Balancer sa critique de l’islam-isme avec d’autres critiques envers les autres religions?

Il faut le dire d’emblée, il n’y a pas de conspiration quant au fait que la religion la plus remise en question, partout dans le monde et particulièrement ici, est l’islam. Il n’y a aucunement besoin de balancer sa critique de l’islam-isme avec d’autres critiques envers les autres religions.

Dans la réalité de ce monde, l’islam est malheureusement mis sur la sellette à cause du terrorisme exponentiel extrêmement meurtrier qui y est associé et des problèmes qu’occasionne une partie de l’immigration musulmane dans les pays occidentaux. Cette réalité, on pourra essayer de la relativiser en aval, et dire avec raison qu’il y a un effet d’amplification médiatique, mais il reste qu’à un niveau global les groupes terroristes qui ont le plus de succès sont liés à l’islamisme (même en Europe où ce terrorisme n’est pas majoritaire en terme d’actes, alors qu’il est majoritaire en terme de nombres de morts).

Sans oublier que la mondialisation actuelle pose des défis sociaux qui sont surtout liés à l’islam, puisque justement le terrorisme islamiste (beaucoup plus actif dans les pays musulmans qu’ailleurs) encourage l’émigration (on n’a qu’à penser à la crise des migrants syriens).

Il faut vraiment s’aveugler de tout ça pour même penser qu’il faudrait, pour critiquer quoi que ce soit en lien avec l’islam, contrebalancer avec des critiques en lien avec les autres religions (restons aux monothéistes).

Quelqu’un a-t-il déjà entendu parler de l’existence de groupes terroristes à succès, comme l’État islamique et Boko Haram, du côté chrétien ou juif? À part pour quelques « sectes » juives et chrétiennes peu nombreuses qui réussissent à s’effacer du monde et qui ne font surtout pas beaucoup de vagues, y a-t-il dans ces deux autres religions des mouvements très populaires de lutte anti-laïcité et des mouvements politico-religieux, comme l’islamisme, qui travaillent à imposer une moralité et une justice religieuse orthodoxe, totalement en contradiction avec nos sociétés démocratiques?

À ce que je sache, à part pour les ultra-cathos et autres mouvements chrétiens radicaux qui travaillent surtout contre l’avortement et le mariage homosexuel et qui sont surtout actifs aux États-Unis, la laïcité et les démarches de sécularisation sont un héritage judéo-chrétien… (À lier quand même en partie négativement avec la religion, puisque ces démarches se sont fortement appuyées sur une contradiction du pouvoir religieux.)

Je suis Charlie, tu es relativiste

Vous vous souvenez sans doute, mais le biais de ce relativisme de la balance a été démonté magistralement avec l’épisode Charlie Hebdo. On accusait le magazine d’islamophobie (donc d’acharnement contre l’islam) et pourtant la preuve a été faite que les blagues et critiques en lien avec l’islam étaient minoritaires parmi toutes.

Est-ce que les accusateurs d’islamophobie se sont tus parce que cette idée de contrebalance était respectée? Non. Est-ce que le fait que les religions juives et chrétiennes se faisaient plus rentrer dedans par Charlie Hebdo a empêché le carnage qu’on sait? Non. Est-ce que l’équipe de Charlie Hebdo avait peur pour sa vie en lien avec des menaces chrétiennes ou juives? À ce que je sache, non. L’équipe de Charlie Hebdo a été massacrée parce qu’elle se moquait aussi de l’islam. Aussi.

Sur la sellette

Si l’islam est autant sur la sellette, c’est parce que la tendance intransigeante des musulmans les plus violents et les plus militants du lot est manifeste et qu’elle se solde par des morts. Sans oublier ceux qui travaillent dans un sens plus idéologique en attaquant la sécularisation et la laïcité des sociétés occidentales en se servant de la logique des droits et libertés à leur avantage. Et parce que ceux qui ne veulent pas entendre les critiques contre ces intransigeants (critiques qu’ils amalgament à tort à une critique contre tous les musulmans) sont incapables de se sortir d’une analyse émotive, ayant pour seul but de préserver leur posture vertueuse devant les défis que posent la mondialisation, l’immigration et le « vivre-ensemble ».

L’argument de la balance des critiques contre les religions est un argument fallacieux comme les autres. D’autant plus que c’est bien moins une critique religieuse qu’une critique sociopolitique. On se sert du supposé respect que devrait bénéficier les phénomènes religieux, parce qu’il y a des humains respectables derrière, pour contrer les libertés de pensée et d’expression, pour rendre au mieux suspect le bien-fondé des discussions à ces sujets.

Il ne faudrait pas en parler parce que « ce n’est pas grave », parce que « ça ne te dérange pas ». C’est un autre argument fallacieux qui ressort souvent. Alors, si ce n’est « pas grave », si « ça ne te dérange pas », pourquoi ne peut-on pas en parler ouvertement sans se faire dire qu’il faut autant critiquer les autres religions, ce qui induit un problème grave avec ceux qui veulent en parler?

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UQAM – L’argument de l’espace sécuritaire

 

L’argument de l’espace sécuritaire est étrange. On argue qu’un discours peut atteindre quelqu’un dans son intégrité, donc qu’il faudrait sécuriser l’espace où ce quelqu’un se trouve pour y remédier. Comme on le sait, l’espace en question par les temps qui courent est l’université. Spécialement à l’UQAM.

Mais qu’est-ce que l’intégrité de quelqu’un dans ce contexte? Bien sûr, il ne serait pas question de l’intégrité physique puisqu’un discours ne pourrait directement causer un tort physique.

Mais bon, indirectement, c’est possible. Pensons à quelqu’un de psychologiquement déséquilibré qui réagirait physiquement à un discours au point de s’en sentir mal. Et entendons-nous pour dire que, même si ce genre de situation est d’une grande tristesse, il serait ridicule qu’une personne qui tient ces propos puisse être tenue responsable du mal-être de cette personne.

De toute façon, il est visiblement question de la protection de l’intégrité psychologique pour justifier cette idée d’un espace sécuritaire exempt de discours agressants. Cela pour justifier l’interdiction, la censure, voire n’importe quelle démarche d’intimidation.

Alors comment un discours, sauf s’il vise directement une personne (qui pourrait donc avoir des recours), pourrait-il porter atteinte à l’intégrité psychologique de quelqu’un si cette personne est saine psychologiquement?

Un discours n’est pas une bombe

Tout d’abord, il apparaît, selon toute vraisemblance, que l’idée d’atteinte à l’intégrité psychologique fonctionne comme celle de l’atteinte à l’intégrité physique.

Un tort est causé directement à une personne par une autre personne mal intentionnée ou par accident. Et il faudrait beaucoup trop étirer la sauce pour y inclure par exemple les victimes collatérales d’un attentat à la bombe.

D’ailleurs, c’est bien ce que l’argument de l’espace sécuritaire laisse entendre : un discours « haineux », au niveau psychologique, fait des victimes comme une bombe en ferait.

Le problème, c’est qu’une bombe fait des victimes s’il y a des gens autour, point. C’est un fait objectif. Pour ce qui est d’un discours, cela dépend de la subjectivité de chacun. Les gens peuvent réagir au discours en victime ou non.

Le lien de causalité entre la bombe et les victimes, en ce qui a trait à l’intégrité physique, ne peut pas être transposé à l’intégrité psychologique. Simplement parce qu’il faudrait prouver hors de tout doute, après examen, que le discours en question entre dans la catégorie de l’incitation à la haine, punissable par la loi.

Et encore là, il y a un autre problème. Même si ce discours est considéré comme de l’incitation à la haine, il n’y a objectivement aucune victime au sens où une bombe en ferait, puisque ce fait dépend plus de l’état d’esprit des individus qui sont placés, directement ou indirectement, devant ce discours. Discours qui ne pourra jamais être considéré comme de la discrimination directe.

La discrimination

Quiconque peut bien penser et dire ce qu’il veut en s’adressant à un auditoire présent ou virtuel (sur le web, via une publication, etc.), la discrimination entre en jeu quand une personne est visée directement (ou rejetée) par une personne ou par une organisation et qu’elle subit des conséquences directes, justement parce qu’on l’oblige à la subir.

Ainsi, une affiche annonçant une conférence ou une conférence donnée dans une université ne peuvent pas être discriminatoires en soi. Parce que personne n’est obligé de subir ce qui se passe dans l’espace public, à moins de penser que le monde autour de soi est une agression quand il n’est pas à la mesure de ce qu’on voudrait qu’il soit.

Par contre, on peut accuser ceux qui sont derrière ces discours de participer à la discrimination, mais il faut se référer aux faits et user d’arguments logiques pour le prouver et donc combattre ces discours, s’il y a lieu. Et tout cela peut seulement se passer dans un espace de discussion exempt de cette dynamique sécuritaire. D’autant plus qu’il y a déjà le garde-fou légal pour contenir tout ça.

Des licornes et des arcs-en-ciel

Que les personnes qui ne sont pas à l’aise avec cette idée se cachent dans leurs petits coins confortables psychologiquement. Toute la société n’a pas à subir leur délire sécuritaire. Qu’ils en profitent pour réfléchir à comment venir en aide aux gens vraiment victimes de discrimination. Et à la façon de démonter admirablement et respectueusement les discours qui y participent selon eux.

Ils pourraient ainsi se servir de leur liberté de pensée et d’expression pour faire autre chose que de vomir leur haine. Haine qu’ils prennent, bien malheureusement, pour une solution magique. Encore pire, pour un arc-en-ciel.

(Illustration : salvadorkatz)

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Multiculturalisme : tactique rhétorique des progressistes extrêmes

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Attentat de Québec – Lettre à toi qui es content

À toi qui es content devant la mort de citoyens québécois qui sont pour toi surtout des musulmans,

Si tu es content qu’il y ait eu des victimes, je te donne le bénéfice du doute que tu penses qu’il y a officiellement une guerre. Et que tu as un parti-pris pour un camp. Le tien, que tu penses le mien. Tu es content comme un soldat qui va faire six encoches sur son arme. Mais cette guerre, s’il y en a une, la comprends-tu vraiment?

Je vais te le dire bien franchement, mais le moins agressivement possible parce qu’on n’a vraiment pas besoin d’en rajouter en ce moment. Cette guerre, elle te dépasse, elle me dépasse et elle dépassait les victimes de Québec. Elle est tellement floue. Mais je comprends que c’est tentant d’essayer de la clarifier dans ta tête en t’inspirant des anciennes guerres. C’est une erreur.

Dans cette guerre-ci, il n’y a pas beaucoup de soldats, encore moins de généraux. Surtout des victimes. En plus de ceux qui sont morts, tu en es une, Alexandre Bissonnette en est une et moi je travaille fort pour ne pas en être une. Sans oublier tous les autres qui sont incapables d’arriver à une autre solution que de te haïr profondément. Tu es victime de l’absence de nuance, la tienne, la leur, qui fait sauter trop vite aux conclusions. C’est une bombe.

Si tu vas jusqu’à faire des liens entre l’islamisme et cette mosquée pour justifier le fait que tu es content, tu devrais au moins laisser le bénéfice du doute à ceux qui la fréquentent, comme je le fais avec toi. Dans les faits, ce ne sont pas des guerriers. Ils n’ont pas signé de papiers pour le devenir ni été obligés par un État ou une organisation de s’y engager.

Si tu ne vas même pas jusque-là et que tu ne fais qu’être content devant la mort de terroristes parce que tous les musulmans sont pour toi des terroristes, donc des soldats, je te dirai que tu connais bien mal les humains, la nature humaine. En général, les humains ne veulent même pas vivre en paix, ça c’est pour faire beau dans un discours : ils veulent carrément avoir la paix. Comme dans l’expression « sacre-moi la paix ».

Comment expliquerais-tu ça que toutes les populations musulmanes veuillent la guerre et s’impliquent dans la guerre? Encore plus : comment expliquerais-tu ça que tous les musulmans qui ont immigré ici pour avoir une meilleure vie, alors que beaucoup d’entre eux voulaient simplement qu’on leur sacre enfin la paix avec la religion, sont en faveur de cette guerre et s’impliquent même dans cette guerre?

Si tu es honnête et que tu concèdes minimalement que ça n’a pas de bon sens, tu vas commencer à voir des nuances et cette guerre va devenir moins floue pour toi. Cette fois-là, pas parce que tu es capable de penser que ce scénario de guerre entre le Bien et le Mal que tu as imaginé ou qu’on t’a suggéré est vrai. Mais parce que les faits et la logique vont t’empêcher de faire sauter la bombe des conclusions hâtives. Et tu n’auras plus de munitions pour être content d’une tragédie.

Et avec moins de munitions, la guerre se dirige vers sa fin.

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Attentat de Québec : contrecoups idéologiques

Que de tristesse. Que d’incompréhension. Que de désespoir. Que de haine. Espérons de l’amour, des réponses, pour le peu que cela donnera aux proches éplorés, et surtout, de la prévention.

Mais avant même d’avoir toutes les informations au sujet de l’attentat de Québec et de son principal suspect, Alexandre Bissonnette, donc dès que la piste islamiste fut mise de côté, la machine idéologique culpabilisatrice s’est mise en marche. Des hyènes…

Le sens de la mesure

Je me pencherai ici particulièrement sur le statut Facebook d’un certain Ludvic Moquin-Beaudry, professeur de philosophie, écrit en réaction aux supposées sympathies idéologiques d’Alexandre Bissonnette :

[Mise à jour] Le présumé terroriste de Québec est un fan de Bock-Côté, de Génération nationale, de Marine Le Pen (et d’autres figures, partis et mouvements politiques qui se sont, un peu ou beaucoup, fait du capital politique/symbolique sur le dos de la communauté musulmane).
S’il avait été fan de certains prédicateurs islamistes ou de figures salafistes, ces mêmes personnes auraient parlé de radicalisation, de menace islamiste rampante, etc.

Mais maintenant que c’est leur discours qui est mis en jeu, quelle sera leur réaction? Puis-je m’attendre au début d’une autocritique ou suis-je trop optimiste?

Avant toute chose, remarquez l’emploi du terme « terroriste », employé aussi dans les médias dès le début de l’affaire. Je relève l’ironie de la chose puisque, si on se souvient bien, ce terme était désigné comme étant à utiliser avec grande précaution quand il s’agissait précédemment de suspects visiblement liés à l’islamisme ou même de Richard Henri Bain. On avait même eu droit à des débats sur ce que cela signifie, certains allant jusqu’à induire qu’il n’était pas question de terrorisme quand il s’agit d’un « loup solitaire » sans lien direct avec une organisation terroriste, encore plus si l’individu semble déséquilibré mentalement. Ne faut-il pas l’être minimalement pour poser un geste aussi répréhensible? Quoi qu’il en soit, Alexandre Bissonnette n’a pas profité de cette grâce et à mon sens, c’est bien tant mieux. Débarrassons-nous du conditionnel pour un instant : il a tué, c’est un meurtrier, il a terrorisé, c’est un terroriste.

Sinon, il faut premièrement remarquer l’évidente adéquation que fait Ludvic Moquin-Beaudry entre Mathieu Bock-Côté, le regroupement Génération nationale et Marine Le Pen. Tout cela, pour les deux premiers, sur la foi du fait très boiteux que le présumé terroriste avait cliqué « J’aime » sur leurs pages Facebook. Pour ce qui est de Le Pen, les témoignages l’ont fait ressortir au-delà de l’appréciation virtuelle. Et je sais de sources sûres que les deux premiers n’ont pas trouvé ce lien heureux, le mot est faible. On se doute que personne ne veut se voir accolé à la très mauvaise réputation du Front National, classé à l’extrême-droite par les médias français. Alors que le but est évidemment de diaboliser le nationalisme québécois, dont ils sont entre autres des représentants.

Maintenant, regardons l’équivalence générale qui est dressée. D’un côté, il y a un auteur-chroniqueur-blogueur vedette et un regroupement qui ont en commun d’être nationalistes et critiques du multiculturalisme. Le lien avec Marine Le Pen ainsi que les « autres figures, partis et mouvements politiques » seront mis de côté, parce qu’ils sont flous et visiblement instrumentalisés pour amplifier la perception négative. De l’autre, il y a des « prédicateurs islamistes ou de figures salafistes ». S’il y a équivalence, le sens de la mesure est parti faire une longue promenade et s’est perdu en chemin!

On a beau ne pas être d’accord avec ces nationalistes et ce qu’ils critiquent, et comment, et jusqu’où ils vont, personne là-dedans ne fait l’apologie du meurtre. Personne là-dedans ne fait la promotion d’une guerre ouverte contre une autre civilisation (gageons que le « philosophe » répondra qu’ils sont tout de même en quelque sorte des guerriers de l’Occcident et que c’est équivalent…). Personne là-dedans n’affirme ouvertement qu’il s’engage à tout faire en son pouvoir pour imposer au monde entier un code moral d’inspiration religieuse (il répondra sans doute que le nationalisme/conservatisme prône sensiblement la même chose…). Personne là-dedans ne prône la normalisation de la discrimination envers les femmes et les LGBT, etc. (il répondra assurément que la laïcité qu’ils défendent, qui veut « discriminer » essentiellement les femmes voilées, revient au même…).

Mais à ce que je sache, cela serait criminel ici et nos nationalistes ne sont même pas proches de se faire arrêter. Ils cadrent tout à fait dans les limites légales de la liberté d’expression. Mais visiblement, dans les fantasmes de Moquin-Beaudry, ils se retrouveraient tous en prison demain matin, question de payer pour les meurtres de Québec, parce qu’il a réussi le « tour de force » de dégrossir un lien parmi toutes les causalités possibles. Ce qui est bien normal, puisque l’on sent bien dans toute cette démarche la tentation d’arriver à justifier l’accusation de crime de pensée. Alors que des démarches pour criminaliser certaines opinions, dites islamophobes, avec tout le flou que cela comprend (pensons entre autres au projet de loi 59), allaient déjà dans ce sens.

Le réflexe théorique

Mais sur quoi repose cette assertion que « leur discours […] est mis en jeu »? Sur cette supposée équivalence, qui ne tient pas la route en regard des faits, alors qu’elle est brandie comme un fait. Parce que même en extrapolant à outrance en affirmant qu’ils se seraient « fait du capital politique/symbolique sur le dos de la communauté musulmane », cela ne reste que de la théorie qui tient pour vrai que leur discours critique est en fait un leurre qui cache de mauvaises intentions. Ainsi, ce réflexe théorique ne repose que sur des soupçons et des perceptions, même si les théoriciens dont s’inspire visiblement Moquin-Beaudry se basent sur des faits comme des statistiques concernant des agressions envers des musulmans – quand ce n’est pas sur des études qui se basent plutôt sur des impressions bien subjectives quant au sentiment de discrimination… Mais tout ce que font ces statistiques, c’est de montrer qu’il y a un problème, elles ne réussissent aucunement à prouver d’où provient en détail cedit problème, au-delà des vrais coupables de ces agressions compilées, dont fera partie Alexandre Bissonnette s’il est reconnu coupable.

Si on peut de cette manière théorique arriver à la conclusion que ce duo nationaliste, voire « identitaire », mérite culpabilisation et devrait faire une autocritique, qu’est-ce qui m’empêche d’arriver à une autre conclusion de la même manière, mais cela envers Moquin-Beaudry, même plus généralement envers son clan idéologique qui accuse aussi de la sorte? Il serait aussi vraisemblable, sinon plus, que l’argumentaire victimaire de ces derniers, qui met l’emphase sur la supposée islamophobie rampante de la société d’accueil, occidentale, blanche et de culture catholique – surtout depuis le débat sur la charte du PQ – puisse avoir été le vecteur principal de haine pour Alexandre Bissonnette. Et nul ne sait vraiment ce qui aurait eu plus de poids pour l’aider à appuyer sur la gâchette. Peut-être qu’un examen psychologique pourrait départager la chose, mais cet hypothétique résultat ne réussirait qu’à expliquer son cas particulier, pas à trancher comme le ferait un procès. Ce qui me fait penser que nous sommes en fait devant un procès d’intention. Et je démontrerai pourquoi dans ce qui va suivre.

Une vue de l’esprit

Quand Moquin-Beaudry écrit que si le tueur « avait été fan de certains prédicateurs islamistes ou de figures salafistes, ces mêmes personnes auraient parlé de radicalisation, de menace islamiste rampante, etc. », il semble oublier que la radicalisation et la menace islamiste ne sont pas des vues de l’esprit. Contrairement à son interprétation qu’ils se sont « fait du capital politique/symbolique sur le dos de la communauté musulmane », qui a franchement des airs conspirationnistes, la radicalisation islamiste, qui se dévoile à coups d’attentats terroristes, est un phénomène bien étudié, bien documenté et grandissant (voir le tableau où on remarque entre autres que le terrorisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, évidemment en lien avec l’islam-isme, s’amplifie à partir des années 2000 pour exploser en nombre d’attentats dans les années 2010).

Tandis que pour son supposé équivalent, le bien mal nommé « capital politique/symbolique », il repose sur la foi, sur la croyance qu’il y a un lien de cause à effet entre les positions exprimées par Mathieu Bock-Côté et Génération nationale et les discours franchement haineux, comme si le fait que les deuxièmes puissent se nourrir des premiers était en soi une preuve de connivence entre les deux. Faudrait-il s’abstenir de critiquer un phénomène parce que d’autres se contentent de le détester pleinement, sans aucune nuance, et qu’ils peuvent se servir de notre critique pour solidifier leur position? Dans ce procès d’intention, le juge arrive à la conclusion que la responsabilité incombe aux « identitaires » et que l’autoflagellation publique est la punition de mise.

En conclusion

En conclusion, il faut dire qu’en regard de ce que l’on sait sur Alexandre Bissonnette, il est plutôt étrange à la base d’avoir monté un bateau en y impliquant surtout Mathieu Bock-Côté et Génération nationale. Même chose s’il eut seulement s’agit du nationalisme québécois. Parce que, pour y avoir eu accès avant qu’elle ne soit plus en ligne, le jeune homme s’exprimait sur sa page Facebook la plupart du temps en anglais et semblait plutôt fédéraliste. Mais bon, toute occasion est bonne pour croquer du nationaliste, de l’identitaire. Même si le véhicule pour y arriver ne tient pas la route et que le moment est bien mal choisi pour instrumentaliser une aussi grave tragédie et exposer ses lubies.

J’ai la profonde conviction que la communauté musulmane n’a pas besoin qu’on lui désigne des coupables par association. Elle aurait plus besoin de comprendre que la grande majorité de la population québécoise est humainement avec elle dans la tragédie, comprenant Mathieu Bock-Côté, Génération nationale et tous les autres, dont moi, qui se permettent parfois d’être critiques envers des sujets sensibles pour elle. Parce que ce n’est pas de la haine en soi que de dire les choses. Parce que le désaccord n’est pas le résultat de la haine.

Pourquoi, même dans les rapports sociaux, ça ne serait pas de l’amour d’essayer de s’entendre malgré la difficulté des désaccords?

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Du vernis à ongles

Au service de garde, hier, ma fille de 8 ans avait une activité. Les filles se faisaient mettre du vernis à ongles et les garçons des faux tatouages. Ils ne pouvaient pas choisir.

Mégapoche. Parce qu’à mon sens, offrir le choix, c’est déjà un message qu’il n’y a pas de problème avec le fait qu’un garçon puisse vouloir du vernis à ongles. (Je n’accuserai pas personne, je ne sais pas qui a organisé l’activité et je suis pas mal certain que la direction de l’école ne met pas le nez là-dedans.)

Mais je me suis dit que s’ils avaient pu choisir, il n’y a pas grand chance qu’un garçon choisisse le vernis, pour ne pas se faire intimider par la suite. Ce qui est un problème en soi. Pour ce qui est des filles, pas de problème à l’horizon. Parce que la mode des tatouages n’est pas réservée au genre masculin. Mais on sait quand même que socialement ça passe mieux les petites filles (et les grandes) qui sont attirées par les trucs pour gars (et par les filles). On peut mettre ça dans le panier des difficultés masculines, même si c’est tabou de le faire.

Je raconte cette anecdote parce que je pense que toute amélioration sociale passe par l’éducation. Donc premièrement par l’école. Contrairement à mes amis soi-disant progressistes qui pensent que ça passe par l’accusation, la culpabilisation et la victimisation, pour essayer de convaincre les gens de reprendre le droit chemin…

Pour ceux qui auraient peur, je n’insinue pas qu’il faudrait que l’école impose le vernis à ongles aux petits gars. Non, ça serait le genre d’idée que pourraient concocter mes amis soi-disant progressistes. Ça serait leur genre de penser que ça pourrait briser d’un coup comme par magie la tendance aux intérêts et aux activités genrés (qui me font un peu suer comme père et comme citoyen, il faut que je l’avoue, puisqu’ils qu’ils servent premièrement la logique du commerce, pour qui le fait de séparer les choses en deux donne plus d’opportunités de vendre des produits). Pour moi qui suit en faveur de solutions réalistes qui prennent compte des difficultés contextuelles, bien sûr culturelles, ça ne me sourirait pas.

Soyons réalistes alors. Dans l’optique où tous les enfants sont différents et qu’ils ne cadrent pas absolument tous de manière tranchée dans cette idée de trucs pour filles et de trucs pour gars, et puisque nous sommes toujours dans cette dynamique qui ne semble pas prête de s’éteindre, il faudrait bien s’organiser pour que le poids de la norme soit moins lourd pour ces enfants différents.

Simplement offrir le choix au lieu d’imposer serait un bon début de solution. Et je ne crains pas que ce soit déjà le cas un peu partout. Enfin j’espère.

 

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Faits alternatifs 2

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Faits alternatifs 1

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On a le Rambo qu’on mérite

Sans le savoir, en disant que dans son monde les gars parlent de politique tandis que les femmes sont ailleurs à parler de linge, Rambo nous a fait voir que la réalité de notre monde n’est pas en phase avec ce Québec tant rêvé depuis la Révolution tranquille.

Mais comment réagir? Taper sur Rambo alors que nous le pouvons, à distance et bien au chaud derrière nos écrans? Pour donner quoi comme résultat?

Pousser les hauts-cris, ça ne changera pas le fait que pour certaines le linge est un sujet vraiment plus intéressant que la politique, et pas seulement dans ce coin de pays, n’en déplaise à certaines féministes qui, visiblement, vivent plus en théorie qu’en pratique. Idem pour le sport, pour certains autres, sinon la majorité, femmes incluses. Mais ce que cette indignation ne réussira jamais à faire, c’est de réunir les gens – ce qui pourrait ensuite les amener à s’intéresser à la politique, parce que ça sera dans leurs intérêts de s’y intéresser, dans celle de leur famille, de leur communauté, de leur région, de leur « province », etc.

Au contraire, cette indignation ne fait que creuser encore plus le fossé entre les régions et Montréal. Et l’égalité entre les hommes et les femmes, ça ne se fait pas à coups de culpabilisations, ça se fait surtout à coût d’éducation, et cela à long terme. Et se concentrer sur le fait que Rambo sonnait comme un mononcle, ça ne sert qu’à se défouler pour accompagner sa déception bien personnelle qu’on ne soit pas rendu socialement et culturellement où on voudrait. C’est voir tout ça selon un filtre bien individualiste.

Pour le voir dans un sens collectif et utile, il faut aller au-delà de ce crime de lèse féministes et prendre acte de ce qu’il propose comme lecture du réel. On a un Rambo bien maladroit quand il s’agit de jouer au porte-parole, mais qui se retrouve tout de même sous les projecteurs parce qu’il s’est donné comme mission d’être la voix enragée des laissés-pour-compte, dans cette idée que le Québec au complet est laissé-pour-compte…

Il n’est peut-être pas la solution, mais il est au moins représentatif du problème plus profond qui fait qu’on voit déjà en lui une alternative crédible. Comme on a vu un sauveur dans Couillard et un progressiste, un anté-Harper, dans Trudeau.

On a le Rambo qu’on mérite.

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Maquiller le monde de croyances

J’ai vu passer sur Facebook la définition du terme « égrégore » :

Un égrégore (ou eggrégore) est, dans l’ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe influencé par les désirs communs de plusieurs individus unis dans un but bien défini. Cette force a besoin d’être constamment alimentée par ses membres au travers de rituels établis et définis.

Suivait, une invitation à publier sur Facebook, dans cet esprit, des trucs positifs.

Cela m’a semblé être un exemple fort significatif des diverses formes que peut prendre aujourd’hui la tendance à croire, à cultiver cette idée de foi qui devrait faire la différence si on espère assez fort, visiblement héritée de l’état de dépendance de l’humanité au pouvoir hypnotique du religieux.

Pour ce qui est de ce cas précis, il faut se demander si le fait de semer du « positif » sur les médias sociaux ne peut que donner un résultat positif au bout du compte. Positif par rapport à quoi? Positif dans quel sens?

La réalité sociale est plus complexe et est en réaction de manière plus complexe que ce genre de proposition binaire qui veut combattre le négatif par le positif. Il s’agit simplement d’une autre forme du Bien et du Mal…

En réalité, un voeu qui semble positif pour la personne qui le formule peut s’avérer négatif pour une autre. Idem et hypothétiquement encore plus à la mesure des personnes qui s’ajoutent. Il faut se souvenir que les religions sont basées sur de la bonne foi, mais que ça n’a pas empêché toutes les conséquences fâcheuses qu’on connaît.

Je n’ai rien contre ce genre de positivisme, mais tout contre les recettes censées fonctionner simplement parce que plein de gens y mettent toute leur foi. N’importe quel projet peut foirer même si on y met toute notre confiance. Il n’y a pas de valeur ajoutée en soi à y accoler le terme « ésotérisme » ou « spirituel ». La foi ne déplace pas les montagnes, il n’y a que les forces telluriques pour le faire, et ça c’est prouvé.

Si cet « égrégore » fonctionne et que tous ces gens se forcent pour mettre du « positif » sur les médias sociaux, personnellement, il y a de fortes chances que cela me fera le même effet que les photos de chat, donc surtout un irritant. Je parle pour moi, mais je suis pas mal certain que je ne suis pas le seul.

Il n’est pas certain que c’est la réaction à laquelle s’attendaient ceux qui croyaient que de semer des photos de chats mignons allait rendre le monde plus mignon… plus beau! Mis à part pour les convertis, c’est surtout un sujet de dérision.

Le monde change et évolue parce qu’il y a des gens qui voient ce qui ne fonctionne pas, quitte à passer pour des chialeux, et qui participent donc à trouver des solutions ou carrément en trouvent. Et ce genre d’initiative de positivisme est visiblement en réaction à tous les chialeux, les utiles comme les inutiles.

Se concentrer sur le « positif », les chats mignons, les arcs-en-ciel et les licornes, c’est comme essayer de changer ce monde gris simplement en le recouvrant de couleurs pastels.

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Un kit à penser antiraciste beaucoup trop populaire

antiracisteOn m’a pointé cette petite merveille facebookienne à laquelle je n’avais pas accès. Oui oui, c’est de votre hôte qu’il s’agit. Et je peux difficilement être plus irrité. Parce qu’au-delà du fait que ça me pique personnellement, c’est pour moi un bon condensé de tout ce qui cloche avec nos champions du pleurnichage, autoproclamés gardiens du Bien, de la Vertu, quand on leur met en pleine face quoi que ce soit qui ne flatte pas leurs lubies. De toute façon, visiblement, ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre ce qu’on leur présente. Ou bien, je leur donne le bénéfice du doute (je ne suis finalement pas si fâché!), leur intelligence est trop contaminée par ce problème cognitif qui provoque des boucles d’autosatisfaction idéologique. Aussi simple et ridicule que ce paralogisme :

Le racisme, c’est mal
Je suis contre le racisme
Donc, quiconque critique ma position antiraciste est mauvais et raciste

racial-preferences

Traduction libre : Les préférences raciales pour faire des rencontres est du racisme. Le fétichisme racial est aussi du racisme. (Le statut Facebook pointé plus haut a été écrit en réaction à ma critique de celui-ci. Après ma critique, ce statut a été, soit effacé, soit mis en mode privé, puisqu’il a disparu de ma page étant donné que je l’avais partagé. Les nombreux commentaires qu’il a suscité, dont mon échange avec cette personne, par la même occasion…)

Ce qui fait que critiquer la connerie suprême de voir du racisme dans l’attirance sexuelle, dans les préférences des gens – ce que je faisais strictement -, devient un discours contre la dénonciation du racisme en général. Donc, je deviens un raciste par la même occasion. Bien sûr, parce que j’ai écrit quelque chose comme « que c’était une mode, pénible ». Mais je ne visais jamais l’antiracisme en général, seulement le discours de cette Kaligirwa Namahoro qui, comme plusieurs, se spécialise dans l’excavation victimaire pour trouver des culpabilités à distribuer, qu’elles soient justifiées ou non dans la réalité, comme on peut le voir dans cette pyramide, ce kit à penser.

Ce qu’il y a de problématique dans ce kit à penser, ce n’est pas ce qu’il pointe en particulier, mais ce que son ensemble fait. Toutes ces théories se répondent. Alors, critiquer une de ces théories, voire seulement la nuancer, trouve une explication parfaite dans une autre. On ne peut pas ne pas avoir raison dans ces conditions (enfin, quand on est convaincu que ce système de pensée est le meilleur moyen de combattre le Mal). Par exemple, critiquer la théorie de l’appropriation culturelle (« Cultural Appropriation ») trouve une explication dans le déni du racisme (« Denial of racism ») et/ou dans d’autres théories. D’ailleurs, ce texte et tout ce que je pense de la question du racisme est, purement et simplement, dans leurs petites têtes conditionnées à la binarité morale, du « Denial of racism ».

Aussi, ce qui démontre très bien le problème cognitif de cette personne quand elle pointe des faits, c’est le passage concernant les femmes aux gros seins. Ce que j’essayais de lui expliquer avec cet exemple, c’est comment le fait d’extrapoler le racisme au point d’y faire entrer l’attirance sexuelle ouvre la porte à des accusations ridicules, comme de voir dans le fait d’aimer les femmes avec de gros seins une discrimination envers les femmes avec de petits seins. Dans cette logique, j’ai été extrêmement victime de discrimination dans ma vie amoureuse et sexuelle : je n’ai pas de preuve, mais on m’a souvent rejeté parce que je n’étais pas assez beau, assez grand et assez musclé. Peut-être même parce que je n’étais pas assez membré. En quoi est-ce plus ridicule que cet éclair de « génie » de voir du racisme dans le fait que certaines personnes n’ont pas par exemple d’attirance pour les personnes noires ou asiatiques, ou au contraire qu’ils ont une attirance, peut-être même jusqu’au fétichisme, pour ces catégories de personnes. Dans cette paranoïa antiraciste, l’adage, « les goûts sont dans la nature », ne veut absolument plus rien dire…

Pour ce qui est de la fin du statut Facebook, cette personne fait référence directement aux propos de ma part qui vont suivre et vous jugerez vous-même s’il y a matière à y voir la promotion du silence et de « rester invisible/être tous blanc », ce qui trouve très bien une explication dans le bas de la pyramide :

Je rêve du jour où la couleur, l’origine, le sexe, les convictions religieuses, etc., des gens ne seront considérés que comme relevant de l’anecdotique.

Parce que toutes ces distinctions, quand elles sont considérées importantes, autant pour ce qui est de juger les gens – donc avec l’aide de préjugés – que de juger leurs actions et leurs propos, ne réussissent qu’à consolider les différences dans la perception sociale. Alors qu’il faudrait le plus possible, à mon sens, prendre ces différences comme des anecdotes pour arriver à leur enlever leur fatalité et ainsi arriver à quelque chose qui nous rassemble, du moins pour encourager l’égalité des droits.

Mais nous sommes loin du compte. Ceux qui se réclament le plus fortement de combattre les préjugés sont ceux qui, le plus, encouragent le marquage des différences. Cela, en partant à la découverte des sous-couches et des sous-couches de discriminations, ce qui ajoute comme par magie encore plus d’humains discriminants et encore plus d’humains discriminés. Qu’y a-t-il de plus différent qu’un humain qui en discrimine un autre?

L’humanité, déjà mal en point alors qu’elle apprivoise difficilement sa projection dans la globalité, n’a pas besoin de tout ce malheur en plus, fabriqué de toutes pièces…

Pour conclure, je sais bien que certains trouveront que je donne trop d’importance à ce mouvement intellectuel, si on peut le nommer ainsi, qui ne se résume pas qu’à l’antiracisme. Je répondrai qu’il y a urgence de le dénoncer. Pourquoi? Parce que dans l’optique où les idées qui se propagent influencent la marche des sociétés, ce mouvement est déjà majeur chez nos voisins du sud et qu’il contamine déjà fortement nos universités. Et j’ai un très bon exemple de ça. J’ai discuté récemment avec un étudiant au doctorat. Il habite à Québec, mais doit faire ses études à Ottawa. Je lui ai demandé pourquoi. C’est quand même très loin et ça doit être difficile de gérer tout ce déplacement. La réponse, c’est qu’il n’a pas réussi à trouver au Québec un directeur de thèse qui voulait l’accepter parce que son sujet d’étude est basé sur une critique du multiculturalisme…

C’est d’une tristesse sans nom quand on considère comme moi que la liberté de pensée est plus importante que les partis-pris idéologiques. Et on devine que la raison de ces refus est que, selon cette vision dissonante de la réalité, tout à fait bien illustrée par le paralogisme démontré au début de ce texte, qui dit multiculturalisme, dit diversité, dit tolérance, dit ouverture sur le monde. Alors que c’est loin d’être aussi simple quand on se penche minimalement là-dessus, avec cette honnêteté intellectuelle qui semble leur manquer. Donc, selon ce simplisme érigé en analyse complexe, il n’y a aucun autre choix que d’arriver à la conclusion que critiquer le multiculturalisme est réactionnaire, voire xénophobe, raciste!

Ce kit à penser antiraciste, en plus de créer des racistes par association, crée aussi de vrais racistes qui le deviennent en réaction à leur stupidité argumentative et à leur culpabilisation/victimisation outrancière. Grâce à eux, on en vient presque insensibles au racisme qui cause de vrais dommages à de vrais gens. Grâce à eux, par exemple (j’ai entendu ce témoignage à la radio), un jeune homme noir adopté par une famille blanche qui n’a pratiquement jamais connu la réalité du racisme, même s’il a été élevé dans un quartier de blancs, devient une victime comme les autres. Et cela, à coups de racismes systémiques et de rappels des fautes des blancs qui ont, de près ou de loin, participé à l’esclavage. Alors, nous devrions tous nous nettoyer de ces fautes commises, alors que nous n’étions même pas nés quand elles ont été perpétrées, en embrassant leurs thèses, donc en éteignant notre jugement.

Nous avons donc le choix entre deux prisons. Celle du consentement à la culpabilité et du rachat de nos fautes ou celle de la lapidation morale à coups de fausses accusations de racisme. Malheureusement pour eux, la liberté de pensée est le meilleur moyen de s’évader.

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Le franglais, changement climatique du français

What you want to do, watch me do it
Wish you had it all, avoue-le donc : Ouin, j’suis doué
Why should I be gone quand t’es juste capable d’échouer
On m’chuchote de shooter, c’t’un sure shot, LE DO IT!

Dead Obies, extrait des paroles de la pièce « Where They @ »

keep-calm-and-parlez-franglais

Dans le débat sur le franglais, l’espace de la discussion a été majoritairement occupé par la réalité de cette mode, chez les rappeurs, de la mixité créative entre le français et l’anglais. Et ce qui ressort le plus dans l’argumentaire pour le défendre, c’est de mettre d’un côté la démarche artistique, et de l’autre, le contexte socioculturel. Comme si on pouvait ultimement les séparer et les mettre dans des cases étanches. Comme si un art essentiellement basé sur le langage, ce qui est à la base du lien collectif, surtout ici au Québec, ne pouvait être mis en perspective parce que l’art serait synonyme de liberté.

Mais le franglais, ce n’est pas simplement un choix d’expression artistique, c’est aussi une tendance qui contamine les réflexes linguistiques, donc la pensée. Et ici, il n’y a aucun lien à faire avec une critique du bilinguisme anglais-français. Le franglais, c’est ce phénomène qui fait qu’il y a toujours plus, dans le langage courant, de mots anglais pour venir remplacer des mots français. Sans oublier les néologismes anglophones, liés par exemple au domaine de la technologie de l’information, qui, bien qu’ils soient traduits assez rapidement, réussissent à s’imposer tout de même dans l’imaginaire francophone. Et nier que la popularité du franglais artistique joue un rôle de facilitateur pour les y faire entrer est pour le moins irresponsable…

Pour bien analyser cette tendance et la mesurer, on ne peut pas se contenter de tout ramener à la liberté d’expression linguistique ou littéraire, même si cela est tentant. Il est toujours tentant de magnifier la liberté. Mais cela serait oublier l’influence du mimétisme couplée au statut culturel privilégié de l’anglais. Donc, ces influences effectives qui permettent d’arriver, soit à la conclusion cynique que le franglais est l’avenir du français, voire un pont vers le tout anglais, soit au constat moins catastrophique qu’il y a effectivement un glissement linguistique qui s’opère et que nous devons réagir, quand bien même Marc Cassivi a réussi à écrire tout un livre pour nous convaincre du contraire… Et déjà, arrêter de faire comme s’il n’y avait aucun problème est un premier pas pour arriver à une solution. Et qui dit solution ne dit pas nécessairement mesure réglementaire ou légale. Arrêter de tenir la pérennité du français en Amérique pour acquise et surtout arrêter de trouver anodin que son évolution linguistique passe de plus en plus par une anglicisation du vocabulaire serait déjà une amorce de solution.

Je suis flabbergasté!

Ce glissement linguistique s’observe en de nombreux endroits. Mais la popularité du terme « flabbergasté » (forme francisée de « flabbergasted »), que l’on entend et qu’on lit de plus en plus dans les médias, traditionnels comme sociaux, en est un bon exemple. À cette époque où le sensationnalisme et la dynamique de confrontation provoquent de nombreux remous, il sert à signifier cette réaction de surprise que nous avons devant l’enflure que s’offre la réalité. Pourtant, cette réaction trouve déjà tout plein de manières de s’exprimer en français, au-delà de simplement dire qu’on est surpris. Je suis époustouflé, tu es ébahi, il est sidéré, nous sommes médusés, vous êtes estomaqués, ils sont éberlués, on est stupéfait! Même des expressions : je suis bouche bée, sans voix, la mâchoire m’en tombe! En plus, ce n’est pas comme si le choix du terme « flabbergasté » était très utile parce qu’il est plus usuel, plus simple à prononcer (en tout cas pour une personne francophone pas du tout ou moins à l’aise avec l’anglais) et surtout, plus familier ou moins archaïque. C’est tout de même un terme provenant d’Angleterre, dans le Sussex, désigné comme un nouveau mot à la mode en 1772…

En vérité, la popularité de ce terme s’explique tout à fait bien avec ce slogan publicitaire de la saucisse Hygrade, datant des années 70 : « plus de gens en mangent parce qu’elles sont plus fraîches, et elles sont plus fraîches parce que plus de gens en mangent! » L’effet d’entraînement rend le terme attrayant et son attrait est un effet d’entraînement à son tour, laissant la concurrence, ici les autres termes français, mordre la poussière, tomber dans le panier de la catégorie des mots empoussiérés. Pour dire encore plus vrai, cet effet d’amplification mimétique les efface du réflexe d’oralité, celui-là même qui fait que certains mots nous viennent tandis que d’autres ne nous viennent pas quand il est temps de nommer les choses. D’ailleurs, ce texte est grandement inspiré par le fait que je suis moi-même atteint de cette maladie linguistique : c’est le terme « flabbergasté » qui me vient en tête naturellement depuis bien trop longtemps (j’accuse même Patrick Lagacé d’y avoir grandement contribué puisque je me souviens avoir été mis en contact avec ce terme dans un texte français grâce à lui). Il a même fallu que je me donne la peine de faire des recherches pour me rendre compte qu’il n’est même pas un terme difficile à traduire, comme certains autres, qui font l’originalité des langues. Ce terme a tellement bien occupé la place de cette idée de surprise qu’il a fallu que je cherche pour trouver les synonymes pointés plus haut!

Le français québécois en voie de disparition

En conclusion, visiblement, cette manie franglaise appauvrit le réflexe francophone de communication des idées et sa créativité à nommer les nouvelles réalités… Ainsi, le français québécois est comme une flore et une faune, et la vitalité de ses éléments demande qu’ils soient utilisés. Mais certains termes sont en voie de disparition (ou plutôt d’oubli, d’archaïsme) puisqu’ils sont de plus en plus remplacés par des termes anglais dans le langage courant grâce à la mode du franglais. Cette mode qui, en se justifiant implacablement avec l’aide de la liberté culturelle et artistique, jette tout bonnement quiconque la remet en question sur la scène du spectacle de la honte, en compagnie de sa pléthore de personnages nationalistes et identitaires infréquentables.

Comme avec les changements climatiques qui font que certaines espèces d’animaux et de plantes disparaissent, le franglais est un changement climatique du français. Et il n’y a aucun doute qu’il est provoqué par l’humain. Mais le plus triste, c’est que ceux qui y participent pensent très sérieusement être dans une posture qui encourage la diversité et l’ouverture au monde. En réalité, tout ce qu’ils font, c’est de participer à cette standardisation culturelle et linguistique mondiale qui en fin de compte plombe la diversité et l’ouverture au monde en passant par la mise en place d’une langue unique.

La sauvegarde de la diversité culturelle doit passer par un certain protectionnisme linguistique, même s’il va à l’encontre de la frénésie mondialiste actuelle qui veut jeter au discrédit de l’intolérance le nationalisme et l’identitaire. C’est une question d’équilibre. Le nouveau monde qui se met en place ne peut pas tout effacer simplement parce qu’il a pour caractéristique principale la nouveauté.

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Fred Dubé : l’incarnation du cliché de l’humoriste engagé

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À une époque pas si lointaine où il était de bon ton de snober l’omniprésence de l’humour au Québec, le snob que j’étais s’est tout bonnement fait happer par cette émission de télé-réalité, « En route… », qui sert à fournir l’industrie en nouveaux talents. Fred Dubé était un de ceux-là.

Je me souviens des commentaires des juges qui allaient dans ce sens à son endroit : on ne rit pas tellement, tu aurais plus ta place au théâtre. En effet. Tellement que je me disais et que je me dis toujours que le gars a flairé la bonne affaire en adaptant son talent plus théâtral, voire plus poétique, aux exigences de l’humour. Et que le rôle parfait pour un acteur à tendance dramaturge-poète qui veut percer dans l’humour est l’« humoriste engagé ». Fred Dubé l’a fait et dans un sens je le félicite d’avoir eu autant de succès dans ce rôle.

Par contre, ce que je trouve plutôt ironique, c’est qu’il se permette de prendre de haut Martin Matte parce que ce dernier se fait grassement payer pour faire de la pub, comme bien d’autres humoristes connus d’ailleurs, parce qu’ils ont une certaine valeur pour l’industrie. Valeur qu’il semble leur envier dans un sens alors que tout de son parcours donne l’impression qu’il a calculé ses affaires pour se faire connaître dans le milieu artistique le plus à la mode, celui de l’humour, alors que tout ce qu’il laisse transparaître entre les lignes voue un culte à détester ce milieu. Mais ce milieu qui, comme on le sait, ouvre toutes grandes les portes du vedettariat si on sait bien s’y prendre en plus d’avoir du talent. Et ce qu’on sait aussi, et ce que Fred Dubé sait assurément aussi, c’est que ce vedettariat peut ouvrir aussi par ricochet d’autres portes d’autres milieux. Je doute fort qu’on l’aurait entendu aussi souvent dans les médias s’il n’avait pas pris ce chemin-là… Et rien ne serait surprenant à ce qu’il finisse par faire carrière dans le théâtre, là où est visiblement sa place.

Sinon, Fred Dubé est pour moi l’incarnation du cliché de l’humoriste engagé alors que j’adore l’humour engagé. Toujours selon mon avis bien subjectif, il est trop peu drôle pour ce que son caractère engagé demanderait et la justesse de son engagement est trop peu aboutie pour compenser le manque de drôlerie et de comique dans ses numéros et ses chroniques. À trop vouloir arriver quelque part, il est devenu une caricature de lui-même. Et c’est bien dommage. Le gars est représentatif de cette crise qui traverse la culture. Cette crise qui fait que le milieu de l’humour vampirise toute la culture, enfin surtout celle qui passe par la communication. Parce que l’humour est consensuel et que dans ce monde d’informations il faut à tout prix, pour arriver à ses fins, attirer l’attention.

Ce qui me fait penser à quelque chose de plus personnel. Étant donné que j’aimerais bien gagner totalement ma vie avec ma plume, avec mes idées, avec mon intellect, avec ma créativité, je me dis parfois à la blague que je devrais m’essayer à l’école de l’humour. Ça me donne une bonne dose de rires jaunes. Qui sont d’aussi bonnes qualités que ceux que j’obtiens quand j’entends Fred Dubé se servir de son statut d’humoriste pour jouer à l’intellectuel capable de départager, sans coup férir parce qu’il est sur un piédestal, à la hauteur vertigineuse de ses certitudes bien-pensantes, le Bien du Mal. Mais ça, c’est une autre histoire…

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Guérir de la partisanerie idéologique, c’est possible!

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Après l’avoir fait avec le populisme et l’émotivité, le prochain clou sur lequel je veux taper, c’est sur celui de la partisanerie. Qu’elle soit politique, ou plus particulièrement, idéologique. Parce que la libre pensée le commande, évidemment!

Si s’identifier à un parti ou à une tendance idéologique fait en sorte de passer par-dessus certaines choses ou de défendre certaines autres dans le seul but de défendre leur légitimité au lieu de défendre la recherche du vrai, il s’agit de partisanerie, et elle est nocive.

Nous avons tous des principes, des valeurs et des sujets qui nous tiennent plus à coeur. Pour tomber dans le piège partisan, il suffit de hiérarchiser la valeur de ces principes, valeurs et sujets par rapport à ceux des autres dans une dynamique de confrontation. Alors qu’il est évident que ce qu’elles valent n’a de sens que dans l’idéal et dans la valeur que l’on donne à son propre regard sur les choses. Dans toute société, système de relations – et non de relativismes -, il n’y a de valeur que dans les compromis.

Pour s’éloigner le plus possible de la partisanerie, je dirais qu’il faut analyser, soupeser, mesurer ces principes, valeurs et sujets de prédilection. Tout d’abord, il faut les mesurer à cette notion d’équilibre qui est très bien illustrée avec la phrase suivante : la liberté des uns se termine là où commence celle des autres. Ensuite, toujours en lien avec l’équilibre, il faut les confronter à cette idée que la noblesse de l’idéal d’égalité entre les humains, voire de leur dignité, sera toujours contrainte jusqu’à l’atteinte de cet idéal – inatteignable! – par le contexte social imparfait, chargé d’impondérables; donc qu’il vaut mieux les mesurer dans une optique réaliste pour ne pas tomber dans la partisanerie, qui se nourrit justement du cynisme. Et qui a malheureusement tendance à prendre ses rêves pour des réalités et à faire croire qu’il est possible de les imposer aux autres…

La liste pourrait être longue, mais en gros, ce qu’il y a à en dire, c’est que la partisanerie se guérit avec l’aide du souci de trouver un équilibre entre tous les grands idéaux – qui pointent par essence vers le bien-être, la pérennité et le progrès, quels que soient les moyens proposés pour les atteindre – et le fait de reconnaître l’incapacité de les atteindre rapidement. Aussi, pour y aller plus par la négative, le plus grand remède pour la partisanerie consiste à cesser de spécialiser ses dénonciations selon une logique allant de soi dans le cadre des catégorisations politiques et idéologiques reconnues. Voire même de ne pas essayer d’en inventer de nouvelles… Même si les gens ont tendance à classifier les discours dans ces cases, ce qui peut parfois être décourageant puisqu’elles semblent aimantées par la partisanerie, il faut essayer le plus possible d’en sortir soi-même pour décloisonner la pensée. Je dirais même plus, pour trouver des affinités inédites avec ces personnes qui sont enfermées dans ces cases qui sont par définition incompatibles avec les siennes, dans cette logique de la pensée en clans.

De grâce, il faut y arriver parce que la partisanerie est le cancer de l’évolution intellectuelle. Elle est un frein à la collaboration, à l’ouverture d’esprit et aux préjugés favorables envers les différentes façons de voir les choses, qui sont autant d’outils pour cerner le réel. Surtout, elle est un terreau fertile pour se complaire dans une tendance à la confrontation qui ne sert pas le bien commun, mais bien les lobbyismes idéologiques, politiques, culturels et religieux, les communautarismes de combat comme je pourrais les appeler. Ceux-là qui perpétuent la dynamique du pouvoir étant donné que le but ultime de la partisanerie est d’avoir raison dans sa supériorité autoproclamée et non de donner raison à cette idée désintéressée que la valeur de chaque humain n’est pas négociable pour arriver à ses fins.

Parce que la partisanerie, c’est ce qui veut faire de nous des soldats.

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