Rocheuses

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La porte de Couillard

Couillard Houda-Pepin

Philippe Couillard fait aller le portier en lui. Comme en fait foi cette excellente caricature de Vincent Myette qui illustre tout à fait bien l’épisode Fatima Houda-Pepin qui se jouait encore très récemment.

Et là c’est au tour de Henri-François Gautrin de se faire montrer la porte parce qu’il a prédit ouvertement une victoire majoritaire pour le PQ aux prochaines élections.

Je prédis qu’il n’y aura pas de Témoins de Jéhova qui vont cogner à la porte de Couillard prochainement.

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Avortement : la vision archaïque des pro-vie

foetus avortement pro-vie
Les pro-vie se font beaucoup aller ces derniers temps. Ils ont bien le droit, comme j’ai bien le droit de les mépriser profondément.

Si je les méprise, c’est parce que leur monde mental n’est visiblement pas mis à jour et qu’ils ne font pas l’effort d’emboiter le pas. Et si seulement c’était de la procrastination ou de la paresse… Surement un phénomène qui ressemble à un bogue informatique qui se fait répéter la même séquence ad vitam aeternam.

Dans leurs belles petites têtes, le miracle de la vie se résume à un processus ininterrompu qui se doit d’être ininterruptible (sauf par la nature) et qui donne un résultat. Et que ce résultat, ce miracle est miraculeux au point de faire abstraction de tout ce qu’il implique contextuellement, aujourd’hui. Et que la loi de la jungle, cette loi implicite qui a toujours encadré la marche de l’humanité en faisant la promotion d’une non-régulation des naissances dans un monde cruel pour les plus faibles (qui ne survivent pas ou très mal au bout du compte), est toujours d’actualité.

Ce qu’ils ne se rendent pas compte, c’est que la loi de la jungle s’est transformée. La traditionnelle loi de la jungle reposait sur un contexte où le rôle de la religion était grandement social et où il n’y avait pas, comme aujourd’hui, une tendance à relayer la religion à la sphère spirituelle, donc individuelle. Quand la survie (et la pérennité) de l’humain repose grandement sur sa descendance et le nombre de cette descendance, placer un dieu comme juge et partie de la société est bien utile. En plus, c’est une pression profitable dans une société où il y a clivage entre la valeur d’un enfant de sexe masculin ou d’un enfant de sexe féminin. Quand tu as une chance sur deux d’avoir un garçon, il vaut mieux ne pas freiner, et individuellement et socialement, la naissance.

La loi de la jungle s’est transformée parce que la viabilité d’un enfant ne se résume plus strictement à l’aspect biologique comme d’antan, mais englobe aussi l’aspect psychosocial, dans un contexte où la reproduction humaine est devenue affaire de choix personnel. Bien sûr, l’évolution technologique et la surpopulation humaine ont contribué à cet état de fait. Et au niveau de l’idée de survie, trop souvent aujourd’hui le fait d’avoir beaucoup d’enfants est lié au fait de ne pouvoir sortir du mode survie. La tendance s’est inversée.

Donc, l’éthique entourant la question de l’avortement ne peut plus se penser seulement dans une logique morale où on enlève la vie biologique de son contexte, autant au présent qu’au futur. La nouvelle loi de la jungle, c’est la responsabilité. Celle des parents, de l’entourage, de la société, etc. Et si les conditions futures d’un enfant à naitre sont visiblement mauvaises et que la décision de mettre un terme à une grossesse est prise dans un délai raisonnable selon des standards éthiques de notre temps, il n’y a que des gens avec une vision archaïque pour s’y opposer.

Le miracle de la vie doit pouvoir se projeter dans le futur pour être vraiment miraculeux. Envoyer un être de force dans une vie de malheur parce qu’un Dieu serait jaloux du pouvoir que prend l’humain sur sa création, ce n’est pas miraculeux, c’est cruel. Et pour les pro-vie qui ne seraient pas religieux, catégorie dont je doute fortement de l’existence, votre dégout individuel devant l’idée d’un fœtus mort ne réussira jamais à surpasser le malheur réel d’un enfant qui ne sera jamais voulu par personne.

 

(Crédit photo : joostdh)

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Moose Knuckles : quand la francophobie a belle allure

Moose Knuckles

Difficile d’aller plus loin dans le cliché et dans la provoc’.

La compagnie de vêtement Moose Knuckles se paye en ce moment toute une campagne de pub. On se croirait dans une version sexy-bucheron du sketch de RBO, le 4e Reich, où les francophones prenaient la place des nazis. Et la pub tourne autour d’un FLQ transformé pour les besoins en FUQ, difficile de ne pas y voir un pied de nez…

Le scénario se déroule ainsi. Le FUQ, la Fédération unilatérale du Québec, une milice paramilitaire qui achète des armes illégalement, entraine ses troupes pour attaquer l’Alberta et s’emparer de son pétrole.

Voilà pour la provoc’, maintenant le cliché.

Le patron de la boîte (et concepteur de la campagne publicitaire), Will Poho, va défendre à TVA son concept en anglais seulement. Le site qui est consacré à cette campagne est en anglais seulement. Et le site de la compagnie aussi d’ailleurs. Pour ceux que ça intéresse, c’est une compagnie montréalaise.

Ce n’est peut-être pas francophobe en soi, mais ça le laisse très bien sous-entendre. Et le sous-entendu se transforme en feu d’artifice quand on y ajoute la teneur de la pub où la violence est une marque distinctive du francophone militant.

Markéting simplement provocant ou provocation politique pour vendre?

Selon Richard Vézina, ancien directeur du Département de markéting de la Faculté d’administration de l’université de Sherbrooke, les « entreprises désirent avant tout se faire connaitre, même au risque de dégager une image négative et de ne pas mettre l’accent sur leurs produits. Les concepteurs publicitaires savent très bien que, devant deux articles identiques, le consommateur optera pour le produit dont le nom lui est familier. En général, l’image négative de la compagnie s’estompe lorsque vient le temps d’acheter »

On peut quand même se demander si une campagne de pub aussi politique et contextuelle peut faire autant de petits qu’une autre campagne provocante, mais avec un sujet plus universel. Il y a peut-être un danger à piger dans l’Histoire québécoise pour en extrapoler un scénario qui nous est offert comme une possibilité vraisemblable. L’avenir nous le dira.

What the FUQ Quebec wants?

J’en arrive à la conclusion qu’il vise le marché Canadien-anglais où sa marque pourra carburer aussi à la sympathie, ce qui devrait être un plus à sa reconnaissance. Le « Quebec-bashing », c’est vendeur! Et même le Québec, dans le fond. Qui ça dérange, à part quelques nationaleux poussiéreux?

Mais bon, j’allais oublier la gaugauche…

Sans hésiter, il ajoute que, selon lui, le mouvement des carrés rouges n’était pas loin de se transformer en une sorte de F.U.Q, l’armée créée pour cette publicité.

Décidément, Will Poho voulait se mettre beaucoup de monde à dos. Et quand je vous parlais de vraisemblance, voilà l’évidence.

Qu’est-ce que le Québec veut?

Pas les vêtements de Moose Knuckles, j’espère…

Ajout :

Un ami a constaté comme moi que toute la communication de la compagnie se fait exclusivement en anglais et il a décidé d’appeler aux bureaux de Moose Knuckles. La personne qui lui a répondu a dit : « Sorry, I don’t speak french. »  Et 15 minutes après son appel, un statut en français est apparu sur leur page Facebook.

Cedit statut est visiblement un autre statut anglophone simplement traduit par un utilitaire comme « Google translate » pour qu’on ne puisse pas dire qu’il n’y a rien de français…

Quelques perles :

« vous ne serez jamais en sortir vivant »

« nous jouissons de se moquer de nous-mêmes »

« le ridicule qu’il peut être de permettre à nos différences pour nous incitent plus espacés »

« Comment nous pouvons être grave vraiment? »

Moose Knuckles traduction

On trouve ça bien drôle quand ça vient de Chine, mais provenant de Montréal, c’est pathétique.

Sinon, vous pouvez déposer une plainte en ligne concernant cette campagne de pub via le CRTC :

En ligne, à l’adresse : www.adstandards.com

Par courriel, à l’adresse : info@adstandards.com

Par la poste, à l’adresse : 2015, rue Peel, bureau 915 Montréal (Québec) H3A 1T8

Par télécopieur, au numéro : 514-931-2797

Par téléphone, au numéro : 514-931-8060

http://www.crtc.gc.ca/fra/INFO_SHT/G8.htm

Et y’a aussi cette pétition :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Moose_knuckles_Excuses_officielles_a_la_nation_quebecoise_et_retrait_de_la_publicite/?tQZxZgb

 

(Crédit photo : Don Christner)

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Lettre à un ami néoquébécois au sujet de Boucar Diouf

boucar diouf

Photo : http://boucar-diouf.com/

Cher ami,

je t’ai bien entendu. Tu n’es pas d’accord avec le dernier texte de Boucar Diouf et tu me confirmes que de tes amis néoquébécois sont d’accord avec toi. Ce texte les a irrités et mis mal à l’aise. Donc, je te crois sur parole et je me dis que c’est surement représentatif. Et si c’est représentatif d’un malaise réel, tu seras d’accord avec moi de le rendre public. Et, avant de continuer, je veux que tu saches que je ne te dis aucunement que tu n’as pas le droit d’être en désaccord, ce qui est bien important à spécifier.

Donc, tu penses que le fait de viser « l’immigrant » dans son titre « Ce que je dirais à un immigrant » est une erreur, que cela fait oeuvre de généralisation alors que ce qui visiblement l’a poussé à écrire ce texte est plutôt les extrémistes/intégristes/rigoristes.  Et qu’il aurait dû plutôt faire référence à ceux-là plutôt qu’« aux immigrants ».

Autre point qui te dérange, c’est que Boucar Diouf enjoliverait la réalité québécoise en affirmant que le Québec est « la nation la plus ouverte et pacifique de l’Amérique du Nord », et aussi « une terre de liberté, d’ouverture et de tolérance ». Donc, que ce texte, reposant sur des faussetés et/ou des exagérations, a aussi pour but de flatter dans le sens du poil la majorité, les « de souche ».

En gros, si je comprends bien, pour toi, parler durement à un hypothétique immigrant (même pas encore ici) qui ne voudrait pas « qu’un jour [ses] enfants puissent fréquenter, embrasser, coucher et se marier avec les nôtres » (lire les Québécois d’autres confessions ou ethnies que la sienne), c’est parler durement à tous les immigrants déjà ici, voire tous les Québécois qui ne sont pas visiblement blancs (là, j’extrapole un peu, je l’avoue). Et si je comprends mal, tu avoueras quand même que c’est le fond du message de Boucar Diouf et que tu passes à côté en mettant l’emphase sur son titre et sa vision du Québec, que tu trouves trop idyllique.

Pour ce qui est du titre, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à nommer une réalité, soit l’immigration, alors qu’il en est question spécifiquement dans le texte. Et si on change « immigrant » pour « extrémiste », ça donne « Ce que je dirais à un extrémiste », ce qui évacuerait le caractère positif de son texte qui d’ailleurs revient à dire, comme le disait crument Pierre Falardeau (échangeons ici le projet indépendantiste pour le projet d’une société québécoise progressiste qui rejette les communautarismes et encourage la mixité sociale, ce avec quoi tu es sans doute d’accord) :

Que tu sois blanc, noir, bleu, mauve, jaune avec des pitons, j’m’en sacre ! Tout ce que je veux savoir c’est si t’es de notre bord. Pis si t’es de notre bord, t’es mon frère, sinon… ch’t’haïs

Sinon, il y a la réalité québécoise qu’il mettrait trop sur un piédestal à ton gout. OK. Admettons que c’est seulement une question de point de vue. Je pourrais essayer de te convaincre que Boucar Diouf a raison à 100% quand il décrit le Québec très différent du reste du Canada, et très positivement, mais ce n’est pas tellement important dans le fond. Ce qui est important, c’est de savoir si son argumentaire est contradictoire avec le but de ses propos, soit de mettre de l’avant une vision sociale où l’immigration est une donnée qui devrait être positive, en tout cas la plus positive possible.

Tu te douteras que ma réponse est non. Car de mettre de l’avant ainsi son amour du Québec ne fait que participer à communiquer son désir d’une immigration positive, et n’enlève rien aux autres, dont toi, qui ont une vision plus pessimiste et un parcours moins « merveilleux » que celui de Boucar Diouf. Oui, ce n’est pas parfait et ce ne le sera sans doute jamais, mais son message, parce qu’il est un néoquébécois et qu’il est une personnalité connue, est très porteur. Comment pourrait-il participer avec son texte à stigmatiser les immigrants en général alors qu’il met essentiellement en garde les extrémistes/intégristes/rigoristes?

Mon ami, je crois qu’on revient toujours à cette sempiternelle rengaine qui fait que discourir sur un sujet qui touche de près ou de loin à l’immigration est du domaine du tabou. Et je pensais naïvement qu’un texte de Boucar Diouf, lui-même issu de l’immigration, réussirait à outrepasser ce malaise destructif. Oui, destructif parce que ce tabou encourage la victimisation et met tout le monde à cran, en particulier ceux qui comme nous, des gens de bonne volonté, devraient collaborer au lieu d’être sur la défensive.

Parce que le point important ici, c’est de lutter tous ensemble contre les extrémistes/intégristes/rigoristes (qui donnent à certains, malheureusement, des munitions pour casser du sucre sur tous les néoquébécois) et que cette lutte passe par la parole.

Alors, je ne crois pas que c’est une bonne idée de tuer le messager.

(Crédit photo : http://boucar-diouf.com/)

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MLQ

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J’ai concocté ça pour mousser la popularité du compte Facebook du Mouvement Laïque Québécois. Alors partagez et aimez!

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Aprioris antichartes

tentacules
À la suite de mon dernier billet où je critique le film « La charte des distractions », plusieurs discussions ont eu lieu sur Facebook. Je tiens ici à vous soumettre comme préambule un commentaire que j’ai écrit en réponse à Claudine Simon (Les Alter Citoyens) qui me disait que pour une vraie laïcité il ne faut pas simplement s’attaquer à des symboles, puisque je pointais le fait que la question de la laïcité est trop peu soulevée dans leur documentaire :

Je ne dis pas que les créateurs sont pour ou contre, mais que la question de la laïcité n’y est pas centrale, ni même secondaire.

On a beau essayer d’évacuer la question des symboles, d’où découle tout le reste, elle demeure essentielle même si elle se retrouve dans le film comme une distraction.

La laïcité ici, c’est un tout encore imparfait et perfectible et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas prendre de front la question des symboles parce que la laïcité ce n’est pas seulement ça…

Il y a tout plein de féministes, de progressistes, d’humanistes, etc., qui sont pour la neutralité représentative des employés de l’État. Imaginez-vous que c’était de ceux-là qui étaient à la tête de QS et que ceux-là avaient présenté ce projet de loi. Et ça serait tout à fait possible, le projet fait l’unanimité parlementaire.

Voilà le genre de scénario qui me vient à l’esprit quand je réfléchis à un sujet. À partir de ce moment-là, j’évacue tous les aprioris inutiles pour me concentrer sur l’essentiel.  Et ici c’est la question de la laïcité et de la dynamique civique. Ainsi, je ne laisse pas le politique prendre toute la place comme c’est le cas en ce moment pour la majorité des gens, visiblement.

On pourrait dire que je joue le jeu du PQ, sans doute, mais comme je l’explique le PQ n’est pas mon moteur, c’est plutôt un dommage collatéral qui fait en sorte que certaines personnes ne veulent même pas essayer de comprendre mon point de vue.

Donc, en répondant à cette question je réponds aussi à une autre qui me chicote depuis longtemps. Qu’en est-il de ceux qui sont surtout anti-PQ avant d’être antichartes et de ceux qui n’aiment surtout pas comment tout cela a été présenté et qui se retrouvent à militer contre ou à avoir une position ambivalente? Réponse : ils sont pris dans le politique, dans la dynamique de la politique partisane, alors qu’il est bien plus question de démocratie, de l’État comme entité hors partisanerie, justement. Donc, c’est un apriori politique qui relève de la politique spectacle.

Il y a un autre apriori qui a la vie dure dans ce débat. Celui qui tient dans l’idée que l’interdiction des signes religieux pour les travailleurs de l’État est seulement égale à des départs en masse de tout ceux qui les portent au travail, donc du chômage. L’économiste et inclusif Ianik Marcil le fait miroiter dans son dernier texte : « Les tentacules économiques de la charte ».

Il est bien intéressant de faire exhaustivement le portrait des emplois étatiques qui pourraient être touchés par cette mesure mettant de l’avant la neutralité représentative, mais pour que ça frappe l’imaginaire, ce qui est bien le but des inclusifs, il faut prendre pour acquis que ce serait une hécatombe au niveau du chômage.

Désolé, mais qui serait bien assez devin pour prouver hors de tout doute que la totalité ou la majorité refuserait de retirer leur signe religieux et donc quitterait leur emploi, ou le contraire? Ce n’est même pas être partisan que de poser la question et de douter de ce résultat catastrophe, c’est simplement logique. Qui serait bien capable de savoir ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui a à choisir entre des revenus et le port de son signe religieux au travail? Et ensuite, de savoir le total de toutes ces décisions…

Je ne dis pas que la problématique n’est pas à prendre en compte, mais que de lui donner une place aussi centrale c’est dénier la place centrale que devrait occuper le débat sur la laïcité.

Et on comprendra ici que l’importance des symboles est attaquée à partir de deux fronts : celui d’une vision qui tente carrément de l’effacer du débat et une autre qui donne toute la place à d’hypothétiques répercussions qui sont impossibles à prouver.

Et on se demande pourquoi ce débat n’est pas sain…

(Crédit photo : jseliger2)

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La charte des distractions : une fleur et un mitraillage de pots

charte des distractions

Je viens de terminer mon visionnement de « La charte des distractions », que j’ai eu la chance de pouvoir visionner avant la sortie officielle. D’ailleurs, je tiens à remercier Claudine Simon des « Alter citoyens » (qui a participé au projet) à ce sujet. Au niveau formel, c’est bien sûr du beau travail, égal à celui que nous avait donné « 99%média » avec l’excellent « Dérives ».

Après les fleurs…

Cela dit, ce film est carrément une œuvre de propagande. On tente de le justifier par le fait qu’il déroge du discours officiel gouvernemental, mais dans les faits il surfe sur une vague aussi importante, mais celle-là organisée par le camp politique fédéraliste, dont fait partie grandement le journal La Presse. D’ailleurs, je m’attends à une excellente couverture de ce journal, ce qui n’avait pas été le cas avec « Dérives », malheureusement.

Donc, on a un film de propagande venant entre autres de GAPPA, qui se targue de dénoncer la propagande, ce qui est plutôt contradictoire. Mais bon, ils ont le droit d’avoir leurs opinions, tout comme moi, et de les diffuser. Et ça tombe que mes opinions sont tout à fait contraires aux leurs et qu’ils n’ont pas réussi, malgré tout leur excellent travail dans ce sens, à me faire bouger d’un iota. Mais il faut dire que j’ai beaucoup réfléchi sur le sujet et que je pourrais remettre en question tout ce qui y est dit (je vais me contenter ici de pointer quelques exemples). Par contre, pour quelqu’un qui ne sait pas trop où se placer, peut-être que la propagande fonctionnera.

Et quand je parle ici de propagande, il faut absolument replacer le terme dans sa stricte définition, qui est l’« Action systématique exercée sur l’opinion publique pour l’amener à accepter certaines idées ou doctrines. » Je n’induis aucunement que ce film serait une commande médiatique ou politique ni que ses créateurs sont de mauvaise foi. S’il y a de la mauvaise foi, elle est dans les réflexions des intervenants, toujours selon ma lecture personnelle.

La stratégie d’évitement

Ce documentaire, il repose sur ce que j’appellerais une stratégie d’évitement. On parle de la stratégie politique du PQ, de la position autochtone, des répercussions sur des musulmans, etc., mais on évite de parler objectivement du contexte, soit l’espace civique et la laïcité. Tout est présenté pour faire en sorte de laisser croire que la question concerne grandement l’espace public, même dans l’application, ce qui est assez malhonnête. On dissémine des pistes de réflexion qui éloignent toujours de la question centrale : à quoi devrait ressembler notre laïcité, concrètement?

Parce que d’entendre une musulmane chef d’entreprise nous parler de son expérience dans la sphère publique, ce n’est aucunement parler de laïcité. Parce que d’entendre des autochtones mettre de l’avant leur communautarisme, ce n’est pas parler de laïcité. Parce que de voir ainsi étalé le contexte politique et la stratégie qui a supposément mené à cette charte, ce n’est pas parler de laïcité et ce n’est surtout pas rendre justice au mouvement laïque qui lui est antérieur, enfin celui qui milite, celui qui va dans le sens de l’importance de la neutralité représentative des employés de l’État. Et on ose qualifier cette charte de distraction?

L’identité québécoise élastique

Il y a un exemple patent de malhonnêteté dans les propos de Marie Potvin, professeure en éducation à l’UQAM et chercheuse au CEETUM :

« une grosse partie de notre identité est le fruit des luttes sociales. Et comme si les droits de la personne, notamment la liberté de conscience et la liberté religieuse qui est mise en cause dans ce cas-là, était pas le fruit des luttes sociales, était pas le fruit de l’identité québécoise. »

Premièrement, cette idée qu’il est question de la liberté de conscience et de la liberté religieuse dans ce débat est fautive. Il est réellement question de la liberté d’expression. Un signe religieux est expressif de la religion, il n’est pas la religion ni la croyance en elle-même. Mais au niveau argumentaire, il est plus facile de défendre la liberté de conscience et la liberté religieuse puisque dans le contexte actuel, la liberté d’expression est déjà minée par la règle qui interdit les opinions politiques et croyances autres que religieuses.

Deuxièmement, on tente ici de cristalliser, voire de placer dans l’immobilisme la question des droits de la personne. Mais je dois avouer que c’est original comme approche même si d’un autre côté ça se rapproche dangereusement d’un paralogisme. C’est quand même gros de penser que le simple fait d’interdire un signe religieux durant les heures de travail d’un employé de l’État vient en totale contradiction avec l’identité québécoise. À mon avis, c’est tellement tirer fort sur ce que peut donner l’instrumentalisation du concept d’identité québécoise que l’élastique se casse. D’autant plus qu’on ne cesse d’argumenter, pour justifier la position anticharte, que l’identité n’est pas assez définissable en des termes clairs et rassembleurs. Idem pour ce qui est des valeurs.

C’est la faute de la charte?

Il y a dans le documentaire le témoignage d’un couple musulman. L’homme raconte qu’il n’a jamais eu de problème à caractère xénophobe ou raciste (qualifions-le ainsi pour aller au plus simple) depuis qu’il est ici jusqu’au débat sur la charte. Ils ont reçu anonymement une affiche montrant une femme voilée avec l’inscription « Non pas ici » avec des X dessinés sur le voile.

Bien sûr, le lien avec le débat actuel est évident. Mais s’arrêter à la simple équation que c’est tout simplement de la faute de la charte n’est pas complet. Il y a la charte et il y a sa causalité qui entre en ligne de compte. Et je tente une analyse totalement objective ici, au-delà de ce que suggèrent les créateurs du documentaire, puisque tout l’enrobage argumentaire ne permet pas de le laisser poindre.

La réaction à ce projet de loi a montré une levée de boucliers de la communauté musulmane, spécialement venant de la part des femmes voilées. Cette réaction a envoyé un message aussi fort que celui de la charte. Ce n’est pas surprenant que certains l’aient pris et le prennent toujours au premier degré dans le sens que ces immigrants ne veulent pas respecter les règles de la société d’accueil. Ici « les règles » étant le projet de loi qui contient la règle d’interdire les signes religieux.

Je suis loin d’avoir cette réaction, et je la trouve même complètement stupide, mais je constate quand même que dans toute cette histoire il y a un déficit intellectuel énorme. D’un côté comme de l’autre, c’est l’ignorance des gens qui est suscitée, donc on se braque au lieu d’essayer de comprendre les enjeux de la laïcité, et on réagit trop fortement au fait qu’on se braque. Ne venez pas me dire sérieusement que tous les gens sans exception dans les manifs pour et contre ont parfaitement pesé le pour et le contre… Et pour ce qui est des intervenants du documentaire, ils instrumentalisent simplement les contrecoups de cette dynamique négative d’ignorance pour mousser leur parti-pris, d’où cette forte impression de propagande.

L’avis autochtone

Dès le début du documentaire, une autochtone du mouvement « Idle No More » s’exprime :

« c’est le déni des peuples autochtones parce qu’on parle de valeurs communes québécoises alors que les peuples autochtones, ça fait des millénaires qu’on habite le territoire, on nous a jamais demandé notre avis sur la charte, on nous a jamais demandé c’était quoi les valeurs importantes pour nous. »

Visiblement, les créateurs voulaient que l’avis de ces autochtones-là surpasse en valeur celui de toute leur communauté et encore plus, celui du Québec en entier. Quand on soulève ainsi l’argument massue qu’il y a des « millénaires qu’on habite le territoire », c’est tout le débat qui est pris en otage. Est-ce que ces millénaires réduisent à néant la légitimité de l’avis contraire ou vivons-nous ensemble aujourd’hui dans une société plurielle?

Si nous vivons vraiment dans une société plurielle, l’avis des autochtones est aussi important que celui des autres, ni plus ni moins. Le fait d’habiter le territoire depuis des millénaires n’a rien à voir. Le démocrate et humaniste que je suis s’est senti profondément insulté. Je ne me verrais pas dire à un nouvel arrivant que mon opinion a plus d’importance que la sienne parce que je suis ici depuis 43 ans!

L’égalité des sexes désincarnée

Ryoa Chung, professeure agrégée au département de philosophie de l’UdeM, au sujet de la place du féminisme dans le débat :

« on essaie de nous distraire […] en ramenant tout le débat sur l’égalité des sexes sur encore une fois une mesure concernant les signes ostentatoires qui n’a aucun lien, aucun rapport avec la véritable émancipation des femmes »

Ces propos, c’est renier la légitimité d’un féminisme qui se voit profondément heurté par ce qu’implique le phénomène religieux exprimé par les signes ostentatoires. Par contre, j’admets aussi que ce féminisme ratisse trop large au point d’englober la sphère publique et de faire des dommages collatéraux, mais ce féminisme est tout à fait en droit de s’incarner dans la problématique civique.

La question de l’égalité des sexes n’est pas qu’une question abstraite et philosophique, et si on peut mettre de l’avant la problématique des femmes voilées qui pourraient décider de quitter leur emploi pour ne pas se dévoiler, on peut aussi mettre de l’avant toutes les problématiques extérieures à elles. C’est le propre du débat de tout mettre dans la balance. Mais selon Ryoa Chung, ce qu’elle voit est de plomb, ce qu’elle ne veut pas voir est de plume…

L’indépendantisme au conditionnel

Et, la cerise sur le gâteau, le documentaire se termine avec cette idée insupportable que l’appui à la charte est le meilleur moyen de repousser l’indépendance du Québec. Parce que cela mettrait entre autres à dos du mouvement indépendantiste les immigrants (de première et de deuxième génération).

Cette idée bat de l’aile parce qu’on le sait, les immigrants ne forment pas un bloc monolithique contre la charte. Mais quand même, cela participe à toute cette idée d’un indépendantisme mou qui place tout un cadre conditionnel à son adhésion. Le multiculturalisme/interculturalisme et une vision de gauche en étant les piliers centraux. C’est encore une manière de prendre le débat en otage.

Méchant à rebours

Comme on le voit, le film commence et termine avec de la culpabilisation. Et la culpabilisation le traverse de bout en bout. Comme spectateur, j’étais le méchant descendant de Canadiens-français (très métissé avec des autochtones, mais ça ne compte pas) et j’étais le méchant indépendantiste qui se tire dans le pied. J’étais aussi le méchant qui veut jouer avec les droits de la personne et le méchant qui ne veut pas s’obnubiler des malheurs de certaines personnes pour en oublier d’autres. Enfin, surtout, j’étais le méchant qui pense que l’égalité des sexes passe avant la religion.

J’espère ne pas avoir été trop méchant en retour.

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Chère féministe

feministe tomate

Chère féministe,

je sais que tu es multiple, mais je vais te tutoyer si tu me le permets. Bon, je vais le tenir pour acquis. Tu es l’amour de ma vie, j’espère ma fille plus tard, pas assez ma mère et ses sœurs à mon gout, peut-être mes cousines, certaines de mes voisines, de mes amies, de mes connaissances et surtout, toutes celles que je connais par leurs plumes engagées.

Je t’écris parce que la semaine dernière, visiblement, tu as été blessée. Et je ne peux pas croire que c’est seulement parce que tu t’es sentie trahie par quelqu’un que tu croyais de ton côté. Et je t’écris aussi pour te dire que je ne vois pas pourquoi je devrais choisir mon camp, comme plusieurs autres l’ont fait. Parce que je ne crois pas que ce serait nous rendre service que de seulement te flatter dans le sens du poil.

À te voir réagir ainsi, aussi fortement, j’en suis venu à me demander s’il était possible d’avoir un avis sur la société dans laquelle vivent les femmes quand tes organes génitaux pendent entre tes jambes. Et, surtout, y’a mon radar à tabou qui s’est allumé : quand quelque chose me donne l’impression d’être intouchable, je deviens méfiance. Surtout, ça me donne envie de le gratter un peu…

Donc, il y a une réalité, c’est qu’on ne doit pas critiquer le féminisme. Et j’arrive à cette conclusion parce que c’est du domaine de la répétition. Pour te dire, en ce moment, je manipule chaque mot comme si c’était un flacon de nitroglycérine. Je sais pertinemment que je suis déjà ton ennemi. Mais je vais quand même continuer.

Ce que je veux te dire surtout, c’est que j’ai autant en aversion que toi le Cro-Magnon qui sommeille en nous et que certains réveillent à temps plein. Celui qui en fait une fierté, je le trouve aussi pathétique que tu peux le trouver pathétique, mais ce n’est jamais à lui que tu t’adresses quand il te fait sortir de tes gonds, mais à moi. Lui, il ne veut pas t’écouter, il ne comprend même pas ton langage. C’est un dialogue de sourds où je suis victime de dommages collatéraux, simplement parce que je partage avec lui le fait d’avoir cette patente entre les jambes.

À partir du moment où je suis d’accord avec toi sur le fond, je devrais pouvoir être critique de la forme, non? Et si cette forme se rapproche de près ou de loin de la misandrie, le contraire de la misogynie, soit la haine des hommes, est-ce que je peux ne pas être d’accord avec toi sans me faire lancer des tomates?

Voilà, c’est tout ce que j’avais à te dire pour l’instant.

Bien à toi, de la part d’un homme trop rose pour certains et même certaines, malheureusement.

(Crédit photo : Corey Burger)

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Charte – « Moi, ça ne me dérange pas, donc… »

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« Moi, ça ne me dérange pas, donc… »

Ce qui précède, écrit et dit de toutes les manières, est un argument qu’on a maintes fois entendu venant de la part de personnes contre l’idée d’interdire les signes religieux dans la fonction publique (ou contre la neutralité représentative des employés de l’État, comme je me plais à le verbaliser). La semaine dernière, à RDI, durant une émission spéciale sur la charte, cet argument est revenu plusieurs fois et ça m’a mis la puce à l’oreille.

Durant un vox-pop où on entendait quatre adolescents se prononcer, les deux contre le projet de charte ont discouru dans ce sens. Rémi Bourget, un des panélistes invités à l’émission, l’avocat derrière Québec inclusif, y allait de son histoire personnelle où il était question de son problème de garderie. Pour appuyer sa position contre le projet de loi 60, il disait que c’était le moindre de ses soucis qu’une future éducatrice porte le voile. Un peu plus tard, un vox-pop tenu en Ontario mettait en scène entre autres un homme qui, pour justifier son désaccord, disait que personnellement ça ne le dérangeait pas. Donc.

Logiquement, si cet argument revient constamment, c’est qu’il a du poids pour les personnes qui s’en servent. Personnellement, je pense qu’il a autant de poids que quelqu’un qui dit : « c’est l’gros bon sens! » Cela relève du réflexe de croire qu’une problématique complexe peut se régler comme par magie avec une opinion étayée par un simple jugement personnel devant un choix de réponse binaire. Du point de vue argumentaire, il n’y a rien de plus bas niveau. Pourtant, c’est bombardé comme si c’était un uppercut qui devrait clore le débat.

Pour certains, dire « ça ne me dérange pas » devrait avoir autant de poids que de dire « ça me dérange ». Donc, pour eux, cette idée que la neutralité représentative règlerait le problème de ceux que ça dérange n’a pas lieu d’être puisque c’est du pareil au même. C’est une erreur logique que je tenterai d’expliquer dans les paragraphes suivants.

À la base, si on enlève la donnée personnelle, « ça ne me dérange pas » devient « ça ne dérange pas » et « ça me dérange » devient « ça dérange ». Pourquoi enlever la donnée personnelle? Parce que ce qui compte, ce n’est pas l’avis de chaque personne séparément, mais tout le tableau. Nous ne sommes pas dans une logique référendaire, mais bien dans une dynamique où il faut encadrer la problématique et évaluer les argumentaires.

Alors, maintenant, regardons les deux énoncés résultants : « ça ne dérange pas » et « ça dérange ». La question à se poser est donc : est-ce que ça dérange ou non? Nonobstant des raisons personnelles, à partir du moment où ça dérange, il est impossible de dire que ça ne dérange pas en général. Par conséquent, au niveau collectif, ça dérange, et toujours, au niveau individuel, ça dérange ou non. Voilà la réalité et le poids réel de l’énoncé « ça ne me dérange pas ».

À partir du moment où il est prouvé que ça dérange et qu’il est impossible de prouver que ça dérange seulement pour des raisons intolérantes comme le racisme et la xénophobie, le moyen de régler le problème, soit la neutralité représentative, est légitime. Voilà pourquoi parmi les arguments des gens contre la neutralité représentative des employés de l’État il y a l’énoncé individualiste « ça ne me dérange pas » et ce désir de mettre les adversaires dans le camp des racistes/xénophobes, de toutes les manières possibles.

En disant « ça ne me dérange pas », on se place volontairement en situation de supériorité morale, ce qui induit qu’on est tolérant, alors que les autres ne le seraient pas. Cela participe activement à la diabolisation de la position pour la charte, à cette tentative d’humilier tous les prochartes par l’accusation d’intolérance, fondée sur les réelles manifestations de racisme/xénophobie que l’on se plait à pointer comme si cela était des preuves d’un problème général.

Donc, là où le bât blesse, ce n’est pas tant de penser que ça ne nous dérange pas, mais d’avoir le réflexe de le dire, de le montrer comme si c’était un trophée.

C’est condescendant. Rien de bon pour calmer ce débat explosif.

 

(Crédit photo : pickywallpapers.com)

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Charte – Définir le contexte

commission charte
Le débat actuel sur la charte des valeurs (ou le projet de loi 60) soulève de très sérieuses questions sur la place de la liberté d’expression religieuse pour les employés de l’État. Et ces questions se placent bien sûr dans le contexte d’une laïcité à parfaire par la neutralité représentative, dont je suis partisan. Et la question principale développée ici sera celle de la dynamique du signe religieux dans le contexte de l’espace civique et de la Justice.

Le territoire moral

Pour quelque raison que ce soit, au niveau social, porter un signe religieux, c’est tout simplement marquer moralement son territoire. Tout comme l’animal qui répand un fluide pour indiquer sa présence au-delà de sa corporalité. Cette comparaison n’est pas à prendre péjorativement, bien sûr, mais la mécanique est tout à fait semblable. Pour des raisons qui sont hors sujet ici, l’animal ne considère pas l’espace commun comme étant libre et il agit en conséquence. L’humain qui considère que sa croyance doit se manifester en tout temps n’accepte pas à priori l’idée d’un espace libre de religion, encore plus quand cela pourrait être exigé : voilà pourquoi ce projet de loi 60 en heurte beaucoup.

Tout ce qui se trouve au-delà de la croyance intime et secrète est un marquage en bonne et due forme. Qu’on le défende en l’assimilant à un trait culturel, traditionnel ou simplement personnel ne change rien : il est effectif en regard de la perception des autres, qu’elle soit négative ou positive. Parce que si une personne sent le besoin de marquer sa croyance au niveau individuel, ce marquage n’est pas pour autant invisible au regard des autres. Et puisqu’il est identifiable et réfère à la donnée religieuse, il propose un certain nombre de principes moraux ainsi qu’un cadre spirituel qui colorent le territoire. On pourrait aussi parler d’espace, de sphère, étant donné que la notion de territoire est utilisée dans un sens métaphorique.

À partir du moment où cela est compris, on a le droit d’être en accord ou non avec ce marquage dans la sphère civique, là où se joue le débat actuel sur la laïcité et la charte. Mais avant de poursuivre, il faudrait expliquer cette notion de sphère civique, puisque visiblement beaucoup de gens semblent l’occulter, consciemment ou par simple ignorance, alors que trop souvent et à tort on place ce débat dans la sphère publique.

La sphère (ou espace) civique

Selon Alain Massot, sociologue et professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval :

L’espace civique concerne l’ensemble des citoyens dans l’exercice de leurs devoirs et droits civiques en relation avec l’État et ses institutions. […] Tous les citoyens sont appelés à participer à la définition et à la gouvernance de l’intérêt général dans une démocratie moderne dont les principes reposent sur des valeurs universelles fondées sur la raison. C’est évidemment le cadre politique que l’on se donne comme préalable.

Le sociologue compare cet espace avec l’espace public et l’espace privé :

Bien que ces espaces ne soient pas totalement hermétiques l’un à l’autre, ils reposent sur des principes foncièrement différents et spécifiques :

- la neutralité de l’espace civique gouvernée par des valeurs universelles et rationnelles ;

- le pluralisme de l’espace public fondé sur des valeurs communautaristes relevant de l’histoire ;

- le particularisme de l’espace privé orienté par des valeurs personnelles.

Donc, les sphères publiques et privées sont les espaces des individus; la sphère civique, celle du citoyen :

Personne qui vit dans un État, considérée du point de vue de ses droits et de ses devoirs civils et politiques.

(Source : dictionnaire Antidote)

Vous remarquerez qu’il n’est pas question, explicitement ni implicitement, ni des droits individuels ni de la liberté d’expression. Bien sûr, dans le contexte de la sphère civique ces droits et ces libertés ne disparaissent pas, ils s’y mesurent.

L’employé de l’État n’est pas un citoyen comme les autres

En regard de l’existence de cet espace et de ces définitions, il est tout à fait légitime de considérer comme discutable cette idée que la liberté de l’employé de l’État, qui marque moralement son territoire durant l’exercice de ses fonctions, est intouchable. L’employé de l’État (en poste) n’est pas un citoyen comme les autres, il le sert, il lui est subordonné. Et marquer moralement son territoire c’est refuser de se soumettre à son rôle de représentant de l’État — ce pour quoi il est payé — en endossant le « costume » de la neutralité représentative, ce qui ferait partie de ses « devoirs civils et politiques ». Pourquoi cette liberté d’expression légitimée par la liberté de religion devrait-elle court-circuiter la logique de l’espace civique où le citoyen bénéficiaire de service est la donnée importante et essentielle?

Le barème de la Justice

On dira que la liberté d’expression de l’employé de l’État ne brime pas celle du citoyen, ce qui serait tout à fait juste si l’employé ne travaillait pas pour l’État, donc plutôt dans un contexte d’espace public, par définition pluraliste. L’espace public est un espace où se déploient et se confrontent toutes les libertés et où le système de Justice tient lieu de médiation. C’est un espace conflictuel, autant négativement que positivement, dans le sens qui est entendu par la formule : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Ainsi, dans la sphère publique, la liberté d’expression d’un employé se confronte aux décisions de l’employeur, qui est confronté à la liberté du client (qui n’est jamais captif, contrairement à ce qui se passe dans la sphère civique), tout cela sous l’épée de Damoclès de la Justice.

Mais, dans la sphère civique, c’est toute la notion de savoir s’il y a brimade ou non, s’il y a confrontation des libertés ou non qui pose problème. Parce que ce qui organise cet espace n’est pas principalement la Justice comme médiatrice des libertés des individus, mais l’entité étatique, représentante de tous les citoyens et de la démocratie, dans le but de régir le bien commun. Donc, c’est un espace social encadré où la question de la liberté ne se pose pas tellement au niveau personnel, mais se déploie totalement au niveau collectif. Et comme le citoyen est captif devant l’État pourvoyeur de service, c’est tout à fait logique — et souhaitable — d’éloigner de cet espace la dynamique de la confrontation des libertés, et par cela même la Justice.

Le statut juridique de la notion d’espace civique

Le concept de sphère civique (ou d’espace civique) n’a pas à proprement parler de statut juridique dans le droit écrit (et il faut faire ici la distinction entre le judiciaire — le contexte d’application — et la Justice — comme idéal et principe moral). Cependant, ce n’est pas parce qu’il n’a pas de statut juridique qu’il n’a pas de poids au niveau juridique. Ce concept est utile pour pointer le champ d’application d’une loi, comme il en est question avec l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État, mais il n’a pas besoin d’être inscrit comme tel dans une loi pour être effectif.

Pour ce qui est de s’en servir comme argument au niveau juridique, le seul fait de bien comprendre son sens est suffisant. Donc, par « espace » ou « sphère » on comprend un lieu d’interactions, qui peut être abstrait ou tangible. Pour ce qui est de l’adjectif « civique », il est question de ce qui concerne le citoyen, de ce qui est relatif au citoyen. Et bien sûr, s’il faut le répéter avec une autre définition, celle du Larousse, le citoyen est une « Personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote (par opposition aux étrangers). »

En conclusion

En regard de tous ces éléments de réponse, il est clair que la lecture individualiste mise de l’avant par les tenants de la laïcité ouverte est trop partielle et partiale pour bien analyser la question du bienfondé ou non de la neutralité représentative des employés de l’État. Comme on le voit, tout converge vers une dynamique de la collectivité, là où l’égalité et l’unité sont la priorité. Pendant que l’importance de la liberté d’expression religieuse est mise de l’avant dans l’argumentaire individualiste, c’est l’importance des droits civils et politiques qui est mise de côté alors que le contexte du débat est profondément civil et politique, justement. (Et il est question ici de la politique dans le sens d’organisation de la société et non de partisanerie : la liberté d’expression des opinions politiques est déjà soumise aux impératifs de la neutralité, en toute logique, sans que cela ait causé une crise sociale.)

D’autre part, ce que tout cela pointe, c’est que le simple fait de dire que l’expression religieuse de l’employé de l’État ne nous dérange pas personnellement ne peut pas tenir lieu de base argumentaire solide dans ce débat puisque l’espace civique n’est pas un espace d’opinion, enfin, lorsqu’il s’agit de la dynamique du service étatique. Alors, il ne serait pas question de faire simplement la balance des pour et des contres pour arriver à une décision, mais de faire table rase de la possibilité de problèmes (en regard des problèmes réels et des analyses). En fait, nier l’existence de ces problèmes hypothétiques c’est aller à contrecourant de la tendance du principe de précaution, théorisé pour ce qui est des problèmes environnementaux, mais aussi à propos en ce qui a trait aux problèmes sociaux :

le “principe de précaution” est une notion qui préconise l’adoption de mesures de protection avant qu’il y ait des preuves scientifiques complètes démontrant l’existence d’un risque; autrement dit, une action ne devrait pas être différée simplement en raison de l’absence de renseignements scientifiques complets.

Dès lors, on écoute ces deux intervenantes de la commission parlementaire sur la charte qui travaillaient pour la DPJ et qui relèvent un lot de problématiques en lien avec les enfants ou on écoute ces enfants qui, selon un reportage vidéo simpliste du journal Le Devoir, seraient contre l’interdiction des signes religieux?

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Bell Cause pour la cause – Matthieu Bonin et ma dépression

depression

photo : Mateus Felipe C.

Hier, sur Twitter, la santé mentale était en vedette avec le mot-clic #BellCause. Je suis loin de porter Bell dans mon cœur, pour Cause de service à la clientèle déficient, mais je salue quand même leur initiative d’aider à combattre « la stigmatisation qui entoure la maladie mentale. »

C’est que le sujet me tient à cœur, puisque les problèmes de santé mentale ont touché des proches, de la famille et, voilà un peu plus d’un an, j’ai été diagnostiqué avec une dépression. On m’a prescrit des médicaments, que j’ai décidé de prendre (ça m’a pris beaucoup de courage pour accepter d’en prendre parce que j’avais cette idée fautive que je perdais le contrôle de moi-même en acceptant) et je suis maintenant dans le processus de sevrage.

J’étais déjà sensibilisé à l’importance d’en parler pour aider à éliminer le tabou social entourant ces problèmes alors j’en ai parlé un peu sur les réseaux sociaux, mais pas au point d’en faire un texte en bonne et due forme. Je me gardais une petite gêne, peut-être à tort, parce que ça m’aurait sans doute fait du bien. Je me reprends un peu ici même si ce n’est pas le but principal.

Quoi qu’il en soit, j’ai eu la preuve récemment de « la stigmatisation qui entoure la maladie mentale » par le canal qu’est Matthieu Bonin. Avant toutes choses, pour vous dire, j’étais en pleine forme depuis au moins 6 mois quand cette histoire est arrivée. Et entre moi et cette petite vedette du web, c’est loin d’être l’amour fou.

J’avais fait un montage sarcastique mettant en vedette le principal intéressé, en lien avec sa participation au projet Trouble du Voir (d’ailleurs, il a quitté le projet pas très longtemps après cet épisode). Il a relayé la chose en ajoutant un commentaire où il me traitait d’« osti de Graine », j’ai répliqué dans la plus pure tradition de la joute verbale sur Twitter et le voilà qui sort son artillerie lourde, le fait de savoir que « je suis » en dépression :

« Tes posts sont aussi déprimants que ta dépression. Prend du mieux et arrête de voir du négatif dans tout. Allez, bonne chance. »

Bonin depression

Sérieux, une chance que j’avais retrouvé mon équilibre mental depuis longtemps parce que dans un contexte conflictuel comme celui-là, ce genre de propos aurait pu faire du dégât. Et puis, c’est quand même assez discutable de se servir du problème d’un autre comme outil pour lui piler dessus, non? Est-ce que ce cher Bonin se servirait du handicap physique de quelqu’un pour le dénigrer? À mon sens, c’est carrément une tentative d’intimidation…

Mais dans le fond, je lui pardonne. Il n’est qu’une victime du cliché comme quoi souffrir d’une maladie mentale ne peut pas être simplement un problème passager, mais que ça diminue profondément une personne et qu’on peut se permettre de s’en moquer, comme anciennement on se moquait du fou du village. Et je ne parle pas ici de faire de l’humour, bien sûr, mais d’user de méchanceté dans un but loin d’être noble.

Je suis le premier à défendre la liberté d’expression, alors je ne dis même pas qu’il faudrait censurer quoi que soit, mais que ma démarche du moment est légitime. Bien sûr, le principal intéressé ne sera pas content, mais j’espère quand même qu’il en profitera pour faire un examen de conscience. Alors oui, je lui fais la morale.

Mais je fais surtout la morale à tout le monde. Parce que ça n’a pas de bon sens qu’en 2014 on en soit encore à cacher nos problèmes de santé mentale parce qu’on a encore l’impression que ça va nous faire mal paraitre. On se plaint d’avoir un des plus hauts taux de suicide au Québec, mais une des causes justement est le fait de ne pas en parler. J’ai un ami qui s’est suicidé en pleine dépression parce qu’il n’a pas demandé de l’aide. J’ai consulté parce que j’avais des idées suicidaires.

Ce n’est plus le temps de niaiser Bonin.

(Crédit photo : Mateus Felipe C.)

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TLMEP, le citoyen du monde, la charte et le français

citoyen du monde

Image : Nicolas Raymond

Pour moi, il est clair que le citoyen du monde est contre la charte. Et je ne dis pas qu’être contre la charte c’est être citoyen du monde, je ne joue pas du paralogisme… Donc, le citoyen du monde est contre la charte parce que ça ne cadre pas avec sa vision candide du monde qui tient dans l’idée que cette planète sociale est faite de diversité, ce qui est vrai, mais qu’il faut seulement considérer cette diversité dans son sens positif et fuir à tout prix ce qui pourrait ressembler à du conflit.

Donc, le citoyen du monde est pacifiste dans le sens le plus naïf du terme. Étant donné qu’il voit les frontières et les territoires comme des empêcheurs de tourner facilement en rond sur cette sphère qu’est la Terre, les petits projets de loi des États sont insignifiants à ses yeux à priori, trop en lien avec la proximité, cette donnée qui lui est très secondaire. Donc, il ne peut pas vraiment comprendre l’enjeu collectif de la charte dans le contexte québécois, c’est trop loin de sa vision individualiste.

Le citoyen du monde se demande bien aussi pourquoi certaines personnes trouvent important le fait français. En tout cas au point d’être militant et par le fait même d’analyser la dualité linguistique québécoise et canadienne, donc de critiquer parfois la langue anglaise et les comportements de ses locuteurs les plus influents : la minorité historique anglophone. Encore plus quand il est question de remettre en cause l’anglicisation mondiale. Pour lui, il n’y a pas de problème, même que tous les Québécois devraient se mettre à l’anglais : c’est bon pour l’ouverture d’esprit et encore plus pour éviter des conflits, puisque si tout le monde parle anglais, tout le monde peut se parler… Aussi simple que ça! Et quand on lui raconte que le bilinguisme généralisé a toujours mené historiquement à la disparition de la langue du peuple conquis, preuve à l’appui, au contraire de Néo qui prend la pilule rouge pour savoir ce qu’est la réalité de la Matrice il prend la pilule bleue.

Tout ça pour dire que j’ai fait une critique sur Twitter du fait que dans un segment de TLMEP on n’a pas ajouté de sous-titres à un extrait d’une émission états-unienne. Et qu’on m’a répondu tout bonnement que le problème n’est pas l’absence de sous-titres français à la télévision française, mais de ne pas comprendre l’anglais… Au minimum, il y a de quoi laisser perplexe. Est-ce qu’une des missions de Radio-Canada est de promouvoir l’apprentissage de la langue anglaise ou sa mission principale est seulement de fournir un service français aux Canadiens francophones?

Un peu plus tôt dans l’émission, Martin Matte racontait une anecdote concernant une employée d’une boutique du centre-ville de Montréal qui ne lui a jamais dit un traitre mot de français malgré le fait qu’il lui répondait en français. En regard du réflexe éducationnel soulevé plus haut, est-ce que dans le fond cette employée est un exemple à suivre, ce qui devrait inciter les unilingues francophones à se mettre à l’anglais? C’est plus une boutade qu’une question, parce qu’il est bien évident que la question du respect du service à la clientèle bilingue et au choix du client dans les entreprises privées est assez consensuelle, mais pourquoi la société d’État ne devrait pas simplement offrir encore aujourd’hui un service strictement français via Radio-Canada (et strictement anglais via CBC)? Pourquoi serait-ce différent? Surtout, pourquoi implicitement présumer que l’auditeur de TLMEP devrait comprendre l’anglais? Si l’extrait avait été en chinois, nul doute qu’on aurait eu droit à des sous-titres…

Quoi qu’il en soit, je me pose la question à savoir si la liberté linguistique veut encore dire quelque chose quand il est question des francophones. Et à partir du moment où je savais qu’une des personnes qui avait ce discours est contre la charte, bien sûr pour protéger la liberté d’expression religieuse, je voyais un deux poids deux mesures, une contradiction assez évidente. Désolé, mais la personne qui d’un bord considère sacrée la liberté de porter un signe religieux dans le cadre d’un emploi étatique et qui de l’autre se permet de ne pas respecter les gens qui ne parlent pas anglais au Québec me semble manquer de perspective. En tout cas, en ce qui a trait au concept de liberté dans un État officiellement francophone et laïquement flou comme le Québec.

Bien sûr, il est question d’un côté d’un projet de loi et de l’autre d’un courant de pensée (qui pourrait à long terme avoir des répercussions sur les lois), mais cela est quand même représentatif de la dérive actuelle de la mondialisation qui diabolise tout ce qui ressemble à du protectionnisme social : la protection du fait français en est, tout comme le projet de loi 60, qui veut mettre des balises claires pour le « vivre ensemble » dans le contexte strictement québécois. Dans cette optique antiprotectionniste et ultratolérante, l’espace civique n’est pas possiblement malléable selon le résultat des débats citoyens et démocratiques, et l’espace linguistique devrait se conformer au dictat du citoyen du monde et de son mépris des unilingues francophones qui, pour lui, ne participent pas assez à la grande fête mondiale.

Soule-toi de ton bonheur citoyen du monde, je préfère rester sobre. C’est plus prudent quand on essaye d’avancer.

(Crédit image : Nicolas Raymond)

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Je suis un monstre

Dans son texte « Le mythe de la peur de l’autre »*, le psychosociologue, philosophe praticien et écrivain français Charles Rojzman développe l’idée que « la peur de l’autre » est quelque chose de positif. C’est beau, vous pouvez maintenant ramasser votre mâchoire par terre…

(Lire la suite sur Le République…)

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