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De la maladie et de la futilité de bloguer
2010/02/23 | 8 commentaires
Bloguer, c’est vivre en parallèle. Et pour que cette vie existe, il en faut une autre, sa nourriture. Bloguer, c’est parasiter, en quelque sorte. Impossible de ne faire que ça, donc. Comme l’écrivain racle le fond de sa cervelle pour décoller ce que le temps lui laisse pour façonner une oeuvre, il n’y a pas à en décolérer, il n’y a pas de feu, pas d’imprimerie, pas de web, que de l’humanitude. C’est tout ce qui est alentour qui se métamorphose constamment.
Pierre Fraser introduit un de ses billets en parlant d’une de ses lectrices qui, se retrouvant à l’hôpital visiblement sans moyen de se brancher au flux web, a « souffert d’un grand sevrage ». Sans vouloir minimiser outre mesure, c’est comme n’importe quelle habitude. La plupart des gens sur le web passaient ces moments auparavant devant la télé. Et on remonte dans le temps, la radio, les théâtres, etc. Je ne suis donc pas certain que la réalité actuelle, où nous sommes de plus en plus connectés par la technologie, soit un écueil plus acéré qu’avant.
Et j’en viens à la futilité. J’ai lu le billet précédent et celui que je vais introduire à moins d’une heure d’intervalle, ce qui m’a laissé une drôle d’impression. D’un côté, la passion de bloguer est un sport extrême, de l’autre les fruits qu’on en cueille sont possiblement pourris, on ne sait pas trop.
Un dénommé Savignac s’amuse à déconstruire l’esprit du blogueur, celui qui s’amuse à chroniquer comme les grands surtout sur tout, et le moins possible sur rien. Celui qui cherche et apprécie (les sourires de) ceux qui relaient ses réalisations et découvertes de toutes sortes. Celui qui rêve que sa passion soit une catapulte. Le blogueur, ce prétentieux, cet « influent » imposteur …
C’est bien un billet dans l’air du temps. Quand l’ironie veut dire une chose et son contraire, et qu’on peut toujours alors se défendre sur tous les fronts.
Pourquoi ça vient me chercher? Parce que ce personnage du blogueur omniprésent est un épouvantail, un genre de Bonhomme Sept Heures, comme tout droit sorti des légendes urbaines, qui sème inutilement le doute dans ce monde aussi relationnel que celui plus organique.
Parce que sortir de chez soi et de soi est extrêmement humain.
(Dessin : the_toe_stubber )
Catégorie(s): Technologie, Twitter, Web, blogosphère, société · Mots-clés: actuel, billet, bloguer, blogueur, Bonhomme Sept Heures, brancher, catapulte, chroniquer, connecté, déconstruire, doute, écrivain, épouvantail, esprit, flux, fruits, futilité, habitude, Humain, humanitude, imposteur, Impression, imprimerie, influent, ironie, légendes urbaines, maladie, métamorphose, monde, oeuvre, omniprésent, organique, parallèle, parasiter, Passion, personnage, Pierre Fraser, prétentieux, radio, réalité, relationnel, rêve, Savignac, sevrage, Sourire, sport extrême, Technologie, télé, Temps, théâtre, vivre
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« D’un côté, la passion de bloguer est un sport extrême, de l’autre les fruits qu’on en cueille sont possiblement pourris, on ne sait pas trop. » Pas certain de bien saisir la signification de ce passage…
Et l’histoire de cette dame, accro du web, de me rappelle cette réplique de Mork, dans la vieille émission Mork & Mindy: « solitaire is a game, not a way of life… »
C’est vrai que blogger ou être sur internet c’est la même chose que dans le temps ou les gens restaient assis à écouter la radio puis à regarder la télé.
Plus ça change, plus c’est pareil qu’on dit!
Bonjour,
Merci de m’inclure à la discussion.
Je me permet de répondre au léger flou que semble avoir laissé mon billet, cité dans le vôtre. Je ne pense pas prétendre une chose et et son contraire en affirmant que le blogueur « généraliste » comme moi, comme vous, comme plein d’autres, ont la fâcheuse habitude de se prendre bien au sérieux et se développe alors un mimétisme du journaliste qui est tout de même très savoureux à observer, d’où mon ironie. Ce regard me parait clair il me semble ? Le fait de m’inclure dans ce portrait me permet simplement de me positionner par rapport à cet écueil narcissique dans lequel je peux, moi aussi, tomber.
Donc je ne déconstruit rien, j’émet une critique d’une posture que je me refuse, je repositionne cette activité de blogueur à la place que je pense qu’elle occupe, et qui est correcte, qui est celle, dis-je dans mon billet, d’un simple correspondant au courrier des lecteurs. J’aurais également pu dire chroniqueur au café du commerce.
Autrefois il semblerait que les hommes du village se réunissaient autour du poële du magasin général pour discuter de l’air du temps. Le moyen a changé mais le besoin est demeuré. Quant au traitement des informations qui s’échangent sur un blog, je me fais suffisammment confiance pour y prendre ce qui me convient et j’éprouve une reconnaissance pour ceux qui acceptent de jouer le rôle d’animateur. Une société a besoin de telles personnes, j’en suis convaincu. C’est ma propre responsabilité de séparer le bon grain de l’ivraie.
« C’est bien un billet dans l’air du temps. »
C’est comme si ta façon de minimiser l’impact de son post c’était de l’étiqueter comme « à la mode ».
S’il avait dit ça il y a deux ans, lui aurais tu dit « c’est parce que le média qu’est le blog n’a pas atteint sa maturité »?
Lutopium,
pour ce qui est du « passage », c’est simple : « bloguer est un sport extrême » faisait référence au billet de Pierre Fraser, et « les fruits qu’on en cueille sont possiblement pourris » faisait référence à celui de Savignac.
Mork & Mindy ne me dit absolument rien. Si c’était aussi bon que l’est cette citation, j’ai manqué quelque chose!
Demijour,
faut quand même pas minimiser le fait de l’interaction, mais à mon avis c’est plus une évolution qu’une tare.
Savignac,
voilà bien la preuve que souvent, un discours est sujet à interprétation.
Ce que je n’aime pas dans cette comparaison aux journalistes et aux courriers des lecteurs, c’est qu’elle court-circuite le fait que la pratique du blogue en soi a généré un style d’écriture encore plus personnel et direct que celui des chroniqueurs publiés traditionnellement, qui prend la part justement de l’interaction que suscite cette pratique.
On voit très bien cette influence dans le travail de Patrick Lagacé, par exemple, qui est et chroniqueur-journaliste, et blogueur. Qui pensera sans blague que son style n’est pas redevable (dans un sens positif) du phénomène? Et moi non plus je n’y échappe pas.
Justement, en parlant de courrier des lecteurs. À mes débuts comme blogueur, j’envoyais quelquefois des missives au journal Le Devoir. J’ai abandonné l’idée parce que le style d’écriture blogual ne cadre pas bien, et j’ai plus de plaisir à écrire pour mon blogue. Chacun son truc.
Je ne vois pas de problème à se et à prendre au sérieux toute activité (tant qu’il y a un équilibre). J’admets qu’il est dangereux de tomber dans le narcissisme pour certains, mais tout comme ce que je pense du billet de Pierre Fraser, bloguer n’est pas un sport extrême où il y a grand danger de développer un problème psychologique, en tout cas, pas plus qu’ailleurs. Il ne faut pas mélanger s’impliquer et se perdre.
Je ne comprends pas ce besoin de comparaison. Bloguer, c’est déjà une activité en soi. C’est très réducteur de comparer ça aux courriers des lecteurs et exagéré de comparer ça aux médias traditionnels, et j’emploie le verbe « comparer » dans le sens de mesurer.
Bloguer est en quelque sorte une extrapolation citoyenne et technologique des médias traditionnels et du courrier des lecteurs. Loin d’un et de l’autre parce que la conversation est sincère et directe. Cette réponse de ma part en est la preuve.
Gillac,
on l’oublie souvent, mais oui, il y a bien un rôle important d’animateur qui vient avec la pratique du blogue (s’il y a des commentaires et que le blogueur se donne la peine d’y répondre, bien sûr).
Patrick,
tu m’impressionnes toujours, tu as bien du talent pour décortiquer mes propos dans un sens inédit pour moi!
J’écrivais « C’est bien un billet dans l’air du temps. » seulement en lien avec l’utilisation de l’ironie. Est-ce qu’il faut vraiment que je t’explique que culturellement l’ironie est une recette qui marche fort depuis quelques années? Tiens, par exemple, le phénomène hipster (avec tout ce qui vient avec, musique, mode, etc.) est ironique à la base. Ça ne peut pas faire autrement que d’influencer le reste. Et toi, et moi ne sommes pas en reste…
Dans le cas qui nous concerne, je trouvais que l’ironie servait mal le propos. Je n’aime pas quand l’ironie rend flou.
Je le sais que je suis accro, ce mot qui rime avec trop. Ma substance d’esclave est plus sur Facebook que sur mes blogues. Mes blogues sont exigeants, demandent un effort à fournir, et comment être accro à un effort à fournir ? C’est plus difficile. C’est plutôt une saine passion. Tandis que facebook, de chez moi en plein bois, à voir peu ou pas de personnes dans une journée (à part mon chéri), m’offre de faire du social en pyjama. M’offre la facilité. Toujours plus facile d’être accro à la facilité.
J’y blague, je fais de l’esprit, de bottine parfois, je badine, mon esprit fait ses gammes, je me dégourdit les méninges. J’y trouve le plaisir du grégaire, faire partie d’un groupe, d’une communauté. La fréquentation de blogues me fait cet effet, mais moins. À plus petite dose, disons. Avec Facebook, la communication est instantanée, il y a toujours un ami debout qui m’attends un statut à la main ou une blague, un lien, un video, tout pour assouvir mes sens.
Eh oui, accro que je vous dis !
Mais effectivement, je regarde moins l’autre écran … et si je le regarde, j’échange avec les autres après. Je ne reste plus seule dans mon salon.
Venise,
je ne sais pas pourquoi, mais j’ai bien de la difficulté à embarquer dans Facebook. Peut-être parce que j’ai l’impression que c’est un espace fermé.