Fred Dubé : l’incarnation du cliché de l’humoriste engagé

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À une époque pas si lointaine où il était de bon ton de snober l’omniprésence de l’humour au Québec, le snob que j’étais s’est tout bonnement fait happer par cette émission de télé-réalité, « En route… », qui sert à fournir l’industrie en nouveaux talents. Fred Dubé était un de ceux-là.

Je me souviens des commentaires des juges qui allaient dans ce sens à son endroit : on ne rit pas tellement, tu aurais plus ta place au théâtre. En effet. Tellement que je me disais et que je me dis toujours que le gars a flairé la bonne affaire en adaptant son talent plus théâtral, voire plus poétique, aux exigences de l’humour. Et que le rôle parfait pour un acteur à tendance dramaturge-poète qui veut percer dans l’humour est l’« humoriste engagé ». Fred Dubé l’a fait et dans un sens je le félicite d’avoir eu autant de succès dans ce rôle.

Par contre, ce que je trouve plutôt ironique, c’est qu’il se permette de prendre de haut Martin Matte parce que ce dernier se fait grassement payer pour faire de la pub, comme bien d’autres humoristes connus d’ailleurs, parce qu’ils ont une certaine valeur pour l’industrie. Valeur qu’il semble leur envier dans un sens alors que tout de son parcours donne l’impression qu’il a calculé ses affaires pour se faire connaître dans le milieu artistique le plus à la mode, celui de l’humour, alors que tout ce qu’il laisse transparaître entre les lignes voue un culte à détester ce milieu. Mais ce milieu qui, comme on le sait, ouvre toutes grandes les portes du vedettariat si on sait bien s’y prendre en plus d’avoir du talent. Et ce qu’on sait aussi, et ce que Fred Dubé sait assurément aussi, c’est que ce vedettariat peut ouvrir aussi par ricochet d’autres portes d’autres milieux. Je doute fort qu’on l’aurait entendu aussi souvent dans les médias s’il n’avait pas pris ce chemin-là… Et rien ne serait surprenant à ce qu’il finisse par faire carrière dans le théâtre, là où est visiblement sa place.

Sinon, Fred Dubé est pour moi l’incarnation du cliché de l’humoriste engagé alors que j’adore l’humour engagé. Toujours selon mon avis bien subjectif, il est trop peu drôle pour ce que son caractère engagé demanderait et la justesse de son engagement est trop peu aboutie pour compenser le manque de drôlerie et de comique dans ses numéros et ses chroniques. À trop vouloir arriver quelque part, il est devenu une caricature de lui-même. Et c’est bien dommage. Le gars est représentatif de cette crise qui traverse la culture. Cette crise qui fait que le milieu de l’humour vampirise toute la culture, enfin surtout celle qui passe par la communication. Parce que l’humour est consensuel et que dans ce monde d’informations il faut à tout prix, pour arriver à ses fins, attirer l’attention.

Ce qui me fait penser à quelque chose de plus personnel. Étant donné que j’aimerais bien gagner totalement ma vie avec ma plume, avec mes idées, avec mon intellect, avec ma créativité, je me dis parfois à la blague que je devrais m’essayer à l’école de l’humour. Ça me donne une bonne dose de rires jaunes. Qui sont d’aussi bonnes qualités que ceux que j’obtiens quand j’entends Fred Dubé se servir de son statut d’humoriste pour jouer à l’intellectuel capable de départager, sans coup férir parce qu’il est sur un piédestal, à la hauteur vertigineuse de ses certitudes bien-pensantes, le Bien du Mal. Mais ça, c’est une autre histoire…

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