De la facilité du goudron et des plumes

Renart Léveillé

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De la facilité du goudron et des plumes

J’ai lu la chronique de Patrick Lagacé nommée « Haïti, malade de ses charades ». Ça ne m’a pas fait grimper au plafond, contrairement au poète et linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol qui le vilipende via l’espace de Stanley Péan.

Je concède qu’il est dur — peut-être même trop — avec le peuple haïtien, mais une opinion compte seulement pour ce qu’elle est, même si la sienne parfume l’air du temps autrement plus que beaucoup d’autres. Si on compare la sienne à une autre qui ne se base que sur un préjugé, on se doit, qu’on soit d’accord ou non, d’écouter, et les oreilles les plus ouvertes possible. Quand même, on ne pourrait accuser le chroniqueur de préjuger puisqu’il a sans aucun doute à sa façon fait le tour de la question bien consciencieusement avant de pondre sa confidence — ou plutôt, son jugement.

C’est pour cette raison que je n’entre pas dans le jeu de celui qui est visiblement blessé dans sa fibre et qui éructe au lieu de penser. Oui Patrick Lagacé a utilisé à outrance la généralisation, oui il a brossé un tableau colossalement malingre de ce peuple avec ce qu’il a trouvé de plus souillé, mais non — et je mettrais ma main au feu! — il n’y a aucune once de mauvaise foi dans sa chronique. Par contre, je ne pourrais pas en dire autant de monsieur Berrouët-Oriol, et c’est le critère numéro un de ma critique.

Il est tellement facile de décortiquer, de dénicher où se trouve le contraire de quelque chose pour le brandir comme argument-clé, et surtout d’enrober quiconque de goudron et de plume que je m’inscris en faux, même si l’aimant de la compassion m’attire vers le contraire.

Je ne défends rien ni personne, seulement la possibilité d’ouvrir des portes, même si c’est pour finalement les barricader ensuite.

(Image trouvée ici.)

Ajout :

À ce sujet, voir l’entrevue, vers la fin, à l’émission Les Francs-Tireurs :

http://video.telequebec.tv/video/2960

Catégorie(s): opinions · Mots-clés: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

11 commentaires sur "De la facilité du goudron et des plumes"

  1. Darwin dit :

    J’ai sursauté en lisant la chronique de Lagacé, mais aussi la réponse de Robert Berrouët-Oriol. Comme toi, je trouve que Lagacé a beurré épais. Pourtant, il se savait sur un terrain glissant, mais n’a pas été capable de se retenir… C’est malheureusement typique du personnage. Il souffre d’un mal qui touche bien des lournalisres : il confond l’anecdote avec l’analyse des problèmes de fond.

  2. Jean-Michel Cassagnol dit :

    Bonjour Renart.
    Connaissez-vous la fable de l’autruche, qui se voile le regard pour ne pas voir ? Avez-vous vraiment lu la chronique arrogante et méprisante de Patrick Lagacé ? Mieux : avez-vous vraiment COMPRIS la solide argumentation de Berrouet-Oriol ? Votre commentaire brumeux laisse croire le contraire et permet de mesurer encore une fois le degré de toxicité des chroniques de Lagacé dans La Presse. Pire : que valent les élucubrations de ce journaliste face à la détresse des familles haitiennes pleurant 200 000 morts ? Le Québec doit-il, en 2010, s’épuiser à démasquer tous les xénophobes et racistes embusqués sous couvert de  »chroniques d’opinion » ? Je ne le crois pas. J’approuve à 100% l’analyse de Berrouet-Oriol : la solidarité passe par la lucidité et le respect. Lagacé nous deshonore tous.

  3. Éléonore dit :

    Merci de me faire connaître la riposte de Berrouët-Oriol, je vais la lire aujourd’hui même.
    Depuis quelques jours j’ai potassé énormément la question du colonialisme et des cicatrices que les deux grandes vagues de colonialisme de l’histoire moderne nous ont laissé en héritage.
    J’en ai retiré la conviction encore plus grande qu’auparavant que pour comprendre le monde actuel, la pauvreté, le Tiers-Monde, Haïti, etc, il faut connaître notre histoire occidental, notre passé.
    J’ai trouvé le billet de Lagacé superficiel et anecdotique. Dans le genre « ouais bon mon chauffeur est un profiteur y veut une grosse bière ! » Mais ça n’explique en rien le pourquoi de la situation. Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi un peuple réagit comme il le fait ? Pourquoi une personne réagit comme elle le fait ?

    J’approuve ton 100% le commentaire ci-haut de Darwin.

  4. Mouton Marron dit :

    La réponse de Berrouët-Oriol était un peu excessive sans doute, et malheureusement teintée de termes comme « indécence » et « scabreux » qui n’ont dû que satisfaire l’autre en lui donnant raison. Mais je préfère de loin cette réplique au texte de Lagacé, qui était bourré de raccourcis. Le chroniqueur a écrit un article malhonnête, qui était basé sur des observations très subjectives, et non pas sur des faits. C’est encore la tyrannie du « gros bon sens », c’est-à-dire de la première impression. J’imagine que face à des propos plus nuancés certain-e-s auraient le culot de défendre Lagacé en lui donnant l’autorité de « quelqu’un qui était sur le terrain », ce qui est inconsistant. En ce sens, l’article de Berrouët-Oriol ne tombe pas dans la facilité: l’auteur prend même le temps de réfuter Lagacé point par point.

    Et le pire c’est que Lagacé s’étonne du fait qu’on vilipende les critiques extérieures de Haïti: mais qui ferait autrement? Et si nous vivions un désastre (c’est déjà la théorie de plusieurs), accepterions-nous qu’un chroniqueur nous dise que nous avons été les artisans de notre propre malheur?

    Lagacé aime se complaire dans des attaques violentes et déjantées, mais il se plaint de recevoir des répliques violentes. Je pense donc, moi, que les plumes et le goudron sont tout à fait de circonstance. Pour l’habituer un peu.

  5. gillac dit :

    D’abord merci d’avoir attiré mon attention sur ces écrits mais bizarrement c’est au Québec que les 2 mots suivants m’ont fait penser: passivité et grandiloquence. Ne trouvez-vous pas que ces mots nous vont aussi comme un gant. Un pétition pour une enquête sur l’industrie de la construction que plusieurs semblaient réclamer à grands cris: 35 000 signatures de peine et de misère. Peut-être que ce qui nous choque chez les autres est un peu le miroir de ce que nous sommes?

  6. renartleveille dit :

    Darwin,

    Il souffre d’un mal qui touche bien des lournalisres : il confond l’anecdote avec l’analyse des problèmes de fond.

    On pourrait aussi accuser Robert Berrouët-Oriol de prendre l’anecdotique pour de l’analyse de problèmes de fond.

    Jean-Michel Cassagnol,

    Connaissez-vous la fable de l’autruche, qui se voile le regard pour ne pas voir ?

    Oui, mais je ne me sens métaphoriquement aucunement autruche…

    Avez-vous vraiment lu la chronique arrogante et méprisante de Patrick Lagacé ?

    Oui, et je commence même mon billet en spécifiant que je l’ai lue, alors pourquoi me le redemander?

    « Mieux : avez-vous vraiment COMPRIS la solide argumentation de Berrouet-Oriol ? »

    Bon bon bon… si je ne suis pas d’accord, c’est bien sûr que j’ai un déficit quelque part…

    Ce que je trouve vraiment solide dans son texte, c’est son talent pour diaboliser Patrick Lagacé.

    Sinon, je suis complètement découragé de voir que critiquer quoi que ce soit en lien avec des gens de couleur autre que blanc revient toujours rapidement à du racisme. Mais ce qui est bien avec votre commentaire, c’est qu’il fait ressortir que monsieur Berrouët-Oriol ne tombe pas dans ce piège…

    Éléonore,

    Mais ça n’explique en rien le pourquoi de la situation. Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi un peuple réagit comme il le fait ? Pourquoi une personne réagit comme elle le fait ?

    je me dis que l’affliction de ce peuple peut le rendre parfois apathique (enfin, pas tous, certains, question de fuir les généralités) et c’est ce que j’ai compris du message de Lagacé, même s’il le dit d’une manière rude.

    Mouton Marron,

    Le chroniqueur a écrit un article malhonnête, qui était basé sur des observations très subjectives, et non pas sur des faits. C’est encore la tyrannie du « gros bon sens », c’est-à-dire de la première impression.

    sans l’excuser, il ne faut pas oublier que cette chronique fait partie d’un tout plus grand. Il faut la prendre pour ce qu’elle est.

    En ce sens, l’article de Berrouët-Oriol ne tombe pas dans la facilité: l’auteur prend même le temps de réfuter Lagacé point par point.

    La méthode ne donne pas automatiquement plus de points au niveau de l’argumentaire…

    Prends ce point :

    A) Dès les premières minutes du séisme, les habitants de Port-au-Prince, de Jacmel, de Léogane et de Petit-Goâve ont fait preuve, avec les moyens du bord, d’une exemplaire solidarité, quartier par quartier.

    Est-ce que le courage et la détermination de certains lavent par magie la paresse et la mollesse des autres?

    Tu ne trouves pas que c’est binaire comme débat?

    En lisant Lagacé, j’ai pensé à quelques amis qui avaient besoin de se faire brasser. J’ai eu l’élan pour certains, d’autres non, j’en ai perdus, aidés d’autres, c’est comme ça. Est-ce que c’est de la méchanceté? Pour ma part, non, et j’ai l’impression que pour Lagacé non plus.

    Je ne crois pas que le peuple québécois soit parfait, loin de là… est-ce qu’on aurait alors dans le peuple haïtien le seul véritable exemple de perfection?

    Gillac,

    tu me fais penser au fait que la très grande générosité des Canadiens pour les Haïtiens n’est pas si grande…

    Si on calcule la somme des dons et qu’on la divise par le nombre d’habitants, ça ne donne pas grand-chose par tête de pipe! Et encore moins considérant que beaucoup de gens ont donné beaucoup! Mais bon, je vais me faire taxer de défaitiste…

  7. Mouton Marron dit :

    Renart, tu as écrit: « Tu ne trouves pas que c’est binaire comme débat? »

    Il faudrait que les deux partis soient un peu mieux documentés. Mais il y a une grande différence entre dire qu’un peuple est paresseux ou brutal, et faire une critique constructive.

  8. renartleveille dit :

    Mouton Marron,

    ça doit être parce que j’y ai déniché la critique constructive malgré son trop-plein de désenchantement qui donne l’impression d’être de l’agression.

    Ça dépend toujours du comment on lit entre les lignes…

  9. renartleveille dit :

    À ce sujet, voir l’entrevue, vers la fin, à l’émission Les Francs-Tireurs :

    http://video.telequebec.tv/video/2960

  10. [...] *** Excellent** De la facilité du goudron et des plumes [...]

  11. Francois Lacombe dit :

    Quand même, on ne pourrait accuser le chroniqueur de préjuger puisqu’il a sans aucun doute à sa façon fait le tour de la question bien consciencieusement avant de pondre

    Mais en fait, on n’en sait rien. Si une personne débarque avec une série de préjugés X, et qu’elle ne regarde autour d’elle qu’en fonction de ce qui confirmera ses préjugés X, difficile de dire que cette personne a fait le tour de la question.

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