Points d’ancrage

 

Si j’écris que ma vie me glisse entre les doigts, à la fin de ma phrase, le point la fait se raccrocher. Et à force de points, il y a un rythme, autant de points d’ancrage qu’il en faut pour escalader et revenir à la surface.

Quand l’écriture est thérapeutique pour soi, c’est comme ça que ça se passe. Si ce n’est pas celle-là qui vous sied le mieux, trouvez la vôtre. Mais attention, ça peut être la quête d’une vie.

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Saint-Patrick

Personnellement, je ne suis aucunement excité par les symboles. Pas plus par la fleur de lys que par le trèfle d’ailleurs. Ça ne concerne que moi, les autres font ce qu’ils veulent.

Par contre, ce que je remarque, c’est que certains crachent à l’année sur certains autres, les « nationalistes identitaires » parce qu’ils aiment la fleur de lys, et parce qu’ils fêtent la St-Jean, et parce qu’ils sont fiers à l’année de ce que tout cela représente. Parce que ça serait représentatif d’un nationalisme xénophobe. Alors que ces mêmes personnes, parce qu’il faudrait être absolument inclusifs, célèbrent avec entrain les autres nationalismes comme celui de l’Irlande, pendant la période actuelle, pour la Saint-Patrick.

Ils ont le droit d’être contre le nationalisme et de le diaboliser, mais j’ai le droit de leur étendre en pleine face leur hypocrisie.

(Si le chapeau te fait, mets-le. Sinon, mets ton chapeau vert en ce moment et ton rouge et ton bleu à d’autres moments de l’année ou n’en mets jamais, comme moi.)

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L’antéchrist Normand Baillargeon

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La logique du Justicier Social : la haine

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Bernard Drainville et le crucifix : la laïcité, une question de logique

Bernard Drainville fait la promotion d’une pétition pour le retour du crucifix à l’hôpital St-Sacrement de Québec, fondé en 1927 par la congrégation des Soeurs de la Charité.

Pour quelqu’un qui se targuait d’avoir concocté une charte laïque et non de viser seulement les symboles religieux autres que catholiques avec elle, sous le couvert d’un impératif patrimonial et historique, c’est loin d’être logique.

Ça donne le goût de ramener un de ses arguments forts pour interdire particulièrement le port du voile pour les employés de l’État. Il donnait l’exemple fictif d’un musulman homosexuel qui se retrouverait, dans un centre de santé sous l’égide de l’État, devant une professionnelle voilée. Il arguait avec raison, à mon sens, le malaise du citoyen. Bernard Drainville disait que l’apparence de cette femme pourrait donner à penser à cedit citoyen qu’elle pourrait juger négativement son orientation sexuelle, entre autres, pour montrer un des bienfaits de la neutralité représentative qu’il défendait avec sa charte. (L’expression « neutralité représentative » vient de moi, mais elle dit bien ce qu’elle a à dire…)

Donc, le malaise. Ce qui se défend très bien dans l’optique où le citoyen, selon ma vision de la laïcité, n’a pas à se trouver devant quelconque élément chargé symboliquement avec lequel il ne serait pas d’accord ou inconfortable, dans son rapport avec l’État. Alors, prenons le même argument, mais transformons-le à la sauce catholique. Pensons à un autre citoyen fictif, qui fréquenterait l’hôpital St-Sacrement de Québec. Il aurait vécu une situation traumatisante avec un membre du clergé étant jeune, ce qui est loin d’être fictif au Québec… En plus, rajoutons que cet homme ne peut pas s’empêcher de penser à cette situation chaque fois qu’il voit un symbole relié au catholicisme. Bernard Drainville pourrait-il avoir autant d’empathie laïque pour cet homme, alors que celui-ci verrait d’un très mauvais oeil le possible retour du crucifix dans l’hôpital qu’il fréquente?

Voilà à quoi l’argument patrimonial se bute. Tout comme pour l’argument essentialiste qui dit qu’un signe religieux, dans l’espace civique, est plus important – pour la personne qui le porte ou l’institution qui l’exhibe sur ses murs – que la réaction hypothétiquement négative de l’ensemble des citoyens envers qui l’État est redevable. On pourrait tenter de réduire cette réaction négative à la plus basse morale, comme la xénophobie religieuse ou même encore pire, le racisme, mais à la base l’État n’a pas à juger de la teneur des malaises. Plutôt, de faire en sorte de les réduire le plus possible à la source en ayant une apparence de neutralité, pour accompagner ce qu’on attend de l’État comme neutralité dans le traitement. Et s’il faut l’ajouter, les raisons d’avoir des réactions négatives devant les signes religieux comprennent aussi et surtout, espérons-le, des opinions en lien avec la justice sociale.

Mais revenons à l’argument essentialiste, dont se sert l’argument patrimonial, même si ceux qui s’en servent réussissent à pourfendre l’argument essentialiste quand il sert à défendre ce qui est en dehors du patrimoine catholique… S’il est essentiel que le patrimoine religieux catholique ait sa place dans les institutions comme les hôpitaux et l’Assemblée nationale, pour entre autres faire plaisir à ceux qui ont à coeur ce patrimoine, il devrait en être de même pour ceux qui ont tellement à coeur leurs convictions religieuses qu’ils doivent l’exhiber même quand ils travaillent pour l’État. C’est une question de logique. Encore plus une question d’équité.

Si la laïcité est comprise et admise comme excluant les signes religieux de toutes les religions, autant sur les gens que sur les murs, elle ne devrait pas octroyer des privilèges, des « accommodements raisonnables», à celle qui rejoint le plus grand nombre, au nom du patrimoine. D’autant plus qu’il n’est question que de la sphère civique : la sphère publique continuera de magnifier ce patrimoine. Et si la laïcité est finalement comprise et admise comme incluant les signes religieux de toutes les religions, autant sur les gens que sur les murs, ne nous surprenons pas de voir dans le futur s’amplifier cette guerre qui est déjà en cours pour gagner des territoires symboliques. Ce qui grugera aussi, à terme, toutes les avancées sociales de la sécularisation.

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Alexandre Bissonnette = Donald Trump = PQ

Jouons le jeu des amalgames.

Il est entendu qu’Alexandre Bissonnette était un admirateur de Donald Trump. Allons même jusqu’à dire que Donald Trump est en partie responsable de la tuerie à Québec parce que son discours anti-musulman et ses actions contre des pays musulmans légitime l’islamophobie.

Réduisons donc notre analyse à ce lien : Alexandre Bissonnette = Donald Trump.

Je ne devrais pas avoir de problème avec cette conclusion puisque Donald Trump et Alexandre Bissonnette m’inspirent tous deux des sentiments très négatifs. Pour moi, ils sont les symptômes et les instruments d’un monde qui va immensément mal. Mais laissons de côté mes émotions et retournons dans le passé.

« Je ne suis pas Charlie »

Souvenons-nous maintenant des débats houleux à la suite des attentats terroristes contre la France, particulière celui contre l’équipe de Charlie Hebdo. Qu’est-ce qu’on opposait à la dénonciation de l’islam-isme? À l’imputation de la lecture littérale des écrits islamiques guidant les groupes terroristes islamistes? À la conclusion que cette religion est capable d’inspirer le pire?

Les réponses relativistes tournaient autour de la santé mentale des terroristes, de leurs situations socio-économiques, de la qualité médiocre de leur religiosité, etc. Encore plus, on pointait le néo-colonialisme occidental et sa discrimination « systémique » (c’était tout comme, même si le terme n’était pas encore à la mode…). Donc, il n’y avait pas de lien à faire entre la religion et le terrorisme ni entre la religion et les terroristes.

La valeur des convictions

Regardons maintenant comment sont considérées les convictions religieuses en comparaison avec les convictions politiques, philosophiques et autres. En général, les convictions religieuses sont considérées comme absolument respectables, voire essentielles aux humains qui s’en réclament. Tellement que l’expression des convictions religieuses n’est pas considérée comme égale en valeur avec l’expression des autres convictions.

Une preuve parmi tant d’autres : ici, les réglementations prohibant l’expression de ces autres convictions – via les vêtements et accessoires – ne s’appliquent pas quand il s’agit de l’expression des convictions religieuses, au nom de la liberté de religion. Parce que la liberté de religion ne concerne pas que la conviction intime et le droit de se regrouper dans des lieux de cultes, mais aussi une liberté d’expression de sa conviction pour ainsi dire illimitée. Voilà ce à quoi se bute la laïcité en dehors de sa version « ouverte ».

En gros, il est très mal vu de critiquer ou de prôner quelconque contrainte envers la liberté d’exprimer sa religion. Encore pire, les convictions religieuses ont un statut privilégié qui s’imbrique dans la normalité, dans une légitimité qui tient de l’absolu, alors que les autres convictions sont pour ainsi dire dans le domaine de l’arbitraire. Les convictions religieuses doivent absolument être considérées avec respect et tout accro à ce respect, même seulement pour critiquer l’étendue de la liberté de religion, est suspect.

Des monstres…

Pourtant, ceci expliquant sans doute cela, on se retrouve aujourd’hui avec un monstre lié à un autre monstre, essentialisé à lui par le lien des convictions politiques. Et là, étrangement, ce lien semble aussi fort que celui qui lie l’humain croyant et sa religion. Alors que de l’autre côté, ce que l’on considérait comme important pour expliquer le geste du terroriste islamiste – sa santé mentale, sa situation socio-économique et toutes les autres raisons contextuelles – ne réussit pas à entrer en ligne de compte pour le cas d’Alexis Bissonnette. S’il faut le rappeler : Alexandre Bissonnette = Donald Trump.

Personnellement, l’idée même de faire entrer ces considérations externes dans l’équation me répugne, mais c’est en dehors de l’émotion qu’il faut analyser les choses. Si le terroriste islamiste a eu droit à une analyse plus large que son lien avec la religion (analyse qui réussissait même à nier ce lien), je ne vois pas pourquoi Alexandre Bissonnette ne pourrait pas en bénéficier, pour faire contrepoids au lien fort qui est dressé avec Donald Trump.

L’argumentaire de l’anguille

Mais ce n’est pas le but de l’exercice. Je peux tout à fait me contenter de mettre un visage sur ce que devrait servir à désigner le terme « islamophobie », sans pour autant acquiescer à cette idée que la tuerie de Québec serait une preuve sans équivoque d’une « islamophobie systémique ». Ce que je veux surtout faire ressortir, c’est que la logique des convictions religieuses essentielles et inaliénables fout le camp quand un phénomène négatif lié à la religion ne lui donne pas bonne presse. Ce qu’il faudrait comprendre : le terroriste islamiste n’a rien à voir avec la religion, et ceux qui l’instrumentalisent, tandis que le terroriste d’extrême droite a tout à voir avec l’idéologie sous-jacente et ceux qui, comme Donald Trump, l’instrumentalisent.

Par contre, ce qu’il faut vraiment comprendre, c’est que l’argumentaire pour défendre le phénomène religieux – surtout dans une optique de diversité et de tolérance, donc surtout en lien avec l’islam – est d’une habilité déconcertante pour être insaisissable. D’un côté, cet argumentaire est essentialiste quand il est question de réagir à l’interdiction des signes religieux – le voile étant au centre du débat, il ne faut pas l’oublier… Mais de l’autre côté, cet argumentaire est, au contraire, existentialiste quand il s’agit de réagir à la critique de l’islamisme, qui est pourtant par essence lié au fait religieux. Autrement dit, ceux qui se servent de l’islam peuvent toujours s’en laver les mains en pointant les supposés amalgames. Ce qui est une mauvaise nouvelle pour les croyants qui aimeraient bien que la pratique de la religion se résume le plus possible à l’espace privé… et qu’on arrête de les relier à ceux qui demandent des accommodements et aux barbares qui veulent convertir le monde entier.

Alexandre Bissonnette = PQ

Sinon, celui qui joue actuellement le mieux au jeu des amalgames est Philippe Couillard. Après avoir mitraillé des amalgames pour défendre le port du voile et nier la causalité religieuse du terrorisme islamiste – aidant du coup ses amis saoudiens -, il a réussi le tour de force de mettre le PQ à la place d’Alexandre Bissonnette, tout en éliminant du même coup la présomption d’innocence. Il faut le faire! Rappelons-nous de ces paroles divinement mensongères :

« Je ne voudrais pas revenir sur les événements malheureux [la tuerie de Québec] dont ce parti [le Parti Québécois] a été l’auteur »

User ainsi de son immunité parlementaire pour dire de telles énormités – qui lui auraient assurément valu ailleurs qu’à l’Assemblée nationale de graves conséquences légales -, c’est indigne d’un chef d’État… on dirait Donald Trump!

Désolé pour la blague, mais il n’y a tellement pas grand-chose de drôle par les temps qui courent… On a l’impression que la tendance conspirationniste gagne de plus en plus les coeurs et les têtes. La tuerie de Québec, l’élection de Donald Trump, le PQ et l’ensemble de son oeuvre nationaliste et l’importance que prennent les débats sur la laïcité semblent être selon certains des preuves incontestables qu’il y a un complot contre les musulmans. Et pour contrer ce complot, l’accusation d’islamophobie est une arme légitime pour débusquer les supposés cryptoracistes comme moi qui essayent de se faire passer pour des progressistes laïques et féministes. Ou d’autres qui essayent de se faire passer pour des conservateurs et des nationalistes respectables…

Mais au-delà de la caricature vivante qu’est Philippe Couillard, très facile à rejeter pour tous les bien-pensants, ce qu’il y a derrière l’accusation d’islamophobie, tous les amalgames ridicules qui viennent avec cette idée du choc des cultures, n’est-ce pas en soi du conspirationnisme? Cette idée que le néocolonialisme est effectif socialement et qu’il existe une tyrannie de la majorité, n’est-ce pas en soi du conspirationnisme? Et la diabolisation du nationalisme et de la question identitaire sous le couvert d’une soi-disant xénophobie larvée, et le racisme qui est déclaré ici systémique avant même des résultats le prouvant, sur la seule foi de statistiques qui ne disent pas grand-chose sur les causes, n’est-ce pas en soi du conspirationnisme?

S’il faut adhérer à ces croyances pour être une bonne personne aujourd’hui, je préfère encore assumer que je suis un monstre pour certains.

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Balancer sa critique de l’islam-isme avec d’autres critiques envers les autres religions?

Il faut le dire d’emblée, il n’y a pas de conspiration quant au fait que la religion la plus remise en question, partout dans le monde et particulièrement ici, est l’islam. Il n’y a aucunement besoin de balancer sa critique de l’islam-isme avec d’autres critiques envers les autres religions.

Dans la réalité de ce monde, l’islam est malheureusement mis sur la sellette à cause du terrorisme exponentiel extrêmement meurtrier qui y est associé et des problèmes qu’occasionne une partie de l’immigration musulmane dans les pays occidentaux. Cette réalité, on pourra essayer de la relativiser en aval, et dire avec raison qu’il y a un effet d’amplification médiatique, mais il reste qu’à un niveau global les groupes terroristes qui ont le plus de succès sont liés à l’islamisme (même en Europe où ce terrorisme n’est pas majoritaire en terme d’actes, alors qu’il est majoritaire en terme de nombres de morts).

Sans oublier que la mondialisation actuelle pose des défis sociaux qui sont surtout liés à l’islam, puisque justement le terrorisme islamiste (beaucoup plus actif dans les pays musulmans qu’ailleurs) encourage l’émigration (on n’a qu’à penser à la crise des migrants syriens).

Il faut vraiment s’aveugler de tout ça pour même penser qu’il faudrait, pour critiquer quoi que ce soit en lien avec l’islam, contrebalancer avec des critiques en lien avec les autres religions (restons aux monothéistes).

Quelqu’un a-t-il déjà entendu parler de l’existence de groupes terroristes à succès, comme l’État islamique et Boko Haram, du côté chrétien ou juif? À part pour quelques « sectes » juives et chrétiennes peu nombreuses qui réussissent à s’effacer du monde et qui ne font surtout pas beaucoup de vagues, y a-t-il dans ces deux autres religions des mouvements très populaires de lutte anti-laïcité et des mouvements politico-religieux, comme l’islamisme, qui travaillent à imposer une moralité et une justice religieuse orthodoxe, totalement en contradiction avec nos sociétés démocratiques?

À ce que je sache, à part pour les ultra-cathos et autres mouvements chrétiens radicaux qui travaillent surtout contre l’avortement et le mariage homosexuel et qui sont surtout actifs aux États-Unis, la laïcité et les démarches de sécularisation sont un héritage judéo-chrétien… (À lier quand même en partie négativement avec la religion, puisque ces démarches se sont fortement appuyées sur une contradiction du pouvoir religieux.)

Je suis Charlie, tu es relativiste

Vous vous souvenez sans doute, mais le biais de ce relativisme de la balance a été démonté magistralement avec l’épisode Charlie Hebdo. On accusait le magazine d’islamophobie (donc d’acharnement contre l’islam) et pourtant la preuve a été faite que les blagues et critiques en lien avec l’islam étaient minoritaires parmi toutes.

Est-ce que les accusateurs d’islamophobie se sont tus parce que cette idée de contrebalance était respectée? Non. Est-ce que le fait que les religions juives et chrétiennes se faisaient plus rentrer dedans par Charlie Hebdo a empêché le carnage qu’on sait? Non. Est-ce que l’équipe de Charlie Hebdo avait peur pour sa vie en lien avec des menaces chrétiennes ou juives? À ce que je sache, non. L’équipe de Charlie Hebdo a été massacrée parce qu’elle se moquait aussi de l’islam. Aussi.

Sur la sellette

Si l’islam est autant sur la sellette, c’est parce que la tendance intransigeante des musulmans les plus violents et les plus militants du lot est manifeste et qu’elle se solde par des morts. Sans oublier ceux qui travaillent dans un sens plus idéologique en attaquant la sécularisation et la laïcité des sociétés occidentales en se servant de la logique des droits et libertés à leur avantage. Et parce que ceux qui ne veulent pas entendre les critiques contre ces intransigeants (critiques qu’ils amalgament à tort à une critique contre tous les musulmans) sont incapables de se sortir d’une analyse émotive, ayant pour seul but de préserver leur posture vertueuse devant les défis que posent la mondialisation, l’immigration et le « vivre-ensemble ».

L’argument de la balance des critiques contre les religions est un argument fallacieux comme les autres. D’autant plus que c’est bien moins une critique religieuse qu’une critique sociopolitique. On se sert du supposé respect que devrait bénéficier les phénomènes religieux, parce qu’il y a des humains respectables derrière, pour contrer les libertés de pensée et d’expression, pour rendre au mieux suspect le bien-fondé des discussions à ces sujets.

Il ne faudrait pas en parler parce que « ce n’est pas grave », parce que « ça ne te dérange pas ». C’est un autre argument fallacieux qui ressort souvent. Alors, si ce n’est « pas grave », si « ça ne te dérange pas », pourquoi ne peut-on pas en parler ouvertement sans se faire dire qu’il faut autant critiquer les autres religions, ce qui induit un problème grave avec ceux qui veulent en parler?

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UQAM – L’argument de l’espace sécuritaire

 

L’argument de l’espace sécuritaire est étrange. On argue qu’un discours peut atteindre quelqu’un dans son intégrité, donc qu’il faudrait sécuriser l’espace où ce quelqu’un se trouve pour y remédier. Comme on le sait, l’espace en question par les temps qui courent est l’université. Spécialement à l’UQAM.

Mais qu’est-ce que l’intégrité de quelqu’un dans ce contexte? Bien sûr, il ne serait pas question de l’intégrité physique puisqu’un discours ne pourrait directement causer un tort physique.

Mais bon, indirectement, c’est possible. Pensons à quelqu’un de psychologiquement déséquilibré qui réagirait physiquement à un discours au point de s’en sentir mal. Et entendons-nous pour dire que, même si ce genre de situation est d’une grande tristesse, il serait ridicule qu’une personne qui tient ces propos puisse être tenue responsable du mal-être de cette personne.

De toute façon, il est visiblement question de la protection de l’intégrité psychologique pour justifier cette idée d’un espace sécuritaire exempt de discours agressants. Cela pour justifier l’interdiction, la censure, voire n’importe quelle démarche d’intimidation.

Alors comment un discours, sauf s’il vise directement une personne (qui pourrait donc avoir des recours), pourrait-il porter atteinte à l’intégrité psychologique de quelqu’un si cette personne est saine psychologiquement?

Un discours n’est pas une bombe

Tout d’abord, il apparaît, selon toute vraisemblance, que l’idée d’atteinte à l’intégrité psychologique fonctionne comme celle de l’atteinte à l’intégrité physique.

Un tort est causé directement à une personne par une autre personne mal intentionnée ou par accident. Et il faudrait beaucoup trop étirer la sauce pour y inclure par exemple les victimes collatérales d’un attentat à la bombe.

D’ailleurs, c’est bien ce que l’argument de l’espace sécuritaire laisse entendre : un discours « haineux », au niveau psychologique, fait des victimes comme une bombe en ferait.

Le problème, c’est qu’une bombe fait des victimes s’il y a des gens autour, point. C’est un fait objectif. Pour ce qui est d’un discours, cela dépend de la subjectivité de chacun. Les gens peuvent réagir au discours en victime ou non.

Le lien de causalité entre la bombe et les victimes, en ce qui a trait à l’intégrité physique, ne peut pas être transposé à l’intégrité psychologique. Simplement parce qu’il faudrait prouver hors de tout doute, après examen, que le discours en question entre dans la catégorie de l’incitation à la haine, punissable par la loi.

Et encore là, il y a un autre problème. Même si ce discours est considéré comme de l’incitation à la haine, il n’y a objectivement aucune victime au sens où une bombe en ferait, puisque ce fait dépend plus de l’état d’esprit des individus qui sont placés, directement ou indirectement, devant ce discours. Discours qui ne pourra jamais être considéré comme de la discrimination directe.

La discrimination

Quiconque peut bien penser et dire ce qu’il veut en s’adressant à un auditoire présent ou virtuel (sur le web, via une publication, etc.), la discrimination entre en jeu quand une personne est visée directement (ou rejetée) par une personne ou par une organisation et qu’elle subit des conséquences directes, justement parce qu’on l’oblige à la subir.

Ainsi, une affiche annonçant une conférence ou une conférence donnée dans une université ne peuvent pas être discriminatoires en soi. Parce que personne n’est obligé de subir ce qui se passe dans l’espace public, à moins de penser que le monde autour de soi est une agression quand il n’est pas à la mesure de ce qu’on voudrait qu’il soit.

Par contre, on peut accuser ceux qui sont derrière ces discours de participer à la discrimination, mais il faut se référer aux faits et user d’arguments logiques pour le prouver et donc combattre ces discours, s’il y a lieu. Et tout cela peut seulement se passer dans un espace de discussion exempt de cette dynamique sécuritaire. D’autant plus qu’il y a déjà le garde-fou légal pour contenir tout ça.

Des licornes et des arcs-en-ciel

Que les personnes qui ne sont pas à l’aise avec cette idée se cachent dans leurs petits coins confortables psychologiquement. Toute la société n’a pas à subir leur délire sécuritaire. Qu’ils en profitent pour réfléchir à comment venir en aide aux gens vraiment victimes de discrimination. Et à la façon de démonter admirablement et respectueusement les discours qui y participent selon eux.

Ils pourraient ainsi se servir de leur liberté de pensée et d’expression pour faire autre chose que de vomir leur haine. Haine qu’ils prennent, bien malheureusement, pour une solution magique. Encore pire, pour un arc-en-ciel.

(Illustration : salvadorkatz)

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