était tout à fait prévisible qu’on allait me servir l’habituel et bancal argumentaire de l’ouverture au monde qui vient avec ce que j’appellerais bien affectueusement le bilinguisme suprématiste. Le plus beau, c’est que cet argumentaire rend comme par magie ma critique linguistique égale à un discours de repli sur soi. Comme si d’avoir un parti-pris pour le français comme langue commune au Québec avait à voir avec le bilinguisme (volontaire) et encore pire, l’anglophobie. Comme si de constater que notre société encourage la perte de vitesse du fait français était extrémiste…
J’en ai plein le dos de cette attitude à la petite semaine qui fait fi de la tendance lourde, qui s’aveugle volontairement ou non de tous les signaux comme ceux que je soulève ici, qui les classent tous dans un alarmisme inutile alors que la simple vérité de leur addition est effectivement alarmante.
On a fait remarquer que le gars, Calvillo, est sympathique, ce qui est tout à fait vrai. Mais je ne parle pas ici du gars en soi, je parle de son choix, encore plus du symptôme de son choix. On m’a même dit qu’il était « osé » de m’y attaquer parce que c’est un gentleman. S’il fallait que je m’arrête à ça, je ne parlerais plus ici et ailleurs que de ma petite vie.














