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TLMEP : un autre pépin technique et un gars sympa

 

Ça fait deux semaines que TLMEP me donne l’occasion de parler de la question linguistique. La semaine dernière, c’était à cause de l’absence de sous-titres français durant un extrait en anglais, avec une plainte à Radio-Canada qui m’a répondu que c’était dû à un pépin technique. Et cette semaine, c’était entre autres durant un extrait d’un discours de la productrice Denise Robert qui s’exprimait anglophonement lors d’une remise de prix cinématographique (où il n’y a pas eu non plus de sous-titres — et s’il faut que je le souligne, j’ai très bien compris quand même : ce n’est pas ma propre incapacité qui me pousse à prendre cette question au sérieux). En tout cas, je vais assurément pointer l’ironie de la chose à la représentante des relations avec l’auditoire qui m’a envoyé un courriel d’excuses la semaine dernière…

L’autre occasion, c’était le premier invité de l’émission, un joueur de football montréalais, qui s’exprimait uniquement en anglais (là, les sous-titres n’ont pas manqué…). Vous m’excuserez d’être très inculte au niveau des sports, mais il a fallu que je lise la phrase suivante sur Twitter pour réagir :

 

C’est spécial que Calvillo ne parle pas français, depuis le temps qu’il est ici…

 

Je ne peux rien y faire, j’ai toujours la même réaction quand je vois quelqu’un choisir la facilité de ne pas apprendre le français parce qu’il est très possible de vivre uniquement en anglais à Montréal (le reste du Québec suivant de près cette tendance, Laval en tête). Ce qui s’est soldé par cette publication :

 

Calvillo ne parle pas français et il n’a sûrement pas juste côtoyé des anglos, faites le calcul…

 

Et bien sûr que je vise la majorité des Québécois qui sont bilingues et qui ne s’aventureront jamais par exemple à faire semblant de ne pas parler anglais devant un unilingue anglais, encore moins à essayer de lui faire comprendre qu’il devrait s’y mettre au plus vite! Bien sûr que non, le Québécois qui a comme langue maternelle le français a bien trop peur de la confrontation, c’est dans sa nature. Est-ce que je peux en profiter pour la qualifier de colonisée?

Et c’était tout à fait prévisible qu’on allait me servir l’habituel et bancal argumentaire de l’ouverture au monde qui vient avec ce que j’appellerais bien affectueusement le bilinguisme suprématiste. Le plus beau, c’est que cet argumentaire rend comme par magie ma critique linguistique égale à un discours de repli sur soi. Comme si d’avoir un parti-pris pour le français comme langue commune au Québec avait à voir avec le bilinguisme (volontaire) et encore pire, l’anglophobie. Comme si de constater que notre société encourage la perte de vitesse du fait français était extrémiste…

J’en ai plein le dos de cette attitude à la petite semaine qui fait fi de la tendance lourde, qui s’aveugle volontairement ou non de tous les signaux comme ceux que je soulève ici, qui les classent tous dans un alarmisme inutile alors que la simple vérité de leur addition est effectivement alarmante.

On a fait remarquer que le gars, Calvillo, est sympathique, ce qui est tout à fait vrai. Mais je ne parle pas ici du gars en soi, je parle de son choix, encore plus du symptôme de son choix. On m’a même dit qu’il était « osé » de m’y attaquer parce que c’est un gentleman. S’il fallait que je m’arrête à ça, je ne parlerais plus ici et ailleurs que de ma petite vie.


 

Tout le monde s’en fout du français… (avec màj)

Hier, à Tout le monde en parle, pendant l’entrevue consacrée à René Angélil, on a passé un bout d’une entrevue avec Celine, en anglais. On ne s’est même pas donné la peine de mettre de sous-titres en français.

Ayant les yeux sur le fil Twitter #TLMEP en même temps, j’ai vu passer un message que j’ai retwitté aussitôt :

 

Lentement, mais sûrement, le sous-titrage français disparaît de la télé publique québécoise. #tlmep #telejournal

 

J’en ai concocté un autre, en mode ironique :

 

Pas de sous-titrage français à #TLMEP  : c’est anormal de ne pas comprendre l’anglais dans ce monde de toute façon.

 

Si le taux de réactions est un signe de l’importance d’un enjeu, visiblement, « Tout le monde s’en fout »… Mais j’ai quand même eu une discussion avec un utilisateur qui qualifiait le propos de paranoïaque :

 

Bon bon bon un passage en anglais pas de sous-titre pis ça parle de complot #tlmep

 

Ce que je lui expliquais, en d’autres mots, c’est que ce n’est plus systématique les sous-titres français. On en laisse passer de temps en temps de plus en plus, je le remarque, et je n’ai pas les yeux rivés sur Radio-Canada 24 heures sur 24… Il a fini par admettre qu’il n’avait seulement sans doute pas remarqué.

Voilà où se trouve le problème. Ce n’est tellement pas grave qu’on ne le remarque même pas. Et quand quelqu’un soulève le problème, on est soit indifférent, soit on l’accuse de conspirationnisme… On a tout à fait le droit de s’en foutre, mais objectivement il reste que de ne pas mettre de sous-titres français envoie le message que tous les auditeurs de Radio-Canada devraient comprendre l’anglais. Ce qui n’est pas le cas : alors cet oubli, si c’est effectivement un oubli, est complètement irrespectueux d’une partie de la minorité unilingue francophone qui regardait hier Tout le monde en parle. Et ce n’est pas parce que moi j’ai compris ce que Celine avait à dire que je dois m’en laver pour autant les mains :

 

«Le français n’est pas une sous-langue au Québec »!

 

Et pourtant, certains la considèrent comme telle, comme l’ont soulevé les Justiciers masqués hier sur Twitter :

 

NDG, Montréal: 2 choix au guichet automatique, anglais ou espagnol! Mucho fuck you!

 

Étude de cas : Maji Water

J’ai reçu récemment une notification de Twitter comme quoi le compte @MAJIH2O s’était abonné au mien. Je ne l’ai pas suivi en retour, contrairement à ce que je fais majoritairement. Parce que c’est une compagnie d’eau embouteillée socialement responsable (« A socially conscious bottled water company ») basée à Montréal qui communique avec ses clients potentiels seulement en anglais, et sur Twitter, et sur son site. Plutôt drôle de voir une compagnie ayant supposément une conscience « sociale » ne pas avoir de respect pour la langue majoritaire de la « société » où elle se trouve et avec qui elle veut faire des affaires, même responsables…

Ajout :

Pour faire une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada : http://blogues.radio-canada.ca/ombudsman/nous-joindre

Moi c’est fait!

Màj :

 

La réponse de Radio-Canada : http://www.renartleveille.com/retour-sur-tlmep-et-labsence-de-sous-titres/


 

PQ, Marois et souveraineté : s’accrocher pour faire décrocher


Cette caricature, j’aurais pu la faire voilà des mois, ou dans des mois, tellement elle est représentative. Je l’ai faite aujourd’hui et je pourrai m’en servir plus tard pour illustrer un autre billet…

Comme l’écrit avec justesse Mathieu Bock-Côté :

Le Parti québécois risque la disparition aux prochaines élections. Il entraînerait alors avec lui la cause souverainiste. Elle sera ainsi rangée parmi les rêves inaboutis de la génération boomer.

La panique s’installe dans les rangs. Pauline Marois s’accroche à la barre d’un navire qu’elle conduit à l’iceberg. Ses députés, bons galériens, lui chantent des «Pauline, Pauline» devant la caméra. Ils la maudissent une fois qu’elles sont fermées.

Et comme lui, je ne fais que constater le désastre qui se dessine. Pas besoin d’être Nostradamus…

Ce que je me dis, c’est que plus vite elle lâchera prise, plus vite les gens oublieront cet épisode chaotique du Parti québécois.

 

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Tant qu’à être dans le sujet de la souveraineté (et de la langue par extension), j’ai ramassé quelques bon textes :

Le Québec n’est pas une société d’accueil

Québec indépendant: des avantages qui touchent les gens «ordinaires»

Lettres – Le syndrome montréalais

Le sexe des anges

Le colonisé

Les citoyens du monde

 

Dans son billet « Pour l’histoire », Mathieu Bock-Côté soulève une caractéristique majeure de notre époque, ce qu’il appelle le « présentisme », à prendre bien sûr dans son sens le plus négatif (l’auteur étant de la mouvance conservatrice) :

Le présentisme consiste à croire que le présent se suffit à lui-même. Il repose sur l’oubli de l’histoire, comme si le passé n’avait rien à nous apprendre, comme si nous n’avions pas reçu de nos ancêtres un héritage à préserver, à faire fructifier.

Dans ces propos, je ne suis pas d’accord qu’il faille absolument « préserver » quoi que ce soit sans le mesurer au présent (je ne suis pas un conservateur), mais en gros je suis d’accord que la fuite en avant n’est pas la meilleure solution pour régler les problèmes identitaires actuels qui viennent avec la mondialisation.

Et l’auteur vise tout à fait juste quand il pointe ce qu’il appelle la « Troisième faille » :

nous oublions les vertus de l’enracinement. Combien sont-ils à vouloir comme seul passeport celui de « citoyen du monde ». Dans l’angle mort de cette vision, toutefois, on trouve une terrifiante superficialité : celui qui aime toutes les cultures n’entretient-il pas finalement un rapport de consommateur avec chacune d’entre elles en se contentant de les explorer en surface ? Ce n’est pas parce qu’on est allé un jour à Zaghreb qu’on est familier avec la culture croate. Ce n’est pas parce qu’on aime les mets brésiliens que l’Amérique du Sud n’a plus de secrets pour nous.

Personnellement, si je suis un citoyen du monde, j’ai l’honnêteté de le placer à la bonne place, juste avant le fait d’être terrien dans l’univers : dans la possibilité où il existerait des habitants d’autres planètes… Quelqu’un qui peut véritablement se targuer d’être principalement un citoyen du monde, c’est tellement rare que c’est actuellement plus du domaine du fantasme. Qui peut bien faire assez le tour du monde pour bien s’imprégner des cultures et des langues à ce point? Et se servir seulement de sa connaissance de l’anglais pour ce faire, c’est mieux que rien, mais il y a mieux…

Alors, j’en arrive à la conclusion que de se dire citoyen du monde, c’est beaucoup faire fi de l’importance de la proximité, dans son sens le plus large. C’est en quelque sorte du snobisme pour ce qui a mijoté et ce qui mijote à notre portée immédiate, même s’il est impossible d’y échapper tout à fait; enfin, pour l’instant : si le web parvient un jour à tout à fait nous happer au quotidien il en sera autrement. Et, si je ne m’abuse, cette propension à dénigrer l’appartenance locale est justement une des conséquences du développement du web et de la possibilité d’avoir un sentiment d’appartenance planétaire par cela, bien qu’il soit encore plus superficiel que le tourisme. (Ici, je ne dis pas que ce que l’on vit via nos expériences sur internet ne vaut rien, mais bien qu’il faut au moins les remettre en perspective vis-à-vis de nos autres activités.)

Après le tourisme et le « surf des interwebs », il y a bien sûr l’immigration comme mécanique encourageant cet idéal de la citoyenneté mondiale. Justement, combien sont-ils à considérer le Québec comme une succursale du monde en occultant qu’il y a ici une culture (majoritaire) qui trouve son consensus dans une langue, héritée du colonialisme français et colorée d’américanité? Et qui osera réfuter que le multiculturalisme canadien ne soit pas dans cette même lignée?

Et encore, je soupçonne fortement que cette mode du « citoyen du monde » alimente le cynisme politique actuel. C’est bien clair, quand quelqu’un ne se sent pas citoyen de l’endroit où il vit, il peut bien se désister politiquement de ce qui se passe autour de lui : nos problèmes communs ne le concernent pas.

Depuis toujours, je comprends que cette attitude est une manière de se montrer tolérant à tous prix, puisque de pointer ouvertement où nous sommes et d’où nous venons (dans son sens le plus large) a été amalgamé au sectarisme. Si je dis et que je démontre de l’importance pour le fait que je suis un Québécois de langue française, donc par le fait même que je ne suis pas un citoyen du monde, j’ai l’air louche dans certains milieux qui se la jouent plus « évolués » en se proclamant citoyens du monde. Pourtant, il n’est même pas question de déprécier qui que ce soit, comme le font certains ultranationalistes, mais bien de prendre le pari du réalisme et de la conjoncture.

Parce qu’il ne faut pas se raconter d’histoires…


 

La défense du français comme catégorie de racisme

Le sujet de la défense du français est clairement un sujet glissant. Parce que dans la défense, il faut absolument prendre parti, avoir un parti-pris, et ainsi en quelque sorte délaisser. Mais est-ce que ce délaissement, cet abandon est pour autant un aveu de « détestation »?

C’est ce que semblent penser beaucoup de gens, dont l’attaché politique Pierre Morin, très présent sur Twitter, déclarant que le Parti Québécois (dont on connaît son implication pour la défense du français) « fait de la détestation des anglos un dogme ».

De l’accusation de détestation à l’accusation de racisme, il n’y a qu’un pas. Et il a presque franchit ce pas dans la mesure où il a fait un rapprochement pas même subtil entre le PQ et le Front national (parti à l’aura raciste, s’il faut le préciser). À mon avis, nous ne sommes pas loin de ce que j’ai appelé dernièrement la « godwinisation des débats », « l’aveuglement volontaire », « la lecture assistée par la mauvaise foi ». S’il faut que je le décrive aujourd’hui autrement, j’irais avec cette formule : la triste pratique de l’« extrémisation » des positions de l’adversaire.

Mais le plus bel exemple de ce glissement, c’est une discussion que j’ai eu sur Twitter à la suite du passage des deux natifs montréalais unilingues anglophones d’Epic Meal Time à TLMEP, que j’ai vertement critiqué dans mon billet « Epic Fail Time ». En réaction aux réactions très négatives des gens sur le fil #TLMEP face à ces unilingues anglos, une « Franco-Ontarienne contre l’indépendance du Québec! » a essayé de me convaincre que c’était du racisme :

ceux qui se pensent supérieurs aux anglais (dont une majorité de Québécois) sont racistes

Ce à quoi j’ai rétorqué, pour pointer le ridicule de la chose :

À ce compte-là, est raciste quiconque est en désaccord avec un autre.

La discussion a durée assez longtemps, mais, entre autres, pour tenter de gagner son point, elle m’a référé à une partie de la définition du racisme selon l’Office Québécois de la langue française (ce qui est assez ironique, puisque, en arrivant sur la page d’accueil du site, à la Une il y a un article s’intitulant « Faire du français « la langue prioritaire »). Finalement, après quelques recherches, je me suis rendu compte que la partie qu’elle me copiait-collait (visiblement de ses notes de cours) ne se retrouve plus dans la définition du grand dictionnaire terminologique de l’OQLF (?), mais seulement sur le site du Mouvement estrien pour le français, sur une page qui date de 2001 :

on qualifie de raciste toute personne qui ne croit pas à l’égalité en droit des êtres humains

Il serait intéressant de savoir pourquoi cela ne se retrouve plus dans le dictionnaire terminologique. Cela serait-il donc sujet à caution? À la place, on pointe une remise en question du concept même de « race humaine », ce qui dirige un peu, il faut l’avouer, les suppositions. (Màj : finalement, le passage en question se retrouve dans la section « Note(s) » à la suite de la définition du terme « hégémoniste ».) Quand même, il faut vraiment faire une extrême contorsion mentale pour réussir à faire un lien entre cette définition et la critique contre l’unilinguisme anglophone au Québec, ce qui n’est vraiment pas une critique générale contre les anglophones, et il faut vraiment que je le spécifie pour ceux qui n’auront pas encore compris. Si je voulais me faire un peu d’argent, je parierais que je vais encore me faire dire en commentaire que je suis anti-anglophone…

Je ne dis pas, s’il était question de faire la promotion du retrait du droit de vote des anglophones (ce qui serait bien sûr une absurdité), mais là, il est seulement question de donner son opinion, de ne pas être d’accord avec un état de fait. Est-ce que la notion de « l’égalité en droit des êtres humains » empêcherait toute possibilité de critique, même très négative, envers les Québécois anglophones qui ne parlent ni ne comprennent le français? Non. Parce que la notion de « l’égalité en droit des êtres humains » concerne seulement la discrimination, ce que la critique n’est pas, étant assujettie à la liberté d’expression. De toute façon, les francophones n’ont pas besoin d’ostraciser les unilingues anglophones, ils le font très bien par eux-mêmes dans un sens.

Et, bien sûr, je ne joue pas à l’autruche en niant qu’il existe des gens que l’on peut réellement traiter de « racistes» envers les anglophones. Je sais très bien qu’ils existent, et je ne me gênerai jamais pour les dénoncer. Mais il faut savoir de quoi on parle. Et de ne pas mélanger les cartes. Par exemple, qu’on soit d’accord ou non avec l’idée d’étendre les dispositions de la loi 101 aux cégeps, cette idée n’est pas du racisme dans le sens linguistique.

En fait, la sauvegarde du français ne prend pas du tout sa source du racisme, d’un rejet de l’autre. Mais c’est bien pratique d’essayer de le faire croire pour ceux qui sont contre l’idée d’être proactif dans ce sens. Ça me surprend toujours de le constater, parce que la défense du fait français est un projet positif. C’est ce qui devrait tous nous lier. C’est ce que nous devrions tous défendre jalousement pour espérer durer dans ce monde carré qui tend à nous avaler tout rond.

L’anglais comme langue mondiale commune est une bonne chose. Mais comme toute bonne chose, il y a de mauvais côtés. Est-ce que de les pointer est pour autant raciste?


 

Epic Fail Time

 

Tout le monde en parle recevait deux gars du groupe Epic Meal Time, qui fait des performances radicales de cuisine hypercalorique. J’ai failli en parler quand le phénomène était tout chaud dans les interwebs, mais bon, j’avais d’autres chats à fouetter. Alors, je vais en profiter aujourd’hui.

Le premier volet concerne le phénomène en soi. C’est simple, cela me semble tout à fait une réponse ironique à la mode du bien-manger-santé et de la charge contre la malbouffe qui sévit depuis un bon bout de temps. Cependant, pour aller au plus simple, c’est en quelque sorte un « Jackass » gastronomique. Faut aimer le genre. Très peu pour moi. Mais encore, le problème, c’est que tout le monde peu essayer ça à la maison…

Sinon, ce qui est remarquable, c’est que l’entrevue à TLMEP était sous-titrée, puisque les deux gars sont unilingues anglophones, et natifs de Montréal. Cela a suscité une tonne de réactions sur le fil Twitter #TLMEP, contrairement à l’émission elle-même où le sujet à été à peine souligné par une question de Guy A Lepage. Vous vous douterez que je n’étais pas du côté de leurs défenseurs.

Non, vraiment, je ne suis pas à l’aise avec l’unilinguisme de certains de nos concitoyens anglophones. Et pour illustrer cela, je vais vous raconter une anecdote. J’étais en voyage au Mexique voilà presque une vingtaine d’années avec un ami. Un québécois qui s’était installé là-bas nous accueillait sur son humble domaine où il pouvait abriter et nourrir une dizaine de personnes. Il engageait quelques Mexicains pour l’aider à la cuisine et avec le service.

J’avais le réflexe de parler avec eux en anglais alors que j’allais commander, etc., mais le patron n’aimait vraiment pas ça. Donc, il essayait de m’apprendre quelques rudiments d’espagnol pour qu’au moins je puisse me débrouiller. Cependant, je retombais souvent dans mon habitude de retourner à l’anglais. Je me faisais taper sur les doigts par le maître des lieux, même si, dans le fond, j’étais un client, alors que le client devrait toujours avoir raison… J’ai fini par comprendre quand il m’a parlé de respect. C’était bien ça, le respect. Et c’est exactement l’illustration d’un manque de respect total que j’ai eu devant moi en ce dimanche soir. Un manque de respect que certains prennent pour un choix personnel indiscutable.

Il me vient des histoires d’horreur de dénigrement de notre langue bâtarde par leurs parents et leur milieu pour expliquer cet unilinguisme, mais je vais plutôt me rabattre sur la démolition de quelques arguments de leurs défenseurs, pour la plupart des chantres d’une conception particulièrement étriquée de la liberté individuelle. Je commence avec un hypothétique exemple : comment réagirions-nous devant un citoyen québécois unilingue chinois qui serait ici depuis un assez long moment? Est-ce que devant son refus de s’intégrer un minimum linguistiquement quiconque le défendrait avec l’argumentation de la sacro-sainte liberté individuelle? Rien n’est moins certain, à moins d’être complètement déconnecté de la réalité.

Nous sommes en société et il est bien évident que le langage commun est important. Jusque-là, tout va bien. Mais ça tombe qu’ici au Québec, province francophone, nous sommes encore dans le Canada, pays bilingue. Il est donc bien évident que les défenseurs de nos « enrobeurs » de bacon peuvent se permettre d’envelopper leurs beaux discours de liberté individuelle parce que ce sont des anglophones, parce qu’ils parlent la bonne langue. C’est de l’hypocrisie pure. Et c’est évacuer l’importance du caractère francophone pour la majorité québécoise, et, carrément, amoindrir presque à néant le poids linguistique du Québec dans le Canada. Réflexe de minoritaire quand tu nous tiens!

Sur Twitter, c’était assez pathétique d’en lire certains excuser l’unilinguisme des deux gars en le comparant avec l’unilinguisme de certains francophones, ici. Pour être logique, il faudrait le comparer avec l’unilinguisme de francophones dans des provinces et territoires anglophones, si cela existe. J’en doute. Quoi qu’il en soit, il est surtout question d’adaptation à sa société, et un Ontarien qui ne parle pas anglais, et un Québécois qui ne parle pas français sont deux exemples du même problème. Et ce problème porte une signature, celle de Pierre Elliott Trudeau, le père du bilinguisme et, bien sûr, du multiculturalisme. Vivez heureux dans vos ghettos qu’il disait!

Mais, pour revenir à nos champions de la liberté individuelle, je me permets de faire remarquer ici que je n’ai jamais composé ma critique dans une perspective étatique et juridique. J’use de ma liberté de critiquer dans l’optique où cela me semble un moyen d’arriver à un résultat, avec l’ajout de la liberté de critique des autres. La masse critique. Il y a plus de chances qu’un jour nos unilingues anglophones se mettent au français s’ils sentent un malaise que d’avoir vu toute leur vie les francophones (bilingues, en grande majorité) faire les carpettes, comme ça semble être le cas, visiblement. Si, depuis qu’ils sont nés, personne n’a osé leur mettre le nez dans l’absurdité de leur situation, ils peuvent bien avoir besoin de sous-titres dans une des émissions francophones les plus populaires au Québec.

Il faudrait maintenant une âme charitable pour traduire ce texte et leur faire parvenir…

(Source de l’image remixée : 917press)


 

Les langues : derniers remparts de l’uniformisation culturelle?

 

Le blogue Antagoniste publie de temps en temps des statistiques concernant le poids média des nouvelles au Québec et dans le ROC ainsi que des « Top 5 Twitter » des mots, noms et « hashtags » (mot-clic?) les plus populaires au Québec, au Canada, aux États-Unis et dans le monde. Mais je ne pointerai ici que la partie concernant Twitter.

Pour la semaine du 15 au 21 mars 2011, pour le Canada, les États-Unis et le monde, la première et la deuxième position sont, dans l’ordre, occupées par « Rebecca Black » et « #threewordstoliveby ». « Nate Dogg » est en troisième position pour ce qui est du Canada et des États-Unis et se retrouve en quatrième position dans la section « Monde ». « #supermoon » est en cinquième au Canada, quatrième aux États-Unis et troisième dans le monde. Les États-Unis et le monde partagent « #ificouldiwouldbringback » en cinquième position alors que cet « hashtag » ne se trouve pas dans le « Top 5 » du Canada, mais bien plutôt « #100factsaboutme », en quatrième position.

Pour ce qui est du Québec, les cinq positions sont occupées, en ordre, par « Lachute », « Ryan White », « Justin Trudeau », « Subban » et, finalement, « Jean Lapointe ». Comme vous pouvez le constater, il n’y aucune concordance avec le Canada, les États-Unis et le monde. Et si on regarde d’autres billets de cette série, parues auparavant sur le même blogue, c’est pratiquement toujours le même genre de concordances entre le Canada, les États-Unis et le monde, et de non-concordances avec le Québec.

Ne me dites pas que ça ne vous sonne pas une cloche? Qu’il n’y a pas de lien à faire entre l’anglais comme langue de la mondialisation et l’uniformisation culturelle? Cela dit, en prenant bien sûr l’idée du culturel dans son sens le plus large, soit ce qui est « Relatif aux comportements sociaux » (via le dictionnaire du programme de correction Antidote).

C’est certain que cette comparaison se fait dans le contexte d’une plateforme qui ne rend pas compte de toute la teneur de ce qui intéresse les gens, et des échanges d’informations au Québec, au Canada, aux États-Unis et dans le monde. Par contre, cela reste un bon indicateur de ce que nous réserve l’avenir. La langue anglaise sur le web semble vibrer au diapason du monde alors que, par exemple, le français cultive les particularismes, enfin, encore. Parce que c’est bien évident que les cinq positions québécoises relatées plus haut ne représentent pas grand-chose pour nos cousins de l’Hexagone et des autres pays francophones.

Est-ce que c’est une bonne nouvelle ou est-ce que c’est une mauvaise nouvelle? Pour ma part, dans l’optique de la diversité culturelle, ce n’est pas une très bonne nouvelle, enfin, surtout pour ce qui est des pays de langue anglaise. S’il se développe une culture anglo-saxonne monolithique de plus en plus en phase avec les États-Unis, son poids deviendra de plus en plus lourd dans le contexte d’une mondialisation s’appuyant sur le caractère utilitaire de cette langue. Et on peut se demander si c’est profitable pour tout le monde, culturellement.

Quoi qu’il en soit, quand le monde entier connaîtra la langue anglaise, il faudra espérer que les gens garderont jalousement leurs langues maternelles. Parce qu’à partir de ce moment-là, il faudra craindre l’unilinguisme anglophone, car tout sera en place pour qu’il gonfle et gonfle, jusqu’à uniformiser culturellement pour de bon l’humanité. En espérant aussi que la proximité physique entre les gens continuera d’influer sur la culture. Mais dans un monde où la communication se rit exponentiellement des frontières, vouloir en deviner davantage relève de la science-fiction.

(Image : bartvandamme)


 

Politique-fiction : Stephen Harper provoquant la souveraineté du Québec

 

Si le Parti Conservateur gagne majoritairement les prochaines élections fédérales, mais tout juste, comme on se l’imagine, la clé de sa future majorité confortable se trouve peut-être du côté du Québec. (Et même s’il ne réussit pas, dans le fond.) Dans l’optique où le Québec continuerait toujours de s’accrocher au Bloc Québécois, Stephen Harper devrait possiblement songer à se débarrasser de cette épine au pied.

Parce qu’avec le poids du Québec qui ne semble pas réagir de la même manière que le ROC, c’est plutôt difficile de s’asseoir autrement que sur une fesse dans le trône du pouvoir. Et si les autres Canadiens (qui ne voient pas un danger dans Stephen Harper) mesurent la portée de cette différence politique, irréconciliable, il ne sera pas difficile de les convaincre du bien-fondé d’une pousse-putsch de la sorte.

Dehors à coups de pieds au cul bande de larves ingrates! Débarrassez les quêteux, les paresseux! Restez donc ensemble bande de perdants, croupissez avec votre langue en décadence!

Personnellement, je recevrais ce genre d’insultes avec un sourire!

 

(Photo : k-ideas)

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Le multiculturalisme pour les nuls (et autres considérations)

 

 

Le multiculturalisme n’est pas synonyme de tolérance. L’anti-multiculturalisme n’est pas synonyme de racisme ni de xénophobie. Et en discuter ne devrait pas être tabou. Le multiculturalisme représente le message étatique de la politique d’immigration. Le message, en amont et en aval. Autant pour ceux qui accueillent que pour ceux qui sont accueillis.

Pour ce qui nous concerne, c’est la position du Canada, celle du Québec se retrouvant sous le vocable « interculturalisme » (et je n’essayerai pas de faire ressortir dans ce billet les différences entre les deux, et s’il y en a). Bien que l’État québécois ait son « mot à dire » sur l’immigration, les immigrants débarquent officiellement au Canada. Alors, le message multiculturaliste a toujours priorité.

Le multiculturalisme, c’est donner le message aux nouveaux arrivants qu’ils peuvent « conserver leur identité », ce qui, dans un contexte d’intégration, n’est pas très loin de l’absurdité (la citation qui précède provient du site « Citoyenneté et Immigration Canada »). Dans l’optique que l’identité d’une personne est en constante évolution, le message du multiculturalisme est donc de ralentir cette évolution, voire de l’empêcher — comme dans le cas des immigrants qui s’enferment dans des ghettos culturels et qui n’ont aucun lien avec la société d’accueil.

Et internationalement, les critiques se font de plus en plus entendre. Après Nicolas Sarkozy et Angela Markel, c’était au tour de David Cameron de fustiger cette politique :

Avec la doctrine du multiculturalisme d’État, nous avons encouragé les différentes cultures à vivre des vies séparées, séparées les unes des autres et coupées de celle de la majorité. Nous avons échoué en ne proposant pas une vision de la société à laquelle ces communautés auraient pu se sentir appartenir. Nous avons toléré des communautés pratiquant la ségrégation et se comportant de manière totalement opposée à nos valeurs.

 

Et il faut ajouter que ce discours se place dans un contexte autrement plus difficile que le nôtre, où, par exemple, les intégristes sont beaucoup plus proactifs qu’ici. Mais ce n’est pas parce que ça va beaucoup mieux ici qu’en Europe qu’il faut pour autant balayer la question sous le tapis.

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Mais ici, au Québec, le piège du multiculturalisme s’amplifie par la problématique du fait français. Dans ces conditions, il est aisé de faire un lien entre le multiculturalisme et le multilinguisme (synonyme de bilinguisme). On en vient même à se demander si c’est seulement un hasard si l’ancien Premier Ministre du Canada Pierre-Elliot Trudeau, celui qui est derrière la politique du multiculturalisme, a déjà tenu les propos suivants :

Quand tous les Québécois seront bilingues, ils ne verront pas d’objection à passer à l’anglais.

 

Il est clair pour moi que son idée a déjà fait un bon bout de chemin. Les exemples fusent, on ne compte plus les francophones qui préparent le terrain à ce possible changement de paradigme linguistique. Et P.E.T. ne se doutait même pas comment la mondialisation allait l’aider…

Parlant mondialisation et multilinguisme, cet extrait trouvé sur Wikipédia est assez représentatif du contexte actuel :

 

Il existe une politique officielle du multilinguisme dans l’Union Européenne. Cependant, les résultats de cette politique ne sont pas aujourd’hui à la hauteur de l’espérance : livrés à eux-mêmes, les Européens se sont tournés logiquement vers la langue la plus utile, l’anglais [...]

Cette attitude, pourtant prévisible, a grandement contribué à faire progresser l’influence de cette langue sur le plan mondial. Ironiquement, le laisser-faire européen a surtout profité aux intérêts commerciaux des États-Unis d’Amérique, en leur permettant d’exporter leurs chansons, leurs films et leurs livres, aux dépens des langues nationales et régionales de l’Europe, mais aussi aux dépens de la richesse du patrimoine culturel européen.

 

Ici, il est bien clair que ce phénomène est beaucoup plus marqué, dans cette américanité du nord hautement anglo-saxonne. Et quand le multiculturalisme se propose « d’aider les immigrants à apprendre une des deux langues officielles », on se retrouve véritablement avec des citoyens qui baragouinent l’anglais lors de leurs rares excursions hors de leurs ghettos. Et bien sûr aussi ceux qui s’intègrent à la minorité anglophone. Une chance que ce n’est pas la totalité, et que ça tend à s’améliorer pour la génération suivante.

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Donc, je ne donne pas ici dans le fatalisme. Mais je me dresse contre ceux qui ne voient pas le piège, ceux qui font de l’aveuglement volontaire. Et je n’écris pas non plus en réaction à de mauvaises expériences personnelles avec des immigrants. C’est plutôt le contraire. La garderie de ma fille est tenue par un couple d’Arabes et tout va très bien. (Par contre, alors que nous magasinions les places de garderies, nous avons remarqué que toutes les garderies disponibles étaient tenues par des gens d’origine arabe. Serait-ce le signe d’une certaine peur de beaucoup de parents de notre région? En tout cas, le lien est facile à faire…)

Et, pour terminer ce billet, je vais me permettre de raconter une anecdote. Elle illustre très bien un exemple d’intégration réussie (en tout cas, pas vraiment dans l’optique du multiculturalisme…).

En revenant de la garderie, en sortant de la voiture, ma fille de deux ans pointe le ciel et dit : manjou nouné! (Elle dit « mangou » pour « manger » et « nouné » pour « lune »). J’ai trouvé ça drôle, mais n’ai pas compris le sens sur le coup. Juste avant de me coucher le soir, j’ai fini par comprendre : comme la lune n’était pas pleine, elle pensait que le bout qu’elle ne voyait pas avait été mangé!

Le lendemain soir, quand je suis allé la chercher à la garderie, j’ai raconté l’anecdote à la dame qui s’en occupe. Elle a rétorqué, avec le sourire :

— Non, non, non! Je ne parle pas aux enfants en arabe! Je ne parle même pas arabe avec mes propres filles, elles ne le parlent pas de toute façon!

(Elle vient d’un pays arabe qui a comme deuxième langue le français et son conjoint non, visiblement, avec son fort accent.)

Encore, pour ce qui est de la religion, si elle est croyante rien ne m’indique qu’elle soit pratiquante. Vous pourrez me lancer autant de tomates que vous le voudrez, mais je dois avouer que c’est la situation idéale. Si ma fille a un rendez-vous avec Dieu, j’aimerais qu’elle le rencontre en toute connaissance de cause… Et je ne veux personne pour lui apporter l’existence de Dieu comme une vérité toute faite, ce qui est bien sûr le modus operandi de la perpétuation du religieux.

Et c’est ici que ça se termine, enfin, pour l’instant.

 

(Photo : appoulsen)

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St-Jean : être inclusif

Oui, je sais, j’ai le piton collé…

Au sujet de mon dernier billet sur la St-Jean en français, en commentaire, on a ramené souvent l’argument de l’inclusion, pour justifier une ouverture à d’autres langues que le français (l’anglais particulièrement) dans les spectacles. J’ai un profond problème avec ça.

Cela démontre que l’inclusion des individus à cette fête (qui n’ont pas le français comme langue maternelle) doit absolument passer par une représentation effective de leurs langues (j’utilise le pluriel par politesse…) dans les spectacles. Il y a de la prise d’otage dans cette idée, comme quoi le fardeau de la preuve repose sur le dos des francophones (enfin, ceux qui désirent encore une fête en français, pour des raisons ou d’autres).

Pourtant, je ne vois pas d’exclusion dans le fait de vouloir et de promouvoir la St-Jean en français. Les anglophones et allophones sont tout à fait les bienvenues, à condition qu’ils fassent le pas de se sentir inclus dans cette fête qui est aussi la leur, mais dans le contexte que la langue commune au Québec, c’est encore le français. C’est là où ça semble en blesser plusieurs. C’est là où ça me semble être de la belle hypocrisie. C’est la démonstration d’un malaise latent à l’année qui devient patent à la St-Jean.

Je parlais plus haut d’avoir le fardeau de la preuve de notre ouverture, mais si on retourne ça de l’autre côté, le fait de vouloir obligatoirement une représentativité linguistique autre que le français cette journée-là me semble problématique. Et ça, personne ne le soulève! Ces gens ne s’excluent pas volontairement (par dépit pour ce que représente pour eux la culture francophone), ce sont des victimes de notre soi-disant fermeture d’esprit, la belle affaire! Et cette victimisation prend chez certain la forme d’un discours ultra accommodant, comme si de vouloir une fête dans (et de la) langue de la majorité provinciale était une maladie dont il faudrait trouver un remède au plus vite.

Dans le fond, il existe déjà le remède : c’est le multiculturalisme (dans sa forme « multilinguistique »). Un remède pour les uns, un virus pour les autres, dont moi.

Et s’il y a bien un endroit où je ne voudrais pas d’infection, c’est bien le 24 juin. Et je me fous d’avoir l’air du gars fermé d’esprit que je ne suis profondément pas.

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Dans « Arcade Fire, SSJB, MNQ : retour sur les ceintures fléchées » , Patrick Lagacé fait preuve de bonté en exposant des avis contraires aux siens (et plus en phase avec les miens). Ce que je félicite. Pas d’ironie ici. Vraiment.

(Photo : groovelock)

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La loi 101 sur les dents

Je dois bien être le 101e (minimum) à pondre un texte en réaction à la sortie de Maxime Bernier, qui ridiculise la portée ancienne, actuelle et future de la loi 101 sur la sauvegarde et la pérennité de la langue française au Québec. Qu’à cela ne tienne, je vais ajouter ma brique au rempart qui continue de se bâtir entre les amants du je-m’en-foutisme et les gens capables de perspective dans ce monde linguistiquement chambranlant, pour ne pas dire bancal. Et, même si la tentation est forte, je vais m’abstenir de ridiculiser en retour ce charmant monsieur…

Dans les derniers jours, j’ai discuté à la suite d’un billet paru sur Anarcho-pragmatisme : « J’appuie totalement Maxime Bernier… » Tout comme l’auteur du blogue, je pense que l’abolition de la loi 101 ne pourrait logiquement se faire qu’à la suite de l’accession du Québec à la souveraineté. Si un jour le peuple a assez de courage pour faire le grand saut, nul doute qu’il prendra grand soin de sa destinée linguistique sans avoir besoin de la législation actuelle. Mais pour l’instant, on remarque plus une tendance à glorifier la mondialisation anglicisante, le franglais et autres discours d’ouverture qui balayent sous le tapis la précarité du français, pour ne nommer que cette langue-là, et pour ne pas réexpliquer encore et encore le contexte nord-américain dans lequel nous baignons.

Un commentateur a soulevé un point qui ne semble pas avoir été soulevé ailleurs (enfin pas depuis la sortie de Colonel Jos Louis), soit les conséquences démographiques de l’adoption de la loi 101, donc le départ de beaucoup d’anglophones du Québec. Ce que j’en comprends, c’est que ce fait illustre en même temps une supposée dérive étatique et est un argumentaire se basant sur une victimisation à sens unique des anglophones, ce qui élude comme par magie ce qui a mené à ce mouvement de défense du fait français. Et il doit bien y avoir un fond de ce réflexe chez Maxime Bernier et les autres de sa trempe, à différents degrés, malgré un discours soi-disant pragmatique basé sur la sacro-sainte liberté de choix.

Ce que je crois, c’est que la dynamique linguistique au Québec devrait et aurait dû toujours être arrimée à l’idée de respect. Mais l’Histoire nous a démontré que le respect de la majorité linguistique francophone (dans une perspective provinciale) n’était pas de mise à l’époque, autant individuellement que collectivement du côté de la communauté anglophone. Cette communauté qui avait en plus le quasi monopole des pouvoirs économiques. Avec la loi 101, les francophones se sont « payés » du respect qu’ils n’auraient pu obtenir autrement. Si des anglophones sont partis parce que ce respect leur faisait trop mal, bon débarras! De toute façon, il y a pratiquement toujours des conséquences à un changement, il faut vivre avec. Et imposer le respect, ce n’est pas non plus comme imposer l’insupportable.

Du commentateur désigné plus haut, je retiens quand même ces propos, qui me semblent bien sages pour quelqu’un qui est contre cette loi :

Si vous êtes en désaccord avec la loi 101, svp, ne jetez pas le blâme sur la formation politique ayant fait passer cette loi. [...] les élus ne sont qu’une interface entre le peuple et ses moyens publics. Les élus d’un peuple sont à l’image dudit peuple … et de sa volonté.

Et ce qui est clair, c’est que la volonté de préserver cet acquis est encore très forte. Mais il faut rester vigilant, on tente de salir ce respect par tous les moyens, surtout par la rhétorique. À ceux qui rétorqueront que le respect ne peut pas être décrété par une loi, je ferai remarquer que nous étions précédemment « tenus en respect » par le pouvoir monétaire, qui est tout comme une loi, mais en plus arbitraire.

(Photo – détail : tudor)


 

Le franglais, ce symptôme d’on ne sait trop quoi… (avec Màj)

La cerise sur le « sundae », c’est un billet récent de Patrick Lagacé. Un billet où il pointe ce qu’on appelle dans le milieu du hip-hop un « battle rap » (une bagarre de mots, une bataille de phrases, de rimes, pour ne pas dire de rimettes, pour certains — donc, pas grand-chose à voir avec la poésie…) . Je ne connais pas beaucoup le phénomène, mais pour le peu de fois où j’en ai vu et entendu, celui que le blogueur étoile montre est vraiment pourri, en tout cas à mon goût (c’est pas parce que je ne connais pas beaucoup que je ne pourrais pas apprécier…). Le seul esprit qu’on peut y entendre, c’est de l’esprit de bottine (et j’exagère à peine). Tout art a besoin de ses croûtes, les voilà pour celui-là!

Sinon, ça m’a rappelé que le franglais est une manière de s’exprimer qui m’agresse vraiment beaucoup. Et dans le milieu hip-hop francophone québécois, ça semble être la norme. Pour être tombé quelques fois sur l’émission « Ghetto érudit » à CISM*, l’émission officielle de hhqc.com (la source du hip-hop Québécois), j’ai pu constater qu’il est de mise d’épicer ses propos de mots et d’expressions anglaises, qui sont la plupart du temps complètement inutiles. Tout pour se donner un genre : c’est la guerre à qui aura le plus d’attitude; encore plus, c’est se complaire dans la « surattitude », l’attitude surjouée.

Pourtant, pendant les émissions, j’ai cru remarquer que les paroles des pièces que l’animateur présentait n’étaient vraiment pas aussi parsemées d’anglais que son propre langage. Même pas du tout, parfois. Est-ce que je devrais en comprendre que le langage de tous les jours dans la culture hip-hop porte à la facilité, a contrario de la composition de rap où c’est, par définition, plus songé, travaillé? Dans le fond, c’est même plus que de la facilité, c’est complètement forcé! Une fois, j’en ai entendu un qui plaçait « you know what i’m sayin’? » pratiquement à toutes les phrases. Et, entre autres, pourquoi dire « track » quand on a déjà le terme « toune », qui est un beau québécisme dérivé de l’anglais « tune », justement?

Je ne veux rien imposer à personne, c’est juste que ça me tape sur les nerfs. Et, tant qu’à faire, je me suis tapé quelques extraits des WORDUP-Battles (une coche au-dessus de ce qui se passe en Outaouais), mais il semble que ça revient pas mal toujours au même, sur le fond : la plupart des gros punchs tournent toujours autour de références à l’homosexualité, comme quoi l’adversaire devrait sortir du garde-robe, « you know what i’m sayin’? » C’est d’un pathétisme…

Mais pour revenir au franglais, plus globalement, ça me semble une insulte aux deux langues, surtout ici, au Québec. Nous ne sommes pas en Nouvelle-Écosse où, historiquement, le français (et le vieux français) s’est extrêmement mélangé à l’anglais (ce qui a donné le chiac) comme en fait foi entre autres l’excellent groupe de rap électro Radio Radio. Oui, au Québec la langue intègre des mots anglais, tout comme la France d’ailleurs, mais ce que font nos amis « yo » accélère consciemment cette tendance, assez artificiellement en plus. Et puis, pensez-vous que les rappeurs anglophones dénaturent à ce point leur langue? Poser la question c’est y répondre. Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me vient en tête le terme : « colonisé ».

En tout cas, une chance que c’est un phénomène pratiquement inconnu. (Oups! J’en ai parlé!)

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Fait à souligner, on a eu un exemple plus « adulte » du franglais lors de la dernière édition de Tout le monde en parle. Lors de l’entrevue de Paul Doucet (pour le film Funkytown), le comédien expliquait sa facilité (et son plaisir) de passer du français à l’anglais dans une même phrase. Ça m’énerve tout autant, mais au moins il a réussi à ne pas le faire pendant l’émission…

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*Concernant CISM (la marge), j’ai eu une idée (pas très politiquement correcte) pour un slogan publicitaire :

Mangez-donc d’la MARGE!

(Photo : javaturtle)

Màj :

J’ai eu une réplique à ce billet sur le blogue de l’émission Guetto érudit :

http://ghettoerudit.com/blog/2011/02/18/le-renart-et-les-raisins/

Ma réponse, qui est toujours en attente de modération au moment de publier :

Quand j’ai vu l’adresse de ce billet dans la section « statistiques » du tableau de bord de mon blogue, je m’attendais à une suite d’injures gratuites, à l’image des « battle rap ». Je suis agréablement surpris.

Allons-y plus en détail :

« Cependant, ce n’est pas parce qu’on bénéficie d’une tribune écrite que l’on peut braire toutes sortes d’âneries sur un sujet qui nous échappe. »

J’ai tous les droits, tous les pouvoirs d’utiliser ma « tribune écrite » comme je l’entends. La seule chose qui me semble acceptable serait des arguments pour me donner tort. Je vais continuer de lire le présent billet en espérant en dénicher.

« De surcroît, prétendre qu’un phénomène socio-linguistique est ignoré, voire inconnu, et s’approprier le mérite d’en avoir parlé illustre, une fois de plus, l’irresponsabilité d’un bloggeur croyant s’attaquer à des représentants « Watatatow » du hip-hop québécois. »

Mauvaise foi au cube. Le franglais, comme le hip-hop Québécois, sont des phénomènes encore marginaux, c’est seulement un fait. Et il faudrait me pointer où je m’approprie « le mérite d’en avoir parlé ». Si c’est simplement parce que j’en ai parlé dans mon espace, c’est assez mince.

Pour le reste, c’est assez instructif et agréable à lire.

« L’utilisation du terme « colonisé », dans ce contexte, m’apparait exagérée et inapproprié, étant donné qu’il évoque certainement quelque chose de beaucoup plus tangible auprès des représentants de la génération hip-hop en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie ou d’Amérique latine. »

Le terme « colonisé » fait référence à l’impérialisme ancien et actuel de la culture états-unienne qui passe par la langue anglaise. On parle surtout de franglais et non d’un français québécois épicé de plusieurs langues (s’il y a deux-trois mots au total, ça ne compte pas…). Si c’était le cas, je serais « cassé » ici…

« et les commentaires externes poussent les acteurs de ce mouvement à se questionner, débattre et remettre en cause certains éléments gênants de la culture hip-hop. »

C’était tout à fait le but (et aussi de pointer un phénomène que mes lecteurs connaissent peu ou pas du tout, alors on repassera sur la critique concernant les propos « déjà entendus », de mon côté je ne les ai pas « entendus », étant spécialisé plutôt dans l’actualité politique, et un peu « touche à tout »…).


 

Quand le PLQ se déguise en défenseur de la langue française

Ce billet est publié conjointement sur le blogue des 7 du Québec. Les commentaires sont fermés ici alors, pour en laisser ou les lire, cliquez sur l’hyperlien suivant : HYPERLIEN

La Presse Affaire titre « Offensive pour franciser les petites entreprises » et on se demande franchement si le terme « offensive » a perdu du mordant! La très crédible ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Charte de la langue française Christine St-Pierre nous a concocté un plan tout à fait emballant pour « convaincre les 2400 petites entreprises de Montréal employant moins de 50 personnes qu’elles brasseront de meilleures affaires si elles se mettent au français ». Aurais-je besoin de spécifier qu’il faut lire la phrase précédente avec autant d’ironie que le suggère cette idée?

Et comme l’écrit bien justement Lou Skannen sur Buffet complet à ce sujet :

les anglos n’ont pas fini de se foutre de notre gueule.

En effet, surtout quand on poursuit sa lecture :

le gouvernement Charest met en place un site internet et il annonce que cinq «démarcheurs» se consacreront à ce travail de persuasion.

Dans l’optique où le prochain Bye Bye parlerait de ça, les scénaristes n’auraient même pas besoin de rien changer, tellement c’est drôle à la base! Et imaginez comment la visite de ces « démarcheurs » sèmera le rire où ils passeront! On se croirait revenu à l’époque de l’annonce des clowns pour les personnes âgées!

Trêve de badineries, cette annonce est carrément une sorte de campagne marketing pour redorer l’image extrêmement assombrie de ce parti. C’est seulement de la partisanerie qui ne donnera aucun résultat. Le PLQ le sait, ce qu’il leur reste de partisan le sait, c’est un piège pour ceux qui ne vont pas politiquement plus loin que les gros titres. Et en ce début d’hiver, c’est se donner faussement des airs de Père Noël…

Il y a dans l’article relatant cette « offensive » un passage assez représentatif du problème que Christine St-Pierre ne veut surtout pas régler :

Seront aussi visés par cette campagne les étudiants d’universités anglophones qui décrochent souvent des petits boulots sans pour autant avoir une connaissance minimale du français.

Madame la ministre a beau penser que « la situation, loin d’être désespérante, est encourageante », son enthousiasme ne se rendra pas par magie jusqu’aux étudiants en question, pas même avec l’aide d’un « démarcheur », ce qui n’est pas synonyme de magicien…

Ce qu’elle n’a pas l’air de comprendre, c’est que le problème de la défense de la langue française au Québec ne peut pas se régler autrement que par la coercition ou l’accession du Québec à la souveraineté, deux solutions hors de question pour elle et sa famille de pleutres. Et on ne peut pas non plus compter sur une bonne partie des francophones pour donner l’exemple en insistant pour parler français le plus possible, ils sont aussi pleutres! Et avec la pression mondialisante anglophile, où tout anglo dans les parages est une bonne occasion de pratiquer, il peut bien alors y avoir une multitude d’unilingues anglos et d’allophones pour se foutre de connaître notre langue, car nous sommes loin d’être un exemple de fierté!

Si c’est la bonne manière de protéger le français, aussi bien distribuer des condoms troués pour contrer les grossesses non désirées…

(Photo : johncappiello)


 

CH : la langue des joueurs

David L’antagoniste n’est pas content de savoir que certains voudraient qu’il y ait plus de joueurs francophones dans l’équipe du Canadien de Montréal parce qu’ils pensent que cette équipe devrait être un peu représentative de ses partisans québécois, majoritairement francophones. Pour faire une comparaison et tenter de gagner un point, David L’antagoniste présente un exemple fictif :

Maintenant, imaginons une figure identifiée au Tea Party, Sarah Palin par exemple, qui déclare que la NFL c’est bien plus qu’une simple business et que la ligue a aussi pour mission de véhiculer des valeurs identitaires. Par conséquent, la NFL doit favoriser l’embauche de joueurs blancs pour mieux refléter l’identité nationale américaine et ainsi avoir une ligue qui nous ressemble.

David L’antagoniste se trompe royalement en choisissant cette avenue. Il faut comparer avec des comparables qui tiennent la route, et comparer la couleur de la peau avec le langage n’en fait pas partie. La couleur de la peau n’a rien à voir (enfin, de moins en moins, sauf pour les racistes) avec l’identité collective dans notre monde hétérogène. Et puis de le présenter ainsi donne plutôt l’impression de vouloir refléter la diversité de l’identité nationale états-unienne au niveau de l’apparence…

Pour arriver à un exemple parfait au niveau des États-Unis, il faudrait que l’anglais ne soit pas la langue commune internationale. Dans le cas où c’était l’espagnol (la langue espagnole trouve beaucoup de locuteurs aux États-Unis), et que la majorité des joueurs de la NFL ne comprenaient ni parlaient anglais, ça pourrait ressembler à un exemple digne de ce nom.

Si je ne m’abuse, les joueurs noirs de la NFL parlent tous très bien anglais et sont en plus de bons états-uniens (il ne doit pas y avoir beaucoup de joueurs d’autres pays…). Donc, en plus, il compare une ligue internationale (même si ça s’appelle « Ligue nationale de hockey ») avec une ligue nationale. Il ne peut y avoir de problèmes linguistiques dans la NFL, tandis que c’est possible dans la LNH/NHL puisqu’il y a une franchise (une des premières, il faut le rappeler) dans une province officiellement de langue française.

Sinon, personnellement, je comprends qu’il y ait eu une évolution du côté du hockey (et non du côté du football) qui fait en sorte que le côté identitaire de ce sport a pris le bord et donc que la langue anglaise est devenue celle du vestiaire. C’est pour cette raison qu’individuellement j’ai de la difficulté à m’identifier au CH (et en plus, je n’ai pas très tendance à m’intéresser aux sports en général, c’est mal parti!).

On est en droit de penser que les dirigeants de cette équipe devraient faire tout en leur possible pour se rapprocher de leurs partisans, qui sont des francophones. Mais, visiblement, ils font le contraire. Alors, ça ne m’a pas étonné d’entendre Pierre Curzi aller dans ce sens (qu’il avouait lui-même qu’il donnait l’impression de tomber dans le conspirationnisme) et d’entendre Pauline Marois le défendre.

Le gros problème, c’est le fait que l’anglais est en même temps la langue commune internationale, la langue majoritaire canadienne et la langue minoritaire (avec avantages sociaux) au Québec. Ça mélange trop les cartes et plusieurs peuvent s’y perdre.

Ajout :

Pour une fois, je suis d’accord avec Martineau :

http://martineau.blogue.canoe.ca/2010/09/18/a_la_defense_de_pierre_curzi