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Troy Davis : dans l’intimité d’une exécution

Si vous n’avez pas entendu parler de cette histoire,Troy Davis est un condamné à mort depuis 1991 qui a subi sa sentence dans la nuit du 21 septembre 2011, malgré les doutes sérieux et le soutien « de nombreuses personnalités et organisations internationales ». Twitter s’est enflammé dans les jours précédents son exécution et les internautes pouvaient suivre en temps réel le déroulement des événements, et les nombreux retournements de situation. Je vous suggère de lire le compte-rendu de la blogueuse Chloé, sur son blogue « Le blog de l’Aristocraft ».

Nous avons là l’exemple suprême de l’absurdité de la peine de mort. Et gageons que l’avenir nous dira qu’il était vraiment non coupable et qu’il est mort seulement pour prouver que cette loi inhumaine n’a pas lieu d’être.

Et pour ce qui est de la question de suivre ce genre d’événement sur Twitter, je pense que ceux qui n’ont pas les nerfs assez solides pour suivre profitent quand même au bout du compte qu’il y en ait des capables… C’est la dynamique médiatique, somme toute, avec un petit plus qui donne froid dans le dos.


 

Laïcité et valeurs, le dernier combat

 

Depuis quelque temps, le sujet de la laïcité revient et revient sous ma plume alors que je me dois d’écrire pour mon texte de la semaine sur Les 7 du Québec. C’est un hasard, et je le trouve heureux.

Juste comme je réfléchissais à quoi choisir comme sujet, je tombe via un tweet de Jeff Plante (@JF_Plante) sur le billet « Laïcité et éthique chrétienne ». Il y est question des avis divergents de Normand Baillargeon et Jean-Marc Piotte face au livre « La culture religieuse n’est pas la foi — Identité du Québec et laïcité » de Guy Durand, défendu par Jean Laberge, l’auteur dudit billet.

Dans le premier chapitre, Durand recueille de très nombreux témoignages de Québécois qui, aujourd’hui comme hier, ont façonné le Québec par l’héritage chrétien et ce, dans tous les domaines d’activités, voire même dans les institutions démocratiques elles-mêmes du Québec. On sait que la question de la laïcité de l’État québécois s’est cristallisée autour du fameux crucifix de l’Assemblée nationale. Les tenants de la laïcité intégrale ou stricte l’ont en horreur, même des croyants. Durand plaide pour conserver le crucifix car il fait partie de notre fibre d’être québécois, que nous soyons ou non des croyants, voire chrétiens.

Premièrement, le crucifix à l’Assemblée nationale ne me semble pas tellement cristalliser la question de la laïcité, même que je crois que ce serait le dernier symbole religieux à garder sa place, vu son caractère très historique. Par contre, en fouillant plus profondément dans l’Histoire, justement, il est clair que ce crucifix, en plus d’être le premier symbole du christianisme, est le puissant symbole du contraire de ce que la laïcité prône : « ce crucifix a été donné par l’archevêque de Québec à Maurice Duplessis pour sceller l’alliance entre l’Église et l’État. »

Et j’ai pris la peine de spécifier qu’il fallait fouiller « profondément » parce qu’il est certain que ce détail de l’Histoire échappe à la grande majorité des Québécois. Alors, ça me fait bien rigoler de lire que ce crucifix « fait partie de notre fibre d’être québécois ». Et c’est encore plus drôle quand on se rappelle que le changement de dénomination (et identitaire), de Canadien-Français à Québécois, s’est produit grâce à la Révolution Tranquille, qui était beaucoup une réaction au règne de Maurice Duplessis… Tentative de réécriture de l’Histoire?

Mais je ne voulais surtout pas écrire un billet au sujet du crucifix à l’Assemblée nationale (même si je pourrais seulement me concentrer ici à développer qu’en fait la possible disparition de ce symbole fait bien plus peur aux détracteurs de la laïcité que sa présence ne fait peur aux pro-laïcité). La question qui m’intéresse concerne plus amplement le lien entre la culture (l’« Ensemble des formes acquises de comportement de l’être humain. ») et la religion au Québec. Parce que l’essentiel du discours de Jean Laberge, nourri par Guy Durand, consiste en une énumération de l’ « héritage chrétien », avec l’aide de figures emblématiques du Québec comme Michel Chartrand et Camille Laurin, afin de justifier la place de la religion, enfin de sa tradition, aujourd’hui.

Le problème que j’ai avec ce discours, c’est qu’il déborde de la question étatique. C’est que même la laïcité stricte ne pourrait empêcher la population, si elle le désire, de célébrer son héritage chrétien. La culture en est bien sûr imprégnée, et un mur vide où était précédemment un crucifix, et un employé de l’État qui laisse dans sa poche un pendentif avec une croix, et une employée d’un service étatique qui laisse son voile à la maison, ne pourront changer ça. Et, pour ce qui est des valeurs, ce vers quoi tout le discours de Laberge tend, j’ai un gros bémol…

Je vais l’écrire d’emblée, son message prône l’emprisonnement, voire même la prise en otage de la culture et des valeurs par l’héritage de la religion. Et je me pose la question à savoir si le but est d’actualiser le lien entre la société et la religion (bien sûr catholique). Je m’explique, premièrement avec une question : même si je suis d’accord que les valeurs des êtres humains ont beaucoup été influencées par la religion — par son omniprésence historique dans les sociétés —, est-ce que ces valeurs sont indissociables de cet héritage?

La réponse est bien sûr non. Et la transmission de ces valeurs ne dépend pas exclusivement de la pratique religieuse, en plus. Si « Sergio Leone, le réalisateur des fameux westerns-spaghetti, bon athée et anarchiste, n’a pu s’empêcher d’user d’images religieuses chrétiennes dans son cinéma que la longue tradition catholique lui a légué en héritage », comme le souligne Laberge dans son billet, un athée comme moi peu bien élever sa fille selon une majorité de valeurs que la religion catholique ne nierait absolument pas. Alors, pourquoi toujours revendiquer la paternité religieuse des valeurs puisqu’elles ne disparaissent visiblement pas avec la remise en question de la religion, qui vient entre autres avec la laïcité? J’irais encore plus loin, elles ne disparaîtraient pas si une pilule distribuée à la totalité de la population mondiale réussissait à faire disparaître le phénomène religieux et la croyance en Dieu. Je dis qu’elles ne disparaissent pas, mais je sais très bien que le discours religieux actuel trouve justement sa base sur la peur, ou une certaine constatation — qui relève beaucoup à mon avis de l’hypocondrie — de la perdition du mode de vie occidental. À la base, c’est le propre du conservatisme et du traditionalisme d’avoir peur de l’évolution et du changement, alors ce n’est pas bien difficile à réfuter.

Et, parlant d’évolution, je crois que la religion a été nécessaire à l’évolution des sociétés humaines (beaucoup vers la gauche au Québec comme le souligne Laberge, et pourtant beaucoup vers la droite par exemple aux États-Unis…). La religion a institué une cohésion sociale qui aujourd’hui est bien assimilée (pas toujours avec bonheur, j’en conviens). Ce que la société rejette aujourd’hui de la religion est seulement ce qu’il lui reste de poussiéreux, d’archaïque. Et la religion était bien utile là où l’éducation était quasi inexistante. Alors, je crois que le défi actuel, étant donné que la population est beaucoup plus éduquée, est de remettre en question ces valeurs héritées de notre passé et, une fois le test remporté, de les célébrer en toute connaissance de cause. Cela serait bien tout le contraire d’écrire tout bonnement, comme l’a fait Guy Durand, comme une gifle à l’intelligence humaine : « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » J’admets qu’en gommant l’adjectif « chrétiennes » l’énoncé a du sens, mais en gommant aussi la définition biologique en lien avec la vie. Personne ne peut mourir par manque de valeurs, encore moins chrétiennes…

Et dans cette idée de défi actuel, ce pour quoi toutes ces questions me sont intéressantes, il y a pour moi la conviction que l’abandon total de la religion (comme béquille sociale) ne pourrait que donner un coup de main à la réflexion globale. Et c’est déjà en cours de toute façon, depuis que l’État a purgé la religion de ses entrailles. Mais il reste encore des stigmates à éliminer, alors on voit clairement la terreur dans les yeux de certains croyants.

(Photo : brioso)


 

Confusions et hontes (màj)

 

Serait-ce un peu parce que de nos jours l’information ne pourrait se manger froide? Serait-ce parce que le fait de la grande quantité d’information rend plus propices les erreurs?

Mauvais moment pour un sondage politique

En tout cas, Le Devoir a publié en pleine crise post dévoilement du rapport de l’Unité anticollusion un sondage politique dont les données ont été compilées avant le dévoilement dudit rapport. Tous les ingrédients étaient présents pour créer une confusion. J’en ai été victime par la publication de mon billet « La honte ».

Justement, j’ai eu un peu honte de m’être fourvoyé de la sorte en analysant ce sondage sous la loupe de l’actualité très récente. C’est la première fois que je vois un sondage aller aussi à contre-courant de l’actualité. Certains pourraient me rétorquer que j’aurais dû faire moi-même cette petite vérification, mais de mon côté ça me semblait tellement aller de soi, et je me fie sur les médias et les journalistes pour faire correctement le travail de mise en perspective éditorial.

Je ne suis qu’un blogueur, malgré tout. Une voix citoyenne. Mon salaire, c’est le plaisir que j’en retire. Et mon plaisir est plus amplement du côté de la subjectivité, là où l’écrivain peut se déployer.

Nelly Arcan et TLMEP (québécois ou français?)

En parlant d’écriture et de honte, l’histoire autour de la sortie de la nouvelle « La honte » de Nelly Arcan et des mots de Nancy Huston portait aussi à confusion, et cette confusion tient dans le fait que l’émission Tout le monde en parle a une version québécoise et française. On a pensé que Nancy Huston parlait de l’émission québécoise alors qu’elle parlait de l’émission française. Je suis tombé dans le panneau comme tout le monde, même Chantal Guy qui a pondu le texte détonateur, où elle pointait seulement Guy A. Lepage et Dany Turcotte, jamais les protagonistes français de TLMEP.

Et je suis encore plus confus puisque je suis en train de me demander si le texte « La honte » ne fait pas référence aussi à l’émission française… C’est que je viens de me souvenir d’un détail qu’a fait ressortir la blogueuse derrière « Ma tuque est une perruque ». Nelly Arcan décrit dans sa nouvelle une robe verte alors qu’à TLMEP, au Québec, elle portait une robe noire. La blogueuse interprétait cette différence comme étant « toute la tension de sa propre analyse déformée d’elle-même ». Ce qui va dans le sens de rehausser le côté fictif de la nouvelle, et son trouble.

J’acquiesçais à cette analyse, mais là, je me dis qu’il est fort probable que Nelly Arcan, dans sa nouvelle « La honte », réagissait à un passage à TLMEP en France, plutôt qu’au Québec. Mais bon, peut-être que c’est un mélange des deux. Il me serait bien hasardeux d’arrêter mon choix.

 

Màj :

 

On m’a pointé sur Twitter un billet qui devrait confirmer que l’écrivaine s’inspirait vraiment de son passage à TLMEP au Québec :

http://melikahabdelmoumen.blogspot.com/2011/09/guy-croque-par-un-fantome.html

Jugez-en par vous-même.

Ajout :

À la demande de Mélikah Abdelmoumen, j’ajoute son deuxième billet :

http://melikahabdelmoumen.blogspot.com/2011/09/melikah-abdelmoumen-croquee-par-les.html


 

Nelly Arcan, Guy A. Lepage, Nancy Huston (màj)

 

Je ne pouvais pas passer à côté de l’histoire concernant Nelly Arcan et Guy A. Lepage. Cette histoire qui y fait aussi s’entremêler Nancy Huston (le côté le moins reluisant de l’histoire, à mon avis).

Quand même, avant la sortie officielle du livre Burqa de chair, je me demande si les Éditions du Seuil ont fait un très bon coup marketing en laissant ce texte à lire gratuitement sur le site de l’auteure, soit La honte, qui écorche l’animateur de Tout le monde en parle. Elle y raconte, à la troisième personne, sa mésaventure psychologique à la suite de sa dernière entrevue à cette émission.

Guy A. Lepage se défend bien de défendre son travail d’intervieweur puisque l’écrivaine n’a plus le pouvoir de réplique, mais il soumet l’entrevue en question au jugement de tous. Ce qui l’honore, bien évidemment. Pour ma part, si j’avais à lui reprocher quelque chose, et c’est très facile de l’écrire après coup, c’est d’avoir trop creusé avec l’aide de ses recherchistes. Quand on creuse trop, on peut trouver des pièges… Sinon, rien qu’une dose de réalisme face à une écrivaine qui ne semblait pas se ralentir des tabous, mis à part quelques mimiques perceptibles de perplexité de sa part. Mais, mystérieusement, l’auteure Nancy Huston, qui signe la préface du livre à paraître, y a vu quelque chose d’épouvantable :

J’ai vu cette scène à Tout le monde en parle, et c’est totalement impardonnable la manière dont l’hôte l’a humiliée.

Pour ma part, je n’ai vu qu’un animateur, qu’un fou du roi et des invités qui ne savaient pas qu’ils gambadaient mains dans la main sur un terrain miné. Je me souviens avoir pensé à Anne-Marie Losique alors que Nelly Arcan semblait surprise qu’on souligne sa robe sexy, et tout ce qui vient avec; et que quiconque ne pouvait s’empêcher de voir, tant ça crevait les yeux. D’autant plus que tous savaient, enfin, les gens qui s’intéressaient à elle de près ou de loin, que sa démarche avait un lien étroit avec son rapport à son propre corps, à sa propre beauté (avec tout ce que cela implique, à notre époque).

Tout cela est tellement gros que je ne peux m’empêcher de penser que Nelly Arcan a puisé dans son inconfort réel pour pondre ce récit halluciné qui lui a servi surtout d’exutoire (le choix de la troisième personne me semble révélateur et, d’ailleurs, il n’a pas été publié de son vivant — serait-ce l’indice fatal du fait qu’elle ne l’assumait vraiment pas?). Et je ne sais pas si Nancy Huston a visionné l’entrevue et puis lu La honte, ou vice versa. Si elle a lu l’histoire avant de voir l’entrevue, cela pourrait expliquer en partie sa réaction extrême.

Pour toutes ces raisons, ce texte n’aurait peut-être jamais dû être publié (aussi, perso, son côté brouillon et sa longueur m’ont été quelque peu désagréables), mais au moins il a permis de créer une controverse qui ravivera la mémoire des gens. Parce que je suis au moins en accord avec Nancy Huston sur un point, l’oeuvre de cette femme a son utilité, au-delà de sa qualité. Nelly Arcan avait, consciemment ou inconsciemment, toute la pression se dirigeant vers les femmes sur ses épaules. Et il me semble, dans un jeu de balancier — ou de balance — entre la fiction et la réalité — ou sa fiction et sa réalité. Impossible de mettre le doigt dessus, mais ça devait être insoutenable. Avec le résultat hors de tout doute qu’on connaît. Ce qu’il en reste, c’est au moins un témoignage important, celui d’une dérive qui nous échappe un peu moins grâce à sa plume.

Et, j’ose espérer qu’il n’y aura pas certains musulmans pour se scandaliser du titre du livre…

 

Ajouts :

Question d’avancer un peu plus dans le brouillard avec un mini-ventilateur :

http://matuqueestuneperruque.blogspot.com/2011/09/pas-nelly.html

http://stupidarium.ca/2011/09/nelly-guy-et-la-petite-chose-que-lon-appelle-la-vie/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/nathalie-petrowski/201109/13/01-4447398-nelly-et-les-poux.php

http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201109/14/01-4447555-si-vulnerable.php

Màj :

Sur le site de Tout le monde en parle, on a publié un mot de Nancy Huston où elle écrit, entre autres :

‐ je ne faisais pas allusion à Tout le monde en parle et à son animateur québecois, car je n’ai jamais vu l’émission en question, mais à une émission de la télévision française;

 


 

Pornographie et romantisme


Ce dont je vais vous parler m’apparaît évident depuis longtemps, même si je sais très bien que c’est discutable, malgré tout. Dans la foulée du problème grandissant de l’hypersexualisation, surtout au niveau des jeunes (et des enfants), je crois qu’il serait bien de regarder le phénomène de la pornographie versus celui du romantisme (comprendre surtout par ce terme ce qu’on appelle les « films de filles », les « films d’amour », les « comédies romantiques », etc.).

J’aimerais parler de ce sujet parce que j’y trouve un lien avec l’histoire que je relatais récemment, celle de mon ami enseignant qui s’est fait taper sur les doigts pour avoir parlé de sexualité dans son cours (et même avec ma pointe antireligieuse qui a suivi). Le message qu’il tentait de communiquer à ses élèves, c’est que le rapport à la sexualité est généralement très différent pour les filles et les garçons. Et qu’il est important que tous aient conscience de ces différences.

Je suis tout à fait au courant qu’il n’est pas bien de généraliser, mais je devrai le faire ici pour ne pas surcharger mon billet d’explications. Alors, ayons en tête que ce n’est pas tous les hommes qui regardent de la porno, et que ce n’est pas toutes les femmes qui regardent des films de filles… Mais, ne nous cachons pas la tête dans le sable, la majorité de la porno est regardée par des hommes, les films de filles par des femmes. Ça va de soi.

Pour ceux qui ne comprendraient pas encore le parallèle, dans les deux cas il s’agit de fiction. Et le problème réside justement dans le cas où quelqu’un prend un ou l’autre pour la réalité. Les relations sexuelles mises en scène dans les films pornographiques ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations sexuelles humaines. Comme les films d’amour ne sont pas en phase avec la réalité générale des relations amoureuses humaines. Si un homme s’attend à des relations sexuelles comme dans la porno, il risque fort d’être déçu, idem pour la femme qui s’attend à vivre une histoire d’amour comme dans les comédies romantiques.

Dans notre monde actuel, quand même, il n’y a que la pornographie pour être critiquée vertement (surtout par des féministes qui y voient une insulte à la Femme), alors que le romantisme cinématographique se voit au pire relayé à une sous-catégorie snobée culturellement. Pourtant, s’il y a écueil à avoir socialement, je le vois égal pour les deux (enfin presque, puisqu’il est bien évident que la porno a plus d’influence globalement que la culture du romantisme). Et la différence évidente, c’est que la pornographie est du tabou alors que sa contrepartie féminine ne l’est pas. Tout cela en proposant sérieusement que le film d’amour est comme de la pornographie, mais pour les femmes.

Sans blague, la comédie romantique est dangereuse parce qu’elle ne montre que de la performance. Le film de filles exploite l’image de l’homme (presque) parfait aux talents amoureux hors du commun. Le film d’amour rend l’homme ordinaire bien banal, si on le compare. Cela peut rendre les femmes bien déçues de leurs prétendants ou de leurs amoureux. Cela peut alors créer des conflits dans le cas où une femme prend trop ses désirs (ce qu’elle voit dans ces films) pour des réalités. Et, pour les célibataires, un sentiment de désillusion qui empêchera de trouver l’âme soeur. Et je ne crois pas exagérer.

Pour ma part, je pense que tout est question de mesure et d’équilibre. La pornographie n’est pas en soi un problème et en plus, à ce que je sache, les participantes le font de leur plein gré, autant que les participants. La question ne se pose pas de cette manière pour ce qui est des comédies romantiques puisque justement ce n’est pas du domaine du tabou. Mais au bout du compte, je le répète, c’est le caractère fictif qui est le plus important à considérer. Et cela ne veut pas dire qu’une femme n’a pas le droit de se permettre un peu de frivolité au lit, ni qu’un homme ne peut pas faire un coup d’éclat romantique pour sa compagne ou sa prétendante.

Il va de soi que le réalisme total dans la représentation n’est pas très intéressant (même ce qui devrait être considéré comme le plus près du réalisme, soit la télé-réalité, est loin du compte). C’est que la fiction est une épice importante de la vie. Et c’est pourquoi il me semble futile de tenter de juger la fiction au-delà du lien qu’elle entretient avec le spectateur et de sa propre réaction. Il est alors question d’éducation quant à ce que la fiction propose, et non de s’en servir comme éducation.

Pour revenir au problème de l’hypersexualisation, cacher ce qu’implique la pornographie dans la société est de loin la pire manière d’y remédier. Et à propos des jeunes, particulièrement les jeunes filles, l’influence indue de la porno et de la filmographie romantique est une bombe à retardement, on le voit bien. Il y a contradiction : d’un côté les pratiques sexuelles mises de l’avant par la porno sont banalisées, et de l’autre le fantasme du garçon romantique à l’extrême se voit encouragé malgré son irréalisme. Tout est mis en place pour qu’il y ait décalages multiples, accompagné de tous les problèmes qui peuvent venir avec.

La solution? Tout ce que je sais, c’est qu’il faut en parler.

Ajout :

Pour continuer votre lecture : Pornographie ou érotisme?


 

Liberté d’expression : un caricaturiste syrien se fait casser les mains


Des injustices, il n’en manque pas. Ma sensibilité et mes intérêts font en sorte que certaines me parlent plus que d’autres. Même si toutes les injustices sont importantes. Mais je n’aurais pas assez d’une vie pour toutes les pointer…

Quoi qu’il en soit, le caricaturiste Bado a pointé une histoire dégoûtante, que je me dois de relayer. Un caricaturiste syrien, Ali Ferzat, très critique du gouvernement de Bachar el-Assad, dans la foulée de la révolte qui secoue ce pays depuis le début de l’année 2011, s’est fait battre et casser les deux mains par des hommes armés et masqués. Et, il ne fait pas de doute que c’est le gouvernement syrien qui est derrière tout ça.

Ne connaissant pas vraiment la situation syrienne, je me suis rabattu sur l’article de Wikipédia concernant la Syrie. On peut y lire que le « pouvoir syrien est fondé sur deux piliers : l’idéologie socialiste ba’athiste et sur les liens entre membres de la communauté musulmane alaouite. » Aussi : « Chacune des trois branches du gouvernement est guidée par les objectifs du parti Baas, dont l’importance dans les institutions d’État est assurée par la constitution. 8 partis politiques ont été légalisés dans le pays, ils font tous partie du Front national progressiste. »

Encore :

 

Avec l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad en juillet 2000, les Syriens et en particulier les militants pour les droits de l’homme ont espéré une certaine libéralisation du pays ; c’est ce qu’on a appelé le printemps de Damas.

Ce printemps n’a pas duré longtemps, il s’est terminé en février 2001, lorsque les services de sécurité ont gelé l’activité des forums intellectuels, culturels et politiques, par la poursuite des militants pour les droits de l’homme et leur emprisonnement. Dans cette courte période de 6 mois, le printemps de Damas a vu des débats politiques et sociaux intenses, d’une part, et d’autre part il a conservé un écho qui sonne encore dans les débats politiques, culturels et intellectuels jusqu’à aujourd’hui en Syrie.

 

Avouez que c’est plutôt inquiétant de lire les termes « socialiste » et « progressiste » alors qu’il est question d’un pays pas très loin de la dictature et qui se permet d’étouffer la contestation populaire par toutes sortes de violences. J’entends les rires de certains qui mettent dans le même panier « socialisme » et « violence » (socialisme étant pour eux seulement synonyme de « communisme » — donc en lien avec toutes ses répressions), mais le terme « progressisme » n’a pas ce handicap. Alors, je ne comprends pas trop comment un regroupement de partis politiques, fondé « pour donner l’illusion d’un système multipartiste », peut s’appeler « Front national progressiste »… Et je me permets de rajouter à ça l’influence énorme de l’Islam, que je relatais plus haut.

Justement, je ne peux pas m’empêcher de penser que la démonstration antidémocratique syrienne prend surtout sa source du pouvoir religieux. J’attends qu’on vienne me contredire, mais il est clair que tout ce qui touche à la religion n’a pas la réputation de faire fleurir la liberté d’expression…

(Image : bryant732000)


 

La religion comme bâton dans les roues de l’éducation sexuelle

 

Pour le billet que j’ai publié mardi dernier, j’ai essayé de me tenir le plus près possible des faits. Pour ceux qui ne l’ont pas lu, j’y relatais l’histoire d’un ami enseignant qui va être suspendu trois jours par le directeur de son école parce qu’il a distribué des documents traitant de la sexualité à ses élèves.

Je veux y revenir parce qu’un des soupçons que j’ai quant à la raison de cette suspension a été soulevé dans un commentaire que j’ai eu sur Facebook en lien avec cette affaire. Et ce commentaire vient d’un autre enseignant qui raconte qu’un collègue à lui a été suspendu 5 semaines. Et la cause : des parents très religieux et très organisés. Je n’en doute point, ça pourrait tout à fait être cette même raison pour ce qui est de mon ami. Et, vous vous en douterez bien, ça me fait sortir la boucane par les oreilles!

Personnellement, je n’ai aucune patience quand il s’agit de la religion qui tente d’entrer d’une façon ou d’une autre dans l’espace commun. Et c’est bien de ça qu’il est question quand des ultrareligieux tentent de mettre des bâtons dans les roues de l’éducation sexuelle des jeunes. J’en viens même à me demander si l’abandon des cours de FPS avec la Réforme ne trouve pas plus ou moins sa source dans un lobby du genre…

Parce que là ils ont tellement le beau jeu. Le gouvernement s’est lavé les mains du problème en relayant la tâche aux profs et aux parents. Et, c’est bien connu, la plupart des parents sont mal à l’aise avec la sexualité (gracieuseté de notre civilisation judéo-chrétienne), et ça doit pas mal être la même chose avec les enseignants… Il ne reste qu’à ces brebis la tâche de débusquer les exceptions comme mon ami et d’appuyer sur le bouton-pression!

Alors, vivement le retour des cours d’éducation sexuelle. Des gens compétents qui vont faire le travail de démystification, des parents normaux qui vont être contents, et pour les autres, qu’ils continuent leur vaine croisade… En espérant qu’on en entendra de moins en moins souvent parler, et qu’ils finiront par disparaître. Optimisme, quand tu nous tiens…

Certains me trouveront sans doute trop dur, mais j’assume tout à fait mon propos. Dans un monde où la science nous montre que la sexualité est une chose normale, hautement humaine et importante pour l’équilibre mental de l’individu, ceux qui voudraient qu’elle soit régie par des préceptes doctrinaires archaïques m’apparaissent réellement anormaux.

Je sais bien que de pointer la normalité est dangereux. Surtout quand la normalité est pour beaucoup synonyme d’immobilité, que le terme inspire le contraire de la créativité. Mais ce n’est pas de cette normalité dont il s’agit. Plutôt celle-là qui donne une chance à quiconque d’avoir un bon départ dans la vie. Le choix, qui vient avec la connaissance, n’est-ce pas le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un jeune?

Parce que d’enfermer les jeunes dans le noir jusqu’à ce que leurs hormones les poussent à expérimenter (ou pire, à se replier sur eux-mêmes devant l’épouvantable de l’inconnu), cela me semble beaucoup plus nocif. Les sujets, comme la contraception, les infections transmissibles sexuellement, etc., ne manquent pas. Et on voudrait laisser toutes ces questions à la merci de la religion : ce qu’il y a de moins « mis à jour » en terme de sens sur la planète?

Les gens peuvent bien croire en Dieu, ce n’est pas tellement ça le problème. C’est l’application aux réalités terrestres qui branle dans le manche! Certains pourraient faire ressortir l’importance de la tradition qui vient avec la religion, qui vient avec Dieu, mais il s’agit d’aujourd’hui, pas d’hier! L’écho de la réalité d’il y a (soi-disant) deux-mille quelques années (en tout cas du côté chrétien) est bien insuffisante pour nous aider aujourd’hui, à moins d’y mettre une énergie folle pour en extirper quelque chose. Si je ne m’abuse, nous avons la liberté de mettre notre énergie ailleurs, et c’est bien contre cette liberté que les ultrareligieux se battent.

Pour ma part, je me bats aussi, mais avec ces quelques mots. Soyez du nombre.

(Image : formfaktor)


 

Éducation sexuelle : un enseignant suspendu pour avoir fait son travail

Un très bon ami à moi est enseignant au secondaire. Cinquième secondaire pour être précis. Depuis très longtemps. Et depuis qu’il m’en parle, je ne peux plus douter qu’il est excellent, consciencieux et ayant très à coeur la réussite de ses élèves. Pourtant, il y a quelques jours, il m’a annoncé qu’il allait être suspendu trois jours par le directeur de son école. La raison : il a distribué des documents traitant de la sexualité à ses jeunes.

La majorité des textes proviennent du site Français CareVox « Partageons l’Info Santé ». Un article sur le fait que le Brésil autorise maintenant la masturbation sur les lieux de travail. Un article au sujet d’un livre de Hilda Hutcherson, gynécologue et obstréticienne : « Le guide du plaisir : Manuel pratique du sexe à l’usage des femmes… DE TOUTES LES FEMMES ». Un article sur le problème de la dépendance sexuelle, ainsi qu’un autre sur Cyberpresse traitant du même sujet. Un article paru sur le site de CNN, malheureusement indisponible en ce moment, relatant une étude parue dans « The Journal of Sexual Medecine », qui arrive à la conclusion que la durée optimale d’une relation sexuelle est de 3 à 13 minutes (selon une autre étude, le temps moyen d’une relation serait de 7.3 minutes). Donc, que la clé d’une vie sexuelle satisfaisante est l’endurance (selon les thérapeutes impliqués dans la première étude, une relation durant de 1 à 2 minutes serait trop courte). Aussi, trois textes aux titres très révélateurs : « Mythes sur ce que les femmes veulent vraiment au lit », « Sexe : Dix bonnes et étonnantes raisons de faire l’amour » et « Sexe : 10 choses que les femmes aiment… ».

Sans conteste, des textes écrits par des professionnels, sérieux et utiles pour aider les jeunes dans le contexte de l’hypersexualisation et de la pornographie très accessible (et qui tient malheureusement trop lieu d’éducation sexuelle, par défaut). Rien de déplacé, à moins bien sûr d’avoir un blocage sur tout ce qui touche à la sexualité. Et, de toute manière, mon ami ne faisait que son devoir, puisqu’avec la Réforme de l’éducation, selon un document du Ministère datant de 2003, « l’éducation à la sexualité ne relève maintenant plus d’une seule matière ou d’un seul intervenant, mais devient la responsabilité d’un ensemble de partenaires. » C’est-à-dire les parents, « le personnel enseignant, le personnel professionnel et le personnel de soutien des réseaux de l’éducation et de la santé et des services sociaux » :


Actuellement, l’éducation sexuelle au secondaire est censée être faite par l’ensemble des professeurs, à travers l’enseignement de leurs matières régulières, une formule plus ou moins efficace, selon les intervenants du milieu.

 

« Plus ou moins efficace » semble ici une formule peut-être trop optimiste. Il semble plutôt que tout ce beau monde se soit lancé la patate chaude puisque, comme me le disait mon ami, la grande majorité de ses élèves (de secondaire cinq, il ne faut pas l’oublier) ont avoué ne jamais avoir entendu parler de sexualité dans leurs autres cours (à part dans leur cours de biologie — où l’accent n’est vraiment pas mis sur le relationnel…). Il est là le problème.

Et pour sa démarche (et pour sa défense on s’en doute!), il s’est inspiré entre autres de deux articles parus en 2010 sur Cyberpresse, un sur une mobilisation demandant le retour des cours d’éducation sexuelle et l’autre (d’où la citation précédente est tirée) sur l’annonce de Québec de les réintégrer. Ce qui n’est pas encore fait en 2011… Et on lui reproche d’avoir fait simplement son travail en attendant que le Ministère de l’Éducation se décide à le donner à d’autres!

Pour l’instant, il y a un flou autour de la ou des raisons précises de cette suspension. Peut-être une partie de texte ou l’ensemble, la direction qu’il prend en proposant ce corpus. Même des pressions de parents serait dans le domaine du possible. Ce n’est vraiment pas clair. Lui et moi avons bien quelques idées là-dessus, mais il serait trop hasardeux de les soulever ici. D’autant plus que cette histoire n’en est pas encore à son dénouement, loin de là.

Mais avant de vous quitter, il faut que je vous dise que mon ami se fout des trois jours de salaire qu’il pourra perdre, c’est pour le principe qu’il se bat.

(Photo : haleynealphotography)


 

En 6 mots…

 

J’ai découvert sur Twitter voilà deux jours un nouveau site bien sympathique :

http://www.6mots.com

Le concept est simple et repose sur une anecdote concernant l’écrivain Ernest Hemingway :

 

Dans les années 1920, Hemingway fut mis au défi dans un bar par des amis d’écrire un roman en 6 mots.

Selon la légende, il jugea le résultat (“à vendre: chaussures bébé jamais portées”), comme la meilleure histoire qu’il ait jamais écrite.

Histoire vraie ou apocryphe ? Nul ne le sait, mais depuis cette date de nombreux auteurs et des dizaines de milliers d’internautes dans le monde se sont pliés a l’exercice.

A présent, le jeu est accessible en langue francaise. N’attendez pas : c’est maintenant votre tour !

 

Je me suis fait prendre au jeu et j’en ai pondu onze depuis :

 

Elle se promène et rend froid.

 

L’aveugle a vraiment vraiment tout vu.

 

Un couteau trop près de l’oeil.

 

Anticonstitutionnellement, le petit peuple s’en crise.

 

Défectuosité d’égo à gogo, solitude assurément grimpante.

 

Timides, ils s’observent par statuts interposés.

 

Une vedette n’est jamais assez à nu.

 

Le grain chavirant la balance.

 

La sagesse gangrénée par la fougue.

 

Dans le beurre, trépassé avant l’heure.

 

Dans ma gueule, construire son nid.


 

Le bilinguisme de facade

Alors que je furetais dans les archives du blogue de Patrick Lagacé, j’ai cliqué sur son billet en lien avec l’histoire d’Air Canada et des commentaires antifrancophones qui ont suivi (le chroniqueur les qualifie de racistes, mais je n’aime pas trop qu’on utilise ce terme à toutes les sauces…). Après le billet, j’ai commencé à lire les commentaires et je me suis arrêté au quatrième (de toute façon, il y en a 357 au moment où j’écris), de quelqu’un qui signe « hyde » :

[...]

Pour ma part, rien ne m’étonne de cette situation. La loi sur le bilinguisme n’est qu’une façade pour plaire aux Québécois.

En vérité, la majorité des Rocanadians sont indifférents face au fait francophone. Pour eux, le Canada est un pays anglophone. Peut-on vraiment leur en vouloir? Ils n’ont jamais à parler français, c’est une obligation inutile.

Pourquoi un employé du gouvernement travaillant et vivant à Calgary devrait être capable de servir en français? Il est à Calgary. C’est comme demandez (sic) à un Allemand d’apprendre le Danois.

C’est la même chose pour un employé du gouvernement situé à Chicoutimi. À quoi lui sert l’anglais?

La question des langues officielles devrait être une compétence exclusivement provinciale. Si une province veut le bilinguisme qu’elle le fasse. On est pas obligé de l’imposer à une province où le fait français est inexistant.

Tout ça est une autre preuve que ce foutu pays ne fonctionne pas. Ça ne fait que créer des tensions qui nous amènent à des propos xénophobes et créer la haine.

Je suis tout à fait d’accord avec ces propos. Mais je suis capable de voir que les francophones du ROC pourraient être tout à fait contre, puisque le bilinguisme pancanadien est leur bouée de sauvetage, même si son degré de flottaison est quasi nul…


 

Les citoyens du monde

 

Dans son billet « Pour l’histoire », Mathieu Bock-Côté soulève une caractéristique majeure de notre époque, ce qu’il appelle le « présentisme », à prendre bien sûr dans son sens le plus négatif (l’auteur étant de la mouvance conservatrice) :

Le présentisme consiste à croire que le présent se suffit à lui-même. Il repose sur l’oubli de l’histoire, comme si le passé n’avait rien à nous apprendre, comme si nous n’avions pas reçu de nos ancêtres un héritage à préserver, à faire fructifier.

Dans ces propos, je ne suis pas d’accord qu’il faille absolument « préserver » quoi que ce soit sans le mesurer au présent (je ne suis pas un conservateur), mais en gros je suis d’accord que la fuite en avant n’est pas la meilleure solution pour régler les problèmes identitaires actuels qui viennent avec la mondialisation.

Et l’auteur vise tout à fait juste quand il pointe ce qu’il appelle la « Troisième faille » :

nous oublions les vertus de l’enracinement. Combien sont-ils à vouloir comme seul passeport celui de « citoyen du monde ». Dans l’angle mort de cette vision, toutefois, on trouve une terrifiante superficialité : celui qui aime toutes les cultures n’entretient-il pas finalement un rapport de consommateur avec chacune d’entre elles en se contentant de les explorer en surface ? Ce n’est pas parce qu’on est allé un jour à Zaghreb qu’on est familier avec la culture croate. Ce n’est pas parce qu’on aime les mets brésiliens que l’Amérique du Sud n’a plus de secrets pour nous.

Personnellement, si je suis un citoyen du monde, j’ai l’honnêteté de le placer à la bonne place, juste avant le fait d’être terrien dans l’univers : dans la possibilité où il existerait des habitants d’autres planètes… Quelqu’un qui peut véritablement se targuer d’être principalement un citoyen du monde, c’est tellement rare que c’est actuellement plus du domaine du fantasme. Qui peut bien faire assez le tour du monde pour bien s’imprégner des cultures et des langues à ce point? Et se servir seulement de sa connaissance de l’anglais pour ce faire, c’est mieux que rien, mais il y a mieux…

Alors, j’en arrive à la conclusion que de se dire citoyen du monde, c’est beaucoup faire fi de l’importance de la proximité, dans son sens le plus large. C’est en quelque sorte du snobisme pour ce qui a mijoté et ce qui mijote à notre portée immédiate, même s’il est impossible d’y échapper tout à fait; enfin, pour l’instant : si le web parvient un jour à tout à fait nous happer au quotidien il en sera autrement. Et, si je ne m’abuse, cette propension à dénigrer l’appartenance locale est justement une des conséquences du développement du web et de la possibilité d’avoir un sentiment d’appartenance planétaire par cela, bien qu’il soit encore plus superficiel que le tourisme. (Ici, je ne dis pas que ce que l’on vit via nos expériences sur internet ne vaut rien, mais bien qu’il faut au moins les remettre en perspective vis-à-vis de nos autres activités.)

Après le tourisme et le « surf des interwebs », il y a bien sûr l’immigration comme mécanique encourageant cet idéal de la citoyenneté mondiale. Justement, combien sont-ils à considérer le Québec comme une succursale du monde en occultant qu’il y a ici une culture (majoritaire) qui trouve son consensus dans une langue, héritée du colonialisme français et colorée d’américanité? Et qui osera réfuter que le multiculturalisme canadien ne soit pas dans cette même lignée?

Et encore, je soupçonne fortement que cette mode du « citoyen du monde » alimente le cynisme politique actuel. C’est bien clair, quand quelqu’un ne se sent pas citoyen de l’endroit où il vit, il peut bien se désister politiquement de ce qui se passe autour de lui : nos problèmes communs ne le concernent pas.

Depuis toujours, je comprends que cette attitude est une manière de se montrer tolérant à tous prix, puisque de pointer ouvertement où nous sommes et d’où nous venons (dans son sens le plus large) a été amalgamé au sectarisme. Si je dis et que je démontre de l’importance pour le fait que je suis un Québécois de langue française, donc par le fait même que je ne suis pas un citoyen du monde, j’ai l’air louche dans certains milieux qui se la jouent plus « évolués » en se proclamant citoyens du monde. Pourtant, il n’est même pas question de déprécier qui que ce soit, comme le font certains ultranationalistes, mais bien de prendre le pari du réalisme et de la conjoncture.

Parce qu’il ne faut pas se raconter d’histoires…


 

Le sacré, aujourd’hui

 

Hier, alors que je ramassais les dégâts accumulés de notre petite tornade sur le tapis du salon, la télévision, syntonisée à Radio-Canada, m’annonça les sujets à venir de l’émission Second Regard. Un reportage sur le film « Des hommes et des dieux », racontant l’histoire vraie « de sept moines cisterciens du monastère de Tibhirine assassinés en 1996 par des terroristes en Algérie », et une rencontre avec le philosophe français Luc Ferry, au sujet entre autres de la morale :

On entend souvent dire que les sociétés occidentales se sont éloignées de la religion. Conséquemment, certains ont l’impression qu’on vit dans des sociétés où les valeurs ont volé en éclats, qu’on a perdu nos repères. Et bien, Luc Ferry philosophe, ne croit pas ça.

L’entrevue est vraiment à écouter au complet, mais le point que je voudrais relever ici concerne le sacré. Le philosophe explique que le terme « sacré » trouve sa source du sacrifice et que le 20e siècle a été le théâtre de l’évolution du sacré, enfin, en occident. Qui, maintenant, mis à part peut-être les rares ultrareligieux, voudrait se sacrifier, mourir pour Dieu? Idem pour ce qui est de la Patrie (nos bons soldats étant à mon sens l’absurde exception…) et de la Révolution (le philosophe faisant référence aux années soixante et son concert révolutionnaire).

Aujourd’hui, c’est l’humain qui est sacré. Et à la quintessence de cette idée, quel parent ne donnerait pas sa vie pour ses enfants, alors qu’anciennement sur la ferme, comme le dit bien justement Luc Ferry, la mort d’un enfant était moins importante que la mort d’une bête? Encore, qui laisserait mourir un proche en danger sans rien tenter, même si cela implique de risquer sa vie? Même pour un inconnu, dans le fond.

Une chose en expliquant une autre, peut-être que cela pourrait être la clé du très grand malaise des Québécois envers toute l’histoire entourant Guy Turcotte. Si l’humain est sacré et encore plus les enfants pour leurs parents, ça va de soi que cela bouleverse la sensibilité populaire. Et c’est d’autant un jeu de contrepoids entre l’humanisme, maintenant sacré, et la Justice, qui elle ne l’est surtout pas : elle est plutôt reléguée du côté du politique, avec tout ce que le cynisme a assombri.

Quand quelque chose est vraiment sacré et qu’il demande alors un respect absolu, il est bien difficile de le désacraliser en le regardant d’un oeil objectif. C’est visiblement ce que les gens reprochent aux membres du jury d’avoir fait avec le verdict de « non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux » du cardiologue Guy Turcotte.

 

(Photo : voght)


 

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La folie ordinaire

 

Mon titre, je l’ai piqué à Charles Bukowski, celui qui publiait en 1972 « Erections, Ejaculations, Exhibitions, and General Tales of Ordinary Madness », traduit simplement par « Les Contes de la folie ordinaire ». Je m’en sers dans un autre sens : et par cela je vais tenter de questionner, et la folie, et l’ordinaire, aujourd’hui, devant le verdict renversant de « non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux » du cardiologue Guy Turcotte.

Pour être franc, je n’ai aucunement suivi cette histoire, sinon de très loin (alors, je ne me suis pas trop fait manipuler par les médias). Le jeune père que je suis n’est aucunement capable de savoir (même si je l’ai quand même su, comme beaucoup d’autres choses…) des détails comme celui que Guy Turcotte a eu « conscience de ce qu’il faisait, quand il a entendu son fils lui dire d’arrêter ». Sentir son coeur virer à l’envers, le moins souvent possible… Et pour cette raison, je ne devrais même pas pouvoir écrire à ce sujet, encore plus parce que je n’ai pas assisté au procès, comme le rappelle la spécialiste en droit criminel Véronique Robert.

J’en prends note, mais je continue de voir qu’il y a un trop grand écart ici entre la Justice et ce que la moyenne des gens est capable d’en comprendre, surtout à la suite de ce verdict. Et ça me fait revenir à mon titre. On a l’impression que ce verdict rend la folie ordinaire. Plus précisément, que toute folie (ou ce que l’on considère comme tel devant la loi) est égale. Que la folie qui gagne quelqu’un suite à des problèmes relationnels est égale à la folie de quelqu’un qui est en proie à des épisodes schizophréniques, par exemple, qui sont franchement plus du domaine génétique.

Si vous voyez où je veux en venir, c’est que rien dans les gestes de Guy Turcotte n’écarte l’histoire d’amour déchue. L’absurdité ne se retrouve que dans la teneur des gestes, pas dans ce qui y mène, dans le sens où la vengeance soutire le pire de l’humain, en tout cas au niveau du fantasme. Nous comprenons que le père cocufié ait fantasmé le pire (tuer ses enfants) pour détruire la mère qui ne voulait plus être son épouse, et c’est bien là où se trouve la capacité de faire « la distinction entre le bien et le mal » et « d’apprécier la nature et la qualité de ses actes ». Mais c’est tellement lié qu’il est difficile de croire que le chemin pour se rendre du fantasme à la réalité soit seulement de la pure folie. Comment Guy Turcotte a-t-il pu se perdre en chemin alors que tout le reliait au noyau de son trouble? Il y a dans la folie cette irrationalité que je n’arrive pas à percevoir dans ce cas-ci, puisque le lien de cause à effet me semble fluide. Le meurtre des enfants représente le comble de la vengeance et c’est ce qui a été fait. Guy Turcotte semble s’être planté lui-même ce germe comme un drogué consomme ce qui peut le rendre inconscient de la réalité. Mais un meurtrier drogué ne s’en tire pas même s’il était « inconscient » lors de l’acte, comme me l’a indiqué un ami avocat. Alors, la différence entre les deux me semble ténue.

Le jury a décidé qu’il s’était perdu en route dans la folie et je ne comprends pas, comme beaucoup de gens. Comme le blogueur Patrick Lévesque, je crois que notre « système de justice a [...] une responsabilité envers les citoyens, soit de les éduquer. Cette responsabilité est essentielle afin de conserver sa crédibilité, ce qui est en retour essentiel au maintien d’un système de droit, l’un des piliers de notre vie démocratique. Au-delà du choc, de la colère, de la tristesse, il est temps de passer à la compréhension. Les explications doivent venir; elles doivent être fournies rapidement, et elles doivent être fournies en tenant compte des émotions que vit en ce moment le grand public (dont je fais partie) ».

J’ai bien relu le texte de Véronique Robert, hyperlié plus haut, qui s’y connaît beaucoup plus que la majorité, et pourtant je ne comprends toujours pas. Quand j’y lis que le jury a décidé, « à l’unanimité, que « le monstre » était vraiment en état de déséquilibre mental au moment des faits », je me dis qu’il faut bien de toute façon être « en état de déséquilibre mental » pour tuer ses enfants, c’est un pré requis : une personne équilibrée mentalement ne va pas faire ça. Et pourtant, je ne doute pas que ce raisonnement ne fasse pas le poids au niveau de la Justice. Mais bon, je ne suis pas juriste. Et ça doit être le problème de la majorité de la population qui n’est pas d’accord avec ce verdict.

Voilà, la question de la folie est posée. Et elle n’est surtout pas simple. Quant à l’ordinaire, le choix du terme est peut-être abusif en soi, mais il sert au moins de contrepoids. La folie comme concept ultime ne peut pas être remise en question. En l’acoquinant à l’ordinaire je le rendais au moins un peu plus malléable. Et, il n’y a pas de doute pour moi, le concept de folie au niveau de la Justice est très discutable.

C’est ce que bien humblement j’ai essayé de faire ressortir ici.

Ajout :

L’affaire Turcotte: Le crime parfait?

http://www.centpapiers.com/l’affaire-turcotte-le-crime-parfait/

(Photo : amandajane)

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Se prémunir de l’intimidation par l’école privée

Patrick Lagacé a pondu quelques textes sur le sujet de l’intimidation à l’école, relatant l’histoire horrible d’un jeune laissé à lui-même dans une polyvalente de la couronne nord, celle que j’ai fréquentée la majorité de mon secondaire, en plus. Le jeune en question a été victime pendant quatre ans d’intimidation et de tout ce qui va avec dans le merveilleux monde des adolescents, qui n’est pas très loin de la cruauté de l’enfance, s’il faut le rappeler.

La morale de cette histoire, c’est que tout parent qui veut mettre le plus de chance de son côté pour que cela n’arrive pas à son enfant doit songer à débourser pour une place à l’école privée. Parce qu’il semble que les ressources publiques sont limitées, donc c’est le règne du laisser-faire… cela dit en minimisant le plus possible la généralisation induite dans ces propos.

Mais c’est ce que j’ai vraiment compris à la suite de quelques conversations à ce sujet. Et, tel que rapporté dans la chronique de Lagacé, pour régler le problème du jeune, encore, l’école privée. Je ne vois pas pourquoi je n’y croirais pas. Je me fais à l’idée, tranquillement. En espérant quand même que le système d’éducation ne sera plus le même lorsque sera le temps d’y confier ma progéniture. J’en doute.

Parce qu’au-delà du problème de l’intimidation, il y a celui de la compétition entre l’école publique et l’école privée, qui n’est pas tout à fait privée puisque la plupart des écoles privées reçoivent des subventions du Ministère de l’Éducation. Et ces subventions sont des ressources monétaires qui ne se retrouvent alors pas dans les écoles publiques, ça va de soi. Avons-nous ici une des sources du problème?

Pour ma part, je le crois. C’est bien connu que l’école privée est une addition de plus par rapport à l’école publique. Plus plus plus. Meilleur-ci, meilleur ça, bla bla bla. Alors que l’appellation même d’« école privée » est fausse la plupart du temps. Alors que notre société contribue à ce « plus plus plus » inégalitaire qui est un bâton dans les roues à notre système public.

Je sais bien que d’enlever les subventions aux écoles « privées » serait en soi une tragédie pour beaucoup de personnes. Mais de toute façon, quel parti, quel gouvernement aurait le courage de mener à bien ce genre de réforme, toutes tendances confondues. Nos dirigeants ne se soucient pas de ce genre de logique. Et, si ça se trouve, les subventions aux écoles privées ont été enfantées par de l’électoralisme, et toute décision future à ce propos est prise en otage par ce même électoralisme. Bon plan pour le statu quo.

Je me remémore l’époque où j’étais au secondaire et je n’ai pas l’impression que le problème de l’intimidation était aussi criant. Peut-être est-ce simplement parce qu’on en parle de plus en plus ouvertement, et qu’en cette ère de l’information omniprésente, ces petites histoires réussissent mieux à se recouper? Je ne saurais trop dire. Mais une chose est certaine, ce n’est pas pour freiner la « fréquentation record au privé » parce que, comme le croit le professeur Gérald Boutin de l’UQAM, « Qu’on le veuille au non, les écoles privées ont la cote auprès de certains parents qui se méfient de l’école publique, dit-il. Les parents ont de plus en plus cette idée que les élèves ont de meilleurs services dans le réseau privé. ».

Et si ces parents avaient raison? On ne peut pas les blâmer puisque c’est la direction qu’a pris le système québécois, contrairement par exemple au système ontarien où il n’y a pas de subventions aux écoles privées. Il y a de meilleures raisons pour être une société distincte…

(Photo : trixer)