Tag Archives: dynamique

Pourquoi le Huffington Post a échoué en Angleterre

Nick Denys, affilié au site britannique The Kernel, souligne l’insuccès de l’expérience Huffington Post en Angleterre et tente d’en expliquer le pourquoi dans un article publié hier. Il arrive à la conclusion que les raisons sont un manque de « leadership » et une qualité médiocre au niveau des collaborateurs. Dans l’optique où cette entreprise ouvrira très prochainement un espace destiné au public québécois, il serait intéressant d’en faire ressortir ici les grandes lignes. Et puis, transparence totale, j’ai été très critique de ce projet dans trois billets publiés à la fin de la dernière année : « Un tapis rouge souillé pour le Huffington Post? », « HuffPostQc : Québec solidaire en réflexion » et « HuffPostQc : QS ne recule pas et même avance vers nous ». Alors, nous verrons bien si le passé est garant de l’avenir, ou le contraire. Et ma critique concerne surtout le fait de ne pas payer les blogueurs.

L’article commence par une citation, ce que les deux compagnies ont affirmé lors de l’achat par AOL : « The combination of AOL’s infrastructure and scale with the Huffington Post’s pioneering approach to news and innovative community-building … will mark a seminal moment in the evolution of digital journalism and online engagement. » (Traduction libre : l’association de l’infrastructure d’AOL et de l’approche novatrice du Huffington Post au niveau de l’information et du développement de communauté virtuelle … va marquer un moment charnière dans la l’évolution du journalisme numérique et de l’engagement en ligne.)

Ensuite, ce que l’auteur note, c’est que les ambitieux projets d’expansion ont été exécutés avec une première opération en dehors de l’Amérique du Nord, soit le site britannique, mais que les résultats au niveau du trafic ont été décevants selon des sources proches de la compagnie. Pour ce qui est de l’implication des internautes, elle serait pratiquement inexistante (« virtually non-existent »).

Pour expliquer cela, Nick Denys pointe premièrement l’arrogance américaine (ou plutôt, ce que j’en comprends, celle de la fondatrice du populaire site états-unien). Il pense qu’Arianna Huffington surestimait les répercussions de l’ouverture du HuffPost Grande-Bretagne, comme si elle s’était aveuglée de son succès et n’avait pas pris en considération l’impressionnante pénétration du web dans ce pays. Il termine en disant que cette plateforme américaine, qui a été pionnière et innovante à l’époque, il y a six ans, lors de son lancement, n’a rien accompli pour faire avancer le débat public en Grande-Bretagne.

L’autre problème qu’il soulève, c’est la qualité de son personnel et de ses collaborateurs qui pour lui n’ont pas livré des textes d’opinion de qualité suffisante pour que le site se fasse un nom. Et dans un contexte où l’environnement des médias sociaux est dynamique, compétitif et bien ancré dans les habitudes des lecteurs et où les autres médias ont développé différemment leur présence web de leur présence physique, pour lui la direction du Huffington Post (AOL) n’a pas su aller plus loin que cette idée : ce qui a fonctionné aux États-Unis devrait fonctionner aussi bien au Royaume-Uni…

Aussi, en plus de viser l’absence de direction idéologique, il souligne que l’« offre » (en fait, le modèle d’affaires), basée sur la gratuité du contenu versus une plateforme et un public, devient obsolète grâce aux médias sociaux qui sont des lieux de promotion efficaces. Encore, selon différentes sources, il affirme que les billets soumis à HuffPost prennent deux jours à être publiés, ce qui pour lui est inconcevable dans un monde où l’instantanéité est si importante. Et pour terminer, il leur conseille de prendre plus en considération les différences entre les États-Unis et l’Angleterre, donc de se synchroniser le plus possible avec le pouls du lectorat britannique, et d’engager des journalistes et du personnel de direction talentueux.

Ici, pour le peu que nous en savons, il semble que le niveau des collaborateurs est prometteur, enfin, pour ce qui est des grosses têtes d’affiche. Et puis, pour ce qui est du côté anglais, il me manque une certaine connaissance des collaborateurs et du contexte là-bas pour me faire une idée. Par contre, le fait de constater les résultats décevants au niveau du trafic ne peut pas mentir.

Mais il n’y a pas qu’en Angleterre où le dossier Huffington Post créé la polémique. En France, là où la compagnie va ouvrir une filiale très prochainement (va-t-elle comme ici repousser et repousser le lancement?), des journalistes du journal Le Monde « demandent des garanties à leur direction » :

En effet, certains journalistes s’inquiètent du poids et du rôle d’Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Stauss-Kahn, dans la version française du site américain Huffington Post, qui devrait être lancée le 23 janvier. Ils redoutent en effet que la présence de l’ancienne journaliste de TF1, qui sera partie prenante dans les choix éditoriaux, ne brouille l’image du Monde, qui détient toujours 34% du capital du Huffington Post.

Au Québec, le bateau semble voguer sur des eaux beaucoup plus calmes, mais l’avenir pourrait nous réserver quelques surprises.

 

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/pourquoi-le-huffington-post-a-echoue-en-angleterre/

Twitter : réponse à Rebecca Makonnen

 

Jeudi dernier, Rebecca Makonnen lançait cette question sur Twitter :

 

Ai-je bien compris la nouvelle tendance Twitter : tweeter ses propres tweets deux fois dans la même journée pour maximiser leur portée?

 

Personnellement, j’ai trouvé plutôt drôle cette question puisque pour ma part ça m’arrive tout le temps de faire ça, bien que je sais très bien qu’il y en a pour trouver ça discutable. Et si c’est vraiment une « nouvelle tendance », je peux me vanter ici d’être à l’avant-garde, comme en fait foi un billet, publié en mai 2009, où je proposais l’indication « aRT » pour « autoReTweet ». J’ai même poussé la note par après jusqu’à reprendre des publications en ajoutant « Reprise » (je le fais toujours), comme je l’ai expliqué dans un billet publié au début de 2011 : « Vaine tentative de régler la question de la perception et de l’utilisation des médias sociaux »

Ce que je peux répondre ici à cette question, que je soupçonne pleine de perplexité, c’est surtout que Twitter est un outil basé sur la notion de temps réel. Ce n’est pas comme un blogue où la notion d’archives est très importante. Si on aime un blogueur, on va aller fureter dans son espace pour lire ses derniers billets, ce qui n’est pas tellement habituel avec les tweets de quelqu’un (cela dit sans pour autant dénigrer les utilisations différentes). Généralement, il faut être là quand ça passe, ou être là quand quelqu’un d’autre se donne la peine de le relayer plus tard. Vous comprenez sûrement ce que je veux dire, je n’expliquerai pas ici toute la complexité des échanges sur Twitter et de la dynamique du partage dans le temps.

Aussi, il s’agit surtout de comprendre quel est le but derrière l’utilisation de Twitter. Si comme moi on s’en sert en partie pour faire la diffusion de contenu, il est bien certain que l’idée de multiplier les occasions de diffusion est tentante, en prenant soin de ne pas trop pousser la note bien sûr. Et pourtant, considérant qu’une journée compte 24 heures, il y en a pour trouver sérieusement que de tweeter deux fois la même chose dans la même journée est « désagréable »… Se faire envoyer promener, ça, c’est désagréable!

Et dans l’optique où on considère Twitter seulement comme un endroit où jaser, il est bien évident que le radotage n’est pas bien vu. Pourtant, à la base, Twitter a été pensé comme un outil simple pour le partage d’information, et ses meilleurs coups, ceux qui ont fait la manchette, sont en lien avec ça (pensons à la photo du crash d’un Airbus dans la rivière Hudson). Bien sûr, tout cela a évolué avec le temps dans plusieurs sens, avec plus ou moins de bonheur (pensons au concept du « tweetfight » ou de la « twittérature »), mais cela n’exclut pas pour autant son utilisation plus basique.

Pour vous dire, cette question (et la réaction que je pointe) me semble emblématique de la tendance conversationnelle que je vois s’amplifier avec l’augmentation de la popularité de Twitter auprès d’un plus large public. Et je ne suis vraiment pas certain que ce soit une si bonne chose. Je me demande si justement ça ne fait pas devenir ceux qui publicisent du contenu de plus en plus comme des parias, dans cette grande discussion (plus ou moins sérieuse) aux allures parfois de grande fête de la camaraderie entre humains contents d’être contents. Comme si hors du placotage il n’y avait point de salut!

Bien sûr, toute cette dernière partie n’est basée que sur des impressions liées à mon utilisation de l’outil. Et je ne crache vraiment pas sur le bavardage puisque j’aime beaucoup m’y tremper quand j’ai un moment. Mais je continue de croire que Twitter est particulièrement formidable pour partager rapidement de l’information. C’est surtout ça que je voulais souligner. Et que ce n’est aucunement contre nature de répéter un tweet deux fois dans la même journée. Voilà.

 

(Photo : zigazou76)

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2012/01/twitter-reponse-a-rebecca-makonnen/

HuffPostQc : Québec solidaire en réflexion

L’attaché de presse d’Amir Khadir, Christian Dubois, est venu mettre les pendules à l’heure au sujet de la participation des deux têtes dirigeantes de Québec solidaire en commentaire à la suite du billet « Un tapis rouge souillé pour le Huffington Post? ».

L’essentiel de son propos, c’est qu’il n’a jamais été question pour Amir Khadir et Françoise David de créer du contenu original pour le site, mais bien seulement de leur fournir des textes déjà publiés ailleurs. Par exemple, des billets tirés du blogue de Françoise David et des lettres ouvertes d’Amir Khadir (qui ne blogue pas), et qui sont ainsi publiés sur Vigile.net et Presse-toi à gauche. Ils sont surpris qu’on les désigne comme étant des blogueurs en bonne et due forme alors que ce n’est pas le cas selon eux.

Aussi, Québec solidaire réfléchit sérieusement sur sa collaboration avec le Huffington Post en regard des dernières informations et de la polémique actuelle.

 

*******

Personnellement, je vois d’un bon oeil cette possible volte-face. D’autant plus que c’est leur participation qui semble avoir le plus frappé l’imaginaire, et on comprend pourquoi. Un parti aussi clairement à gauche ne peut pas faire fi d’un modèle d’affaires aussi discutable éthiquement au niveau de la dynamique entre les fournisseurs de contenu et les diffuseurs. Ils font leurs devoirs et c’est très bien ainsi.

Pour ma part, comme je l’indiquais en commentaire à Claude Demers sur son blogue, je pense que le problème avec ce modèle d’affaires c’est qu’il exploite la générosité et le talent des blogueurs en leur faisant miroiter de la visibilité qui ne sert finalement qu’à engendrer des profits que le site ne partage pas au final. C’est bien beau l’idée de créer une « nouvelle plateforme qui n’existerait sans doute tout simplement pas sans ce principe de gratuité », mais c’est le résultat qui est discutable : la générosité ne va que dans un sens.

Dans le fond, c’est la multitude la clé de ce modèle d’affaires et elle devient aussi l’assurance que l’indignation d’un seul ou de quelques-uns du lot ne puisse le faire s’écrouler (on pourrait même ainsi douter d’un effet domino avec la possible volte-face de QS…). Pour un seul qui se sentira exploité et qui cessera sa collaboration, il y en aura dix (un chiffre comme ça) pour s’y complaire en se disant que c’est mieux que rien. Et ce « mieux que rien » signifie seulement la visibilité que permet la multitude, et ainsi tourne la roue. Serais-je trop dur d’écrire ici que c’est un cercle vicieux?

En fait, je vais être encore plus dur. Ça me fait étrangement penser à un système pyramidal cette patente, le genre qui ne devient profitable qu’à ceux qui l’ont mis en place. Même que ça me semble pire, puisque plus subtil, et même inattaquable : je ne crois pas que la poursuite du blogueur Jonathan Tasini fera mouche (il poursuit HuffPost pour que « 9000 contributeurs non rémunérés aux États-Unis soient payés pour la valeur qu’ils ont créée »). Pourquoi elle ne fera pas mouche? Parce que toute l’affaire repose sur un contrat implicite de gratuité.

Alors, c’est la valeur du travail et de l’énergie dépensée par les blogueurs qui est comme la mise de fonds du système pyramidal, sans qu’elle puisse être considérée comme de l’argent sonnant au niveau légal. Voilà où est tout le génie de ce modèle d’affaires.

 

Pour commenter, suivre le lien : http://leglobe.ca/blog/2011/12/huffpostqc-quebec-solidaire-en-reflexion/

Intimidation versus désaccords

Le sujet de l’intimidation est, j’espère, dans toutes les têtes depuis le suicide de la jeune Marjorie Raymond. Il nous rappelle que parfois trop prendre à la légère des sujets sérieux peut avoir des répercussions dramatiques. La procrastination, symptôme de cette vie complexe qui nous tente et nous occupe vers le divertissement et le travail rémunérateur, est à proscrire quand il s’agit d’un problème de la sorte. Et ces propos s’adressent tout autant aux parents (dont je suis) qu’à notre gouvernement. Espérons que la démarche de la mère de Marjorie Raymond ne sera pas dans un proche avenir paralysée sous le poids du temps qui sépare les drames funestes.

Dans cette guerre contre l’intimidation, il ne faut pas oublier le sens de la mesure. C’est l’intimidation et la provocation qu’il faut exclure, pas les désaccords entre les gens. C’est très humain de ne pas s’entendre… Et cela pointe tout à fait le problème plus général de gérer les désaccords.

Au-delà du problème relié à l’enfance et l’adolescence, nous serons toute notre vie confrontés à la mésentente et à l’antipathie dans nos rapports humains. Il s’agit alors de les alimenter ou non. C’est beaucoup plus facile d’en faire fi sur le web et sur les médias sociaux, et pourtant c’est bien là où le harcèlement s’accroche le mieux, à l’âge adulte. Peut-être est-ce l’impression d’avoir l’immunité dans sa bulle virtuelle qui agit comme un lubrifiant pour la colère et l’acharnement.

Le problème de base de nos jeunes, c’est qu’ils sont pris dans cette grosse boîte qu’est l’école pendant une bonne partie de la journée alors que sur le web, il faut vraiment choisir de se rendre jusqu’à l’autre. Les agresseurs ne sont alors pas dans une dynamique circonstancielle (ce qui n’excuse rien), mais tout à fait en mode chasse. Celui qui par exemple n’aime pas tel blogueur au point de déverser régulièrement sur lui sa haine où qu’il puisse le faire ne fait que nourrir comme un boulimique son sentiment d’antipathie. Certains d’entre eux auraient vraiment besoin d’aide au niveau psychologique, tout comme les jeunes qui sont pris dans le cercle infernal de l’intimidation d’ailleurs, les bourreaux comme les victimes.

Le mal-être est toujours le dénominateur commun de tous ces problèmes. Parce que la mésentente en soi est souvent une bonne occasion de se mesurer à soi-même, en choisissant d’être constructif au lieu d’être destructif. Et être constructif, c’est bien sûr être créatif, cela va de soi.

Il est triste de constater que le monde s’est beaucoup bâti sur des guerres, il serait peut-être temps de passer à un autre niveau.

 

(Image tirée de la revue Infirmière canadienne)

Pour laisser un commentaire, suivre ce lien : http://leglobe.ca/blog/2011/12/intimidation-versus-desaccords/

Troy Davis : dans l’intimité d’une exécution

Si vous n’avez pas entendu parler de cette histoire,Troy Davis est un condamné à mort depuis 1991 qui a subi sa sentence dans la nuit du 21 septembre 2011, malgré les doutes sérieux et le soutien « de nombreuses personnalités et organisations internationales ». Twitter s’est enflammé dans les jours précédents son exécution et les internautes pouvaient suivre en temps réel le déroulement des événements, et les nombreux retournements de situation. Je vous suggère de lire le compte-rendu de la blogueuse Chloé, sur son blogue « Le blog de l’Aristocraft ».

Nous avons là l’exemple suprême de l’absurdité de la peine de mort. Et gageons que l’avenir nous dira qu’il était vraiment non coupable et qu’il est mort seulement pour prouver que cette loi inhumaine n’a pas lieu d’être.

Et pour ce qui est de la question de suivre ce genre d’événement sur Twitter, je pense que ceux qui n’ont pas les nerfs assez solides pour suivre profitent quand même au bout du compte qu’il y en ait des capables… C’est la dynamique médiatique, somme toute, avec un petit plus qui donne froid dans le dos.


 

La Bourse et/ou la vie!?

 

Les récents soubresauts de la Bourse donnent des sueurs froides à certains plus qu’à d’autres, mais au final le risque reste somme toute assez généralisé. Si le château de cartes s’effondre, les répercussions se feront sentir partout.

C’est pourquoi il serait intéressant de regarder la dynamique sociétale qu’accompagne le système de la spéculation boursière. Puisque justement ce jeu est plus qu’un simple jeu. On pourrait aller jusqu’à dire que la santé de la société en dépend : dans l’optique où l’économie y compte pour beaucoup, étant donné qu’elle est liée à la satisfaction des besoins essentiels. L’économie est bien sûr aussi très liée aux autres besoins (ceux qui ont entre autres été créés pour l’alimenter dans la fuite en avant de la croissance rapide) mais nous nous entendrons pour pointer l’importance de la survie (ou le confort) du plus grand nombre. Et avec en tête qu’une crise financière importante ne fait jamais en sorte que « les derniers seront les premiers »…

Alors, il est très facile de faire une ligne directe entre la spéculation boursière et l’équilibre sociétal, pour ne pas dire le bonheur social (selon le contexte actuel, sans pour autant occulter son imperfection et ses problèmes). Il serait donc honnête d’affirmer que la pérennité du bonheur social n’est pas entre les mains de tous, mais bien entre les mains d’une élite ayant les moyens financiers de mettre son poids dans la balance (de la Bourse). Parce qu’il faut se le dire franchement, ce qu’on pointe comme étant « la confiance dans les marchés » a tout à voir avec l’individualité, rien avec la collectivité.

À la base, les choix d’un investisseur ne concernent que son propre investissement. Il n’a pas de lien avec la causalité externe dans son cheminement décisionnel. Son but n’est que de préserver ou de faire fructifier son portefeuille, ce qui semble tout à fait légitime d’un point de vue individualiste. Pourtant, c’est l’addition de décisions de non-confiance dans les marchés qui est dangereuse pour le château de cartes (l’externalité que le spéculateur n’a pas en tête lors de sa prise de décision transactionnelle). Beau paradoxe.

Dans la possibilité d’un krach, suite à un effet domino, c’est là où la multiplication d’individualités ne va pas dans un sens positif pour le plus grand nombre : c’est par conséquent l’individu contre la collectivité. Devant ce paradoxe, serait-il utile de se poser la question à savoir pourquoi un pouvoir décisionnel aussi important est laissé à des individus qui n’ont qu’un intérêt individuel, et qui en plus n’ont aucunement conscience de son hypothétique portée collective? Sans oublier l’intrinsèque absence de coupables! (C’est à dire que le point de départ d’un effet domino ne pourrait être pointé, ni même accusé s’il pouvait être pointé; donc, aucune imputabilité possible.)

Mis à part la possibilité de faire de l’« investissement socialement responsable », il semble que l’éthique échappe tout à fait à cette activité. Et la morale de même. Il est toujours seulement question de profitabilité pure sans calcul de responsabilité. C’est pourquoi il serait bien difficile de culpabiliser qui que ce soit. Cependant, la question reste la même : sommes-nous à la merci d’un pouvoir extérieur à la société, puisque ce pouvoir n’a jamais en tête le bien de son ensemble (même si le système financier participe quand même à faire « rouler l’économie »)?

Toute cette analyse donne à penser que le système actuel n’a jamais pris en compte dans sa construction ses incohérences. C’est comme si le château de cartes avait un système d’autodestruction activé par un levier que personne ne voit, mais que quiconque peut accrocher par inadvertance (l’inadvertance étant ici la peur de tout perdre). Nous pouvons sérieusement nous demander si ce système est déjà désuet dans son évolution quand même récente. Au lieu d’un système d’autodestruction, il lui faudrait un système d’autorégulation. L’on pourrait pointer comme solution l’État ou son absence, mais cela serait beaucoup trop facile…

 Ajout :

 

Lecture intéressante :

« Il faut laisser les Etats et les banques faire faillite »

http://www.courrierinternational.com/article/2011/08/11/il-faut-laisser-les-etats-et-les-banques-faire-faillite

 


 

Dans la mire d’Anders Behring Breivik

 

J’ai bien fait de ne pas trop commenter à chaud le « gauchocide » d’Anders Behring Breivik. Parce qu’avec les infos que j’ai pu grappiller çà et là, je me suis permis ce discutable statut Twitter :

Le gros problème avec #AndersBehringBreivik, c’est qu’il s’est mis sur la même balance de religiosité que les musulmans extrémistes.

Par contre, je ne renierai pas ces deux-là :

L’extrémisme est toujours le fléau de déshumaniser les questions sociales. #AndersBehringBreivik

Les apôtres du multiculturalisme doivent jubiler en ce moment… #AndersBehringBreivik

Alors voilà, après avoir lu un peu plus sur le sujet, je ne crois plus que les gestes d’Anders Behring Breivik étaient de nature religieuse (donc en lien avec l’épithète de « fondamentaliste chrétien » qu’on lui a prêté), même si cela me confortait agréablement dans ma haine des extrémismes que permet l’adhésion fanatique à une religion. (Sa vidéo « Knights Templar 2083 » est remplie de références à la chrétienté, mais je crois qu’il faut l’analyser plus dans un sens culturel. Aussi, peut-être, dans l’optique symbolique d’un combat entre le Bien et le Mal : le Mal étant représenté par la religion musulmane, toujours actuelle, le Bien, étant représentée par l’image des croisades, bien sûr moyenâgeuses.)

Non, il semble que tout soit plutôt relié à l’immigration musulmane que soutien le multiculturalisme norvégien. Alors oui, peut-être, nationalisme, conservatisme, extrême-droite dans ce sens-là, mais il faut faire attention, comme le souligne l’Antagoniste, de ne pas mêler les libertariens à ça, même si on a l’habitude de les classer à droite…

Et même, je me permets un bémol encore plus grand en mettant tout mon poids dans la balance. Je ne me cache pas d’être contre le multiculturalisme, tout comme Anders Behring Breivik, mais à la mesure de ma réalité francophone et américaine (et je ne crois pas avoir besoin de spécifier que je condamne comme la plupart les moyens qu’il a pris pour se faire entendre). Pourtant, je ne me considère pas nationaliste, ni conservateur, encore moins d’extrême droite. De ce fait, n’y a-t-il pas quelque chose qui cloche dans ce désir d’expliquer cette tragédie en pointant systématiquement le nationalisme, le conservatisme et l’extrême droite alors que tout pointe l’antimulticulturalisme? Alors que l’antimulticulturalisme est tout à fait capable d’être sans se faire cannibaliser? Il y a des amalgames qui semblent évidents, mais qui ne le sont pas. Ainsi, est-ce que cette tuerie serait l’instrument idéal pour donner le coup de grâce à la critique antimulticulturaliste?

Aussi, il y a la théorie qui va dans le sens que ces gestes seraient en lien avec le sionisme, ce qui met de la chair autour de l’os de l’accusation d’islamophobie. Et quand on ajoute à cela le fait qu’il soit franc-maçon, ça sent la position pro-Israël à plein nez… Pourtant, au Québec, nos médias « mainstream » n’ont aucunement soulevé cette possibilité (pour m’en assurer, j’ai fait des recherches sur Cyberpresse, Radio-Canada.ca et Canoë avec le nom du tueur, ainsi que les mots-clés « Israël », « sioniste » et « sionisme », sans aucun résultat concluant). L’ami qui m’a propulsé sur cette piste me disait que c’est pour cette raison que les autorités norvégiennes ont voulu le huis clos, prononcé bien sûr par le juge. Quoi qu’il en soit, cela donne le beau jeu à tous de tirer la couverture de son bord, puisqu’il y a un manque flagrant de transparence. Ce qui est dommage, puisque cet événement est éminemment important.

Mais s’il faut se poser la question « quoi sert qui? », la réponse ne pourrait qu’être nébuleuse. Même en lisant la totalité du document de 1500 pages, ce qui est bien sûr le contraire de la concision… Alors, je ne tenterai pas ici de proposer la mienne. Tout ce que je peux faire, c’est constater que la dynamique inscrite depuis septembre 2001 prend une tout autre allure alors que l’air du temps semble faire germer ce qu’on appelle le « loup solitaire ».

Dans un monde complexe comme le nôtre, il était peut-être temps de constater que l’« ennemi » est réellement d’un flou désarmant.


 

Twitter, victime de son succès?

 

En cette journée de cinquième anniversaire de Twitter, j’ai publié un questionnement :

[Twitter] Il me semble que quand j’avais 2x – d’abonnés j’avais 2x + de réactions. Suis-je le seul à avoir cette impression?

J’ai eu quelques réponses. Et personne pour me contredire. Quoi qu’il en soit, rien pour être à couler dans le béton. Pour celui-là, certains délaisseraient Twitter tout en y restant abonnés, ce qui fausserait les perceptions. Pour cet autre, c’est la question à savoir si c’est seulement l’effet de nouveauté qui s’atténue.

Mais, la réponse qui m’apparaît la plus près de la cible, et en même temps celle qui me trottait en tête depuis un moment, est celle qui pointe l’augmentation des abonnements de tout le monde.

Dans le fond, si on accumule tout ça, ça fait sens. S’il y avait seulement une augmentation pour tous des abonnements, logiquement, il n’y aurait pas de changement. Mais avec l’effet de nouveauté qui fond comme neige et le désintérêt de certains, on se retrouve à trouver Twitter moins dynamique.

Mais je sais très bien qu’il n’y a rien de scientifique dans ce constat et ces échanges, nous sommes dans le royaume des impressions.

Rien n’empêche que c’est intéressant.

 

(Photo : rosauraochoa)

 


 

La loi 101 sur les dents

Je dois bien être le 101e (minimum) à pondre un texte en réaction à la sortie de Maxime Bernier, qui ridiculise la portée ancienne, actuelle et future de la loi 101 sur la sauvegarde et la pérennité de la langue française au Québec. Qu’à cela ne tienne, je vais ajouter ma brique au rempart qui continue de se bâtir entre les amants du je-m’en-foutisme et les gens capables de perspective dans ce monde linguistiquement chambranlant, pour ne pas dire bancal. Et, même si la tentation est forte, je vais m’abstenir de ridiculiser en retour ce charmant monsieur…

Dans les derniers jours, j’ai discuté à la suite d’un billet paru sur Anarcho-pragmatisme : « J’appuie totalement Maxime Bernier… » Tout comme l’auteur du blogue, je pense que l’abolition de la loi 101 ne pourrait logiquement se faire qu’à la suite de l’accession du Québec à la souveraineté. Si un jour le peuple a assez de courage pour faire le grand saut, nul doute qu’il prendra grand soin de sa destinée linguistique sans avoir besoin de la législation actuelle. Mais pour l’instant, on remarque plus une tendance à glorifier la mondialisation anglicisante, le franglais et autres discours d’ouverture qui balayent sous le tapis la précarité du français, pour ne nommer que cette langue-là, et pour ne pas réexpliquer encore et encore le contexte nord-américain dans lequel nous baignons.

Un commentateur a soulevé un point qui ne semble pas avoir été soulevé ailleurs (enfin pas depuis la sortie de Colonel Jos Louis), soit les conséquences démographiques de l’adoption de la loi 101, donc le départ de beaucoup d’anglophones du Québec. Ce que j’en comprends, c’est que ce fait illustre en même temps une supposée dérive étatique et est un argumentaire se basant sur une victimisation à sens unique des anglophones, ce qui élude comme par magie ce qui a mené à ce mouvement de défense du fait français. Et il doit bien y avoir un fond de ce réflexe chez Maxime Bernier et les autres de sa trempe, à différents degrés, malgré un discours soi-disant pragmatique basé sur la sacro-sainte liberté de choix.

Ce que je crois, c’est que la dynamique linguistique au Québec devrait et aurait dû toujours être arrimée à l’idée de respect. Mais l’Histoire nous a démontré que le respect de la majorité linguistique francophone (dans une perspective provinciale) n’était pas de mise à l’époque, autant individuellement que collectivement du côté de la communauté anglophone. Cette communauté qui avait en plus le quasi monopole des pouvoirs économiques. Avec la loi 101, les francophones se sont « payés » du respect qu’ils n’auraient pu obtenir autrement. Si des anglophones sont partis parce que ce respect leur faisait trop mal, bon débarras! De toute façon, il y a pratiquement toujours des conséquences à un changement, il faut vivre avec. Et imposer le respect, ce n’est pas non plus comme imposer l’insupportable.

Du commentateur désigné plus haut, je retiens quand même ces propos, qui me semblent bien sages pour quelqu’un qui est contre cette loi :

Si vous êtes en désaccord avec la loi 101, svp, ne jetez pas le blâme sur la formation politique ayant fait passer cette loi. [...] les élus ne sont qu’une interface entre le peuple et ses moyens publics. Les élus d’un peuple sont à l’image dudit peuple … et de sa volonté.

Et ce qui est clair, c’est que la volonté de préserver cet acquis est encore très forte. Mais il faut rester vigilant, on tente de salir ce respect par tous les moyens, surtout par la rhétorique. À ceux qui rétorqueront que le respect ne peut pas être décrété par une loi, je ferai remarquer que nous étions précédemment « tenus en respect » par le pouvoir monétaire, qui est tout comme une loi, mais en plus arbitraire.

(Photo – détail : tudor)


 

Vaine tentative de régler la question de la perception et de l’utilisation des médias sociaux

Dans la vie, tout est question de mesure. Les médias sociaux n’y échappent pas. Et quand j’écris « médias sociaux », il faut bien comprendre qu’il est question des humains derrière les outils. Un marteau, sans la force d’un bras, ce n’est que du bois prêt à pourrir, que du métal prêt à rouiller.

(Justement, parlant marteau, pour répondre à la vidéo virale où on essaye de nous convaincre de lâcher Facebook, Alexandre Champagne (via Sylvain Marcoux) s’en sert :

Prenez un groupe de 1000 personnes qui ont chacun dans leur main un marteau. Ces 1000 personnes cognent des clous. Au bout d’un moment, un seul d’entre eux n’est pas capable de l’utiliser. Il se lève, attire l’attention de la bande et s’écrie “Arrêtez d’utiliser cet outil, ça ne vaut pas de la merde” Pourtant, tous ceux autour de lui en font bon usage. Que devraient faires (sic) les 999 autres ?

Exactement, lui dire de se taire et continuer ce qu’ils faisaient.

Voilà pour cette longue parenthèse.)

Allons à l’essentiel : la perception et l’utilisation qu’on fait des médias sociaux sont bien personnelles. Mais qui dit « sociaux », dit rencontre (ou, plus réalistement, affrontement) des manières d’en voir l’utilisation. J’ai deux exemples concernant Twitter et Facebook.

Twitter

C’est bien connu, une des utilisations que je fais de Twitter est de publiciser mes billets de blogue. Depuis que j’ai eu le conseil de le faire plusieurs fois pour chaque billet pour rejoindre un peu plus de monde (j’écris pour être lu — et la plupart des gens ne sont pas 24 heures sur 24 devant Twitter et ne lisent pas la totalité des messages que leurs abonnés publient…), je programme deux tweets à paraître plus tard avec l’outil de programmation inclus avec TweetDeck. Techniquement, étant donné que je ne peux pas simplement republier exactement le même message, j’ajoute « Reprise » au premier et « aRT » au deuxième (aRT étant autoReTweet). Je pourrais simplement aussi ajouter deux espaces à deux endroits différents, mais j’aime bien l’idée de transparence qui vient avec ces ajouts.

Le problème, c’est que quelqu’un m’a fait savoir dernièrement qu’il n’était pas d’accord avec ce que je fais à un point que je trouve plutôt exagéré. La personne en question en a même parlé dans un billet expliquant sa vision de Twitter (qui est très différente de la mienne, à certains égards, vous le devinerez) :

Le pire, ce sont toutefois les blogueurs qui ne font que ploguer leurs articles. Oui, oui, plogue-les tes articles, mais de grâce, ne fait pas que majoritairement cela et, surtout, ne le fait pas plus d’une fois pour le même article. Il y en a que c’est à la limite du spam.

Je ne fais pas que « ploguer » mes articles, mais je ne crois pas qu’à ses yeux ce que je fais est moins « à la limite du spam » pour cette raison… Et pour utiliser la même expression qu’il utilise dans son billet pour qualifier le parti-pris qu’ont des gens comme moi et Patrick Dion pour le « principe de réciprocité », « Je trouve ça con. » Plus que « con » même, ça frôle l’intransigeance. Sérieux, ça reste seulement trois « plogues » pour un billet, chacun diffusé à environ 5-6 heures d’intervalles…

Ce que je retiens de ça, c’est que certaines personnes ont développé pas loin d’un sens du sacré pour ce qui est diffusé dans leur espace. Pour eux, et pour cette raison, l’accusation de faire du bruit ou de polluer n’est jamais bien loin alors que c’est la plupart du temps très loin d’être justifié, en tout cas à mon sens. Mais, comme ma mère me disait, il faut de tout pour faire un monde!

Facebook

ll est arrivé un événement assez fâcheux à mon amie Noisette Sociale en lien avec Facebook. Parce qu’il n’y avait plus d’échange entre elles, elle a arrêté d’être « amie » avec deux personnes de ses contacts, deux anciens membres de la blogosphère, et cela ne s’est pas très bien passé :

Insultes virulentes à mon endroit, harcèlement, incompréhension grandissante et menaces au point où ça m’a rendue physiquement malade.

Je suis de tout coeur avec elle et trouve que des réactions de la sorte sont inacceptables, mais en même temps je ne vois pas toute cette question de la même manière. Je lui en ai parlé de vive voix, mais je pense que cela serait intéressant de le formuler ici par écrit et de le partager avec vous. Cela me semble représentatif des différentes manières de voir les médias sociaux, surtout du côté de la dynamique des liens qui sont créés.

Oui, les liens. Leur rigidité versus leur élasticité.

Je dirais que la plupart des liens que nous entretenons en dehors de la virtualité, dans la « vraie vie » (l’autre n’étant quand même pas moins vraie, quoi qu’on en dise…), sont la plupart du temps élastiques. Les cassures sont plutôt rares, comme dans les cas de ruptures amoureuses. Un ami très proche peu sortir de notre vie pour un long moment et y revenir sans que cela soit problématique. Le lien ne s’est jamais brisé, il s’est étiré, simplement, pour se resserrer au gré du hasard.

Tandis que du côté des liens qui se créent sur le web, les médias sociaux, je dirais qu’ils sont rigides (dans le sens antonymique au terme « élastique »). Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que ces liens sont officialisés, inscrits, informatisés, autant matériellement que « sentimentalement », bien sûr à la mesure de ce que peu susciter une relation sans la proximité corporelle. Mais quand même, il ne faut surtout pas sous-estimer ces liens parce que, comme on le voit, ils sont cassants (pensez à l’expression « je casse avec toi »), voire hypothétiquement explosifs!

Une relation qui n’a pas été officialisée sous une forme ou une autre via les médias sociaux peut très bien se terminer unilatéralement « sans douleur » : l’élastique se dissout tout simplement et la personne à l’autre bout ne s’en rend pas trop compte, à moins qu’elle pose la question directement, ce qui est moins simple qu’il n’y paraît, on le sait. Par contre, un geste comme retirer quelqu’un de sa blogoliste, arrêter de suivre quelqu’un sur Twitter ou supprimer un contact sur Facebook est sans équivoque, c’est un bris relationnel, même si pour certains cette relation se limite au partage d’information.

Étant donné que la valeur des liens sur le web n’est pas la même pour tout le monde, je crois qu’il ne faut pas prendre à la légère cette problématique. Il n’est pas non plus question de se laisser prendre en otage de la toile qu’on a tissée entre soi et les autres, mais bien plutôt d’en être pleinement conscient et de prendre les décisions en conséquence alors qu’on gère son réseau.

Personnellement, pour revenir aux raisons qui ont poussé mon amie Noisette à briser ces deux liens, je me dis que des liens inactifs ne me coûtent rien. Encore plus, je me dis même que de les conserver laisse au moins la possibilité d’une « réactivité » future. Un peu comme la possibilité de rencontrer par hasard une connaissance, un ancien ami proche, une ancienne flamme au détour d’une rue. C’est certain qu’ils ont accès à une part de mon intimité (ce que je veux bien laisser voir), mais c’était implicite en acceptant de les inclure dans mon monde virtuel. Voilà ma vision. Ni meilleure, ni pire qu’une autre. Par contre, j’ose espérer que grâce à elle je me suis évité des ennuis…

Les médias sociaux sont comme des mondes en perpétuelle construction. Alors, c’est plutôt normal que l’envers, la destruction, laisse des traces.

(Photo : soerenheuer)


 

Notes

Comme vous l’avez sans doute remarqué, je suis moins présent ici depuis quelque temps. C’est que mon travail de DJ m’accapare beaucoup depuis que je me suis équipé pour mixer avec seulement un portable et un contrôleur midi, délaissant ainsi les CDs.

Donc, ce que je fais depuis, c’est de classer et transférer toute ma musique, en faisant en sorte que je puisse me retrouver dans cette multitude, que j’ai en mémoire, surtout visuelle, le tout contenu dans une dizaine de livres de CD bien garnis. J’y vais un à la fois, et j’ai pas loin du 3/4 de fait.

Ce qui est bien avec ça, c’est que je réécoute et redécouvre des trucs que j’avais complètement oublié. Ça paraît déjà dans mes soirées, ça apporte plus de variété. Et avec cette nouvelle manière de travailler, plus dynamique (changements plus rapides), je peux mettre plus de tounes puisque je perds moins de temps à chercher. Et puis il y a la possibilité de chercher la musique par BPM, ce qui est considérablement intéressant pour un DJ (je les savais approximativement par coeur, mais maintenant c’est beaucoup plus simple).

Voilà où j’en suis et j’ai bien hâte de terminer tout ça pour revenir à la normale dans ma vie virtuelle, la seule qui en souffre.

*

Pour le peu de temps que je passe sur Twitter, je suis quand même tombé sur la liste des 5000 plus gros comptes Twitter francophone. Sur le coup, je me suis dit que je ne devais pas m’y retrouver. Mais bon, le buzz aidant, voyant que plusieurs que je suis y étaient, j’ai quand même vérifié (et c’est pas facile : la personne qui a monté ça l’a fait avec les avatars et non avec les noms de compte, alors impossible de faire « pomme + F »…).

Finalement, je me situe au 1205e rang, pas mal pour un gars qui pensait ne pas y être! Et la plus belle surprise pour moi, c’est que le compte que je gère pour le Edgar Hypertaverne s’y retrouve aussi, au 2943e rang.

À l’instar de Marie Julie Gagnon, je sais très bien qu’il faut prendre tout ça avec un « grain de sel », mais ça fait plaisir à voir quand même!

*

Et je vous laisse avec une petite vidéo mignonne mettant en vedette ma fille qui, quand elle ne nous met pas les nerfs en boule, nous fait bien rire :

Image de prévisualisation YouTube

(Photo : Peter Guthrie)


 

Gaz de schiste : Charest se bouche le nez

Ce billet est publié conjointement sur le blogue des 7 du Québec. Les commentaires sont fermés ici alors, pour en laisser un, cliquez sur l’hyperlien suivant : HYPERLIEN

Alors que l’orgie juridique nommée Bastarache nous arrache du temps précieux, son instigateur opportuniste, John James « Jean » Charest, lève le nez sur la peur citoyenne de se voir tout bonnement empesté par les gaz de schiste. Donc, en bon capitaine (pirate…), « Charest maintient le cap sur l’exploitation des gaz de schiste » alors qu’il est dans plusieurs tempêtes jusqu’au cou!

Soit il est bien conscient d’échafauder son propre suicide politique, soit il veut en faire passer le plus possible pour ses copains (dans le sens de « copinage ») alors qu’il a la majorité avant de se faire abattre (politiquement, bien sûr). En réalité, il y a de fortes chances que ce soit tout ça. Mais il pourra bien faire ce qu’il veut jusqu’aux prochaines élections, ça ne fera pas de son électorat gagné d’avance des infidèles… Pour le reste de l’électorat, la mémoire est souvent trop courte!

Mais pour revenir à proprement parler aux gaz de schiste, le pire, c’est que de mon côté il n’y a aucun préjugé défavorable envers l’exploitation de cette ressource naturelle, si bien sûr on réussit à me prouver qu’elle ne va pas foutre un bordel monstre dans les environnements autant sociaux que naturels. C’est la position de beaucoup de gens, je crois, et non celle de simplement décrier le capitalisme par esprit de contradiction, comme certaines personnes de la droite aiment bien l’inventer pour mieux le crier. Il doit bien y en avoir une poignée de ces gens qui pensent de la sorte, et c’est bien pratique de gonfler le tout pour le spectacle.

Oui, dans un monde idéal je préférerais qu’on laisse dormir là ces gaz pour développer au lieu des énergies alternatives, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal… Dans notre monde, les gens qui aurait le pouvoir de changer le paradigme énergétique se concentrent seulement à marcher comme des tortues, leurs lourdes carapaces étant le profit à court terme, c’est bien évident. Cette lenteur est par dépit ce qui nous tient lieu de dynamique et la vitesse des besoins économiques pour la masse n’a pas tellement les moyens de se doter de freins. Il n’y a donc que les citoyens qui sont concernés de près pour avoir ce poids. Et Jean n’a pas l’air de le sentir… il est déjà à plat ventre malgré son air enflé d’arrogance.

Il se meut encore, mais c’est sous la forme d’un reptile.

(Photo : celesterc)


 

Des élections aux 4 ans, c’est trop long!

Je vous parlais dans mon dernier billet de mon désabusement par rapport à la politique, mais ça ne m’empêche pas de lire à temps perdu une excellente brique philosophique de Jean-Marc Piotte (publiée chez Fides) : Les grands penseurs du monde occidental — L’éthique et la politique de Platon à nos jours.

J’en suis à la section consacrée à Bentham (1748-1832) et le passage suivant m’a beaucoup parlé, comme s’il fallait que j’en sois rendu là, aujourd’hui (à défaut de croire au destin, je constate qu’il y a des hasards heureux!) :

Le gouvernement va poursuivre l’intérêt public si son élection et sa réélection reposent sur le suffrage public et secret. Plus fréquentes sont les élections, plus le contrôle populaire est fort : Bentham préconise des élections annuelles. Enfin, la population ne peut véritablement exercer son pouvoir électoral que dans la mesure où elle est bien informée; la liberté d’expression et de presse est donc requise.

J’aurais pu arrêter ma citation aux « élections annuelles », mais je trouvais qu’il était bon de souligner l’importance de la libre circulation de l’information et de l’opinion dans le processus démocratique. Mais ce que je veux surtout pointer en ce moment, c’est le temps beaucoup trop grand alloué entre chaque élection. Des élections chaque année, ça serait un peu excessif, mais je verrais d’un très bon oeil qu’on coupe la pire en deux (à deux ans).

Dans le contexte actuel, nous serions tout près de pouvoir expulser ce gouvernement qui ne fait que nous narguer avec l’immunité de sa mandature (d’encore environ trois ans). Parce que si elle n’était que de deux ans au total, gageons que cela changerait de beaucoup la dynamique de gouvernance. Pour employer l’image la plus familière possible : le gouvernement marcherait les fesses pas mal plus serrées!

J’entends déjà les gens rétorquer que c’est cher des élections, mais je me demande si justement un mandat plus court ne ferait pas en sorte de pousser les gouvernements vers plus de prudence à tous les niveaux, ce qui ferait en sorte d’économiser au bout du compte. Et puis, je ne peux pas croire qu’il n’y aurait pas moyen d’utiliser la technologie pour amoindrir les coûts des élections et surtout en faciliter la participation.

Commentaire inutile à m’envoyer (clin d’oeil à La Clique du Plateau) : À bas l’État!

Narcisse

(Quelqu’un s’amuse à faire la critique de blogueurs, et c’est mon tour. Ma réponse, par son trop grand nombre de caractères, n’a pas réussi à trouver place à la suite de l’analyse, alors elle sera confinée ici. De toute façon, comme vous pourrez le lire, c’était bien dans mes intentions.)

Je suis abasourdi de constater qu’on puisse voir en mon personnage virtuel du narcissisme alors que je passe la majeure partie de mon temps sur le web à lire ce que font les autres et à les promouvoir dans mes billets, dans ma section « Billets choisis de mon agrégateur » et surtout sur Twitter. Mais je comprends tout à fait qu’on puisse interpréter mon « oeuvre » de cette manière, puisque c’est à cette bouée que la plupart de mes détracteurs s’accrochent. Je n’irai pas jusqu’à écrire que les ingrédients n’y sont pas pour en arriver à cette conclusion, mais je crois qu’il faut vraiment vouloir fort s’en donner la peine : pour ma part, je cultive depuis que je suis présent sur le web une assurance que j’avais en déficit (et même encore, cependant beaucoup moins) dans la réalitosphère… (À la place de « réalitosphère », j’aurais pu écrire « vie de tous les jours » mais dans ma vie de tous les jours je suis beaucoup sur le web, et je ne considère pas la vie sur le web comme une moindre vie — c’est une autre explication à mon néologisme si inutile…)

Sinon, en extirpant ce qui semble se trouver entre les lignes, je peux concéder que je suis ambitieux, mais « narcissique » n’en est pas un synonyme. Et j’ai fait le test de me mesurer le plus objectivement possible à la définition psychiatrique du narcissisme sur Wikipédia. Je ne m’« attend [pas] à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport » puisque je défends seulement ce que je fais, ce qui n’est pas du vent, il faut l’avouer. Je ne passerai pas à travers tous les points, mais je tiens à faire ressortir que je n’exploite pas les autres pour parvenir à mes fins, que je n’envie pas les autres, mais bien plutôt les admire, que je ne suis pas hautain et arrogant (sauf avec ceux qui je crois le méritent, ce qui est très rare), et surtout, je ne manque pas d’empathie envers les autres. C’est bien mal me connaître que de prétendre le contraire.

Quand même, j’accuse le coup et en tiens compte dans mon éternel examen de conscience. Par contre, je n’irai pas jusqu’à me diluer pour essayer de plaire à tout le monde. Justement, concernant « l’hypothèse que ce blogueur vise à faire tout ce qui est en son pouvoir pour être reconnu par les membres de la clique journalistique numérique », je ne peux pas nier que j’aimerais gagner ma vie de ma plume, de mes caricatures, etc., et que je sais que j’ai plus de chance que cela se réalise si je suis présent médiatiquement (seulement sur le web pour l’instant, on s’entend). Par contre, si je faisais à ce point tout en mon pouvoir pour que mon « plan » fonctionne, je commencerais par m’imposer la discipline d’écrire d’une manière à me faire comprendre facilement par le plus grand nombre, ce qui, j’en suis sûr, donnerait en plus de ma personne une impression moins narcissique (enfin, pour certains).

Pour ce qui est des sujets que je choisis, pour soi-disant m’aider à « obtenir un maximum de visiteurs par le biais des recherches », c’est bien la partie où je trouve qu’il a le plus de mauvaise foi dans l’analyse (après l’accusation de narcissisme bien sûr!), car cela ne repose sur rien d’autre que de la subjectivité « crasse ». Comment un blogueur qui se spécialise surtout dans l’opinion sur l’actualité pourrait-il arriver à parler seulement de sujets qui ne sont pas d’actualité? En plus, je n’arrive pas à m’imaginer mettre du coeur à l’ouvrage dans un texte si le sujet ne me touche pas. Et puis, je suis un citoyen comme tout le monde, je ne vis pas en vase clos, ce qui me touche a beaucoup de chance d’en toucher plusieurs. Voilà la dynamique, et on est bien libre de l’interpréter le plus négativement possible, comme ici.

Pour ce qui est de la réalité de mes statistiques concernant mes choix de sujet, je suis loin de la coupe aux lèvres. La majeure partie des internautes qui atterrissent chez moi via les moteurs de recherche y sont pour des mots-clés en lien avec mes billets plus légers, comme au sujet de Facebook par exemple. Pour être encore plus précis, seulement un quart de mes visiteurs proviennent des moteurs de recherche, un autre quart arrivent directement et les autres blogues et sites qui me réfèrent m’apportent la moitié de mes visiteurs. Cette dernière moitié confirme peut-être que j’ai bien joué mon jeu de me « faire voir et connaître du plus grand nombre possible », mais, à ce que je sache, je n’ai payé ni rien promis à personne pour me retrouver dans les blogolistes de beaucoup de blogueurs, et hyperlié et relayé un peu partout. Le narcissique que je suis ira jusqu’à écrire qu’une bonne partie de ce résultat est dû au fait que son travail est intéressant pour certaines personnes (ce que l’analyse soulève d’ailleurs).

Mais bon, on ne peut pas être à la fois intéressant (pour certains), écrire avec style en s’inspirant de la manière plus directe du web, mettre de l’avant un vocabulaire un peu recherché, faire une promotion efficace de ses réalisations par les moyens disponibles, et surtout, démontrer de l’assurance sans avoir l’air d’être (pour certains, toujours) narcissique, égocentrique, nombriliste, etc. Ça devient gazant… Ne serait-ce pas une variante du réflexe bien répandu de dénigrer gratuitement les gens qui réussissent? (Cela sans insinuer que j’ai réussi : je serais bien stupide de penser qu’une renommée relative comme la mienne dans ce minuscule monde du web 2.0 soit un exemple concluant de réussite.) Et, aussi, j’aimerais bien avoir un exemple précis (ou encore mieux un ensemble d’exemples) qui illustrerait parfaitement mes manifestations narcissiques?

Et je sais bien que j’aggrave mon cas (encore pour certains) en pondant cette réponse plus touffue que l’analyse à laquelle je réponds. Encore plus en la publiant aussi sur mon blogue comme je vais le faire. Je prouverai ainsi que mon amour-propre se démène comme le diable dans l’eau bénite. Quand même, il va sans dire que le plus efficace aurait été de balayer ce billet sous le tapis, et c’est réellement ce que je voulais faire au départ (surtout, pour ne pas perdre mon temps). Mais, comme avec mes choix de sujet, et tout le reste, le moteur principal de mon activité est ce qui me touche, et je ne pouvais pas faire comme si cela ne me touchait pas!

En gros, je me sens pris au piège avec cette analyse. J’ai l’impression que ce qui sert les points positifs sert tout autant les points négatifs. Ça tourne en rond. Cependant, ce que j’y respecte beaucoup, c’est le bémol quant à l’appréciation de mes réalisations, ce qui est le propre de la critique. Je vis très bien avec ça pour un être narcissique… mais pas avec la psychanalyse de pacotille qu’on me sert ici.

Voilà, c’est dit!

(Image : Caravaggio – Narcisse)