Guérir de la partisanerie idéologique, c’est possible!

partisanerie-ideologique

Après l’avoir fait avec le populisme et l’émotivité, le prochain clou sur lequel je veux taper, c’est sur celui de la partisanerie. Qu’elle soit politique, ou plus particulièrement, idéologique. Parce que la libre pensée le commande, évidemment!

Si s’identifier à un parti ou à une tendance idéologique fait en sorte de passer par-dessus certaines choses ou de défendre certaines autres dans le seul but de défendre leur légitimité au lieu de défendre la recherche du vrai, il s’agit de partisanerie, et elle est nocive.

Nous avons tous des principes, des valeurs et des sujets qui nous tiennent plus à coeur. Pour tomber dans le piège partisan, il suffit de hiérarchiser la valeur de ces principes, valeurs et sujets par rapport à ceux des autres dans une dynamique de confrontation. Alors qu’il est évident que ce qu’elles valent n’a de sens que dans l’idéal et dans la valeur que l’on donne à son propre regard sur les choses. Dans toute société, système de relations – et non de relativismes -, il n’y a de valeur que dans les compromis.

Pour s’éloigner le plus possible de la partisanerie, je dirais qu’il faut analyser, soupeser, mesurer ces principes, valeurs et sujets de prédilection. Tout d’abord, il faut les mesurer à cette notion d’équilibre qui est très bien illustrée avec la phrase suivante : la liberté des uns se termine là où commence celle des autres. Ensuite, toujours en lien avec l’équilibre, il faut les confronter à cette idée que la noblesse de l’idéal d’égalité entre les humains, voire de leur dignité, sera toujours contrainte jusqu’à l’atteinte de cet idéal – inatteignable! – par le contexte social imparfait, chargé d’impondérables; donc qu’il vaut mieux les mesurer dans une optique réaliste pour ne pas tomber dans la partisanerie, qui se nourrit justement du cynisme. Et qui a malheureusement tendance à prendre ses rêves pour des réalités et à faire croire qu’il est possible de les imposer aux autres…

La liste pourrait être longue, mais en gros, ce qu’il y a à en dire, c’est que la partisanerie se guérit avec l’aide du souci de trouver un équilibre entre tous les grands idéaux – qui pointent par essence vers le bien-être, la pérennité et le progrès, quels que soient les moyens proposés pour les atteindre – et le fait de reconnaître l’incapacité de les atteindre rapidement. Aussi, pour y aller plus par la négative, le plus grand remède pour la partisanerie consiste à cesser de spécialiser ses dénonciations selon une logique allant de soi dans le cadre des catégorisations politiques et idéologiques reconnues. Voire même de ne pas essayer d’en inventer de nouvelles… Même si les gens ont tendance à classifier les discours dans ces cases, ce qui peut parfois être décourageant puisqu’elles semblent aimantées par la partisanerie, il faut essayer le plus possible d’en sortir soi-même pour décloisonner la pensée. Je dirais même plus, pour trouver des affinités inédites avec ces personnes qui sont enfermées dans ces cases qui sont par définition incompatibles avec les siennes, dans cette logique de la pensée en clans.

De grâce, il faut y arriver parce que la partisanerie est le cancer de l’évolution intellectuelle. Elle est un frein à la collaboration, à l’ouverture d’esprit et aux préjugés favorables envers les différentes façons de voir les choses, qui sont autant d’outils pour cerner le réel. Surtout, elle est un terreau fertile pour se complaire dans une tendance à la confrontation qui ne sert pas le bien commun, mais bien les lobbyismes idéologiques, politiques, culturels et religieux, les communautarismes de combat comme je pourrais les appeler. Ceux-là qui perpétuent la dynamique du pouvoir étant donné que le but ultime de la partisanerie est d’avoir raison dans sa supériorité autoproclamée et non de donner raison à cette idée désintéressée que la valeur de chaque humain n’est pas négociable pour arriver à ses fins.

Parce que la partisanerie, c’est ce qui veut faire de nous des soldats.

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L’élection de Donald Trump à l’ère de l’émotivité

Nous vivons une époque formidable. Et ceci n’est pas dit ironiquement. Le web social nous permet de tenir des conversations politico-sociales au-delà de nos cercles intimes, et à distance. Cette possibilité de plus en plus démocratisée encourage les prises de position du plus grand nombre, pour le peu qu’il y ait un intérêt, et du temps. Mais cela s’accompagne d’une contrepartie plus négative. Et cette contrepartie, c’est la tendance à appuyer ses réflexions et ses arguments sur l’émotivité, avec parfois comme conséquence le recours à l’insulte. Les raisons sont diverses : manque d’outils intellectuels, déficit de contrôle de soi-même, paresse ou égocentrisme, dans les cas extrêmes. Tout cela est normal dans un sens puisque la plupart des gens ne sont pas à l’aise avec les débats d’idées, surtout au Québec, où il est profondément culturel de ne pas aimer la chicane.

S’il n’y avait pas une certaine utilité à ces conversations, il n’y aurait aucun problème à ce que l’émotivité soit au coeur des échanges. Dans le sens où, ultimement, il y a moyen de découvrir et d’apprendre des échanges, d’acquérir des connaissances, donc d’évoluer collectivement : n’est-ce pas le but? Mais quand l’émotivité se met de la partie et souille tout ce qui se dit, ce que l’on peut surtout découvrir et apprendre, c’est le ressenti des gens. Il est certain que le ressenti est tout à fait d’à-propos et même doit idéalement se déployer quand il s’agit des relations intimes, mais ce n’est pas le cas dans les conversations à teneur politico-sociales. En réalité, la seule utilité au ressenti des gens dans le débat public est protocolaire. Elle concerne le décorum, la civilité, donc le fait que ce ressenti est une réalité à prendre en compte lors des échanges. Ce qui fait que la norme, pour le peu que l’on admette que le but est de se concentrer sur les idées, est que l’on doit discuter calmement en ayant en tête que les interlocuteurs sont des humains avec des émotions. De cette manière, idéalement, autant pour le fond que dans la forme, la teneur des discussions devrait être étrangère à la bassesse des sentiments pour pouvoir se maintenir à la hauteur du discernement.

En fait, quand elle s’immisce dans le débat public, la conversation émotive – conséquente de l’analyse émotive – est strictement un concours d’ego. C’est qu’en y ajoutant l’émotivité, le sujet le plus sérieux ne nous apporte plus rien qui vaille. On ne cherche pas la vérité en sa compagnie, on s’épuise plutôt à justifier sa posture, sa propre vérité sur mesure. Le fait de s’accrocher à notre vision bien personnelle des choses nous fait oublier que cette quête pour comprendre le réel se fait avec les autres, avec l’humilité du doute et surtout avec les faits disponibles, même quand malheureusement ils tendent à contredire notre opinion. Encore, il est flagrant que cette tendance à l’émotivité va à l’encontre de la rationalité, celle-là même qui devrait nous servir à regarder froidement le tableau d’ensemble pour pouvoir le mettre en perspective et arriver à un constat le plus juste possible.

Ce qui est le plus important, c’est qu’il faut comprendre que l’on doit le moins possible se baser sur son propre vécu pour analyser une problématique, à moins de pouvoir en extraire une portée universelle. S’il y a quelque chose qui est bien proche des émotions, c’est la mémoire, le vécu, avec tout ce qu’ils comportent comme possibilités de distorsions mentales et de pièges psychologiques, ce qui mène trop souvent à un système de pensée fallacieux, nourri par des dissonances cognitives. Et en cette époque où l’individualisme est de plus en plus roi, l’émotivité est devenue un droit, même un synonyme de liberté, un antonyme de responsabilité. Cette question sera décortiquée plus tard, mais avant, sautons dans le vif du sujet.

Donald Trump, aimant pour l’émotivité

La campagne électorale états-unienne et la victoire de Donald Trump avaient tout pour intensifier, voire hystériser, cette tendance à l’émotivité. Parce que le bonhomme a vraiment tout ce qu’il faut pour choquer. Il a dit tout ce qu’il fallait pour antagoniser et extrémiser les positions, tout pour se qualifier parfaitement dans le rôle de celui qui représente le mieux ce qu’il y a de pire en l’humain. Puisqu’il a fait des déclarations qui donnent à le penser, on le décrit comme sexiste, raciste, homophobe et les comparaisons avec l’arrivée au pouvoir d’Adolph Hitler en Allemagne ne manquent pas. Surtout, il a donné tout ce qu’il faut pour que la fin du monde soit réelle, enfin, en regardant la situation avec les lunettes noires des émotions.

S’il faut le spécifier, le but n’est pas ici, ni de près ni de loin, de prendre la défense de Donald Trump. Ce n’est pas le point. Mais ce qu’il faut absolument faire remarquer, c’est la forte tendance à analyser ce résultat électoral dans une perspective catastrophiste, voire sophistique, reléguant tous les faits et les analyses qui peuvent amoindrir le pessimisme ambiant de ce résultat électoral à un appui total pour Donald Trump. Comme les critiques envers Hilary Clinton d’ailleurs. On voit bien que dans l’émotivité, il n’y a pas de nuance qui tienne. On ne peut, actuellement, selon ce filtre, que pleurer sa vie ou se réjouir devant un monde qui bascule dans l’horreur. Même si dans les faits il a été élu avec une faible majorité dans un contexte de fort taux d’abstention, son élection est sans conteste selon ce chant macabre le résultat d’un vote sexiste, raciste et homophobe (les trois ou séparément, selon les tendances idéologiques). Il est impossible de le voir autrement, de creuser plus loin que ce constat déprimant, sous peine de devenir automatiquement un grand admirateur de Trump, un fasciste, un nazi et de se le faire marteler avec l’aide de l’argument de la honte. Pour faire un lien ironique avec une autre figure états-unienne, George W. Bush, le mot d’ordre du commentariat émotif est : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ».

Pourtant, si on se souvient bien de l’ambiance lors de l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, l’émotion était à la joie et à l’espoir, pas seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde. Est-ce que cela s’est concrétisé, est-ce que les États-Unis se sont particulièrement améliorés depuis? Sans doute un peu selon l’analyse des uns, pas du tout ou même qu’ils ont régressé selon l’analyse des autres. Mais surtout, ce qui ne s’est pas passé, c’est la révolution, dans son sens le plus extraordinaire, que laissait entrevoir toute cette émotion positive. Attention, il n’est pas dit ici que le résultat quelque peu décevant du règne d’Obama est garant du futur, dans le sens où Donal Trump n’ira obligatoirement pas là où on a peur qu’il aille, mais que baser son analyse et même son espoir sur l’émotion est inutile. Encore plus quand cela réduit Obama au Bien et Trump au Mal, laissant ainsi de côté la complexité du monde. Tous ces espoirs et toutes ces prières n’ont pas empêché Barack Obama d’être confronté à la réalité, aux faits, au jeu politique, à la dynamique nationale et internationale, aux contextes géopolitiques, etc. Ce qui ressort très bien de cette comparaison, c’est que l’émotion est aussi inapte à faire changer le monde que les croyances religieuses à l’expliquer. Et vice versa. Même que tout donne à penser que de se complaire dans l’émotivité relève du même réflexe psychologique que de se complaire dans la religiosité. L’émotivité est mauvaise conseillère quand il s’agit de regarder le monde. Et il y a sans doute un parallèle à faire avec le retour du religieux à notre époque

Jusqu’à la post-vérité, ou quand on outrepasse la vérité

Même si cette ère de l’émotivité nous apparaît de plus en plus clairement avec l’aide des événements récents, comme l’élection de Trump, s’il faut la circonscrire dans le temps, elle n’a pas débuté récemment. Selon toute vraisemblance, elle remonte au début de la démocratisation du web social. Et cela, quelque part dans le milieu des années 2000, quand la mode des blogues a été reprise dans les médias traditionnels, ouvrant ainsi plus amplement un rapport interactif avec le web, a contrario d’en être seulement spectateur. Il y a une adéquation assez manifeste entre le fait d’ouvrir médiatiquement à tous le débat public et le fait qu’il était strictement réservé précédemment à ceux qui étaient désignés et permis par les médias traditionnels (les professionnels comme le public – ce dernier via les lettres ouvertes). Il y a toujours plus d’éclairage sur ceux qui sont désignés par ces médias, mais on sent fortement l’influence du public, plus près de ses émotions, autant dans la forme que sur le fond des débats. Justement parce que ce changement de paradigme a profondément marqué le monde de l’information. Aussi, ce n’est pas un hasard si par exemple la popularité des vedettes du web repose beaucoup sur leur talent à exploiter l’émotivité, quelle soit positive ou négative, consensuelle ou polémique. Que ce soit une midinette qui fait rêver, à coups d’égoportraits, avec sa vie parfaite en apparence ou un vlogueur qui se spécialise dans le « pétage de coche » et la dramatisation à outrance, l’émotion est vendeuse. La popularité de la télé-réalité en est un autre bon exemple.

En regard de cette évolution technologique, cela ferait donc environ une dizaine d’années que cette tendance contamine de plus en plus l’espace des idées. Un bon indice de la vraisemblance de cette approximation, c’est que le dictionnaire britannique Oxford a choisi très récemment le nouveau terme « post-vérité » (« post-truth ») comme mot de l’année. L’article relayant cette nouvelle spécifie que « pour qu’un mot fasse son entrée dans cette vénérable institution, il doit avoir été utilisé dans les journaux ou les romans depuis au moins dix ans ». Et le plus intéressant, c’est qu’il a été choisi « en référence à une période où les faits comptent moins que l’émotion après le vote en faveur du Brexit ou l’élection de Donald Trump. » De même, l’explication de la signification du préfixe « post » pour créer ce néologisme participe à pointer encore plus finement le problème :

Plutôt que de faire simplement référence à une période postérieure à une situation spécifique ou à un événement comme dans «après-guerre», le préfixe post dans post-vérité a une signification proche de l’idée «d’appartenir à une période dans laquelle le concept spécifié est devenu sans importance»

Par conséquent, avec la post-vérité, on outrepasse la vérité, les faits, ce qui fait en sorte qu’un autre nouveau terme, « post-factuel », en est un bon synonyme. Heureusement, la complexification du monde trouve des mots pour se nommer, mais ce n’est pas toujours heureux, comme nous le verrons plus loin.

Individualisme et justice sociale

Cette tendance à l’émotivité n’est pas étrangère à cette autre grande tendance qu’est l’individualisme. Être plus centré sur l’importance de l’individu que sur l’importance de la collectivité ne peut que magnifier l’importance du ressenti de chacun quand il s’agit de regarder le monde et de choisir ses combats. Par exemple, selon ses propres valeurs, on choisira de défendre plus amplement ceux qui « travaillent fort » (selon le préjugé du mérite, basé sur la richesse matérielle et sur l’importance de la position sociale) ou plus amplement ceux que l’on aura identifiés, selon une analyse trop souvent arbitraire, comme étant des laissés-pour-compte, des victimes. Dans les deux cas, la vision individualiste des choses spécialise la notion des droits et libertés, dans son sens large, vers certains groupes au lieu de considérer cette notion dans son ensemble, pour tendre vers l’équilibre et la justice. Ainsi, cette tendance fait en sorte que des gens de gauche sont alors individualistes. Ce qui est quand même récent puisque la gauche, traditionnellement, pourfendait l’individualisme.

Par conséquent, maintenant, il est possible de faire rimer individualisme avec progressisme – de gauche, enfin d’une certaine gauche, qui n’aurait jamais dû pouvoir s’accaparer ce terme, d’ailleurs, puisqu’être de droite n’est pas nécessairement être contre le progrès social… Conséquemment, ce que l’on peut dire à partir de ce constat, c’est que ce progressisme de gauche individualiste se perd autant dans la défense ultime des droits et libertés individuelles (des minorités religieuses, particulièrement) que dans l’imperméabilisation de sa propre posture aux nuances extérieures. Et cela pourrait expliquer pourquoi il diabolise autant le nationalisme (ce que Donald Trump comme président des États-Unis représente le mieux actuellement, si ce n’est que trop en surface). Sans doute parce que cette notion politico-sociale du collectif compartimente et met à mal son idéal mondialiste, qu’il considère, à tort, synonyme d’amour universel. Mais dans les faits, cet idéal représente la mise en place d’un monde individualiste, d’une humanité atomisée, où l’importance des liens de proximité, donc la santé des cultures et des langues locales, est compromise. Si ce n’est que ces cultures et ces langues locales sont déjà en voie de disparition grâce à lui. Le fantasme du citoyen du monde n’est pas que fantastique…

Pour revenir encore plus près de Donald Trump, cette évolution individualiste du progressisme de gauche explique aussi très bien la mouvance états-unienne que l’on peut identifier avec le vocable « Guerriers de la Justice Sociale » (« Social Justice Warriors »), même s’il est péjoratif, dans la même veine que l’appellation « gauche régressive ». Et ce n’est pas parce qu’elles sont péjoratives qu’elles ne sont pas utiles. En gros, il s’agit des conséquences théoriques de la rectitude politique, du politiquement correct. Ce qui a résulté en de nouvelles manières de considérer les enjeux sociaux, en amplifiant, voire carrément en inventant des problèmes. Dans cette sociologie fictionnelle, visiblement inspirée par l’émotivité que suscite l’existence même des inégalités entre les êtres humains, les individus sont en concurrences, bien malgré eux, dans une dynamique de culpabilisation/victimisation démesurée. Comme indiqué plus haut, les penseurs de cette sociologie spécialisent la notion des droits et libertés selon leur choix de combat, ce qui est de l’individualisme. Ainsi, il ne pourrait s’agir d’une perspective équilibrée, collective, humaniste et surtout, réaliste.

Regardons quelques exemples. D’abord, la réalité de l’influence des cultures entre elles et de l’adhésion libre des gens aux symboles ou pratiques d’autres cultures devient la notion d’appropriation culturelle, interdite moralement quand il s’agit de l’appropriation des cultures minoritaires par des gens issus des cultures majoritaires. Dans le réel, un des problèmes avec cette victimisation/culpabilisation, c’est qu’elle fait en sorte d’encore plus minoriser ces cultures et de participer à la pérennité des cultures majoritaires, étant donné qu’il n’y a que ces dernières qui ne sont pas frappées d’un interdit. Dans cette logique poussée à l’extrême, les cultures minoritaires agonisent, faute de véhicule pour se perpétuer avec l’aide de l’échange culturel, dans ce monde globalisé. Tout cela alors que l’attrait des cultures majoritaires est grand par définition, le poids du nombre aidant.

Il y aussi l’islamophobie, cette accusation qui, sous le couvert de prendre la défense des musulmans – qui sont effectivement par certains amalgamés au terrorisme et à l’islamisme -, racialise et essentialise la diversité culturelle musulmane dans une vision rigoriste, stéréotypée, mais obligatoirement respectable de leur religion. Ce qui rend le tout imperméable à la critique, même provenant de musulmans. Donc, sa conséquence la plus manifeste, c’est qu’elle ralentit, sinon bloque, les démarches des musulmans réformistes qui veulent que leur religion s’adapte aux impératifs du monde actuel. Mais aussi, elle relativise le danger que représentent ceux qui travaillent à banaliser les ambitions juridiques, le dogmatisme prescriptif (ce qui règle la vie du pratiquant, autant dans la sphère privée que publique), le sexisme et l’homophobie intrinsèque à cette conception rigoriste de la religion musulmane, quand elle ne banalise pas carrément le terrorisme islamiste en interprétant bêtement sa critique comme étant une critique des musulmans.

Mais surtout, il faut pointer toute l’oeuvre des féministes de troisième vague. Celles-là qui, en décortiquant à l’excès dans le but de trouver le moindre rapport problématique entre les hommes et les femmes, en arrivent à justifier théoriquement le pire de ce que leurs prédecesseures féministes avaient exprimé, soit le désir d’émasculation sociale. Autrement dit, l’élimination culturelle du mâle, si ce n’est son élimination tout court, pour les plus extrémistes d’entre elles. Ce que ces nouvelles féministes font actuellement pour arriver à cette émasculation sociale, c’est de normaliser la culpabilisation des hommes et la victimisation des femmes en prenant en otage le champ du monde définitionnel à coups de néologismes, qui ont pour but d’officialiser ces théories dans le réel. Par exemple, tout avis d’un homme à propos d’un sujet qui concerne une femme ou les femmes est de la « mâlexplication » (« mansplaining »), bien sûr moralement interdite et donc moquée avec l’aide de l’appel à la honte, sans égard à la teneur des propos et aux possibles bienfaits d’une discussion ouverte à ce sujet. Et tout cela est propagé avec le pouvoir propagandiste des médias sociaux qui, par la répétition, donne vie à cette fiction où les hommes sont des loups et les femmes des brebis qui peuvent et doivent agir aussi comme des loups. Cela donnant en fin de compte un monde où l’ambiance est à l’indignation perpétuelle contre tous les hommes. Enfin presque : sauf contre ceux qui font idéologiquement les beaux devant cette imposture intellectuelle, par bonté d’âme. Ainsi, le féminisme n’est plus un combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes, mais une descente aux enfers des hommes d’aujourd’hui, parce que les hommes d’antan étaient des démons et qu’il faut bien que quelqu’un paye… et s’il s’agit d’hommes blancs cisgenres occidentaux, c’est encore plus payant!

En somme, en regard de tous ces exemples, cette tendance guerrière s’appuie sur une vision individualiste du monde qui ignore qu’elle est individualiste. Ce qui est pris pour un souci du collectif n’est en fait que le reflet d’une générosité égocentrique, qui prend la forme idéalisée de groupes à défendre, qu’ils soient culturels, ethniques, religieux ou sexuels, alors que le réalisme et les faits commandent des analyses et des opinions plus subtiles. Pour le dire métaphoriquement, cette indignation est du prêt-à-porter pour bien paraître en société et envers soi-même. De beaux habits moraux pour gens bons. Et presque heureusement, Donald Trump est là pour faire ressortir cette dynamique encore plus clairement, comme il a malheureusement rappelé l’existence de la droite raciste, xénophobe, homophobe et sexiste.

Un pied de nez au politiquement correct

En conclusion, l’élection de Trump, autant dans ce qui l’a permise que dans ces suites, peut être aussi vue, au-delà de ces nombreuses causes, comme un ras-le-bol devant toute cette émotivité exacerbée, devant cet individualisme spécialisé dans le « posturalisme », dans la manie posturale. Malgré tout le mal que nous pouvons en penser, il est possible de voir aussi dans ce résultat un immense pied de nez au politiquement correct et à ses dérivés/dérives. Celui-là même qui sclérose depuis trop longtemps le débat public états-unien, et par extension, celui du monde occidental, laissant la peur de nommer les choses prendre le dessus sur la dynamique voltairienne de la liberté d’expression et surtout, sur la rationalité. Dans un sens, il est bien dommage que ce résultat pousse au-devant de la scène un être qui donne autant une impression d’irrationalité; sur laquelle s’est visiblement accroché tout ce pessimisme apocalyptique, nourri par l’émotivité. Mais le futur nous donnera sans doute l’occasion de mesurer cette impression à l’aune de la réalité et donc des faits, que cela soit agréablement surprenant ou décevant, selon les perspectives de chacun.

Cela, en espérant que ces perspectives accouchent plus amplement d’analyses originales, profondes et intelligentes que de hoquets provoqués par la partisanerie idéologique des plus extrémistes, autant à gauche qu’à droite. La nuance, c’est tout ce que nous avons pour calmer l’affolement du monde. Et prière de ne pas confondre la nuance avec le relativisme.

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Projet résidentiel pour musulmans : Hérouxville sort de ce corps!

blason_ville_ca_herouxvilleOn se souvient du code de vie d’Hérouxville. En réaction au débat sur les accommodements raisonnables, un conseiller municipal de cette petite ville de Mauricie, André Drouin, avait proposé un code de conduite à l’attention des immigrants (visiblement les musulmans). Bien sûr, il avait été vertement critiqué.

Actuellement, il est question d’un projet résidentiel pour musulmans. Le promoteur, Nabil Warda, cherche un terrain en Montérégie pour y construire, dans une première phase, une dizaine de maisons. Mais son « objectif est de réunir 100 familles musulmanes ». Là où il y a un parallèle à faire avec Hérouxville, c’est quand le promoteur expose sa vision du « vivre ensemble » à l’intérieur de la future enclave :

Nabil Warda affirme qu’il n’est pas fermé à ce que quelques non-musulmans intègrent le projet, à partir du moment où ils ont « des valeurs communes ».

Mais dites-moi, quelle est la différence entre le code de vie d’Hérouxville et cette idée d’accueillir des non-musulmans à condition qu’ils aient « des valeurs communes »?

Pour ce qui est d’Hérouxville, l’accueil des immigrants potentiel dans ce petit village, que certains ont qualifié de « consanguins », n’est aucunement conditionnel à quoi que ce soit. Ledit code de vie n’est pas prescriptif, mais bien informatif, dans toute son absurdité : il est déjà criminel de lapider, de brûler vive et d’exciser des femmes. C’est le fait de vouloir le rappeler de cette manière qui frappait l’imaginaire…

Quant au projet résidentiel pour musulmans, il est dit clairement que l’accueil d’individus extérieurs à la communauté est conditionnel et que cette condition est liée à leurs valeurs, enfin celles de ce Nabil Warda et de sa communauté religieuse (pour ne pas faire d’amalgame : tous les musulmans n’ont pas pour fantasme de se ghettoïser, même si la politique canadienne du multiculturalisme les y encourage).

Deux poids deux mesures?

Si on se souvient bien, ce qui avait frappé l’imaginaire avec l’histoire d’Hérouxville, c’est qu’on avait l’impression qu’un petit village de Québécois blancs francophones se braquait contre l’immigration en utilisant ce projet de code de vie pour comparer négativement, par l’exagération, leurs valeurs à celles des musulmans. Et à terme, toujours dans le mode des perceptions, pour les décourager de venir s’y installer.

Désolé, mais ce projet résidentiel pour musulmans en est la réalité. Par contre, il est certain que ce Nabil Warda ne sera pas goudronné et emplumé comme l’a été André Drouin. Pourquoi? Parce qu’il existe une accusation nommée « islamophobie » pour protéger le premier. Elle empêche d’analyser équitablement les deux situations sans inclure Nabil Warda (et sa communauté) dans la catégorie des victimes et André Drouin (ainsi que tous les Québécois blancs francophones) dans la catégorie des coupables. Puisque de le faire comme je le fais, c’est oublier que la société d’accueil, que la majorité est toujours coupable de tyrannie…

Trêve de sarcasme, mais cette tendance à se regrouper en communautés, ce n’est pas une bonne idée. Enfin, si on pense comme moi que pour outrepasser la tolérance (qui n’est pas l’acceptation), il faut bien se côtoyer tout autant dans des rapports de proximité géographique que dans la proximité virtuelle que nous offre le monde du web. On trouvera toujours assurément de bonnes raisons de les défendre, mais cela vaut aussi pour les autres enclaves déjà mises en place, autant les communautés religieuses qu’autochtones, voire homosexuelles…

Ce qui me fait penser que ces regroupements communautaires sont dans la même veine que les « safe spaces », ou bulles sécuritaires, cette tendance à désirer des espaces idéologiques exempts d’agents antagonistes. Du genre qu’une réunion féministe interdira la présence d’hommes ou qu’une association universitaire mettra en place des mécanismes pour exclure les propos contraires à ses idées. À mon sens, ce n’est qu’une solution paresseuse pour se cacher de la complexité du monde. C’est le règne de l’émotivité. Ce qui est triste puisque même si ce n’est pas toujours facile, il faut bien être confronté à l’adversité du monde pour espérer y trouver de la compréhension mutuelle et des terrains d’entente.

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Mindfuck for SJW

trump-mindfuck-sjw

MINDFUCK : quelque chose comme un paradoxe cognitif. Provoque très souvent le rire ou le sourire chez l’être humain normalement constitué. Mais si ce paradoxe représente une contradiction pour la pensée dogmatique, elle se réfugie majoritairement dans le faux-fuyant puisqu’un dogme est, par définition, incontestable.

SJW : « Social Justice Warriors », que je traduis par « Guerriers de la Justice Sociale ». Soit, des individus idéalistes qui désirent un monde meilleur – qui militent même activement pour cela -, mais qui font l’erreur logique d’analyser le monde et de chercher des solutions, non pas en se basant sur le monde réel (avec un oeil objectif, voire même indulgent), mais sur un monde fantasmé par leur idéalisme (donc avec un oeil subjectif et accusateur). Ils représentent la frange dogmatique du progressisme.

(Image tirée de cet article : http://www.washingtontimes.com/news/2016/nov/2/donald-trump-holds-high-flag-gay-equality/ via Steve E Fortin)

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… des votes mâles blancs.

(AP Photo/Matt Rourke)

AP Photo/Matt Rourke

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Prédiction!

couillard-sourd

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Radicalisation : c’est la faute de la charte!

Détail - Couverture du document « Radicalishow » publié par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

Détail – Couverture du document « Radicalishow » publié par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

Débusquer des coupables. Quitte à inventer, quitte à maquiller. À gros traits.

Après le témoignage de deux ex-radicalisées qui disaient d’un même souffle que la charte du PQ avait été le point culminant de leur radicalisation, voilà qu’une bande dessinée, inspirée par sept ex-radicalisés, dit la même chose. Le fait que le gouvernement Couillard chapeaute cette dernière initiative lui donne une couleur partisane qui n’est pas des plus joyeuses. Et ce qui est le plus étrange, c’est que jusqu’à maintenant les démarches qui ont été entreprises pour contrer la radicalisation, incluant l’étude auprès des cégépiens, qui devraient logiquement se concentrer sur l’islamisme, n’ont fait que l’occulter en pointant l’éclairage ailleurs.

Ceux qui applaudissent ces supposées preuves de la très grande faute de la charte devraient avoir honte. Non pas parce qu’ils ont été contre cette charte, mais parce qu’ils ont transformé ce désaccord en hystérie collective, ce qui ne pouvait que faire déraper le débat. Et l’antagoniser. Parce que malgré leurs bons sentiments, ce sont bien plus eux qui ont participé à leur radicalisation, en tout cas sur place au Québec, à l’exception des agents de radicalisation islamistes. La raison est simple.

C’est qu’en participant à donner l’impression que cette charte (bien sûr maladroite politiquement) était radicalement islamophobe, ils ont fait gonfler le sentiment d’exclusion des musulmans, enfin certains, surtout les plus pratiquants d’entre eux. Ces anti-chartes ont été des amplificateurs et des transformateurs. Ils ont amplifié la xénophobie et le racisme qui étaient tapis dans la marginalité et ont transformé cette valeur laïque, ce désir de neutralité effective, autant pour le fond que pour la forme, en exclusion.

Donc, si ces ex-radicalisés ont remarqué une recrudescence d’insultes à leur endroit durant l’épisode du débat sur la charte, c’est bien plus parce que les réactions délirantes des anti-chartes ont envoyé le signal que tous les musulmans étaient contre cette idée de laïcité interdisant les signes religieux, alors que ça semblait loin d’être le cas. Ce qui a donné du courage et de la légitimité aux xénophobes et aux racistes pour penser et dire, preuve à l’appui, que tous les musulmans ne veulent absolument pas laisser minimalement de côté leur religion et s’intégrer…

Dans tout ça, les vraies victimes, ce sont les immigrants musulmans laïques, démocrates, qui sont pour une réforme de l’islam qui ferait en sorte que leur religion soit en phase avec le mode de vie occidental. Ils sont pris entre leur désir de vivre en paix dans une société libre du religieux et des coreligionnaires en détresse, ce qui ne doit pas être facile à vivre.

En somme, si ce débat n’avait pas pris une tangente radicalement émotive et nourrit les généralités abusives, l’ambiance québécoise n’aurait pas pris une teinte aussi sombre et donné cette impression de rejet, ce qui semble avoir influencé cette radicalisation. Un débat rationnel aurait au contraire permis d’expliquer les enjeux de la laïcité, que cela ne concernait que la sphère civique et non l’espace public, etc. Si ce projet de charte est coupable, c’est d’avoir suscité le débat. Et ce débat, nous avions l’opportunité de le mener dans le calme et de manière posée. La grande défaite, c’est de ne pas y être arrivé et d’avoir ainsi mis dans la tête de certains que cette société n’avait pas besoin d’eux pour continuer de se construire. Et que la destruction était l’ultime solution.

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Halloween à l’année…

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Étude sur la radicalisation – Une forêt pour cacher un arbre

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Une étude arrive à la conclusion qu’« Immigrés et croyants ne courent pas plus de risques de se radicaliser », et donc, que « le fait d’être croyant protègerait les fidèles bien plus que cela ne les pousserait vers la violence. Pourquoi? La religion est souvent un vecteur d’espoir, explique Mme Rousseau [la directrice de l’étude], qui permet de donner un sens à la vie et de sentir qu’on appartient à quelque chose, ce que les jeunes à risque n’arrivent souvent pas à faire. » Ceci est la preuve que si l’on veut faire dire quelque chose à la réalité, elle nous donne ce que l’on veut si l’on sait bien s’y prendre. Ainsi, la réponse à un problème radical de religion est que la religion est bienfaisante. Tout s’annule, tout s’aplanit et le problème se déplace ailleurs.

Mais il faut regarder plus loin. En faisant mine de chercher des faits utiles pour aider à régler un problème important, cette étude avait visiblement pour but de développer une forêt pour cacher un arbre. Et cet arbre, le noeud du problème, c’est la problématique des jeunes cégépiens qui se sont radicalisés. Pas à l’anarchisme qui casse parfois des vitres, pas à l’environnementalisme qui argumente fortement, pas au véganisme qui sauve parfois des homards de l’ébouillantage, mais au djihadisme, cette branche de l’islamisme qui croit aux moyens de la lutte armée, de la violence, aux attentats terroristes pour arriver à ses fins.

Donc cette étude, au lieu de viser chirurgicalement les cégépiens à risque de tomber dans le piège djihadiste, a visé tous les cégépiens et toute la « radicalisation », comme si ce concept n’était pas déjà assez flou pour sonner l’alarme. Mais bon, il ne faut pas se surprendre que le problème ait été analysé dans un sens trop général quand le gouvernement l’a lui-même défini comme une généralité dans son plan « La radicalisation au Québec : agir, prévenir, détecter et vivre ensemble »
:

La radicalisation est définie comme un ensemble de gestes qualifiés d’« extrêmes » ou qui découlent d’une interprétation plus littérale des principes d’une idéologie politique, religieuse, culturelle ou économique, comprenant la volonté d’utiliser, d’encourager ou de faciliter la violence. L’action préconisée par le gouvernement du Québec s’inscrit dans une démarche de prévention, notamment afin de contrer les facteurs pouvant mener à l’émergence d’actions et de discours prônant la violence et contraires aux valeurs démocratiques.

Une étude relativiste

Ainsi, ce gouvernement qui a pour principe le relativisme avait déjà commencé à planter des arbres, cette étude ne fait que continuer de garnir la forêt. Peut-être, et je dis bien peut-être, que c’est le politiquement correct, dans son sens le plus positif, qui a fait en sorte que le problème de la radicalisation a été posé de cette manière, mais à voir comment la balle a été prise au bond par ces chercheurs, on peut douter du bien-fondé idéologique de cette étude alors que le problème crucial n’en est même pas un de perception. On aura eu beau déboulonner le mythe comme quoi les immigrants croyants seraient plus à risque de se radicaliser, ça n’empêchera pas pour autant les fous d’Allah, qui ne font pas de discrimination quand il s’agit de chair à canon et de chair tout court, d’essayer de recruter des jeunes à risque dans les cégeps, d’une manière ou d’une autre. En fait, cette étude ne fait que répondre à ce supposé problème d’islamophobie systémique que l’on ne cesse de nous seriner un peu partout. Faut-il vraiment aligner toutes nos ressources et toutes nos énergies disponibles pour contrecarrer les moins futés d’entre nous qui ne peuvent que voir des terroristes en puissance dans tous les immigrants d’origine arabo-musulmane? Perte de temps.

Sinon, n’est-ce pas de l’aveuglement que de prendre un échantillon de cégépiens volontaires et non ciblés, donc très large et très varié, plus féminin que masculin, via un questionnaire internet, pour arriver à « prouver » qu’« Immigrés et croyants ne courent pas plus de risques de se radicaliser » alors que la question de fond de cette étude n’était même pas d’arriver à une conclusion en lien direct avec le problème réel, le djihadisme, l’islamisme militant, mais avec une radicalisation outrancièrement floue? Et un des résultats principaux de cette étude, c’est que les jeunes sont plus influençables et plus impulsifs que les plus vieux. Ça prenait vraiment tout un panel de spécialistes pour arriver à cette évidence?

Des fruits empoisonnés

Mais il y a plus grave. Dans l’optique où cette question de la radicalisation est comprise par le plus grand nombre, puisque c’est la réalité, comme étant en lien direct avec des jeunes qui sont partis outre-mer se joindre aux djihadistes, le résultat de cette étude envoie le message qu’il n’y a en fait aucun problème, si ce n’est que les non-croyants natifs du Québec ont plus de chance de tomber dans le piège d’une radicalisation ou d’une autre… Mais qui ne se souvient pas que tout ce branle-bas de combat contre la radicalisation s’est cristallisé après l’histoire de ces jeunes qui ont fait des problèmes dans un cégep? Faudrait-il que je masque le fait que c’était en lien avec des individus visiblement islamistes autour d’une salle de prière fréquentée principalement par des musulmans pour ne pas me faire traiter d’islamophobe?

Donc, le problème principal avec cette étude c’est qu’elle a cherché la radicalisation en général (alors que le problème n’est pas tellement général, mais bien plus particulier à l’islamisme) chez les étudiants en général. Ce qui a fait en sorte qu’un étudiant athée qui cautionne par exemple le recours à une certaine forme de violence anarchiste, comme le vandalisme, s’est retrouvé à donner des points à cette idée que la religion protège… Récapitulons : une étude sur la radicalisation menée dans des cégeps, à la suite de problèmes de radicalisation islamiste dans des cégeps, qui n’a pas visé particulièrement en amont le problème de l’islamisme dans les cégeps ni proposé en aval des solutions pour prévenir le problème de l’islamisme dans les cégeps. Autrement dit, c’est planter des arbres aux fruits comestibles autour d’un arbre aux fruits empoisonnés. Et on annonce à la population que c’est une forêt enchantée, libre de danger et qu’ils peuvent aller s’y promener gaiement main dans la main en chantant. Sans boîte à lunch.

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Un populisme de gauche

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Le populisme est un sujet à la mode et il faut battre le fer quand il est chaud. Selon le dictionnaire Antidote, le populisme est premièrement une « Attitude politique consistant à satisfaire les revendications immédiates du peuple. » Dans Wikipédia, le terme est pointé comme étant « régulièrement employé dans un sens péjoratif, synonyme de « démagogie » ». Et par démagogie, on entend cette idée de « Politique par laquelle on flatte, excite les passions populaires pour accroître sa popularité. » Donc, toujours, le terme est utilisé pour dénigrer, très souvent avec raison, des discours de droite. Pourtant, il existe un populisme de gauche tout aussi démagogique qu’il serait bien de pointer aussi, puisqu’il en mène large, et au gouvernement, et dans les médias, traditionnels comme sociaux.

Le raccourci de la tolérance

S’il est possible de définir sommairement le populisme (et la démagogie) dans un sens large, il serait judicieux de le faire en y incluant l’idée de raccourci. Les populistes font des raccourcis pour que se rejoignent le plus rapidement possible leurs buts et une adhésion du plus grand nombre (que cela fonctionne ou non). Ce qu’ils tentent de faire, c’est d’utiliser le plus petit dénominateur commun pour faire avancer leur cause. Dans le cas des populistes de droite, on utilisera par exemple la peur de ce qui est étranger, plus ou moins présente chez l’humain, pour rallier le plus de gens possible à leurs idées politiques. Et cet exemple n’est pas fortuit, vous le verrez avec ce qui va suivre. Pour ce qui est des populistes de gauche, au lieu de la peur et de la crainte, on utilisera la compassion, la tolérance, l’empathie…

Certains auront le goût de rétorquer : non, non et non, la peur et la crainte sont des sentiments humainement négatifs, alors que la compassion, la tolérance et l’empathie sont des sentiments humainement positifs; donc cela n’est pas comparable. En vérité, le populisme est négatif parce qu’il instrumentalise un rapport simplificateur au peuple, basé sur le raccourci, sur l’absence de nuance, sur le nivellement par le bas. Que son objet soit la peur ou la tolérance, cela n’y change rien. Que sa forme soit simple ou de niveau universitaire, cela importe peu. Et le peuple, ce n’est pas que la partie analphabète, les gens éduqués en font aussi partie.

Se jouer du peuple

Dans l’optique où l’on est convaincu qu’il est utile de dresser un portrait juste de la société avec l’aide des faits, d’analyser le plus objectivement possible les rapports entre ses éléments et de trouver des solutions logiques à ses problèmes, il n’y a pas de différence entre l’instrumentalisation du peuple faite au nom de l’ouverture à l’autre ou de la peur de l’autre. Les deux approches éloignent également de la recherche d’une vérité factuelle et de solutions efficientes. Instrumentaliser le peuple, que ce soit ceux de gauche, ceux de droite, de centre, progressiste, conservateur, ce n’est jamais les accompagner pour qu’ils prennent réellement part à la discussion démocratique. Ce n’est jamais tendre vers la réalité alors qu’il faudrait qu’ils comprennent bien les enjeux : on les met en jeu, dans le jeu, pour se jouer d’eux.

Autrement dit, le populisme de gauche utilise le bon fond de compassion des gens, l’envie d’être tolérant et la tendance empathique de l’humain pour arriver à ses fins. Il ne sera jamais question ici de diaboliser ces populistes – ni non plus les populistes de droite -, mais de montrer qu’ils ne sont pas utiles quand il s’agit d’avoir un débat public sain et constructif. Quand un populiste de gauche condamne en bloc tout ce qui n’a pas que des mots doux et tendres envers le « melting-pot » diversité-culture-religion-immigration – autant les réels racistes/xénophobes que ceux qui en font des critiques éclairées et surtout constructives -, il n’y a pas de doute qu’il croit bien faire. Le problème, justement, c’est qu’il croit bien faire. Et comme on le sait, quand la croyance dogmatique prend le pas sur l’examen des faits, en cette ère post-factuelle, comme le soulignait récemment Normand Baillargeon, il n’y a pas de discussion possible entre ceux qui croient bien faire et leurs ennemis : ceux qu’ils croient mal faire.

Les visages du populisme de gauche

Le populisme de gauche a plusieurs visages. Il y a les rustres qui collectionnent les phrases-chocs illustrant des bons sentiments tout en ayant l’insulte facile quand quiconque tente d’argumenter avec eux. Parce que posséder de bons sentiments en guise d’argumentaire, cela permet visiblement de se dédouaner de l’impératif du civisme (et de l’écoute). Bien armés de leur complexe de supériorité morale, ils ont un sens de la vertu tellement imperméable au doute que le simple fait de mettre un bémol à leur système de pensée est équivalent à les envoyer paître. Donc ils ne se gênent pas en retour pour au minimum ridiculiser, au maximum bloquer, quand ils le peuvent. Bien qu’ils n’en aient pas conscience, leur posture est aussi simpliste que celle de Georges Bush qui disait : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ». Quiconque a déjà remis en question, sur un média social ou l’autre, les dogmes de la gauche qui idéalise à outrance les questions touchant la diversité, la culture, la religion et l’immigration a une idée très claire de qui il s’agit.

Il y a aussi ceux qui portent un masque plus verni, plus poli, et qui ont un bel enrobage intellectuel pour mettre au chaud leurs bons sentiments. Mais leur complexe de supériorité morale est aussi solidement ancré que les autres. Par contre, ceux-là veulent donner l’impression qu’ils sont généreux de leur patience envers leurs ennemis en argumentant avec eux au lieu de simplement les envoyer promener, mais c’est de la fraude intellectuelle. Il n’y a pas d’ouverture au dialogue, tout est joué d’avance, leur idée est déjà faite. Ils ne font que consolider leurs appuis en répétant ce qu’ils veulent que les rustres décrits plus haut apprennent par coeur, pour qu’ils puissent le répéter à coups de slogans pour mieux convaincre d’autres gens par les bons sentiments.

Il existe un bel exemple récent de tout cela. Un dénommé Xavier Camus, connu pour être un professeur de philosophie, s’est permis un long statut Facebook (voir la capture d’écran à la fin du texte) pour dénoncer un projet auquel j’ai participé, soit le livre « L’islamophobie », publié par les éditions « Dialogue Nord-Sud », dirigé par Karim Akouche. Son argumentaire consistait sommairement à faire ressortir un lien entre ce livre et « les identitaires », en le marquant négativement de ce sceau. Premièrement, il me faisait dire, citation à l’appui, que je militerais pour une réhabilitation de l’épithète « identitaire » (ce qui est en soi un grave problème pour les populistes de gauche) alors que je ne faisais que pointer la donnée factuelle de la charge négative du terme « identitaire » versus la charge positive du terme « inclusif » dans le débat actuel. Tout cela dans l’optique où ce sont les « inclusifs » qui se sont accaparés ces terminologies pour magnifier leur position et diaboliser celle de leurs ennemis idéologiques, dont je fais partie. En fait, Xavier Camus pointait des écrits provenant d’un de mes billets, « Une trêve entre les inclusifs et les identitaires? », ce qui n’avait aucun lien avec le livre « L’islamophobie », mis à part que j’en suis un des auteurs.

Encore, pour arriver à appuyer son point, qui est de prouver que ce livre n’est qu’un projet « identitaire », donc islamophobe, donc à pourfendre absolument, il fait un lien avec le conservatisme de droite en pointant Mathieu Bock-Côté et Richard Martineau, qui ne sont aucunement liés au projet, ni de près ni de loin. Aussi, le professeur de philosophie pointe le fait que la « publication fut d’ailleurs promue à l’émission radio de Duhaime et Drainville […] en plus de circuler sur les réseaux sociaux, chez les pro-chartes des valeurs et nombre d’admirateurs du Front national… » Pour qui connaît un peu la rhétorique, voici déjà quelques arguments clairement fallacieux à se mettre sous la dent. Mais la cerise sur le gâteau est que le critique n’a aucunement lu le livre en question. Le texte aurait pu s’arrêter à la phrase précédente, quelle chute!

Donc Xavier Camus ne l’a pas lu et son but était clairement que ses brebis ne le lisent pas. Mais pourquoi? Par peur que certaines se laissent convaincre? Que ce livre puisse nourrir le débat public avec ses arguments? Qu’il puisse montrer que les critiques de l’islam-isme ne sont pas que des racistes/xénophobes faciles à contredire? Et surtout, que ce livre puisse montrer que la gauche « inclusive » ne possède pas la science infuse en ce qui a trait aux questions de diversité, de culture, de religion et d’immigration, puisque cette notion d’islamophobie les regroupe toutes et qu’il est possible de la remettre en question avec des arguments rationnels?

Un esprit du débat public sain dans un corps social sain

S’il faut le répéter, pointer cette idée de populisme de gauche a pour but de promouvoir un débat public sain. Parce qu’actuellement, il est surtout constitué d’insultes, de procès d’intentions et de dialogues de sourds. Certains pourraient me reprocher de tomber dans l’insulte avec ce texte, mais tout ce que je fais est de pointer une réalité, quand bien même elle peut faire mal. Ce que je veux partager et faire comprendre ici, par souci d’équité, c’est que ce débat public malsain n’est pas que de la faute de la droite, contrairement à ce qu’on semble vouloir faire ressortir dans les médias en reliant le populisme exclusivement à la droite. À gauche comme à droite, il y a des gens fermés au dialogue qui ne font que vomir du contenu idéologiquement prémâché et qui n’ont que de la haine verbale et que de l’exclusion comme réponse à la diversité des opinions.

On devrait pouvoir arriver à se parler quelque part entre des gens bons qui se battent contre des jambons.

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Trump vs. Clinton

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Bon aryen

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Une trêve entre les inclusifs et les identitaires?

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Dans Le Devoir, Roméo Bouchard et Jean-François Hotte lancent un cri d’alarme  :

Nous invitons les chroniqueurs et influenceurs du Web à doser leurs interventions sur la question identitaire et les signes religieux. Nous invitons les différents intervenants de gauche comme de droite, inclusifs comme identitaires, à réfléchir sur l’utilité de ce débat, à modérer le ton à adopter et à éviter de lui donner une place disproportionnée dans notre société.

L’intention est bonne, il faut l’applaudir. Et ce n’est pas comme si je n’avais pas déjà essayé quelque chose au début de l’année, alors que j’espérais « que le Québec se recolle, au moins un peu, juste assez pour pouvoir se respecter ». Par contre, il y a un problème de fond dans ces deux dénominations, « inclusifs comme identitaires », qu’il faut relever avant de pouvoir passer à autre chose. Parce que ces dénominations sont tendancieuses à la base et qu’il faut les expliquer dans le contexte, du point de vue des supposés « identitaires pour l’exclusion » dont je ferais partie, avec tout plein de gens biens qui ne méritent pas de se faire constamment traîner dans la boue. C’est ce que je tenterai de faire dans les lignes qui vont suivre.

Un combat inégal

On le sait, tout cela part d’un débat qui tourne autour des questions touchant à l’immigration et à la religion, mais qui prend plutôt des allures de combat à mort entre deux clans plus ou moins monolithiques. Et par extension, à propos des questions d’identité et de valeurs communes, entre autres et surtout à propos du fait français, de la culture québécoise, de la laïcité et de l’égalité homme-femme. Ironiquement, toutes ces problématiques sont emballées dans un même paquet cadeau qui a pour dénomination « question identitaire ». Encore, ce regroupement de sujets n’est pas à compte nul puisqu’il marque positivement ou négativement les gens selon leur point de vue par rapport à un ou à l’ensemble des sujets qu’il contient.

Ce qui fait en sorte qu’il y a d’un côté « les identitaires ». Ceux qui sont critiques de l’immigration et de la religion, ceux qui défendent la pérennité du fait français et de la culture québécoise. Et qui sont pour une laïcité plus républicaine, ainsi que pour une vision de l’égalité homme-femme qui ne se laisse pas attendrir par le relativisme culturel. Donc, ceux qui considèrent que la discrimination envers les femmes n’est pas plus acceptable parce qu’elle provient d’une culture/religion étrangère. Tout cela, dans une optique majoritairement ouverte et inclusive, mis à part pour ceux à qui l’on pense en premier quand il est question de « repli identitaire ». Justement, il n’est pas question ici de taire l’existence même des gens qui effectivement rejettent carrément l’immigration et les immigrants par peur de voir l’identité québécoise se noyer dans les cultures étrangères. Ainsi, le terme « identitaire » est pensé premièrement pour pointer ces derniers alors qu’en réalité il pointe beaucoup trop largement, ce qui est pratique quand on est à court d’arguments…

Et de l’autre côté, il y a « les inclusifs ». Ceux qui ne peuvent que voir les problèmes des immigrants, surtout par rapport au respect de leur culture/religion, et accessoirement leurs problèmes socio-économiques. Et cette problématique prend pour eux forme humaine dans l’archétype de l’« identitaire », représentant assumé et fier de l’Occident, le Grand coupable. Ce qui fait en sorte que la place de l’immigration et des immigrants dans la société québécoise est un sujet tabou et le fait de l’aborder est minimalement suspect, quand cela n’est pas grandement condamnable. Dans cette optique, et parce que nous serions tout à fait dans un monde de citoyens globaux, la question de la pérennité du fait français et de la culture québécoise leur est totalement étrangère, pour les plus extrémistes, comme un vague souvenir un peu honteux. Et pour ce qui est de la laïcité et de l’égalité homme-femme, la laïcité ne devrait pas aller assez loin pour interdire un signe, et ostentatoire, et sexiste envers les femmes… Il va sans dire que cette posture est pour l’inclusif le bon sens puisqu’elle est conceptualisée comme étant un sens du respect suprême, sans possibilité de nuance ni de bémols, à la manière d’une Vérité révélée. L’inclusif s’autofélicite d’être inclusivement du côté du Bien.

Comme vous pouvez le voir, au-delà de mon sarcasme, le combat est inégal puisque le terme « identitaire » est chargé négativement tandis que le terme « inclusif » est chargé positivement. Les « identitaires » doivent se défendre d’être des identitaires dans un sens négatif et, oui, comme le soulignent Bouchard et Hotte, ils utilisent parfois le terme « inclusif » pour insulter les inclusifs. Ce qui est tout de même ironique puisqu’en l’utilisant comme insulte ils avouent, dans un sens, en tout cas dans celui de la perception, qu’ils ne sont pas inclusifs… Voyez-vous le piège?

Des concepts à géométries variables

La dénomination « les inclusifs » est apparue à la suite de la création du regroupement « Québec inclusif », en réaction au débat qu’a suscité le projet de charte des valeurs/de la laïcité qu’a déposé le Parti Québécois en 2013, alors qu’il était au pouvoir. Pour ce qui est de la dénomination « les identitaires », il est difficile de la circonscrire dans le temps, étant donné qu’elle date et qu’elle a été utilisée à plusieurs sauces. Par contre, on peut dire que son utilisation s’est amplifiée avec le débat pointé plus haut.

Le problème, et la réalité, c’est que les inclusifs se sont approprié le qualificatif « inclusif » même si ceux qu’ils ont nommés « identitaires » dans un sens négatif et insultant sont, dans les faits, simplement inclusifs différemment. Ne pas être d’accord avec les idées de quelqu’un, qu’elles soient causales ou inspirées d’une culture ou d’une religion, ce n’est pas l’exclure, bien au contraire, c’est plutôt ouvrir le dialogue. L’exclure serait de demander carrément son expulsion sur la base de sa seule différence, sans s’ouvrir à la possibilité d’un terrain d’entente (comme celui d’au moins respecter un règlement laïque par exemple). Malheureusement, l’inclusif voit dans l’affirmation du désaccord une raison suffisante pour qualifier mesquinement d’« identitaire ». Et il y est arrivé avec l’aide de la force sémantique de l’appropriation qualificative, qui magnifie sa position tout en diabolisant celle de l’adversaire, donc extrémise moralement par ce procédé les deux positions.

C’est qu’il ne suffit pas de montrer qu’un ou plusieurs « identitaires » sont effectivement racistes/xénophobes pour prouver que tous ceux qui sont pointés comme « identitaires » le sont. Le processus de généralisation ne réussit pas à tous les faire rentrer dans le moule identitaire si on les analyse selon une grille rationnelle, exempte d’erreur d’appréciation des concepts. Par exemple, être contre le multiculturalisme n’est pas équivalent à être contre la diversité ethnique/culturelle/religieuse. Le premier concept est une politique de gestion et de reconnaissance alors que le deuxième est une réalité, tout simplement. Pourtant, ces deux concepts sont amalgamés par plusieurs comme s’ils étaient un seul concept. Être contre le multiculturalisme, c’est être contre cette politique particulière dans ces effets, nonobstant de la diversité comme réalité, même si le multiculturalisme s’y réfère. Ce qui est étrange et instructif à la fois, c’est que la plupart des gens qui sont contre la politique multiculturaliste, les identitaires, trouvent justement qu’elle n’est pas inclusive, dans le sens qu’elle participe à la mise en place d’une société en addition de communautés, sans égard ou peu à ceux qui accueillent, au lieu d’une société en mixité dont le point de raccordement est la société d’accueil. Pourtant, dans l’imaginaire inclusif, l’identitaire est contre la diversité, point final.

Une trêve qui demanderait réparation

Je veux bien d’une trêve, mais il faudrait tout de même admettre que les « identitaires » doivent toujours composer avec cette dénomination abominable imposée dans un sens négatif. Là où le bât blesse, c’est qu’elle est et sera toujours synonyme de « pour l’exclusion » pour la moyenne des gens, même dans le cadre d’une supposée trêve. Qu’est-ce qui est fait et sera fait pour rétablir les forces? Tout ce que font Bouchard et Hotte, c’est de demander à ce que l’on passe à autre chose…

Pour que cette trêve soit juste et équitable, il faudrait que les « inclusifs » reconnaissent que leur argumentaire est basé sur un procès d’intention et un refus de la nuance, voire même un populisme, dans le sens qu’ils ont échafaudé un récit facilement assimilable pour tout un chacun, mettant en scène des bons contre des gentils, le Bien contre le Mal. Et tout cela, sur la base d’opinions divergentes qui reposent sur des points de vue, soit plus individualistes, soit plus collectifs, sur une vision des droits et libertés tout aussi basée sur des considérations plus individualistes ou plus collectives. Ce qui est, à mon sens et au sens de n’importe quelle personne de bonne foi, sujet à débats et non sujet à diabolisation.

S’il s’agit d’une trêve où les « inclusifs » baissent les armes tout en n’abandonnant pas leur réflexe de propagande négative contre l’autre camp, les tranchées continueront de se creuser. Tant que ces dénominations seront utilisées à mauvais escient, cet effort de trêve restera en surface. Et comme trop souvent, les bonnes intentions ne resteront que de beaux mots.

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