Gabriel Nadeau-Dubois est un populiste comme les autres…

Le sens que l’on devrait donner à la démocratie selon Gabriel Nadeau-Dubois, propos qu’il a tenu lors de sa première allocution à l’Assemblée Nationale :

Plutôt que centraliser les pouvoirs à Québec et dans les mains de quelques ministres, il nous faudra faire davantage confiance aux personnes sur le terrain et dans les régions pour gérer de manière démocratique et intelligente les institutions et les services publics. Ce grand projet, ce projet de démocratie économique et politique, à Québec Solidaire nous croyons qu’il ne pourra prendre forme que si le peuple affirme sa volonté de s’autodéterminer en se dotant d’une constitution.

Dans un sens, ce sont des propos qui m’enchantent. Je dirai toujours oui à plus de pouvoir pour le peuple. Et dans cette optique, Gabriel Nadeau Dubois est un populiste dans un sens neutre, voire noble du terme, c’est-à-dire qu’il se préoccupe du peuple. Mais après les fleurs vient le pot.

Pour le peuple, mais à condition…

Mais Gabriel Nadeau-Dubois est dans un parti. Lequel parti a une idéologie. Donc, en surface, il se dit pour la démocratie et pour le peuple, mais à condition que ce peuple choisisse la voie de son parti.

Prenons le sujet de la laïcité. Nous savons tous que Québec Solidaire milite pour une version édulcorée de la laïcité, soit la « laïcité ouverte ». Pensez-vous vraiment que Gabriel Nadeau-Dubois et ses collègues solidaires accueilleraient avec grande joie et avec un grand sens de l’abnégation démocratique une décision du peuple qui n’irait pas dans leur direction? Pensez-vous qu’ils laisseraient les « personnes sur le terrain et dans les régions » inclure dans une constitution québécoise les jalons d’une laïcité plus républicaine, donc qui interdirait les signes religieux pour les employés de l’État?

Oh! que non! Pour eux, comme on le voit, la démocratie se limite à la possibilité de déployer leur programme et leurs idées. Comme leur soi-disant indépendantisme est conditionnel à un progressisme qui irait dans leur sens. Ainsi, le peuple qui compte dans leur calcul est celui qui pourrait voter pour eux. Pourtant, la démocratie est par définition neutre, le peuple devrait être tout à fait libre d’aller dans le sens politique qu’il veut. S’il faut le spécifier, plus ou moins vers la gauche ou vers la droite.

Démocratie populiste

N’est-ce pas populiste de faire de grands discours sur la démocratie alors que dans le fond on ne la respecte pas tellement, alors qu’on ne respecte pas, de fait, que le peuple puisse en décider autrement? Le discours démocratique est très porteur pour une certaine frange de la population (dont je fais partie, parce que je me considère comme progressiste, même de gauche), mais je ne veux pas me contenter de ce message qui flatte mon poil de renard. Et comme un renard futé, je vois le piège : c’est un électoralisme, un populisme comme un autre. Si on accuse les politiciens de populisme parce qu’ils utilisent la peur pour aller chercher des votes, il est aussi populiste de faire miroiter une démocratie instrumentalisée (ou même une vision de la tolérance figée) pour aller chercher des votes…

Si on me vend la démocratie, je ne veux pas d’un succédané, d’une « gauchocratie », d’un projet populiste progressiste, d’une tyrannie de la gauche. Parce que justement, je respecte la démocratie. Parce que même si je tends vers la gauche, je me dois de respecter aussi ceux qui tendent vers la droite. Parce que cette société, nous devons la mener tous ensemble, en trouvant des équilibres et des compromis dans l’arène politique (idéalement débarrassée le plus possible de la partisanerie) et dans le débat public.

Conseil à Gabriel Nadeau-Dubois (et à Québec Solidaire)

Je terminerai ce texte en donnant spécifiquement un conseil à Gabriel Nadeau-Dubois, puisque même si je ne l’ai pas ménagé dans ce qui a précédé, je pense qu’il est capable d’influer grandement sur son parti. En gros, il devrait départager clairement ses prétentions démocratiques de ses prétentions idéologiques, voire idéalistes.

Parce que la démocratie ne peut pas être conditionnelle à un idéal ou à un autre, mis à part peut-être pour ce qui est de la base, soit l’égalité en droits (et même là, il y a plusieurs manières d’y arriver, et pas seulement par la gauche, pour ne pas dire l’extrême-gauche). Mais pour le reste, bien sûr que Québec Solidaire peut faire la promotion des idées qui lui sont chères et même dans le but d’être élu pour les faire avancer (ce qui les rendraient d’autant légitimes démocratiquement). Cependant, cela devrait se faire dans le cadre strict de la promotion que peut en faire le parti, mais sans y imbriquer l’idéal démocratique, parce qu’il ne devrait pas être pris en otage par une famille politique ou une autre.

L’idéal démocratique devrait être un dossier partagé entre tous les partis et tous les citoyens qui voudraient bien l’endosser pour des raisons beaucoup plus nobles que la partisanerie. C’est une question de justice.

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