Le théâtre de la manifestation contre la brutalité policière

Renart Léveillé

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Le théâtre de la manifestation contre la brutalité policière

Pour vous avouer, je m’en viens un peu blasé d’entendre parler chaque année de la manifestation contre la brutalité policière. Ce n’est pas que je suis contre le fait de dénoncer une réalité, mais ça me semble plus une illustration qu’un moyen.

Regardez la vidéo. On voit que des policiers ont essayé de s’infiltrer dans la manifestation et qu’ils se font chasser. On se doute bien qu’ils ne font pas ça dans le but de bien faire paraître les manifestants. C’est clair. Et vous remarquerez la personne qui, à 1:18, sacre un bon coup de pied dans le dos d’un des agents infiltrés alors que de toute façon ils s’en vont sans demander leur reste. Sans compter les deux manifestants qui lancent des objets vers la fin. De la gratuité qui ne semble pas isolée (certains diront qu’il faut parfois de la violence, mais j’ai tendance à la repousser encore plus loin, cette perspective).

Or donc, cet événement n’est que le théâtre des défauts des deux côtés et ne fait rien avancer. Les forces s’annulent. C’est seulement une bonne occasion pour les policiers de cueillir facilement des fauteurs de trouble (selon leurs critères) et pour les manifestants de se défouler.

***

Pour les quelques images que j’ai vues, le teint des manifestants était pas mal pâle. Pourtant, selon « la plus récente étude du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations (CREMIS), [...] les jeunes Noirs couraient 4,2 fois plus de risques que les jeunes Blancs d’être interpellés par la police de Montréal en 2006-07. Dans les quartiers où la population noire est peu présente, comme Outremont, Hochelaga-Maisonneuve ou le Plateau Mont-Royal, c’est encore pire. Un jeune Noir y court sept à onze fois plus de risques qu’un jeune Blanc d’être abordé par les forces de l’ordre. »

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13 commentaires sur "Le théâtre de la manifestation contre la brutalité policière"

  1. Aucun policier n’a été blessé, selon une déclaration de la SPVM. Même si un coup de pied dans le dos n’était pas du tout nécessaire, on peut au moins conclure que la violence envers les infiltrateurs était plutôt modérée. Et pourtant, ce sont des proies beaucoup plus faciles que les hoplites en armures de l’escouade.

    Renart, il va falloir que tu viennes à la manif pour t’en faire une idée plus précise. Tu as visiblement quand même pris la peine de t’informer sur l’évènement, mais il faudrait que tu t’y présentes pour n’avoir, comme on dit, que tes yeux comme intermédiaire entre les faits et ton cerveau.

    J’ai vu pas mal de Noir-e-s et d’Arabes en arrivant à 17h00. Mais comme tu l’as dit dans ton billet, il n’y en a pas beaucoup à Hochelaga. Si la marche du COBP s’était déroulée à Montréal-Nord, ça aurait été différent. Dans la dernière manif pro-Villanueva à laquelle j’ai participé, sans doute plus du tiers des marcheurs/marcheuses faisaient partie de minorités visibles.

  2. «pour n’avoir, comme on dit, que tes yeux comme intermédiaire entre les faits et ton cerveau. »

    Un Thomas. Tiens donc.

    Malgré ses yeux, Thomas était tout de même crédule et s’est trompé en croyant en Jésus.

    Il vaut parfois mieux se fier aux yeux et aux oreilles des autres que des siennes.

  3. Vincent Sremed: vous rendez-vous compte de la position indéfendable dans laquelle vous vous mettez? Croire plus TVA que soi-même?

    Les journalistes ne sont pas des scientifiques de l’Évènement. Ils n’ont pas plus de compétences dans l’analyse de la marche du COBP ou d’autre phénomène que n’importe quelle personne possédant un esprit critique. Or, Renart a un esprit critique. Donc, Renart est à même de se faire davantage confiance qu’à une couverture médiatique biaisée.

  4. L'Agitateur dit :

    Ce qui m’agace grandement, c’est cette tendance à toujours condamner la technique employée dans la lutte et oublier complètement que la lutte en soi existe bel et bien, peu importe son affichage.

    Cette erreur, trop de gens le font ; le billet le fait tout autant.

  5. @Mouton :

    euh… ai-je parlé des journalistes, moi ?

    Pendant que vos yeux regardent à droite, d’autres yeux regardent à gauche. Vos yeux ne voient pas tout (et votre cerveau peut même décider de ne pas voir ce que vos yeux voient, biaisé).

    Je vous dirai que mon frère, mon oncle, ma belle-sœur et mon beau-frère sont policiers, et qu’au Sommet des Amériques, à Québec, j’étais dans les manifestants, faisant face à mon frère qui était dans l’anti-émeute. Il y a eu un conflit par la suite dans la famille entre et lui et moi en raison de nos divergences. Nous avons une divergence d’opinion sur la société, c’est tout. Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai plus raison que lui. C’est une question d’éthique personnelle. Il défend ses positions selon son éthique dont les valeurs diffèrent de la mienne mais qui n’est pas sans fondement.

    J’ai vu de la violence des deux côtés dans les manifestations (idem à Québec à la St-Jean dans le temps que ça cassait tout) et j’ai goûté en masse aux gaz lacrymogènes. Ne faites pas accroire que dans la manifestation anti-policière qui a eu lieu la semaine dernière, la violence a été surtout à sens unique par les policiers. Combattre la violence par la violence ne sera jamais un choix acceptable pour moi, sauf en de très rares exceptions que je ne considère pas encore survenues ici. Provoquer la police est un sport très prisé de bien des gens, ne l’oublions pas.

    «la violence envers les infiltrateurs était plutôt modérée»

    Celui qui a donné un coup de pied dans le dos de l’autre a agi avec une très grande lâcheté. Les insultes sont aussi une preuve de manque d’intelligence.

  6. Je ne pense pas que les insultes soient liées à un manque d’intelligence. Tout dépend de ce qu’on entend par le terme « insultes ». Et je n’ai jamais nié qu’il y avait eu de la violence de la part des manifestant-e-s. Il y en a eu. Vous auriez plutôt dû m’accuser de ne pas la condamner…

  7. @Mouton :

    « Vous auriez plutôt dû m’accuser de ne pas la condamner… »

    Ça revient au même…

    « Tout dépend de ce qu’on entend par le terme « insultes » »

    Je n’ai sous la main aucun dictionnaire digne de ce nom, mais je vous réfère à wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Insulte

    Le manque d’intelligence dont je parle ici n’a rien à voir avec le QI, il s’agit plutôt du sens relationnel.

    Cela ne mène à rien de constructif une insulte. Cela soulage momentanément celui qui la profère, mais cela ne peut faire que grimper la relation dans les marches de la violence.

    Je pense qu’il y a moyen de s’exprimer sans insulte, comme il y a moyen d’action sans violence.

    À moins d’être amant du Talion et de l’orgueil.

  8. renartleveille dit :

    Mouton Marron,

    je suis loin de me prétendre spécialiste de la chose. Mon avis vaut pour ce qu’il vaut, avec la vision que j’ai eue de l’événement, j’avoue très partielle. Mais n’y avait-il pas assez d’éléments pour se faire une bonne idée, quand même, d’au moins ce moment de l’événement?

    Parce que j’en viens à me demander si l’avis de quiconque participant à la manifestation n’est pas trop teinté par la partisanerie, ce qui serait très normal.

    Sinon, je suis pas mal d’accord avec Vincent.

    L’Agitateur,

    « condamner la technique employée »

    la manifestation ou les coups de pieds et le lancement d’objets contondants sur les policiers?

    « oublier complètement que la lutte en soi existe bel et bien »

    Je ne comprends pas, il est clair dans mon billet que je trouve que cette lutte est acceptable. En étant contre les agissements de certaines personnes, ça ne veut pas dire que je suis contre la lutte.

    Ça ressemble un peu au discours : vous êtes avec ou contre moi.

  9. Yves Claudé dit :

    Je suis arrivé tout à fait par hasard sur les lieux de cet événement, car j’avais un billet pour le match des Redskins contre les Alouettes, mais je m’étais trompé de date et j’ignorais en plus que le stade n’était pas encore terminé… J’ai quand même assisté à un bon match lundi dernier : http://www.bit.ly/aUTRfY

    Yves Claudé – sociologue – humoriste incompris
    20-3-2010
    ycsocio[@]yahoo.ca

  10. Renart, tu as dit: « je suis loin de me prétendre spécialiste de la chose. Mon avis vaut pour ce qu’il vaut, avec la vision que j’ai eue de l’événement, j’avoue très partielle. Mais n’y avait-il pas assez d’éléments pour se faire une bonne idée, quand même, d’au moins ce moment de l’événement? »

    Ce moment, oui. Mais ce moment est décontextualisé. Tu reconnais l’importance du contexte, n’est-ce pas?

    La marche du COBP est un des évènements qui attire le plus de journalistes métropolitains et qui paradoxalement est le plus mal couvert.

    Vincent Sremed, vous avez dit: »Je pense qu’il y a moyen de s’exprimer sans insulte, comme il y a moyen d’action sans violence. »

    Il y a expression sans insulte et moyen d’action sans violence. Est-ce seulement toujours efficace… L’État lui-même ne le pense pas: il est violent. Cette violence n’est dénoncée par à peu près personne quand elle vise des criminels.

    Mais de toute façon, la violence, à la marche du COBP, ce n’est pas un moyen d’action. C’est un réflexe face à un moyen d’action policier. Je ne trouve pas cette réaction particulièrement adéquate, cela va de soi. Mais bon. Il y avait pas mal de jeunes de la rue et de miséreux/euses parmi les « casseurs » de la manif. C’est pas en les stigmatisant comme des hystériques que ça va régler notre problème.

    La violence est souvent une conséquence de la pauvreté. Il ne faut donc pas regarder le doigt quand quelqu’un pointe la lune.

  11. «L’État lui-même ne le pense pas: il est violent.»

    L’État n’est pas violent, il n’est pas une personne.

    Dire que les policiers ne sont qu’une personne violente à la solde de l’État est comme dire que tous les jeunes noirs sont des criminels.

    «La violence est souvent une conséquence de la pauvreté.»

    Ou une conséquence de l’envie, du ressentiment et de la jalousie haineuse propre à l’humain qui n’accepte pas sa condition.

    Ce n’est pas qu’aux policiers à devoir avoir une morale déontologie.

  12. Vincent Sremed, vous avez écrit: « L’État n’est pas violent, il n’est pas une personne. »

    Cette affirmation repose sur un syllogisme contenant une prémisse fausse.

    « Ce n’est pas qu’aux policiers à devoir avoir une morale déontologie. »

    Pour toute plainte en déontologie, veuillez vous adresser au bureau professionnel des marginaux.

  13. @Mouton:

    Votre opinion… Vous n’infirmez pas ma proposition. L’État n’est pas une personne mais une somme.

    Pour la déontologie, je parle d’une morale personnelle (comme respecter une promesse ou la dignité d’une personne).

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