C’est de la grosse merde!

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Gabriel Nadeau-Dubois est un populiste comme les autres…

Le sens que l’on devrait donner à la démocratie selon Gabriel Nadeau-Dubois, propos qu’il a tenu lors de sa première allocution à l’Assemblée Nationale :

Plutôt que centraliser les pouvoirs à Québec et dans les mains de quelques ministres, il nous faudra faire davantage confiance aux personnes sur le terrain et dans les régions pour gérer de manière démocratique et intelligente les institutions et les services publics. Ce grand projet, ce projet de démocratie économique et politique, à Québec Solidaire nous croyons qu’il ne pourra prendre forme que si le peuple affirme sa volonté de s’autodéterminer en se dotant d’une constitution.

Dans un sens, ce sont des propos qui m’enchantent. Je dirai toujours oui à plus de pouvoir pour le peuple. Et dans cette optique, Gabriel Nadeau Dubois est un populiste dans un sens neutre, voire noble du terme, c’est-à-dire qu’il se préoccupe du peuple. Mais après les fleurs vient le pot.

Pour le peuple, mais à condition…

Mais Gabriel Nadeau-Dubois est dans un parti. Lequel parti a une idéologie. Donc, en surface, il se dit pour la démocratie et pour le peuple, mais à condition que ce peuple choisisse la voie de son parti.

Prenons le sujet de la laïcité. Nous savons tous que Québec Solidaire milite pour une version édulcorée de la laïcité, soit la « laïcité ouverte ». Pensez-vous vraiment que Gabriel Nadeau-Dubois et ses collègues solidaires accueilleraient avec grande joie et avec un grand sens de l’abnégation démocratique une décision du peuple qui n’irait pas dans leur direction? Pensez-vous qu’ils laisseraient les « personnes sur le terrain et dans les régions » inclure dans une constitution québécoise les jalons d’une laïcité plus républicaine, donc qui interdirait les signes religieux pour les employés de l’État?

Oh! que non! Pour eux, comme on le voit, la démocratie se limite à la possibilité de déployer leur programme et leurs idées. Comme leur soi-disant indépendantisme est conditionnel à un progressisme qui irait dans leur sens. Ainsi, le peuple qui compte dans leur calcul est celui qui pourrait voter pour eux. Pourtant, la démocratie est par définition neutre, le peuple devrait être tout à fait libre d’aller dans le sens politique qu’il veut. S’il faut le spécifier, plus ou moins vers la gauche ou vers la droite.

Démocratie populiste

N’est-ce pas populiste de faire de grands discours sur la démocratie alors que dans le fond on ne la respecte pas tellement, alors qu’on ne respecte pas, de fait, que le peuple puisse en décider autrement? Le discours démocratique est très porteur pour une certaine frange de la population (dont je fais partie, parce que je me considère comme progressiste, même de gauche), mais je ne veux pas me contenter de ce message qui flatte mon poil de renard. Et comme un renard futé, je vois le piège : c’est un électoralisme, un populisme comme un autre. Si on accuse les politiciens de populisme parce qu’ils utilisent la peur pour aller chercher des votes, il est aussi populiste de faire miroiter une démocratie instrumentalisée (ou même une vision de la tolérance figée) pour aller chercher des votes…

Si on me vend la démocratie, je ne veux pas d’un succédané, d’une « gauchocratie », d’un projet populiste progressiste, d’une tyrannie de la gauche. Parce que justement, je respecte la démocratie. Parce que même si je tends vers la gauche, je me dois de respecter aussi ceux qui tendent vers la droite. Parce que cette société, nous devons la mener tous ensemble, en trouvant des équilibres et des compromis dans l’arène politique (idéalement débarrassée le plus possible de la partisanerie) et dans le débat public.

Conseil à Gabriel Nadeau-Dubois (et à Québec Solidaire)

Je terminerai ce texte en donnant spécifiquement un conseil à Gabriel Nadeau-Dubois, puisque même si je ne l’ai pas ménagé dans ce qui a précédé, je pense qu’il est capable d’influer grandement sur son parti. En gros, il devrait départager clairement ses prétentions démocratiques de ses prétentions idéologiques, voire idéalistes.

Parce que la démocratie ne peut pas être conditionnelle à un idéal ou à un autre, mis à part peut-être pour ce qui est de la base, soit l’égalité en droits (et même là, il y a plusieurs manières d’y arriver, et pas seulement par la gauche, pour ne pas dire l’extrême-gauche). Mais pour le reste, bien sûr que Québec Solidaire peut faire la promotion des idées qui lui sont chères et même dans le but d’être élu pour les faire avancer (ce qui les rendraient d’autant légitimes démocratiquement). Cependant, cela devrait se faire dans le cadre strict de la promotion que peut en faire le parti, mais sans y imbriquer l’idéal démocratique, parce qu’il ne devrait pas être pris en otage par une famille politique ou une autre.

L’idéal démocratique devrait être un dossier partagé entre tous les partis et tous les citoyens qui voudraient bien l’endosser pour des raisons beaucoup plus nobles que la partisanerie. C’est une question de justice.

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Le PLQ, c’est dégueu…

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J’ai un ami noir…

Si je me fiais seulement à mon vécu pour savoir à quoi je peux réfléchir, et surtout ce que je peux critiquer, je ne pourrais pas réfléchir aux questions liées à l’immigration ni à la diversité ethnique. Encore moins les critiquer. C’est que, depuis que je suis en présence du phénomène, depuis l’enfance, cela a surtout été positif pour moi. Et dans un monde où la subjectivité est reine, on me suggère que je devrais être aveuglé par mon vécu quand je réfléchis.

Mon expérience avec l’immigration

Dans mon coin de la banlieue nord de Montréal, il y avait beaucoup d’immigrants portugais et cela se passait merveilleusement bien. Au primaire, je n’ai jamais eu de problème avec le fait que des amis avaient des patronymes portugais et on ne m’a jamais encouragé à y voir un problème. Mis à part peut-être l’expression « wops » qui les désignaient et qui était utilisée parfois, mais il n’y avait que les gens stupides pour l’utiliser…

Rendu au secondaire, il y avait quelques noirs (si je me souviens bien, il y en avait deux) et, bien que ce n’étaient pas des amis proches, c’était pour moi des élèves comme les autres, avec lesquels je parlais de temps à autre. Et je ne me souviens pas avoir entendu parler qu’ils souffraient particulièrement du fait de ne pas être blanc parmi des blancs. En tout cas, à mon souvenir, ces deux-là n’étaient même pas des amis proches. Ils étaient chacun dans des groupes d’amis très différents, justement parce qu’ils étaient très différents un de l’autre.

Toujours au secondaire, il y avait un élève vietnamien fraîchement arrivé et il a été dans la même classe que moi en arts plastiques durant deux ans. Il était très timide et il avait beaucoup de difficulté à parler français, mais il était bon et intéressé par les arts, alors je l’ai en quelque sorte pris sous mon aile. En tout cas, c’était mon compagnon de classe attitré. Nous n’avions pas grand-chose en commun à part un intérêt pour l’art, surtout pour le dessin, mais c’était bien assez pour nous tenir ensemble durant les cours.

Ensuite, au cégep, j’avais entre autres une très bonne amie mexicaine. À cette époque j’avais les cheveux très longs et après être revenue de New York, où elle avait remarqué une tendance mode là-bas, elle a proposé de me faire des « dreadlocks » : cette coiffure jamaïcaine que portait entre autres Bob Marley, mais qui provient du plus profond des temps… Aujourd’hui, certains considèrent que c’est un crime d’appropriation culturelle, mais bien au contraire, ça m’a ouvert l’esprit.

Rendu à l’université, à Montréal, il va de soi que je côtoyais beaucoup plus la diversité ethnique et le seul côté négatif que je pouvais y voir, c’était quand je constatais que certaines personnes s’étaient intégrées à l’anglais au point de ne pas savoir parler français, ou si peu. Mais pour moi, un unilingue anglais n’était pas pire s’il était de « couleur ». Et c’est toujours le cas.

Pour le reste, j’ai eu de grandes relations d’amitié et parfois même des relations plus intimes avec des personnes issues de l’immigration. Et j’ai toujours eu l’habitude de juger les gens, non pas à partir de ce dont ils ont l’air, mais de ce qu’ils font et de ce qu’ils pensent. Ce qui me fait revenir à la genèse de ce qui a inspiré ce texte.

L’immigration est une richesse

C’est que dernièrement j’ai eu une discussion avec quelqu’un qui essayait de me faire comprendre que l’immigration est une richesse en me parlant de ses expériences positives avec des gens issus de l’immigration. Le pire, c’est qu’il ne répondait même pas au fait que je parlais d’expériences négatives ou que je disais que l’immigration n’est pas une richesse (je pense qu’elle est une richesse, mais avec les nuances qui s’imposent). En réalité, cette personne réagissait au simple fait que je disais qu’il était légitime que certains partis politiques proposent de resserrer les règles sur l’immigration et que des citoyens puissent être en accord avec ces propositions. Et au fait que je disais qu’il était malhonnête intellectuellement d’assimiler automatiquement ces propositions à des propositions anti-immigration, voire racistes.

Notez à la base l’écart conceptuel, le rapport tendancieux, entre le fait de proposer de resserrer les règles sur l’immigration et l’expérience sociale, individuelle, liée à l’immigration. Dans le premier cas, il s’agit de réagir à une situation globale liée à des considérations générales et dans le deuxième cas, il s’agit de situations particulières. Force est d’admettre que de se servir de la qualité de ces situations particulières pour contrer des propositions globales est un argument pour le moins bancal. Comment de belles expériences d’immigration pourraient-elles racheter les problématiques liées à l’immigration, enfin celles qui influent sur le processus sociopolitique? D’autant plus que, très majoritairement, les possibles changements aux règles sur l’immigration n’auraient aucune incidence sur les immigrants déjà reçus, mais seulement sur les futurs immigrants, qui sont par définition hypothétiques.

« J’ai une amie voilée »

Si on pense, et très largement, que ces belles expériences suffisent pour se faire une tête à ce sujet, c’est que la manière la plus commune de réfléchir est basée sur son propre vécu, donc en analysant les choses subjectivement. Le topo : quelqu’un qui s’entend bien avec tout le monde (dans un sens diversitaire) aura donc un regard complaisant sur la diversité et l’immigration; tandis que quelqu’un qui aura eu des rapports directs ou indirects négatifs avec des gens issus de l’immigration aura un regard d’autant négatif, sinon haineux.

Ceci expliquant cela, si la plupart des gens réfléchissent subjectivement, il est tout à fait logique qu’ils croient que tout le monde fait de même. Les cases sont toutes faites. Alors, dans cette optique réduite où la norme d’analyse est l’émotion et le vécu et qu’elle est projetée sur tous, quiconque critique l’immigration et la diversité est automatiquement haineux, phobique, fermé, etc. Et sa réaction, donc son émotion s’explique obligatoirement par son propre vécu phobique, puisque cela va de soi dans cette logique que sa critique ne peut pas être justifiée par un processus intellectuel éclairé.

Et de l’autre côté, quiconque célèbre l’immigration est inclusif, ouvert sur le monde, une bonne personne, etc. Il peut tout à fait arguer qu’il n’y a pas de problème avec l’immigration/diversité puisque son vécu le prouve, tout comme son émotion négative envers ceux qui y voient des problèmes, parce que c’est contradictoire avec ses propres constats. Pensons à ceux, surtout celles, qui ont des amies voilées en guise de base argumentaire depuis l’époque Bouchard-Taylor… Comment voulez-vous que l’on puisse réfléchir, exprimer les conclusions de ses réflexions et en débattre honnêtement dans ces conditions?

Sortir de l’émotion, du vécu et du besoin d’amour

Donc, pour pouvoir réfléchir convenablement et accepter que les autres puissent réfléchir autrement, il faut se sortir de son vécu et de l’émotion que ce vécu suscite en nous. Et pour pouvoir aller au fond des choses, il faut comprendre qu’avec l’aide de l’émotion nous ne pouvons qu’apercevoir la surface des choses. Alors que l’émotion est ce qui est le plus proche de nous, il faut la transpercer pour voir au loin ce qui nous échappait, ce qu’elle nous empêchait d’appréhender.

L’émotion est un merveilleux moteur, sans doute le meilleur, mais il ne faut pas commettre l’erreur de se laisser guider par elle. Elle nous fait tourner en rond parce qu’elle a peur de la confrontation avec nous-mêmes. En fait, elle a peur de tout ce qui pourrait la freiner, la tempérer, parce qu’elle est par essence bouillante. Elle nous fait nous replier sur nous-mêmes, elle nous fait se tourner vers la facilité parce que l’émotion se nourrit de l’émotion. Elle fait la fine bouche de l’objectivité, des faits, des analyses et des conclusions qui tendent à ne pas lui donner raison.

Cependant, ce n’est surtout pas facile de laisser le volant à la rationalité. Cela prend de la discipline. Et de l’abnégation. Il faut s’attendre à perdre des amis, même une partie de sa réputation. Et il faut s’attendre à être objet de haine. Mais le jeu en vaut la chandelle. En tout cas, il le vaut si comme moi on a plus à coeur de participer (en toute humilité) à sortir le monde de l’obscurantisme des croyances et des émotions que de préserver une posture intellectuelle bonne, qui en fin de compte ne sert rien d’autre que soi-même, pour ne pas perdre ses amis et sa réputation. Pour être objet d’amour.

Le besoin d’amour (et l’idéal d’amour universel) n’a pas à guider la réflexion intellectuelle.

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Le xéno-racisme identitaire


Je travaille ce mème depuis quelque temps. Hier, je suis tombé sur une grande entrevue avec Kim Thuy. Elle était toujours fidèle à elle-même, donc merveilleuse. Alors, je me demande comment les propos merveilleux d’une femme merveilleuse peuvent soudainement devenir horrifiants dans la bouche d’une autre…

Ce n’est pas de la fiction. Certains anti-nationalistes (et anti-identitaires québécois, ça va de soi), sous le couvert de l’ouverture à l’autre et au monde, sont tout à fait capables de voir de la xénophobie et du racisme dans le fait de dire quelque chose comme que « Le Québec est beau, [que] la culture québécoise est unique et [que] la langue québécoise est exceptionnelle! », si bien sûr la personne qui le dit n’est pas immigrante ou issue de l’immigration, donc qu’elle est Québécoise blanche avec un patronyme francophone. J’en ai croisé plus qu’à mon tour de ce genre de citoyens du monde, directement ou indirectement.

J’entendais encore hier à la radio d’État un intellectuel de gauche, immigrant Français dire que si on est nationaliste, on est officiellement pour l’exclusion, xénophobe, etc. Il n’a pas dû voir passer le mémo depuis qu’il est arrivé. Il y a toutes sortes de manières d’être nationaliste. Ça peut être tout simplement de veiller à nos intérêts et à la bonne marche de la dynamique sociale sur ce territoire, dans cet État-province, sans égard a priori de l’origine et des convictions des gens, sauf quand cela pose problème (le citoyen est par définition nu de ses origines et de ses convictions : s’il tient à en mettre un ou les deux de l’avant et que cela entre en contradiction avec le bien commun, il est bien normal d’au moins y réagir et d’y réfléchir collectivement – je dis « normal », mais visiblement, pour certains au Québec, le simple fait de vouloir débattre à propos de certains sujets liés à l’« Autre » est déjà un aveu de xénophobie et de racisme).

Ce n’est pas parce qu’on est intellectuel et qu’on a décrété importante sa posture d’ouverture sur l’autre et le monde qu’on ne peut pas être très paresseux, autant intellectuellement que moralement. On peut discuter de la valeur de la fierté québécoise et de ce qu’implique le nationalisme dans son ensemble et dans ses recoins plus sombre – je ne me suis jamais gêné pour le faire -, mais les réduire tout simplement à de la xénophobie et du racisme (parce que cela conforte sa propre posture), ce n’est pas digne de l’importance que l’on devrait donner au dialogue et à la nuance dans une société démocratique comme la nôtre.

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Les textos tuent…

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Humour noir (et blanc)

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Commission sur le racisme systémique : vers un procès du nationalisme québécois?


Tout porte à croire que nous nous dirigeons tranquillement vers une commission sur le racisme systémique.

À la base, le grand problème avec cette expression « racisme systémique », ainsi que cette idée de vouloir une commission qui se chargerait de le débusquer, c’est que le problème du système en est surtout un d’inégalités socio-économiques et d’éducation, ce qui touche plus ou moins toute la population.

Mais avant de poursuivre, il faudrait poser une question importante : parle-t-on seulement du système étatique ou du système social et de tous ses sous-systèmes, donc de ceux qui relèvent du domaine privé et civil? Pour dire vrai, il n’y a rien de clair selon les informations obtenues jusqu’à présent à propos de cette commission. Donc, pour ce qui va suivre, selon toute logique, je tiendrai pour acquis que le problème de racisme systémique que l’on voudrait cerner concerne l’État québécois et ses manières de faire qui sont inscrites officiellement dans ses institutions. Sinon, cela serait grandement arbitraire puisqu’il serait possible de faire dire n’importe quoi à n’importe quoi, sous le couvert qu’il s’agirait d’une manifestation systémique, parce qu’on l’a décidé ainsi.

Si on regarde n’importe quelle problématique où il est possible de pointer le racisme, alors qu’on voudrait relier ce racisme au système, la plupart du temps, cela n’a pas grand-chose à voir avec le racisme (mis à part pour les autochtones qui sont directement victimes d’inégalités socio-économiques et d’éducation à cause du système étatique fédéral pour des raisons entre autres racistes – selon la définition classique, celle qui repose sur un classement physio-génétique des populations) ni avec cette idée de système profondément discriminatoire.

Pour le démontrer, prenons comme objets quelques problèmes qu’une commission sur le racisme systémique pourrait traiter : les difficultés des immigrants sur le marché du travail, la sur-représentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux et le manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles dans les sphères médiatiques, culturelles, politiques, etc.

Le marché du travail

Pour ce qui est des difficultés des immigrants sur le marché du travail, il n’y a pas besoin d’une commission pour trouver où sont les problèmes, nous le savons déjà. Le plus évident est celui du manque de reconnaissance des diplômes et des expériences de travail des immigrants et en gros, la cause de ce problème est un manque de volonté politique.

Pointer le système comme étant la source du problème est futile : le PLQ, pourtant le parti des immigrants selon leurs intentions de vote, et majoritairement aux commandes du Québec depuis presque une quinzaine d’années, se traîne les pieds à ce sujet depuis trop longtemps. Et le PLQ n’est pas le système, il a seulement et supposément les deux mains sur le volant de ce système. Et ce système n’est pas en soi raciste, il n’a juste pas assez évolué pour s’ajuster à la nouvelle réalité de l’immigration (et de la société en général qui voit plus clairement cette problématique, donc qui la met plus en avant dans le débat public, à tort ou à raison – mon but n’étant pas ici de faire quelconque jugement à propos de l’immigration).

Pour ce qui est du problème de la francisation, qui fait aussi partie des difficultés des immigrants sur le marché du travail, il s’agit encore d’un problème de mauvaise volonté politique, mais à l’inverse : le PLQ a sabré dans les programmes de francisation que le PQ avait mis en place. S’il faut absolument arriver à la conclusion qu’il s’agit  d’un problème de racisme, accrochons le PLQ au pilori, pas le système!

Donc, pour ce qui est du marché du travail, le problème le plus clairement en lien avec le racisme est sans conteste celui de la discrimination à l’emploi. Mais il ne concerne pas tous les emplois. Dans la fonction publique, au contraire, à l’exception des emplois qui sont attribués par nominations politiques, il y a toutes sortes de règles de discrimination positive pour encourager l’embauche de citoyens immigrants et issus de l’immigration. Ce n’est assurément pas parfait, mais il serait bien mal avisé de pointer le système d’embauche de la fonction publique comme participant au problème de racisme systémique.

Sinon, le problème se retrouve assurément du côté des employeurs du privé. En effet, le problème est réel, il y a discrimination de certains employeurs en regard de l’origine des postulants : devant deux candidats égaux, ils excluront systématiquement le candidat immigrant ou issu de l’immigration, ou ils excluront d’emblée à la base les candidatures qui ne rentrent pas dans la case « de souche ». Mais même si ce problème est réel, il ne concerne pas le système. Les employeurs, à moins d’être contraints par des lois, sont libres d’engager qui ils veulent, selon leur bon vouloir. Donc, c’est surtout un problème de liberté individuelle que le « système » ne tente même pas de contraindre.

Sur-représentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux

Pour ce qui est de la problématique de la surreprésentation des personnes « racisées » dans les milieux carcéraux, il faut surtout revenir à la réalité des inégalités socio-économiques, qui entraînent des problèmes d’éducation, et ainsi de suite. Et comme je l’expliquais en introduction, cette situation concerne plus ou moins toute la population. Et s’il concerne plus certains immigrants et certains citoyens issus de l’immigration, nous avons constaté plus haut que ce n’est pas à cause d’un soi-disant système raciste, mais bien à cause d’un manque de volonté politique et de l’existence d’une tendance « raciste » (ou préférentielle pour les « de souches ») pour ce qui est de l’embauche dans les entreprises privées. Ainsi, il va de soi qu’une plus grande pauvreté se répercute dans les taux d’incarcération.

Aussi, concernant le même sujet, il serait tentant de réduire toute cette question au profilage racial dont on accuse les policiers. Cela doit assurément jouer un rôle sur le taux d’incarcération, mais il faut tout de même que ces individus soient trouvés coupables selon les mêmes règles et les mêmes lois que pour tous les citoyens. Et c’est bien dans ces règles et dans ces lois que se trouve le plus clairement cette idée de système. Il serait bien surprenant que cette commission réussisse à débusquer dans le système de justice, si même elle s’y attaque, un problème systémique de racisme.

Par contre, si on vise particulièrement les policiers, sans doute avec raison, il ne s’agirait pas encore d’un problème avec le système : il faudrait prouver que ce profilage est commandé directement par les autorités et inscrit officiellement dans les pratiques pour que ce soit un problème systémique. Mais on pourrait tout à fait le pointer comme étant un problème de culture. Et pour le régler, il faudrait s’attaquer encore plus à l’éducation et cela prendrait, encore, de la volonté politique…

Le manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles

Pour ce qui est du manque de représentativité des gens issus des minorités culturelles dans les sphères médiatiques, culturelles, politiques, etc., référer à un problème de racisme systémique est pour le moins hasardeux. À la base, on estime qu’il y a environ 12% de la population qui fait partie des minorités visibles. Et sur la seule base de ce pourcentage, il est facile de comprendre que les probabilités ne sont pas fortes pour une très grande représentativité. Enfin, pour la partie visible publiquement.

12%, cela représente un peu plus d’une personne sur dix, mais les personnes ne se séparent pas en plusieurs parties… Donc, si on n’a pas en tête ce pourcentage qui fait foi de tout, dans n’importe quel domaine où il est possible pour le public de constater la composition d’une équipe, il est bien facile d’arriver à la conclusion qu’il y a un problème de représentativité dans le cas où une équipe de moins de dix personnes ne se compose que d’individus « de souches ». Si on regarde simplement le milieu culturel, où des équipes de moins de dix personnes ne sont pas rares sur le devant de la scène, on n’a qu’à se pencher pour débusquer un problème où il n’y en a peut-être pas.

Mais nul doute qu’il y a un problème de représentativité, plus ou moins selon les milieux, même s’il est bien difficile de trouver des statistiques claires à ce propos. De toute façon, il n’y a pas beaucoup de sphères qui ont un lien direct avec ce système, supposément raciste. La plus évidente semble être la sphère politique et il va de soi que pour être représentatif, un parti politique se doit de travailler dans le sens d’inclure des minorités visibles. Alors prenons pour exemple le parti au pouvoir actuellement, celui-là même qui se réjouit de la tenue de cette commission sur le racisme systémique.

Selon un article paru le 24 mars 2017 sur le site du journal Le Devoir, « moins de 3 % des personnes [que le PLQ] a nommées à la fonction publique depuis son arrivée au pouvoir sont issues des minorités visibles ». Nous sommes en effet très loin de 12%, mais j’hésiterais encore à y voir une preuve de racisme systémique. J’opterais plutôt pour de l’hypocrisie (étant donné qu’il est le parti des immigrants). Et surtout, j’y vois la démonstration d’une dynamique de copinage : s’il y a si peu de nominations issues des minorités visibles, c’est évidemment parce que ces personnes ont moins de pouvoir et d’influence politique que les autres sur le terrain. Et qui dit pouvoir, dit argent. Ces nominations ne sont pas gratuites, elles sont décidées selon un calcul partisan. Et si on revient aux inégalités socio-économiques qui expliquent les plus grandes difficultés des minorités visibles, il est bien évident que cela se répercute dans le pourcentage des nominations et un peu partout dans la sphère politique.

Conclusion

Malgré ce qui vient d’être révélé, si le PLQ s’engage avec enthousiasme dans la voie d’une commission sur le racisme systémique, c’est qu’il pense être assuré de faire des gains politiques et qu’il ne se sent pas menacé. Nous pouvons donc penser que cette commission n’ira pas tellement jouer dans ses plates-bandes. Peut-être un peu, pour préserver les apparences. Mais ce qui est le plus probable, en regard de ce qui se joue en politique québécoise depuis le débat sur la charte, c’est que cette commission sera en fait le procès du nationalisme québécois. Parce que ce nationalisme, selon une vision partisane, est entre autres un héritage du PQ, et qu’il est réactualisé aussi par la CAQ, et qu’il est synonyme de cette tendance identitaire que le PLQ dépeint, avec l’aide de son vassal QS, comme étant la source de ce racisme dont on accuse à répétition le peuple québécois.

Cette commission sera donc le procès du peuple québécois – considéré à tort comme étant ce « système » – qui ne sera jamais assez « inclusif » à leur goût, puisqu’il tient encore trop au français et à sa culture, même si en vérité il est sur le chemin de l’abandon de sa spécificité, à la grâce des lendemains qui chantent en global-anglais, à la vertu d’un monde culturellement standardisé délaissant de plus en plus la diversité linguistico-culturelle au folklore. Ce sera le procès de cette majorité blanche francophone parce qu’elle se comporte encore trop en majoritaire, à trop vouloir que les nouveaux arrivants s’intègrent quasi totalement à la société d’accueil au lieu de se perdre dans le multiculturalisme ghettoïsant et anglicisant.

Mais il faut compter que cela ne se déroulera pas comme un vrai procès. Nous serons simplement placés devant la démonstration d’une culpabilité décidée à l’avance. Il faut le dire, ce procès aura pour but de rendre plus clair le flou de cette victime symbolique, cette personne racisée hautement discriminée, pour ensuite l’instrumentaliser. Cette commission lui donnera du corps et de la densité. Et elle pourra donc servir à donner le coup de grâce à toutes tentations nationalistes, ce qui d’autant enterrera le projet d’indépendance…

C’est pourquoi, entre autres, il faut combattre la tenue de cette commission. Et parce qu’elle est une perte de temps, alors que les solutions sont évidemment dans l’action, et déjà évidentes. C’est ce qu’exprimait récemment Marie-France Bazzo au 15-18, elle qui pense que cette commission « risque de devenir un enjeu électoral » :

C’est une consultation qui va jeter de l’huile sur le feu. Ça prend plutôt des mesures concrètes comme l’intégration des immigrants à l’emploi, la reconnaissance des équivalences et la francisation.

Sous le couvert d’une démarche vertueuse ayant pour but de lutter contre la discrimination, on offre en cadeau au PLQ un véhicule pour se rendre jusqu’à une réélection en 2018. Ne soyons pas dupes de cette manoeuvre politique.

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