Alaclair Ensemble : un secret trop bien gardé

 

S’il faut que je le spécifie, le hip-hop n’est pas vraiment mon style favori. Mis à part pour mon travail de DJ, c’est plutôt rare que j’en écoute. Mais un compagnon de travail m’a suggéré d’aller jeter une oreille sur la musique d’Alaclair Ensemble, groupe de hip-hop québécois, que l’on peut «télélourder » gratuitement sur leur site. J’étais bien content puisque les quelques pièces que j’avais déjà entendu de ce groupe me plaisaient beaucoup et j’avais le projet de m’acheter leur dernier effort : « 4,99 ». Depuis, j’ai écouté en boucle cet album et « Le roué c’est moé », et je viens de me procurer « Un PIOU PIOU parmi tant d’autres ». Et je me devais de remercier leur générosité en publiant ici mes (excellentes) impressions.

Tout d’abord, une mise au point s’impose concernant mon titre. À ce que je sais, Alaclair Ensemble est très connu dans le milieu du hip-hop québécois. Et je crois très sincèrement que ce groupe gagnerait à être connu d’un plus large public, même qu’on devrait échanger quelques tounes d’eux contre le folk rock insipide que l’on nous sert à la radio commerciale pour remplir les quotas francophones (concernant ces quotas, j’y reviendrai un peu plus tard en deuxième partie, en lien avec l’émission « Ghetto érudit » à CISM).

Leur univers est irrésistible. Au niveau des textes et du phrasé, le ton est généralement bon enfant, pour ne pas écrire humoristique. Et pour la musique, on sent fortement l’influence des années 80-90, même si sur certaines pièces la réalisation est totalement actuelle avec l’utilisation de sons électro distorsionnés. Je pense à la toune « Guerre nucléaire », sur « 4,99 », une de mes préférées avec « Patate chaude » sur « Le roué c’est moé », plus old school celle-là.

Ce qui me plaît beaucoup aussi, c’est la largesse des références. Bien campés dans un univers post-adolescent, le groupe pointe ici l’Histoire en parlant du Bas-Canada, et là fait apparaître un personnage de « vieux routier » qui voudrait « une bonne Miller », après avoir spécifié qu’« y’a pas de malice ». Nous sommes loin du pauvre je-me-moi et du gonflage égotique si propre à beaucoup de MC. On se fait raconter des histoires. C’est riche. Et quand le propos est aussi bien servi par la trame musicale, on en redemande!

*******

Après ces fleurs particulières, un pot plus général. J’ai déjà parlé ici du malaise que je ressens avec le franglais si cher au hip-hop, et Alaclair Ensemble n’y fait pas exception. Et je n’ai pas boudé mon plaisir pour autant, vraiment pas. Mais je vais en profiter pour continuer sur la lancée de cet ancien billet, étant aujourd’hui jusqu’au cou dans le sujet. Et je m’étais promis de reparler ici d’une anecdote en lien avec l’émission « Ghetto érudit ».

En fait, ce sont les propos d’un des animateurs, il y a des mois. Et pour ceux qui ne sont pas au courant, cette émission fait la grande part au hip-hop francophone québécois. C’est toujours comme ça que je l’ai compris, et c’est pour cette raison que j’y trouvais de l’intérêt. Donc, à ma grande surprise, un animateur a critiqué fortement le fait d’avoir à respecter des quotas de musique francophone. Pour le paraphraser, il disait que sans ça ils pourraient mettre ce qu’ils veulent, soit du hip-hop anglophone (états-unien, si je me souviens bien), et que l’émission serait vraiment « mong » (un néologisme anglo-saxon voulant exprimer « l’aspect incroyable ou hors-norme de » quelque chose)…

J’ai été complètement soufflé par cette affirmation. Il n’était pas seul en studio et personne ne l’a contredit. Ça m’a complètement dégoûté et, ça tombait bien, j’ai découvert pas longtemps après qu’il y avait une excellente émission de musique reggae et dancehall en même temps à un autre poste. J’adore cette musique et en plus les animateurs sont en phase avec mes valeurs :


Ainsi en juin 90 naissait l’émission ‘’Basses fréquences’’ sur les ondes de CIBL FM, et il leur fallut “s’inventer” un vocabulaire francophone pour parler de la culture jamaïcaine et de la musique dancehall.

 

Quand je dis que ça m’a dégoûté, ce n’est pas parce que le hip-hop anglophone me dégoûte, loin de là. C’est l’espèce de fausse représentation qu’induisaient les propos de l’animateur. Comme quoi cette émission ne prend pas vraiment le parti-pris du hip-hop d’expression française pour vrai, qu’elle le fait, en tout cas en partie, par dépit.

Je ne doute pas que s’il y a une réponse, comme il y en a eu une à la suite de mon autre billet, on prétextera que c’est un avis isolé, ou que cela signifie simplement que les quotas sont un frein à leur liberté. Justement, si leur liberté totale faisait en sorte qu’ils n’auraient pas démarré une émission se concentrant sur le hip-hop franco d’ici, je me demande bien qu’elle légitimité elle réussit a avoir aujourd’hui.

Ce contenu a été publié dans Critiques, culture, De choses et d'autres..., français, musique, opinions, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Alaclair Ensemble : un secret trop bien gardé

  1. Commenteur dit :

    Bonjour Renart,

    si je me retrouve sur ton blogue, ce n’est pas parce que tes billets m’intéressent, sans vouloir t’offenser. En fait, c’est plutôt que je suis un auditeur de l’émission GE et qu’un lien m’a amené à lire ce billet. Après l’avoir lu, une question me reste en tête et j’ai envie de te la poser. La voici:

    Quels intérêts peut avoir quelqu’un à faire référence à un commentaire d’un auditeur de l’émission GE d’il y a ici plusieurs mois?

    J’ai plutôt l’impression qu’il s’agit du symptôme d’une personne qui semble ne pas avoir encore bouclé la boucle avec ce qui s’est passé il y a un certain temps. En effet, tu as écrit un premier billet en lien avec GE, et ensuite une réponse bien argumentée t’a été retournée. Ce qui m’amène poser à une deuxième question:

    Serait-ce l’orgueil de quelqu’un qui n’a pas pris l’échec qui perdure?

    Je te demande de nous éclairer sur ce sujet, ô grand renard à la queue si allongée.

  2. Commenteur,

    (je ne sais pas si c’est voulu, mais une personne qui commente, c’est un commentateur… et si c’est un jeu de mots que rappelle ton autre excellent jeu de mots « ô grand renard à la queue si allongée », c’est bien mal visé, puisque c’est TA pseudo signature…)

    Bien lire un billet avant de le commenter est le minimum pour avoir de la crédibilité. Or ici il est visible que ce n’est pas le cas. Il n’est vraiment question de « faire référence à un commentaire d’un auditeur de l’émission GE », mais bien des « propos d’un des animateurs » (cette dernière citation est un copié-collé du billet plus haut).

    Cette deuxième partie de billet, j’aurais pu l’écrire et la publier il y a quelques mois, mais j’avais d’autres choses de plus importantes à faire et à écrire. Et là, alors que j’ai écrit sur Alaclair Ensemble, j’avais l’occasion, voilà tout. Mais au-delà du mal que je semble te faire personnellement à écorcher ton émission de radio, ce qui me semble plutôt inquiétant, une question : est-ce que tu es d’accord avec les propos de l’animateur de l’émission, comme quoi l’émission serait vraiment meilleure s’il n’y avait pas de quota de musique francophone à respecter?

    « Serait-ce l’orgueil de quelqu’un qui n’a pas pris l’échec qui perdure? »

    Je ne vais pas répondre à cette question, mais me contenter de rire à gorge déployée! Pourquoi? Parce que tu dois penser bien sérieusement qu’à la suite de la réponse de l’émission à mon autre billet, je me suis couché en petite boule dans ma douche pour pleurer mes tripes…

  3. Commenteur dit :

    Bonjour Renart,

    premièrement, je suis ravi que tu ais répondu à mon commentaire. Les échanges permettent définitivement de mieux nous comprendre (ou peut-être pas?).

    Commenteur : il fallait avoir un nom (quelconque) pour pouvoir soumettre un commentaire. Effectivement, le terme n’existe pas. Je suis heureux que tu ais apprécié mon jeu de mots, je suis convaincu qu’il t’a fait rire à gorge déployée. Mais ne nous éloignons pas trop…

    Je remarque (grâce à tes yeux de renard) que j’ai mal formulé ma question, alors recommençons, si tu le veux bien. Donc : Quels intérêts peut avoir quelqu’un à faire référence à un commentaire d’un animateur de l’émission GE d’il y a ici plusieurs mois? Tu « avais d’autres choses de plus importantes à faire et à écrire ». Vraiment? Ce me semble une porte de sortie facile, histoire de balayer la question du revers de la main.

    « Est-ce que tu es d’accord avec les propos de l’animateur de l’émission, comme quoi l’émission serait vraiment meilleure s’il n’y avait pas de quota de musique francophone à respecter? » Non. Cela pourrait peut-être leur donner plus de latitude pour les choix musicaux d’une émission à l’autre mais je crois que la règle des quotas est là pour s’assurer que le français ne soit pas mis de côté puisqu’il est un élément fondamental de notre culture québécoise.

    Finalement, je ne crois pas que tu te sois « couché en petite boule dans [ta] douche pour pleurer [tes] tripes… » Mais je suis convaincu que cela t’a fait le plus grand bien que de recevoir une telle réponse, très informative pour l’ignorance dont témoignait ton ancien billet. Peut-être moins à ton orgueil, bien sûr. Par contre, je me serais plutôt attendu à une réponse du style conventionnel du genre « Oui/Non, parce que ». Au contraire, un « rire à gorge déployée » de ta part, comme n’importe qui pourrait rétorquer en toutes circonstances.

    En te souhaitant une bonne journée,

    Commenteur

  4. Je ne peux vraiment pas rajouter grand-chose de plus. J’ai soulevé cette anecdote parce que je parlais du hip-hop québécois alors que généralement je parle ici de sujets en lien avec l’actualité, surtout politique. Mais bon, le sujet des quotas francophones n’est pas étranger aux sujets dont j’ai beaucoup discuté ici dernièrement, soit la place du français et le bilinguisme. Et la culture hip-hop québécoise me semble une bonne courroie de transmission pour la faillite à petit feu du fait français et c’est ce que j’ai tenté de faire ressortir avec mon premier billet concernant Ghetto érudit.

    Je prends encore aujourd’hui leur réponse comme un déni de la réalité et je crois avoir très bien répondu. Libre à quiconque de penser qu’ils ont gagné le « battle » face à mes arguments, je vais continuer de penser profondément le contraire.

    Voilà!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>