Commission sur le racisme systémique : vers un procès du nationalisme québécois?


Tout porte à croire que nous nous dirigeons tranquillement vers une commission sur le racisme systémique.

À la base, le grand problème avec cette expression « racisme systémique », ainsi que cette idée de vouloir une commission qui se chargerait de le débusquer, c’est que le problème du système en est surtout un d’inégalités socio-économiques et d’éducation, ce qui touche plus ou moins toute la population.

Mais avant de poursuivre, il faudrait poser une question importante : parle-t-on seulement du système étatique ou du système social et de tous ses sous-systèmes, donc de ceux qui relèvent du domaine privé et civil? Pour dire vrai, il n’y a rien de clair selon les informations obtenues jusqu’à présent à propos de cette commission. Donc, pour ce qui va suivre, selon toute logique, je tiendrai pour acquis que le problème de racisme systémique que l’on voudrait cerner concerne l’État québécois et ses manières de faire qui sont inscrites officiellement dans ses institutions. Sinon, cela serait grandement arbitraire puisqu’il serait possible de faire dire n’importe quoi à n’importe quoi, sous le couvert qu’il s’agirait d’une manifestation systémique, parce qu’on l’a décidé ainsi.

Si on regarde n’importe quelle problématique où il est possible de pointer le racisme, alors qu’on voudrait relier ce racisme au système, la plupart du temps, cela n’a pas grand-chose à voir avec le racisme (mis à part pour les autochtones qui sont directement victimes d’inégalités socio-économiques et d’éducation à cause du système étatique fédéral pour des raisons entre autres racistes – selon la définition classique, celle qui repose sur un classement physio-génétique des populations) ni avec cette idée de système profondément discriminatoire.

Pour le démontrer, prenons comme objets quelques problèmes qu’une commission sur le racisme systémique pourrait traiter : les difficultés des immigrants sur le marché du travail, la sur-représentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux et le manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles dans les sphères médiatiques, culturelles, politiques, etc.

Le marché du travail

Pour ce qui est des difficultés des immigrants sur le marché du travail, il n’y a pas besoin d’une commission pour trouver où sont les problèmes, nous le savons déjà. Le plus évident est celui du manque de reconnaissance des diplômes et des expériences de travail des immigrants et en gros, la cause de ce problème est un manque de volonté politique.

Pointer le système comme étant la source du problème est futile : le PLQ, pourtant le parti des immigrants selon leurs intentions de vote, et majoritairement aux commandes du Québec depuis presque une quinzaine d’années, se traîne les pieds à ce sujet depuis trop longtemps. Et le PLQ n’est pas le système, il a seulement et supposément les deux mains sur le volant de ce système. Et ce système n’est pas en soi raciste, il n’a juste pas assez évolué pour s’ajuster à la nouvelle réalité de l’immigration (et de la société en général qui voit plus clairement cette problématique, donc qui la met plus en avant dans le débat public, à tort ou à raison – mon but n’étant pas ici de faire quelconque jugement à propos de l’immigration).

Pour ce qui est du problème de la francisation, qui fait aussi partie des difficultés des immigrants sur le marché du travail, il s’agit encore d’un problème de mauvaise volonté politique, mais à l’inverse : le PLQ a sabré dans les programmes de francisation que le PQ avait mis en place. S’il faut absolument arriver à la conclusion qu’il s’agit  d’un problème de racisme, accrochons le PLQ au pilori, pas le système!

Donc, pour ce qui est du marché du travail, le problème le plus clairement en lien avec le racisme est sans conteste celui de la discrimination à l’emploi. Mais il ne concerne pas tous les emplois. Dans la fonction publique, au contraire, à l’exception des emplois qui sont attribués par nominations politiques, il y a toutes sortes de règles de discrimination positive pour encourager l’embauche de citoyens immigrants et issus de l’immigration. Ce n’est assurément pas parfait, mais il serait bien mal avisé de pointer le système d’embauche de la fonction publique comme participant au problème de racisme systémique.

Sinon, le problème se retrouve assurément du côté des employeurs du privé. En effet, le problème est réel, il y a discrimination de certains employeurs en regard de l’origine des postulants : devant deux candidats égaux, ils excluront systématiquement le candidat immigrant ou issu de l’immigration, ou ils excluront d’emblée à la base les candidatures qui ne rentrent pas dans la case « de souche ». Mais même si ce problème est réel, il ne concerne pas le système. Les employeurs, à moins d’être contraints par des lois, sont libres d’engager qui ils veulent, selon leur bon vouloir. Donc, c’est surtout un problème de liberté individuelle que le « système » ne tente même pas de contraindre.

Sur-représentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux

Pour ce qui est de la problématique de la surreprésentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux, il faut surtout revenir à la réalité des inégalités socio-économiques, qui entraînent des problèmes d’éducation, et ainsi de suite. Et comme je l’expliquais en introduction, cette situation concerne plus ou moins toute la population. Et s’il concerne plus certains immigrants et certains citoyens issus de l’immigration, nous avons constaté plus haut que ce n’est pas à cause d’un soi-disant système raciste, mais bien à cause d’un manque de volonté politique et de l’existence d’une tendance « raciste » (ou préférentielle pour les « de souches ») pour ce qui est de l’embauche dans les entreprises privées. Ainsi, il va de soi qu’une plus grande pauvreté se répercute dans les taux d’incarcération.

Aussi, concernant le même sujet, il serait tentant de réduire toute cette question au profilage racial dont on accuse les policiers. Cela doit assurément jouer un rôle sur le taux d’incarcération, mais il faut tout de même que ces individus soient trouvés coupables selon les mêmes règles et les mêmes lois que pour tous les citoyens. Et c’est bien dans ces règles et dans ces lois que se trouve le plus clairement cette idée de système. Il serait bien surprenant que cette commission réussisse à débusquer dans le système de justice, si même elle s’y attaque, un problème systémique de racisme.

Par contre, si on vise particulièrement les policiers, sans doute avec raison, il ne s’agirait pas encore d’un problème avec le système : il faudrait prouver que ce profilage est commandé directement par les autorités et inscrit officiellement dans les pratiques pour que ce soit un problème systémique. Mais on pourrait tout à fait le pointer comme étant un problème de culture. Et pour le régler, il faudrait s’attaquer encore plus à l’éducation et cela prendrait, encore, de la volonté politique…

Le manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles

Pour ce qui est du manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles dans les sphères médiatiques, culturelles, politiques, etc., référer à un problème de racisme systémique est pour le moins hasardeux. À la base, on estime qu’il y a environ 12% de la population qui fait partie des minorités visibles. Et sur la seule base de ce pourcentage, il est facile de comprendre que les probabilités ne sont pas fortes pour une très grande représentativité. Enfin, pour la partie visible publiquement.

12%, cela représente un peu plus d’une personne sur dix, mais les personnes ne se séparent pas en plusieurs parties… Donc, si on n’a pas en tête ce pourcentage qui fait foi de tout, dans n’importe quel domaine où il est possible pour le public de constater la composition d’une équipe, il est bien facile d’arriver à la conclusion qu’il y a un problème de représentativité dans le cas où une équipe de moins de dix personnes ne se compose que d’individus « de souches ». Si on regarde simplement le milieu culturel, où des équipes de moins de dix personnes ne sont pas rares sur le devant de la scène, on n’a qu’à se pencher pour débusquer un problème où il n’y en a peut-être pas.

Mais nul doute qu’il y a un problème de représentativité, plus ou moins selon les milieux, même s’il est bien difficile de trouver des statistiques claires à ce propos. De toute façon, il n’y a pas beaucoup de sphères qui ont un lien direct avec ce système, supposément raciste. La plus évidente semble être la sphère politique et il va de soi que pour être représentatif, un parti politique se doit de travailler dans le sens d’inclure des minorités visibles. Alors prenons pour exemple le parti au pouvoir actuellement, celui-là même qui se réjouit de la tenue de cette commission sur le racisme systémique.

Selon un article paru le 24 mars 2017 sur le site du journal Le Devoir, « moins de 3 % des personnes [que le PLQ] a nommées à la fonction publique depuis son arrivée au pouvoir sont issues des minorités visibles ». Nous sommes en effet très loin de 12%, mais j’hésiterais encore à y voir une preuve de racisme systémique. J’opterais plutôt pour de l’hypocrisie (étant donné qu’il est le parti des immigrants). Et surtout, j’y vois la démonstration d’une dynamique de copinage : s’il y a si peu de nominations issues des minorités visibles, c’est évidemment parce que ces personnes ont moins de pouvoir et d’influence politique que les autres sur le terrain. Et qui dit pouvoir, dit argent. Ces nominations ne sont pas gratuites, elles sont décidées selon un calcul partisan. Et si on revient aux inégalités socio-économiques qui expliquent les plus grandes difficultés des minorités visibles, il est bien évident que cela se répercute dans le pourcentage des nominations et un peu partout dans la sphère politique.

Conclusion

Malgré ce qui vient d’être révélé, si le PLQ s’engage avec enthousiasme dans la voie d’une commission sur le racisme systémique, c’est qu’il pense être assuré de faire des gains politiques et qu’il ne se sent pas menacé. Nous pouvons donc penser que cette commission n’ira pas tellement jouer dans ses plates-bandes. Peut-être un peu, pour préserver les apparences. Mais ce qui est le plus probable, en regard de ce qui se joue en politique québécoise depuis le débat sur la charte, c’est que cette commission sera en fait le procès du nationalisme québécois. Parce que ce nationalisme, selon une vision partisane, est entre autres un héritage du PQ, et qu’il est réactualisé aussi par la CAQ, et qu’il est synonyme de cette tendance identitaire que le PLQ dépeint, avec l’aide de son vassal QS, comme étant la source de ce racisme dont on accuse à répétition le peuple québécois.

Cette commission sera donc le procès du peuple québécois – considéré à tort comme étant ce « système » – qui ne sera jamais assez « inclusif » à leur goût, puisqu’il tient encore trop au français et à sa culture, même si en vérité il est sur le chemin de l’abandon de sa spécificité, à la grâce des lendemains qui chantent en global-anglais, à la vertu d’un monde culturellement standardisé délaissant de plus en plus la diversité linguistico-culturelle au folklore. Ce sera le procès de cette majorité blanche francophone parce qu’elle se comporte encore trop en majoritaire, à trop vouloir que les nouveaux arrivants s’intègrent quasi totalement à la société d’accueil au lieu de se perdre dans le multiculturalisme ghettoïsant et anglicisant.

Mais il faut compter que cela ne se déroulera pas comme un vrai procès. Nous serons simplement placés devant la démonstration d’une culpabilité décidée à l’avance. Il faut le dire, ce procès aura pour but de rendre plus clair le flou de cette victime symbolique, cette personne racisée hautement discriminée, pour ensuite l’instrumentaliser. Cette commission lui donnera du corps et de la densité. Et elle pourra donc servir à donner le coup de grâce à toutes tentations nationalistes, ce qui d’autant enterrera le projet d’indépendance…

C’est pourquoi, entre autres, il faut combattre la tenue de cette commission. Et parce qu’elle est une perte de temps, alors que les solutions sont évidemment dans l’action, et déjà évidentes. C’est ce qu’exprimait récemment Marie-France Bazzo au 15-18, elle qui pense que cette commission « risque de devenir un enjeu électoral » :

C’est une consultation qui va jeter de l’huile sur le feu. Ça prend plutôt des mesures concrètes comme l’intégration des immigrants à l’emploi, la reconnaissance des équivalences et la francisation.

Sous le couvert d’une démarche vertueuse ayant pour but de lutter contre la discrimination, on offre en cadeau au PLQ un véhicule pour se rendre jusqu’à une réélection en 2018. Ne soyons pas dupes de cette manoeuvre politique.

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